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LOGIQUE D'ARISTOTE
TOPIQUES
RÉFUTATIONS DES SOPHISTES
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IMPRIMERlt; DE 11. FOURMëR KT C*.
7 RUR StIN'T-BRNOlT.
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LOGIQUE
D'ARISTOÏK
TRAUVITe
E^ FRANÇAIS POUR LA PRKMIÈRIC FOIS
RT ACCOMPAGNRE DR HOTRS MRRKTDRM.KS
PAU
J. BARTHELEMY SAIM-HILAIKE
MKHBRR DE r.*INSTITIJT
(«CàDIMII IIKS KCISliCBA MIIMAblUk IT niLITIQUK^)
MIOrRJMRril DE PHILOSOPHIR ORRCQDR KT LATINf
«II rOLMSR kOf«l. !•■ TKàltr.f
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10 M K IV
TOPIQUES
RÉFl TATIONS DES vSOPHISTES
PARIS
LIRRAIKIK de: l.AI)KA]N<iK
19 «VAI DES *l«V!>TI>»
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PLAN
DES
TOPIQUES.
LIVRE PREMIER.
DE LA DIALBGTIQUE.
DBS QUBSTIOHS DIAUSGTIQUBS.— DBS IHSTEUMSIITS
DIALBGTIQUBS.
Uart de la dialectique a pour but d'enseigner
à raisonner méthodiquement sur toute espèce de
sujets, en se serrant de propositions simplement
probables. C'est avec des propositions de ce genre
que, des deux interlocuteurs, celui qui interroge
attaque la thèse en discussion ; c'est aussi avec
elles que celui qui répond se défend , en prenant
bien garde de ne jamais se contredire lui-même.
On sait ce qu'est le syllogisme ordinaire, indiffé-
rent, dans ses formes toujours les mêmes, au yrai
IV. a
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II PLAN DES TOPIQUES,
et au faux. On sait ce qu*est le syllogisme démon-
stratif, qui ne part jamais que de prémisses né-
cessaires. Le syllogisme dialectique se contente
de prémisses qui n'ont pour elles que la probabi-
lité. L'on doit regarder comme probable ce qui
semble tel , soit à tous les hommes, soit au plus
grand nombre, soit ^u;^ sig^s ; pt p^nii les sages,
soit à tous, soit à la majorité, soit tout au moins
aux plus illustres d'entre eux. Le syllogisme n'est
pas même dialectique, il n'est que contentieux
et sophistique, lorsque ses prémisses ne sont pro-
bables qu'en apparence , et qu'elles n'ont pas
même en réalité ce premier degré de vraisem-
blance qui résulte de l'opinion vulgaire. Le syl-
logisme devient un paralogisme, lorsque, tout en
empruntant ses principes à la matière même qu'on
discute , il ne sait pas choisir ces principes , et ne
prend dans le genre mis en qiKstioii que des
principes faux.
La dialectique, du reste, tput imparffiits quç
sont ses moyens, ne laisse pas que d'être utile.
Elle apprend , d'abord , à discuter dan^ l'un et
l'autre sens ; puis, elle nous aide dans (es simples
conversations qu'amène la vie de chaque jour,
où, sans aucun appareil régulier de discussion ,
les opinions ont cependant à se produire et à se
défendre; enfin, la dialectique peut servir à la
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PLAN DES TOPIQUES. m
philosophie elle-même , parce qu'en agitant les
questions comme elle le fait , dans les deux sens,
elle met la yérité davantage en lumière; mais
surtout, et le service est considérable, parce
qu'une fois les principes atteints, la démonstra-
tion et la science n'ayant plus sur eux aucune
prise , c'est la dialectique seule qui peut encore
essayer de leur donner plus de clarté qu'ils n'en
ont par eux-mêmes*
On ne veut point prétendre que la dialectique
soit toujours à même de rendre de si complets
services : tout ce qu'on peut exiger du dialecti-
cien, c'est qu'il possède parfaitement tous les
détails de la méthode qui doit les rendre.
Dans toute discussion, on ne peut jamais que
se proposer Tune des quatre questions suivantes :
Quel est l'attribut propre du sujet? quelle est la
définition du sujet? quel est le genre du sujet?
quel est l'attribut accidentel du sujet? Il n'y a
dose que quatre questions dialectiques ; et par
conséquent aussi, quatre sortes de propositions,
qui répondent une k une aux quatre questions. La
proposition se prononce pour l'une des deux par-
ties de la contradiction que la question laisse in-
décises. De plus, la proposition reste dans les
prémisses; la question produit la conclusion.
C'est donc avec les propositions qu'on fait les
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IV PLAN DES TOPIQUES,
syllogismes ; mais c'est pour les questions qu*on
les fait.
La définition est, comme on sait, l'explication
essentielle de la chose, le défini pouvant, d'ail-
leurs, être représenté par un seul mot ou une
phrase entière, tout comme la définition, ou les
parties de la définition même. Le propre, et la
définition n'est, k vrai dire, qu'une espèce de
propre, est l'attribut qui, sans exprimer Tessence
de la chose, n'appartient cependant qu'à la chose
seule, >et est , par suite^ aussi étendu et pas plus
étendu qu'elle, le propre pouvant être d'ailleurs
absolu ou simplement relatif et temporaire. Le
genre est l'at^ibut qui appartient essentiellement
aux choses de même espèce. L'accident, enfin,
qui n'est ni définition , ni propre, ni genre, est
l'attribut qui peut être aussi bien que n'être pas
au sujet.
On pourrait traiter ces quatre attributs dialec-
tiques par une seule méthode; mais cette méthode
unique serait obscure ; il vaut mieux instituer une
méthode particulière pour chacun d'eux. L'usage
de ces méthodes spéciales sera plus commode que
ne le serait une méthode générale, qui préten-
drait embrasser à elle seule les quatre questions.
On peut se convaincre que les questions dia-
lectiques sont au nombre de quatre, ni plus ni
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PLAN DES TOPIQUES. v
moinsy d'abord, par Tindaction^ en prenant une
à une les questions dialectiques, et en s'assurant,
sur un certain nombre de cas, que ce sont elles
qui s'appliquent uniquement aux objets indiqués.
On peut , en outre, s'en convaincre par le syllo-
gisme, et directement. En effet, tout attribut est
égal, en extension, à son sujet, ou il lui est in-
égal. S'il lui est égal et essentiel , c'est une défi-
nition ; s'il lui est égal et non-essentiel , c'est un
propre. D'autre part, s'il lai est inégal et essen-
tiel, c'est un genre, en comprenant aussi la diffé*
rence dans le genre ; enfin , s'il lui est inégal et
non-essentiel, c'est un accident. Il n'est pas pos-
sible de faire une cinquième supposition.
Quant aux sujets de ces attributs, ils sont tou-
jours dans Tune des dix catégories : substance,
quantité, qualité, relation, lieu, temps, situation,
manière d'être, action ou passion. Quand le sujet
et l'attribut sont dans la même catégorie, lattri-
bution est essentielle; sinon, elle n'est qu'acci-
dentelle.
On Yoit, d'ailleurs, qu'une proposition, qu'une
question n'est dialectique que quand elle peut
être soutenue par des gens sensés. Si Ferrenr est
trop manifeste; elle n'est point dialectique, parce
que personne ne consentirait k la défendre. Sans
être probable, une proposition peut être dialeo
•— Digitized by VjOOQIC
VI PLAN DES TOPIQUES,
tique, si elle ressemble à une proposition pro-
bable; ou si, contredisant une proposition pro-
bable, elle est mise sous forme contraire; ou
eikfin, si elle a pour elle, dans une science spé-
ciale, dans un art particulier, l'assentiment des
habiles.
La proposition 9 ou question dialectique, peut
avoir pour but de nons déterminer à fuir certaines
choses, à en rechercher certaines autres. C'est
un but tout pratique : témoin toutes les questions
de morale. Parfois, son but est différent ; elle se
borne à nous faire savoir les choses : témoin les
questions de physique et de logique. Morale,
physique^ logique, ce sont là, en effet, les trois
ordres entre lesquels toutes les propositions se
partagent, soit qu'on aborde le sujet directement,
soit que, sans l'aborder immédiatement , on s'a-
dresse à un autre , dont la connaissance est
préalablement indispensable, et mène à celle du
premier. La thèse est toujours une proposition
paradoxale, qui doit avoir pour elle l'autorité de
quelque grand nom en philosophie. On ne doit
point d'ailleurs souffrir, même en dialectique, ces
questions qui, par leur immoralité, réclament
une sorte de châtiment, un blâme énergique; ni
celles qui, par leur naïveté même, indiquent une
lacune dans la sensibilité de celui qui les fait.
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PLAN DES TOPIQUES. vu
Doit -on honorer les Dieux? Sur cette question
' d'un esprit dépravé, il n'y a point de discussion à
établir. U faut faire rougir Finterlocuteur qui la
pose par le juste blâme dont on le châtie. La
neige est-elle blanche? A cette question , il n'est
qn'une réponse ; c'est de renvoyer celui qui la fait
au témoignage de ses sens. Une question cesse
aussi d'être dialectique quand elle est trop diffi-
cile, et qu'il ne faudrait pas moins que toutes
les ressources de la démonstration pour la bien
traiter.
La dialectique peut, d'ailleurs, comme la
science elle-mènie, faire usage, soit du syllogisme,
soit de Tinduction : celle-ci , plus claire , parce
qu elle est plus rapprochée des sens, plus acces-
sible au Yiiigaire et plus persuasive ; celui-là, plus
puissant auprès des esprits éclairés, et plus fort
dans la réfutation.
A côté des quatre questions que la dialectique
se pose, elle emploie quatre procédés pour arri-
ver k les résoudre, et ces procédés sont ce qu'on
pourrait ^(ppeler ses instruments. Savoir choisir
les propositions convenables ; connaître les divers
sens que les mots peuvent offrir; discerner les
différences des choses; enfin, discerner les res-
remblances : tels sont les quatre moyens par les-
quels la dialectique arrive à son but. Le premier
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vxii PLAN DES TOPIQUES.
est le plus important de tous ; les trois autres ne
sont que secondaires.
Les propositions à choisir sont les propositions
probables, qu'on reconnaît aux caractères indi-
qués plus haut; ce sont aussi les propositions
Traies , qui ne sont pas exclues de la dialectique,
bien qu'elles n'y soient pas indispensables. Ces
opinions probables doivent être recueillies, d'a-
bord, dans les discussions des hommes distingués ;
elles doivent être extraites aussi avec soin de leurs
ouvrages ; et il faut savoir les classer avec ordre
et clarté, suivant la nature diverse des sujets sur
lesquels elles portent : morale, logique et phy-
sique.
En signalant les divers sens des mots, il faut
aussi en donner les motifs et signaler les causes
auxquelles ils tiennent. Ainsi , les opposés, dans
toutes leurs nuances, contraires, contradictoires,
privatifs et possessifs, relatifs, etc. ; ainsi , les con-
jugués, les genres, les définitions; ainsi même, la
comparaison , pourront fort bien donner lieu à
des homonymes, dont il importe de se rendre
compte sous toutes les faces.
On peut discerner des différences entre les
choses, soit dans un même genre, et c'est là
qu'elles sont le moins faciles à reconnaître, à cause
de la proximité même où elles sont, soit dans des
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PLAN DES TOPIQUES. ix
genres différents, voisins ou éloignés les uns des
autres.
Enfin, les ressemblances sont surtout à re-
chercher dans les genres distincts, parce qu'on
les y découvre moins aisément ; ce qui ne veut
pas dire qu'on ne puisse aussi en trouver dans
un même genre.
L'emploi des trois derniers instruments dialec-
tiques est utile pour apprendre plus clairement, à
l'interlocuteur qui répond le sujet qu'il défend ,
et à l'interlocuteur qui interroge, l'objet véritable
de ses attaques, qui doivent porter, non sur le
mot, mais sur la chose même. A tous deux, il
leur enseigne à ne point se perdre dans des pa-
ralogismes purement verbaux, à ne point s'arrêter
à des discussions sans importance^ plus conve-
nables au sophiste qu'au dialecticien. L'un et
l'autre, ils discerneront mieux ainsi la véritable
essence des choses , et ils sauront établir alors
leurs inductions, leurs syllogismes et leurs défini-
tions, sur des bases plus solides.
Tel est donc le domaine de la dialectique; tel
est son but; telles sont les questions qu'elle se
pose; tels sont les procédés qu'elle emploie;
telle est, en un mot, sa méthode. Voici mainte-
nant les lieux d'où elle tire les solutions générales
qu'elle applique à chaque question :
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PLAN DES TOPIQUES.
LIVRE SECOND.
LIEUX COMMUNS DE L'ACCIDENT.
L'accident étant le plus ordinaire des attributs
dialectiques, c'est de lui qu'il faut d'abord s'oc-
cuper. Le premier lieu consiste à bien distinguer
l'accident des autres attributs dialectiques , et
surtout à ne pas le confondre avec le genre, qu'on
prend trop souvent pour lui. Et c'est ici, surtout,
qu'il fandra se défendre de parler, comme le vul-
gaire le fait, avec peu de justesse et de discerne-
ment. 11 faudra s'énoncer comme s'énoncent les
habiles et les sages. L'homonymie pourra causer
des méprises, soit qu'elle échappe à l'interlocu-
teur, soit que, découverte par lui, elle puisse
fausser, particulièrement ou universellement, l'un
des sens ou tous les sens du sujet en discussion.
L'alternative peut d'ailleurs porter, non pas seu-
lement sur un mot, mais sur une proposition tout
entière. On peut profiter aussi du rapport des
mots pour substituer un mot plus commode à un
autre qui embarrasse davantage, soit pour atta-
quer, soit pour soutenir la thèse. Pour apprendre
à ne point confondre l'accident avec le genre, on
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PLAN DES TOPIQUES, xi
peut étudier quels sont, au vrai, les rapports de
l'espèce au genre, du genre a Tespèce, et se
rendre compte, par là, des rapports que l'acci-
dent soutient avec l'un et avec l'autre. Quand la
discussion engagée, pour défendre ou combattre
l'accident, n'offre pas tous les arguments qu'on
désire, il faut savoir faire passer l'interlocuteur
à un sujet voisin, mais différent, pour lequel on
aura des arguments en abondance à lui opposer.
C'est un procédé , il faut le dire , qui convient
beaucoup plus au sophiste qu'au dialecticien;
mais, pourvu que le déplacement de la discussion
semble nécessaire, et souvent il le paraît , la dia-
lectique peut en faire loyalement usage. Si elle a
recours à cette ressource, c'est ordinairement
dans les cas où l'interlocuteur ne sait pas accorder
les propositions absolument indispensables à la
discussion où il s'est engagé. Il faut aussi , pour
ne pas confondre l'accident avec tout autre attri-
but, bien savoir ce qu'on doit entendre par acci-
dent, et les divers modes suivant lesquels l'acci-
dent peut être au sujet. Parfois , l'interlocuteur
pousse l'ignorance sur ce point jusqu'à faire du
sujet l'accident même du sujet, sous une autre
nom , il est vrai , mais parce qu'il ne voit pas
que ce nouveau mot signifie la même chose abso-
lument que celui dont il le fait l'accident. Les
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XII PLAN DES TOPIQUES,
combinaisons des contraires, bien observées, peu-
vent apprendre aussi dans quel cas l'accident peut
ou ne peut pas être au sujet. Ainsi, quand le
contraire de l'accident est actuellement au sujet,
l'accident ne peut être au sujet actuellement,
puisque les contraires ne sont jamais simulta-
nés, etc. 11 suffit que l'accident entraine à sa
suite quelque conséquent contraire au sujet pour
qu'il ne puisse pas être au sujet. Bien plus, si le
contraire de l'accident ne peut être au sujet, l'ac-
cident lui-même ne pourra point y être non plus ;
car tout sujet est susceptible des contraires. On
peut encore s'éclairer sur la fausseté ou la justesse
de l'accident attribué, en consultant les règles qui
président à la consécution des opposés, soit con*
tradictoires, soit contraires, soit relatifs, etc. ; à
la consécution des conjugués et des cas ; et, enfin,
en consultant les rapports que soutiennent tou-
jours entre elles la production et la destruction
des choses, la naissance et la perte. Ainsi, la
chose est bonne, si la production en est bonne,
si la destruction en est mauvaise ; elle est mau-
vaise, si la production en est mauvaise, si la des-
truction en est bonne. Ici , consécution directe ;
là, consécution renversée, etc. L'accident, d'ail-
leurs, doit toujours suivre les diverses phases
d'intensité ou de rémission par lesquelles passe
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PLAN DES TOPIQUES. xm
son sujet ; bien entendu qu'il s'agit d'un seul ac-
cident pour un seul sujet. Si un même accident
s'applique k deux sujets, et qu'il ne soit pas k
celui auquel il semble être le plus, à plus forte
raison ne sera-t-il point à celui auquel il semble
être le moins ; à l'inverse, s'il est k celui auquel
il semble être le moins, k plus forte raison sera-
t-il à celui À qui il semble être le plus. Raisonne-
ments analogues, si deux accidents sont à un seul
et même sujet ^ et que l'un des accidents soit plus
et l'autre moins au sujet; ou , si deux accidents
sont à deux sujets avec les mêmes conditions.
L'accident ajouté au sujet, et lui communiquant
une qualité, ou augmentant une qualité qui est
dans ce sujet, a nécessairement aussi cette qua--^
lité. Si l'accident est plus ou moins au sujet, on
doit dire aussi qu'il y est absolument parlant.
Enfin , quand un accident est au sujet avec une
condition quelconque, une restriction de temps,
de relation, etc., on doit pouvoir dire aussi qu'il y
est absolument, quoique ce lieu puisse donner
matière à bien des objections. .
Tels sont les lieux principaux de l'accident con-
sidéré d'une manière absolue, universelle. Mais
l'accident peut être , non plus en soi , mais com-
parativement à quelqu'autre ; il peut, en outre,
être particulier.
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XIV PLAN DES TOPIQUES.
LIVRE TROISIÈME.
SUITE DES LIEUX GOIHIIIUNS DE L'ACCIDENT.
La comparaison doit toujours s'établir entre
des accidents rapprochés les uns des autres et
presque semblables. S'ils sont fort éloignés, les
différenora sont de toute éyidence , la supériorité
de l'un sur l'autre est incontestable, et la discus-
sion n'a point à s'en occuper. Ainsi, un accident,
une chose est préférable à une autre^ quand c'eist
un bien plus durable, moins passager; quand elle
a pour elle l'assentiment , l'opinion générale ou
celle des sages; quand elle est désirable en soi ,
et que l'autre n'est désirable qu'en vue d'une
chose différente; quand elle produit directement
de bons effets, au lieu de ne les produire que
médîiatement par une autre; quand elle est ab-
solument bonne, au lieu de ne l'être qu^à certains
égards, etc. , etc. , etc.
Une chose est encore préférable à une autre,
quand ses conséquents sont meilleurs ; quand elle
amène du plaisir à sa suite ; quand elle n'entraîne
pas de douleur après elle ; quand elle suffit à elle
seule pour rendre heureux ; quand elle est d'ac-
Digitized'by VjOOQIC
PLAN DES TOPIQUES. xv
qoisition plus difficile ; quand elle est superflue ;
quand on peut l'acquérir par soi seul , sans Fin-
tenrention des autres.
Enfin ^ une diose est préférable à une antre^
lorsque, dans le même genre ou la même espèce,
Tune a la vertu propre de cette espèce et qye
lautre ne Ta pas; ou bien , quand Tune t'a plus
que l'autre; quand elle rend bonne la diose à
laquelle elle est , tandis que l'autre n'a pas la
même puissance ; quand c'est une chose supé*
rieure k laquelle elle donne ainsi de la bonté ;
quand elle est vraiment désirable en soi , et non
point seulement par vanité ; quand elle donne à
la fois honneur, utilité, plaisir, et que l'autre ne
peut assurer q^u'^p pu deux de ce^ avantages,
etc*,etc., etc.
On pf^i^^ du pestas avec les mêmes lieux, sa-
voir, en retranchant topte idée de comparaison y
les choses qui 9opt à fuir et celles qui sont k re-
chercher.
On peut, en outre, avec de très-légers chan-
gements, adapter tous les lieux de questions mo-
rales à des questions physiques, à des questions
logiques: il suffirait, pour cela, de leur donner
une forme un peu plus générale.
Enfin , il est facile aussi d'employer tous les
lieux universels sous forme particulière, parce
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XVI PLAN DES TOPIQUES,
que les propositions particulières se rapportent
toujours aux propositions universelles, qui affir-
ment ou qui nient comme .elles. Les lieux uni-
versels dont on pourra le plus aisément tirer des
lieux particuliers, sont ceux qui concernent les
opposés dans toutes leurs nuances^ les conjugués
et les cas, les comparaisons, etc. , etc.
Tels sont les lieux de l'accident universel et
particulier.
LIVRE QUATRIÈME.
LIEUX COMMUNS DU GENRE.
Les lieux du genre doivent être étudiés après
ceux de l'accident , et avant ceux du propre et
de la définition , parce que le propre et la défini-
tion ne pourraient se former sans le genre lui-
même. Les lieux du genre se confondent avec
les règles qui le régissent nécessairement. Ainsi,
d'abord , le genre doit pouvoir être attribué à
toutes les espèces qui lui sont subordonnées. 11
est toujours dans la même catégorie qu'elles. Le
genre communique sa définition à ses espèces,
mais il ne reçoit pas la leur. Le genre est toujours
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PLAN DES TOPIQUES. xvii
attribué à ce à quoi Teàpèce est attribuée. Le
genre est toujours plus large que l'espèce et que
la différence spécifique. Le genre est commun à
toutes les espèces qu'il renferme. Si donc, le
terme donné pour genre ne peut être attribué
à l'une des espèces, c'est que ce terme n'est pas
Yéritablement genre. Le genre est, de plus, at-
tribué essentiellement à ses espèces ; il ne peut
jamais être en dehors de ses espèces.
Quand deux genres sont à une seule espèce,
l'un de ces genres est subordonné à l'autre. Quand
un genre subordonné est l'attribut d'un sujet, tous
les termes supérieurs sont aussi les attributs de ce
sujet. Quand le genre est attribué, sa définition
aussi peut l'être. Le genre ne peut être confondu
avec la différence, pas plus que la différence ne
peut être confondue ayec l'espèce : elle ne parti-
cipe pas du genre. Le genre ne peut donc être
sujet de la différence ; mais, du moment que le
genre est attribué, il faut aussi qu'une des diffé-
rences de ce genre le soit également. Le genre
est naturellement antérieur à l'espèce, et l'es-
pèce peut être détruite sans que le genre le soit.
L'espèce ne quitte jamais le genre, et ne peut,
par conséquent, participer au contraire du genre;
Le genre peut recevoir tous les attributs des es-
pèces. Tout genre renferme plusieurs espèces. Le
IV. b
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ivm PLAN DBS TOPIQUES,
genre et les espèces sont toujours synonymes.
Tout genre est atta-ibué proprement et non mé-
taphoriquement à ses espèces.
Il suit de ces règles que» si le genre en ques-
tion n'ayant pas de contraire, le contraire de
l'espèce n'est pas dans ce même genre, c'est que
le raisonnement est faux ; que si le genre ayant
on contraire, le contraire de lespèce n'est pas
dans le genre contraire, on s'est également
trompé; que si le genre et l'espèce ayant un
contraire, les genres contraires ont des intermé-
diaires sans que les espèces en aient, la proposi-
tion est réfutable ; qu'elle l'est également , si le
genre et l'espèce contraires ayant des intermé-
diaires ne les ont pas dans le même rapport ;
qu'au contraire, le genre a été l>ien donné, si le
genre n'ayant pas de contraire et l'espèce en ayant
vn, on a placé le contraire sous ce genre, etc«
On peut encore Urer les lieux du genre, des
conjugués, des causes et des effists , des opposés
dans toutes leurs nuances, contradictoires, rela-
tifs, etc. Si , par exemple» tous les conjugués de
l'espèce sont bien sous les conjugués du genre,
la proposition est yraie* Si la cause est bien le
genre de la cause, l'effet sera bien le genre de
l'effet. Si l'espèce est un relatif, il faut que le
genre en soit un : ou autrement l'on s'est trompé.
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PLAN DES TOPIQUES. xn
Si le gepre n'est pas relatif à& la façon qae l'e§t
l'espèce, c'est que le genre n'a pas été bien indi'*
que, etc. , etc. , etc.
Le genre de l'acte ne pent être le genre de la
faculté, ni réciproquement. La puissance qni suit
la faculté n est pas le genre de cette faculté. Le
conséquent qui n'est pas toujours avec son anté-
cédent, ne peut être le genre de cet antécédent.
Le genre est tout entier à Tespèce et n'y est pas
seulement en partie. La partie ne peut être le genre
du tout. Ce qui est sous deux genres ne peut être
convenablement placé sous un scmI.
Ce qui ne se communique point à des espèces
différentes na peut être pris pour genre* Ce qnt
est le genre de tout, l'être, l'un^l^ bien,, etc, ,
ne peut être pris pour le genre de quoi que ee
iott en particulier. Ce qui est dans le .sujet ne
peut être la genre du sujet. Ce qui n'çs^ point 9t^
tribuésjnonymiquement n'est point genre. Ce qui
pent être également rapporté à deux genres doîl
être rapporté au meilleur. Le genre, enfin , est
ce qui étant constamment le conséquent du sujet,
sans lui être réciproque, est plus étendu que lui.
Tels sont donc les principaui lieux du genre.
On peut, suivant leur nature, suivant aussi les
besoins de la discussion , les employer à réfuter
«n A sotttoiîr 1« thèse. Les nns peuvent servir
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x% PLAN DES TOPIQUES,
dans les deux sens; quelques autres ne peuvent
servir que dans un seul. C'est k Finterlocuteur de
les distinguer, et d'en faire un habile usage^ sui-
vant les positions diverses que la discussion peut
lui donner;
LIVRE CINQUIÈME.
LIEUX GGIHIIIUNS DU PROPRE.
Le propre peut être distingué en quatre espèces,
dont chacune prête à la dialectique des ressources
plus ou moins faciles, plus ou moins considérables.
Le propre peut être donné pour la chose prise en
soi et indépendamment de toute relation. Le
propre peut être donné pour une chose comparée
à une autre ; il peut être donné comme perpétuel ;
il peut enfin être donné comme simplement tem-
poraire. Le propre en soi isole et sépare complè-
tement le sujet de tout autre ; le propre relatif ne
l'isole que d'un autre sujet spécial et limité. Le
moins dialectique de ces quatre propres , c'est le
propre temporaire, qui ne peut fournir matière
qu'à un très-petit nombre de questions. Quant au
propre relatif, les lieux qui le concernent sont
précisément les mêmes que ceux de l'accident y
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PLAN DES TOPIQUES. xxi
parce qu'il est lui-même plutôt un accident qu*ua
propre. Reste donc uniquement à traiter le projure
en soi et le propre perpétuel.
Tous les lieux sur le propre peuvent se réduire à
deux principaux : Le propre a-t-il été bien donné?
Le propre donné est-il bien un propre? Le
propre est mal donné, il est mal exposé, si on le
tire de termes moins connus que le sujet ; car on
ne donne le propre du sujet que pour faire mieux
connaître le sujet même. Si , par exemple, on dit
que le propre du feu c'est de ressembler à Tâme,
ce propre est moins connu que le sujet ; car nous
connaissons le feu plus que nous ne connaissons
l'âme. Parfois le propre donné peut être connu ,
mais l'on ignore qu'il appartienne au sujet, et
alors le propre n'est pas mieux donné. Il ne faut
donc pas que les mots dont on se sert pour expri-
mer le propre soient homonymes, ou que la phrase
soit amphibologique. Il faut veiller aussi aux
diverses significations que ie sujet lui-même peut
présenter. Il ne faut pas davantage que le propre
renferme de tautologie, vice qui souvent échappe
même à la plus scrupuleuse attention. Le propre
ne doit point surtout renfermer des attributs
qui puissent être appliqués à toute chose. Enfin
il ne faut pas davantage confondre plusieurs pro-
pres en un seul. *
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XXII PLAN DES TOPIQUES.
Le propre est itial donné s'il contient le wjet
ou une partie du sujets si même il contient un
terme simultané au sujet ; et c'est ainsi que le
contraire est mal donné pour le propre du con-
traire* Le propre est mal donné , si, n'étant pas
perpétuel , on le donne sans indiquer la limita-
tion de temps, et d'une manière absolue. On ne
peut donner pour propre ce qui n'est connu
que par la sensation, et est par conséquent aussi
instable qu'elle. £n6n , il ne faut pas que le
propre donne Tessence; car on le confondrait
avec la définition ; et pourtant il doit donner le
genre et les différences , mais ces différences ne
doivent pas être essentielles •
Le propre donné est^il réellement un propre?
Pour répondre à cette question, on pourra re-
marquer que ce qui n'appartient à aucune des
espèces du sujet ne peut être le propre du sujet :
que ce qui ne peut être pris réciproquement pour
le sujet n'est pas un propre : que le sujet ne peut
être donné pour le propre d'une de ses espèces :
que le genre et la différence essentielle ne peu-
vent être donnés pour des propres : que ce qui est
antérieur ou postérieur au sujet, et non simultané,
ne peut en être le propre : que pour des choses
identiques le propre doit être identique, etc. , etc.
On pourra remarquer que le propre n'est point
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PLAN DES TOPIQUEB. xuii
réellement propre, si Ton n'a point dit dans quel
^sens on l'entend : par exemple, si Ton n'a point
dit qu il s'agit d'un propre de nature , ou d'un
propre temporaire^ ou d'un propre immédiat qui
est au sujet sans intermédiaire, etc., etc. .
Si quatre termes sont dans ce rapport, que le
second soit le contraire ou le relatif du premier
et le quatrième du troisième, si le troisième est le
propre du premier, le quatrième sera le propre
du second, etc., etc.
Si les quatre termes sont des conjugués deux à
deux, le troisième étant le propre du premier^
le quatrième le sera du second, etc., etc.
Le propre qui ne repose que sur une simple
puissance du sujet est rarement bien donné, parce
qu'on pourrait alors l'appliquer au non être. Le
propre donné par le superlatif n'est pas mieux
donné ; car il n'appartient pas au sujet seul,
puisque œ sujet venant à disparaître, il en restera
toujours un autre, qui présentera la qualité dont
il s'agit à un degré comparativement supérieur.
Tels sont donc les lieux principaux par lesquels
ou prouvera que le propre a été bien ou mal
donné, et qu'il est ou qu'il n'est pas réellement
le propre cherché.
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Miv PLAN DES TOPIQUES.
LIVRÉ SIXIÈME,
LIEUX COMMUNS DE LA DÉFINITION.
Les lieux de la défiaition peuvent être partagés
en deux grandes classes: les uns pour Tattaquer,
les autres pour la défendre.
La définition peut offrir cinq défauts : elle peut
ne pas s'appliquer à tout le défini , ne pas donner
le genre propre du défini y n'être point applicable
au seul défini ^ ne point exprimer Tessence de la
chose y enfin n'être point régulière dans sa forme.
Les trois premiers défauts doivent être attaqués
par les lieux de l'accident, ceux du genre et ceux
du propre; les deux derniers sont spéciaux à la
définition. C'est parle cinquième qu'il faut com-
mencer , et ce défaut peut se diviser lui-même
en deux espèces : ou la définition est obscure , ou
elle contient des éléments inutiles.
La définition est obscure quand elle contient des
termes homonymes; et ces termes homonymes
peuvent être soit dans la définition elle-même ,
soit dans le défini. La définition est obscure aussi
quand elle emploie des métaphores , ou des mots
inusités, ou des mots impropres. On peut affirmer
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PLAN DES TOPIQUES. xxv
encore qu'elle est obscure, quand elle ne fait pas
connaître le contraire du défini aussi bien que le
défini lui-même y et quand elle ne fait pas con-
naître l'essence de la chose. Elle est alors comme
ces mauvais tableaux au-dessous desquels il faut
écrire en toutes lettres le nom de Fobjet que le
peintre a prétendu représenter.
La définition contient des éléments inutiles,
quand les mots dont elle se sert sont communs
et pourraient convenir à toute autre chose que le
défini ; quand on peut en retrancher une partie
sans en altérer le sens ; quand une partie ne peut
convenir à toutes les espèces de défini ; quand il
y a tautologie patente ou cachée.
Telles sont les irrégularités que la définition
peut présenter dans sa forme. Mais le plus grave
défaut qu'elle puisse avoir c'est de ne point don-
ner l'essence de la chose^ et alors elle cesse d'être
une vraie définition.
Toute définition qui ne se <»mpose pas d'élé-
ments antérieurs au défini et plus connus que lui,
est mauvaise. H faut d'ailleurs , comme on sait ,
que ces éléments soient antérieurs et plus connus,
non pas seulement par rapport à nous , mais en
nature. C'est là ce qui fait que le repos ne peut
être défini par le mouvement; qu'une chose ne
peut être définie par son contraire pas plus que
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XXVI PLAN DES TOPIQUES,
par elle-même ; que Ic.^ espèces de même ordre
ne peuvent être définies les unes par les autres ;
que ce qui est d'une catégorie supérieure ne peut
être défini par la catégorie inférieure, parce
qu'alors on emploie le défini dans la définition
même qu'on prétend en donner.
La définition est mauvaise, quand elle a omis de
donner le genre du défini ; si elle n'a pas suivi le
défini dans toutes ses relations ; si elle n'a consi-
déré le défini que dans son rapport le moins élevé,
lorsqu'il en a plusieurs ; si elle n'a pas donné le
genre le plus prochain du défini , indispensable
pour en faire connaître l'essence.
On peut encore attaquer la définition, si elle
n'a pas donné les différences du genre, ou si elle
n'a pas donné les différences propres. Ainsi toute
différence doit avoir une différence opposée dans
la même division qu'elle et applicable au genre ;
toute différence jointe au genre doit constituer
une espèce ; la différence n'est jamais une espèce ;
elle a'^fst jamais un genre ; jamais elle n'exprime
lesseBce de la chose ; jamais elle n'est acciden*
telle ; jamais elle n'a le genre pour attribut , non
plus qu'elle n'a jamais l'espèce; elle est anté-
rieure à l'espèce ; une même différence ne peut
s'appliquer à deux genres subordoaoés , 4 moins
que ces gearas ne soieni eux-mêmes sous un
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PLAN DES TOPIQUES. xxvîi
genre commun ; elle ne peut tenir aniquément
ati lien » à une simple modification ; elle tient au
sujet primitif de la chose.
La définition est mauvaile, si elle s'applique
moins bien au défini qu'à une autre chose ; si, le
défini s'àccroissant ^ la définition ne s'accroH pas
avec lui ou à l'inverse ; si elle rapporte le défini
à deux choses distinctement.
Si elle omet la relation que contient le défini ,
la fin à laquelle il tend et à laquelle il se rapporte.
kê circonstances qui le font être ce qu'il est^ la
condition de l'apparence, dans certains cas où elle
est indispensable , etc.
La définition du concret doit faire conaattre
l'abstrait , et réciproquement ; celle de Topposé
doit être opposée , bien qu'on ne puisse définir le
contraire par son contraire, etc., etc.
Les cas pareils de la définition doivent contenir
aux c«s pareils du défini ; la définition doit con-*-
venir k l'idée du défini aussi bien qu'au dtf ni lui^
même; Tidenlitéde la définition constitue les sy-
nonymes, etc.
Quand on enlève à la définition une partie qui
répond à une partie du défini , ce qui reste de la
définition doit convenir à ce qui reste du défini.
Mais pourtant la définition est mauvaise et n'é-
claircit rien si elle ajuste autant de membres que
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xxvui PLAN DES TOPIQUES,
le défini ; si elle substitue des mots à des mots. Le
yice est plus grand encore, ^i elle substitue des
mots obscurs à des mots clairs , ou des mots qui
ont un sens différent.
L'être est mal défini par le non être. La chose
est mal définie, si la définition ne la considère que
dans ce qu'elle a de meilleur. Ce qui est désirable
en soi est mal défini par ce qui n'est désirable
qu'en vue d'un autre.
La définition qui laisse une alternative sur l'es-
sence du défini est mauvaise ; elle ne doit pas dire
que le défini est telle ou telle chose, elle doit ap-
prendre qu'il est telle chose uniquement. Elle est
mauvaise , quand elle indique plusieurs éléments
du défini sans savoir unir les éléments «t en faire
un tout, etc*
Enfin la définition est mauvaise, lorsque, indi-
quant que le défini est le résultat d'une compo-
sition , elle ne fait pas connaître le mode de cette
composition ; lorsque le défini recevant les con-
traires, elle ne l'explique que par un seul , etc.
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PLAN DES TOPIQUES. xm
LIVRE SEPTIÈME.
QUESTION DB VlBEWnTÉ.
mATHODB »OUB DÉFEIIDBB LA DÉFIHITIOB.
C0U10ÉBATI01I8 CÉSÉEALES SUR LIS LUDX OOMMinS.
La question de Tidentité ou de la différence des
choses peut se rattacher à celle de la définition ,
parce qu'il s'agit toujours ^ quand on discute une
définition , de savoir si elle est identique au défini,
ou si elle en est différente.
Seulement, si les lieux qui établissent la diffé-
rence, ou détruisent l'identité , détruisent aussi
la définition , attendu que la définition et le défini
doivent être identiques, les lieux qui établissent
l'identité ne suffisent pas pour établir la défini-
tion. C'est qu'il ne suffit pas, pour établir la défi-
nition , de montrer qu'elle est identique au défini;
elle doit encore remplir certaines autres condi-
tions dont il a été parlé plus haut*
Après avoir fait voir comment on peut attaquer
la définition , il resterait a montrer comment on
peut la défendre , soin que l'on prend rarement,
parce qu'en général les définitions sont posées
comme des principes. C'est là ce qui fait aussi que
les lieux par lesquels on peut soutenir la défini-^
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Ui PLAN DES TOPIQUES.
tion y sont peu nombreux , et se tirent surtout des
opposés j des conjugués et des ca» , et enfin de la
comparaison.
Ce sont là, du reste , en général , non pas seu-
lement pour la définition, mais aussi pour les
trois autres questions dialectiques , les lieux les
plus utiles , les plus universels. Ce sont ceux-là
surtout qu'il faut étudier^ f t qu'il faut retantr de
mémoire, afin de les avoir toujours â sa disposi--
Uon.
11 est plus facile de détruire la définition que
de rétablir. En effets ce n*est pas chose aisée
que de prouver que la définition contient bien
tous les élémeuts qui doivent la composer^ genre
et difiéreoce» esientieUes, Or, il buA prouvar
tous ces éléments un à un pour établir la défini-
tioD ; îl suffit I pour la détruire , de montrer qu'un
seul est faux- Pour l'établir, il faut montrer
qu'elle n'est à aucune partie du défini , ou qu'elle
n'est pas i tout le défini. Mêmes remarques pour
le genre et le propre, qu'il est beaucoup plus fa-
cile de réfuter que d'établir. Ceci d'ailleurs est
général ; et, en toutes choses, renverser est bien
moins difficile que de construire. Quant à Tacci**
dent, il est soumis aussi à cette règle quand il est
universel ; maislorsqu'ileslparticuUer, il est beau-
coup plus aisé de l'étaUlr que de le renverser*
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PLAN Des TOPIQUES. xwi
De tootM les questions dialectiques, c*est la déG-
Mtkm qoi offre le plus de prise à Tatlaque » à
^Mm des nombreuses conditioni qu'elle doit
remplir* De plus , tous les lieux qui servent à
renTerser les autres questions , pourront servir
aussi contre elle , tandis que la réciproque n'est
pas vraie. Par la même raison , c'est elle qu'il
est le plus difficile d'établir. Puis après elle, vient
le propre. La plus facile des questions à établir,
c'est eelle de l'accident; et par là même, c'est Ifi
plus difficile à renverser.
Ici , finissent les lieux communs de la dialec-
tique proprement dite. Il ne reste plus qu'a voir
oomment il iaut les employer dans la discossioa,
et quelles sont les règles de l'interrogation et de
la réponse.
LIVRE HUITIÈME.
DB LA PRATIQUE DIALeCTIQCE.
Après tout ce qui précède, il ne reste plus qu'à
dire l'ordre qu'on doit suivre dans la discussion
et dans les interrogations qu'on pose à Tiftierlo-
CBtew» los 4evoirs d« celui qui répond ^ et enfin
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xx\ii PLAN DES TOPIQUES,
les exercices auxquels les deux interlocuteurs
doivent se livrer avant d'en venir à la lutte dia«-
lectique. il faut donc d'abord , quand on inter^-
roge, trouver le lieu d'où l'on doit tirer son ali-
ment, et ne poser sa demande qu'après avoir
bien examiné comment on peut conduire toute
l'argumentation. Parmi les propositions qu'on
peut avoir à choisir, les unes sont nécessaires, et
ce sont celles sans lesquelles le syllogisme ne se-
rait pas possible ; les autres ne sont pas indispen-
sables, mais elles servent, soit à préparer une
induction, soit à orner le discours, soit à cacher
la pensée qu'on ne veut pas laisser voir, soit à
éclairer celle qu'on veut mettre dans tout son
jour. 11 faut se garder de demander sur-le-champ à
son antagoniste les propositions nécessaires; car,
selon toute probabilité, il ne les concéderait pas.
On doit alors recourir, soit à des propositions su-
périeures à celles-là, soit à des propositions infé-
rieures , qu'on obtient bien plus aisément. Il ne
faut demander les propositions nécessaires, que
dans le cas où elles sont d'une telle évidence que
l'adversaire ne peut les refuser. Quant aux pro-
positions non nécessaires , on ne doit jamais les
demander qu'en vue des autres. C'est surtout
quand on veut cacher sa pensée et le but qu'on
poursuit, qu'il faut déployer toute son adresse. La
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PLAN DES TOPIQUES. xxxiïi
dialectique offre ici les plus délicates ressources,
sans manquer cependant un seul instant à la
loyauté 9 que le sophiste seul peut méconnaître.
11 faut, du reste, se servir de syllogismes avec
les gens éclairés , et d'inductions avec les gens
moins habiles. Les syllogismes et les inductions
sont soumis à des règles qu'il sera bon d'observer
avec soin , si l'on veut que la discussion soit régu-
lière et féconde.
Les thèses qui sont faciles à défendre sont fort
difficiles à réfuter. Ce sont, d'un côté, les pre-
miers principes d'où Ton part pour discuter ; ce
sont , d'un autre côté , les conclusions dernières
auxquelles on arrive. Ce qui rend une thèse dif-
ficile à combattre, c'est lorsque les termes qui la
composent ont besoin de définition ou d'éclair-
cissement. Le premier soin qu'il faut prendre
alors c'est d'expliquer les mots obscurs, et surtout
ceux qui tiennent de près aux premiers principes.
L'interlocuteur qui interroge n'a jamais qu'un
but, c'est de pousser l'adversaire aux assertions
les plus absurdes ; et celui-ci , quand il est tombé
dans le piège, n'a qu'un seul parti à prendre, c'est
de prouver que ce n'est pas par sa faute person-
nelle, mais bien par la nature même de la thèse,
qu'il a été amené à ces insoutenables assertions.
Selon que la discussion a pour but ou d'ins-
IV. e
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i
xxxiv PLAN DES TOPIQUES,
truire les interlocuteurs, ou de montrer la force
de l'un et la faiblesse de l'autre, ou de les eiercer
simplement tous deux , il faut n'accorder que des
propositions qui semblent vraies, ou faire tous
ses efforts et employer tous les moyens pour ob-
tenir la victoire. 11 faut , d'ailleurs , distinguer
quand on répond » entre les diverses espèces de
propositions : improbables, probables, sans carac-
tère déterminé ni dans l'un ni dans l'autre sens,
ou bien simplement probables pour Tinterlocu-
teur, ou pour quelque philosophe dont il atteste
l'autorité.
U faut varier aussi ses réponses selon que la
proposition , d'ailleurs probable ou improbable ,
tient ou ne tient pas au sujet. En un mot , bien
répondre ce sera de toujours accorder à l'adver-
saire ce qu'on doit lui accorder, et lui refuser
toujours ce qu'on lui doit refuser.
Si la proposition est obscure , il ne faut pas
craindre de dire qu'on ne la comprend pas, et de
demander des éclaircissements. Si elle a plusieurs
sens , il faut indiquer avec soin celui de tous dans
lequel on la prend : et, si l'on a omis de faire
cette distinction au début, il faut encore la faire
même quand la conclusion a été tirée par l'ad-
versaire.
Quand on doit répondre à une induction et non
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PLAN DES TOPIQUES, xmv
plugà un syllogisme y il faut réfuter Vuniverael
lire des cas particuliers discutés , en montrant
.par une objection , que tel cas particulier qu'on
cite ) ne rentre pas dans l'universel , ou bien e|i
soutenant une proposition contraire. Si l'on ne
fait ni d'objetion , ni de proposition contraire, et
.qu'on repousse cependant l'universel, on paraîtra
n'élever qu'une chicane peu loyale.
Du reste , avant de soutenir une thèse , il est
bon de s'être fait à soi-même toutes les objections
qu'elle peut soulever; et il faut l'abandonner tout
à fait si elle est improbable.
. Une fois déterminé à la défendre , on peut em-
ployer deux moyens^ ou détruire l'argument élevé
contre elle, ou empêcher la conclusion. Pour em^
pêcher la conclusion , on peut ou aller droit à I9
cause erronnée qui l'a produite, ou opposer à
l'adversaire une objection qu'il ne peut résoudre,
ou ne point signaler les propositions indispen*
sables à la conclusion que l'adversaire ne sait
pas trouver , ou enfin , ce qui est le plus mauvais
moyen , alléguer que le temps ne suffit pas pow
une discussion aussi grave.
. On peut , d'ailleurs, s'en prendre, soit au rair
sonnement lui-même, soit à l'interlocuteur qui ne
sait pas bien le conduire.
On est toujours en droit d'exiger que Targ^*-
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XXXVI PLAN DES TOPIQUES.
mentation soit parfaitement claire et qu'elle ne
soit point fausse.
Jamais elle ne doit contenir ni pétition de
principes ni pétition de contraire , dans aucune
des nuances que Tune et l'autre de ces deux pé-
titions peuvent revêtir.
Reste enfin, et pour terminer toute la dialec-
tique , à indiquer les exercices principaux aux-
quels les deux interlocuteurs , soit qu'ils répon-
dent, soit qu'ils interrogent, doivent se livrer.
D'abord , il faut qu'ils s'habituent à convertir les
syllogismes suivant les règles, qui sont bien con-
nues, pour se rendre plus rapides dans la discus«-
sion et savoir ainsi multiplier les arguments. Une
thèse quelconque étant posée, il faut savoir trou-
ver des arguments pour et contre , avec les solu-
tions convenables dans l'un et l'autre sens ; et ceci
est utile tout aussi bien pour la philosophie et
les études scientifiques que pour la discussion.
Ensuite, il faut se préparer surtout des arguments
sur les sujets qui se reproduisent le plus fréquem-
ment. 11 faut aussi faire provision nombreuse de
définitions, et retenir par cœur les lieux les plus
ordinaires de la dialectique. On doit s'appliquer
encore à savoir d'un seul argument en faire plu-
sieurs, et de plusieurs n'en faire qu'un seul, sui-
yant le besoin. Il faut s'habituer à tirer de toute
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PLAN DES TOPIQUES. xxxvu
argumentation des propositions qui plus tard
pourront servir la thèse qu'on soutient. 11 faut
encore apprendre à choisir ses interlocuteurs, et
ne pas se commettre avec des gens peu éclairés.
Enfin, s^attacher surtout à recueillir des argu-^
ments sur les questions où ils sont peu nombreux.
PLAN
DES RÉFUTATIONS
DES SOPHISTES.
PREMIÈRE SECTION.
ESPÈCES DIVERSES DES PARALOGISMES.
Une réfutation sophistique est celle qui paratt
seulement réfuter , mais qui, au fond, ne réfute
pas. Elle n'a pour elle que l'apparence , comme
ces gens qui n'ont de la santé que les dehors ,
comme ces métaux trompeurs qui n'ont de l'or et
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xxxvin PLAN DES RÉFUTATIONS
de Targent que l'éclat. La véritable réfutation est
celle qui contredit vraiment la conclusion d'abord
avancée. La fausseté de la réfutation tient le plus
ordinairement à une équivoque purement ver-
bale. Mais ces réfutations ne sont qu'à l'usage
du sophiste, c'est-à-dire du faux sage, qui veut se
donner l'extérieur de la science et de la vertu ,
afin de tirer un lucre des prétendues qualités qu'il
n'a pas. Pour atteindre son but, il a deux moyens :
cacher d'abord les ruses honteuses qu'il emploie,
et, en second lieu^ donner à son adversaire, du
moins à l'apparence, les torts de raisonnement
qu'il a lui-même.
11 n'est pas besoin de dire que l'argumentation
sophistique est la dernière de toutes; car elle ne
se propose ni, comme l'analytique, d'instruire
l'interlocuteur en le conduisant au vrai ; ni comme
la dialectique, de l'éclairer par le probable ; ni
même d'essayer ses forces. Elle ne se propose que
de le tromper ; le syllogisme qu'elle fait est pu-
rement contentieux.
On peut dire que le sophiste poursuit toujours
l'une de ces cinq choses : ou il veut réfuter son
interlocuteur et l'amener à se contredire ; ou il
veut le pousser à soutenir une thèse fausse, ou
tout au moins paradoxale ; ou il veut le contraindre
à faire des fautes de langue, des solécismes ; ou,
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DES SOPHISTES. xxxïx
enfin , il veut l'amener à de vaines et ridicules re^
dites. On sent que, de ces cinq objets, c*est sur-
tout le premier que le sophiste recherche avec
ardeur.
Les réfutations sophistiques sont de deux es-
pèces : ou purement verbales, ou en dehors des
mots. Les réfutations fausses et purement ver-
bales viennent : de Thomonymie, quand on fait
équivoque sur les divers sens d'un mot : de l'am-
phibologie, quand on fait équivoque sur les di-
vers sens d'une phrase : de la composition^ quand
on réunit des mots qui devraient être séparés: de
la division, quand on sépare des mots qui de-
vraient être réunis: de la prosodie, quand on pro-
nonce ou qu'on écrit un mot avec une inflexion
qui en dénature le sens ordinaire : enfin , de la
forme même du mot, quand, sur la foi d'une
simple terminais^ , on change le genre et la na-
ture grammaticale du mot.
Les paralogismes en dehors des mots, et qui
ne viennent pas d'une erreur verbale, ont lieuse-
ion qu'on les tire : de Taccident, quand on suppose
que les attributs d'un sujet doivent être aussi les at-
tributs de tous les accidents de ce sujet : de la con-
fusion de l'absolu et du relatif, quand on prend
pour vrai absolument ce qui n'est vrai qu'en partie:
4e l'ignorance de la réfutation , quand on ne sait
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XL PLAN DES RÉFUTATIONS
pas d'une manière très-précise ce qu'est le vrai,
syllogisme^ la vraie réfutation : de la pétition de
principe : de la consécution erronée de certains
termes y que Ton croit, à tort, réciproquement
conséquents l'un de l'autre , erreur qui se repro-
duit bien fréquemment en rhétorique et même en
philosophie : de la méprise sur la cause de la con-
clusion , quand on réfute une proposition comme
si elle produisait la conclusion fausse, tandis que
c'est une autre proposition qui la produit : enfin ,
de la réunion de deux questions en une seule,
quand elles devraient l'une et l'autre être dis-
tinctes et séparées.
On peut, du reste, ramener tous les paralo-
gismes à une cause unique : l'ignorance de la ré-
futation , la troisième de celles que nous avons
énumérées en dernier lieu. Verbales ou réelles,
les réfutations sophistiques ne paraissent réfuter
que parce que l'interlocuteur ne se rend pas bien
compte de ce qu'est la réfutation. Qu'on définisse
ce qu'on doit entendre par réfutation , et l'on
verra sur-le-champ la. fraude peu loyale dont on
est victime. Qu'on parcoure une à une toutes les
espèces de paralogismes, et l'on se convaincra
que toutes peuvent être repoussées par une dis-
tinction exacte sur ce point.
On peut rapporter à cette cause unique, non
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DES SOPHISTES. xu
pas seulement les syllogismes irréguliers et faux
par la forme, mais tous les syllogismes faux par
la matière^ c'est-à-dire^ tous ceux où les proposi*
tioDS ne sont pas vraies* Au fond, la réfutation
sophistique , fausse comme elle Test , n*en peut
devenir une que par la faiblesse ou l'ignorance
de l'interlocuteur, qui concède à son déloyal ad-
versaire ce qu'il ne devrait pas lui accorder.
Chaque science a des réfutations qui lui sont
propres, comme elle a des syllogismes qui ne sont
qu'à elle. Autant de réfutations possibles que de
syllogismes : c'est-à-dire que les réfutations sont
en nombre infini. Mais ces réfutations sont vraies,
tandis que celles des sophistes sont complètement
fausses.
Fausses ou vraies, les réfutations ne s'adressent
jamais uniquement aux mots , comme quelques-
uns le soutiennent ; du mot , elles vont jusqu'à la
pensée. Elles peuvent bien s'appuyer seulement
sur les mots, ainsi que nous l'avons fait voir, mais
elles vont au-delà. Et d'une manière générale, la
réfutation porte à la fois sur la pensée tout a ssi
bien que sur les expressions qui la font com-
prendre.
11 faut du reste distinguer avec soin les para-
logismes qui se forment dans chaque science par
des principes qui, tout faux qu'ils sont^ appar-
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XLH PLAN DES RÉFUTATIONS
tieiment cependaDl à cette science y et les para-
logismes qui ne viennent que de principes com-
muns. Ces derniers sont les plus ordinaires parce
qu'ils sont è la portée même des gens les moins
éclairés.
Tel est le premier objet que se propose le so-
phiste : la réfutation apparente de ses interlocu-
teurs.
Le second et le troisième , c'est de les amener
k soutenir le faux, ou tout au moins un paradoxe.
Pour y parvenir, le sophiste laisse d'abord la thèse
dans le vague, et n'en précise ni les termes ni le
sujet; puis il multiplie tant qu'il peut ses inter*
rogations; il feint dé vouloir s'instruire par les
réponses qu'on lui fait, et séduit ainsi la bonne
foi du novice auquel il s'adresse. Il s'appuie, pour
faire accepter le paradoxe, sur les opinions sou-
vent contradictoires des philosophes , sur la dis-
tinction des intentions et des paroles, surtout sur
la distinction , si chère à tous les sophistes, de la
nature et de la loi , sur l'opposition des sages et
du vulgaire, dont les uns ne suivent que la vérité,
et dont les autres obéissent aveuglément à l'opt*
nion.
La tautologie , quatrième écueil sur lequel les
sophistes poussent leur adversaire , tient surtout
à lajctmlusion des relatifs. Gomme aussi, les fautes
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DES SOPHISTES. xLin
de langue, les solécismes tiennent le pins souvent
à la confusion des genres , laquelle est surtout
facile ayec le pronom neutre démonstratif, qui
s^adresse encore tout aussi bien au masculin et
au féminin.
Il est bon aussi de voir quelle est la méthode
que suit le sophiste dans ses interrogations, afin
de se mettre en garde contre ses pièges : prolixité
de l'exposition , rolubilité de paroles , provoca-
tion à rinjteriocttteur pour le mettre hors de lui
par l'impatience ou la colère , désordre, dissimu-
lation, emploi de propositions qui n'ont pas été
formellement concédées , distinctions captieuses,
déplacement de la discussion, etc.^etc. : tels sont
les moyens mis en œuvre parle sophiste, et contre
lesquels il faut nous savoir défendre*
DEUXIÈME SECTION.
SOLUTION DES PARALOGISME^
Savoir résoudre les paralogisnieSy est utile «on
pas seulement contre les sophistes : k philosophie
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XLiv PLAN DES RÉFUTATIONS
elle-même peut y profiter. On connaît mieux les
choses quand on sait ainsi connaître les mots ; et
l'on se trompe moins soi-même dans ses études
personnelles y quand on sait ainsi réfuter les er-
reurs des autres.
Il faut bien se dire que , de même que la réfu-
tation y la solution peut être vraie ou seulement
apparente; et cette dernière, tout imparfaite
qu'elle est, doit être aussi quelquefois employée
contre les sophistes. La réfutation, quQnd elle est
véritable, est par cela même insoluble. La vraie
solution consiste le plus ordinairement à faire
dès le début les distinctions nécessaires : et c'est
un soin de la plus haute importance devant le-
quel il ne faut jamais reculer, etc., etc.
11 faut, pour donner la solution vraie, regarder
d'abord à la forme du syllogisme , et s'assurer
qu'elle est bien régulière: puis ensuite au fond^
et s'assurer s'il est faux ou vrai. On doit, du
reste , être aussi rapide que possible dans la dis-
cussion y et s'habituer à trouver sur-le-champ la
solution convenable, sans accorder à la réflexion
un temps que le sophiste ne manquerait pas de
mettre à profit.
Lesparalogismes par homonymie sont faciles à
résoudre, que l'erreur soit d'ailleurs dans les pré-
misses ou dans la conclusion , en montrant que
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DES SOPHISTES. xtv
le sophiste a fait porter la réfutation sur un seuls
dont il n'était pas question .
Pour la combinaison et la division , il suffit de
diviser les mots quand le sophiste les réunit , de
les réunir quand il les divise.
Les paralogismes de prosodie sont plus rares ;
mais on les résout aussi aisément en faisant les
distinctions convenables, d'après la prononciation
diverse des mots.
On résout ceux qui tiennent à la forme gram-
maticale des mots, en rétablissant les genres véri-
tables des choses que le sophiste confond à des-
sein, en séparant les catégories qu'il mêle par
une simple analogie dans les terminaisons, etc. ,etc.
En général , pour les paralogismes de mots, il
suffit de toujours soutenir le contraire de ce qu'a
soutenu le sophiste.
Pour les paralogismes tirés de l'accident, la so-
lution consiste à nier que les attributs de l'acci-
dent appartiennent nécessairement au sujet de cet
accident. Cette statue , disent les sophistes , est à
vous; or cette statue est une œuvre, donc cette
statue est une œuvre à vous, elle est votre œuvre.
Ce chien , ajoutent-ils , est à vous : or ce chien
est père , donc il est père à vous , il est votre
père. Pas le moins du monde : cette statue, ce
chien ne sont œuvre et père que par accident :
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%Wî PLAN DES RÉFUTATIONS
donc FœQYre et le père ne m'appartiennent pas ^
mais seulement la statue et le chien m'appar-*
tiennent, etc., etc.
La solution des paralogismes formés par cooh
fusion de l'absolu et du relatif, s'obtiendra en dis?
tinguanl soigneusement Tun de Fautre. De ce
qu'une chose est limitativement telle chose, il ne
s'ensuit pas qu'elle est absolument. Ainsi, lenon^
être est concevable ; mais ceci ne veut pas dire
qu'il est, etc., etc*
Quand le paralogisme tient à l'ignorance de la
réfutation , il suffit de comparer la réfutation è la
thèse soutenue et de prouver qu'elle ne la con^
tredit pas réellement.
La pétition de principe est résolue par cela
même qu'on la signale.
Pour la consécution erronée, il faut faire voir
que le sophiste raisonne , en effet , d'après cette
consécution, qui n'est point exacte. On peutcon*
dure de l'existence de l'antécédent à l'existence
du conséquent, et de la destruction du conséquent
à celle de l'antécédent; mais on ne peut récipro-
quement conclure de l'existence du conséquent à
celle de l'antécédent, ni de la perte de l'antécé-
dent à celle du conséquent.
Pour prouver qu'on s'est attaché a une cause
fausse, à une cause qui n'est pas cause, on n'aura
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DES SOPHISTES. xLvti
qu'à montrer^ que, même en enlevant cette pro*
position, la conclusion n'en subsiste pas moins.
Pour la confusion de plusieurs interrogations
en une seule, il suffît de les distinguer les unes dçs
autres, et de répondre à chacune séparément.
On évitera les répétitions inutiles et ridicules,
en montrant que le mot isolé n'a pas la mémo
signification que lorsqu'il est réuni à d'autres.
On évitera les solécismes en distinguant avec
soin les genres et les cas.
Il ne faut pas, du reste, s'y méprendre : si quel^
ques paralogismes sont grossiers et faciles à ré*
SQudre, il en est dont la solution est extrêmement
difficile. On voit bien que le raisonnement est
faux; mais en quoi est-il faux? c'est ce que sou-
vent on ne saurait dire. Les plus embarrassants
sontceux qui soulèvent le plus de doutes, etc. ,etc.
TROISIEME SECTION.
RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA LOGIQUE.
Nous voici maintenant arrivés, non pas seule-
ment à la fin de cette étude sur la sophistique ,
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xLViii PLAN DES BÉFUTATIONS, ETC.
non pas seulement à la fin de nos études sur la
dialectique, mais à la fin de toutes nos re-
cherches sur la science du raisonnement. Ces re-
cherches ont été bien longues^ elles nous ont
coûté bien des labeurs et bien du temps; car per-
sonne ne nous avait frayé la route; et nous n'a-
yions point ici, comme pour Tart de larhétorique,
des travaux antérieurs aux nôtres. Nous avions
tout à faire. Que ce soit notre excuse pour les
lacunes que notre ouvrage doit encore présenter;
que ce soit notre titre à la reconnaissance de
tous ceux qui nous liront, pour les découvertes
que nous avons faites, sans que d'autres mains les
eussent préparées.
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TOPIQUES,
LIVRE PREMIER.
DE LA DIALECTIQUE.
^VnnOKS MALBCTHKfBS.— DBS IKSTBVMBHTS
VIALBCTHKJSS.
CHAPITRE PREMIER.
Objet de la Dialectique. — Du Syllogisme en général : de la
Démonstration : du Syllogisme dialectique. — Distinction
des propositions vraies et des propositions probables. —
Du Syllogisme éristique. — Du paralogisme. — Caractère
de ces considérations préliminaires.
§ I. T^ but de ce traité est de trouver une méthode
à Taide de laquelle nous puissions faire des syllogismes
Topigiiet, la^Topiqnes sont cités
par Aristoce Itti-méme, Iferm^fMto,
eh. 11, % % et FrmntêrM Ânâi^i-
9tief, liv. 1, ch. 1, ft 6, sans parler
des nonibreoses citations faites dans
la Rbétorique. Thèopbraste, Gicé-
KM»Aleiaiidred*Aphrodi8e, ont es-
sayé de définir ce qu'on doit en-
tendre par lieo dialectique, et con-
aéquemment, parTopiqve on recueil
des lieoi oonnmns de dialectique.
Yolci la définition de Tbéophraste,
qu*on peut rapporter k ranteur
même de FOrganon, et que nous a
conservée Alexandre (Édit de Ber-
lin, lom. 4, p. t5a, a, et 963, b) :
« Un lieu, dit Tlièophraste, est un
« principe ou un élément d*où nous
«tirons les principes de chaque
« question, déterminé dans sa dr-
« conscription totale, mais indé^
«terminé pour les cas partieu*
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2 TOPIQUES.
sur toute sorte de questions données, en partant de
propositions simplement probables; et qui nous ap-
prenne, quand nous soutenons une discussion; à ne
rien avancer qui soit contradictoire à nos propres
assertions.
§ a. D'abord il faut dire ce que c'est que le syllo-
gisme, et quelles en sont les différentes espèces, afin
qu'on distingue ce que c'est que le syllogisme dialec-
tique : car c'est de lui que nous nous occupons dans la
présente étude. § 3. Le syllogisme est donc une énon-
ciation dans laquelle, certaines propositions étant po-
sées , on conclut nécessairement une proposition diffé-
rente des propositions admises, à l'aide de ces proposi-
a liers. • CicéroB dit au début même
de ses Topiques, qui ne devaient
être dans son intention première
qu^un abrégé de ceux d*Aristote,
fait pour son ami Trébatius comme
on sait, « qu^un lieu est un fonde-
a ment (sedes) d*aifument, et Tir-
« gument est une raison qui doit
« faire croire une chose douteuse. »
^plin Alexandre dit, en se référant
en partie à la définition de Théo-
phmste, que « le lieu est un firln-
a cipe ou point de départ d'argu-
« ment; et qu'on doit entendre par
« argument le syllogisme dialeo-
a tique. » Pacius donne avec rai-
son la préférence à la délinition de
Théophrasle. Celle de Cicéron est
trop générale. (Voir mon Mémoire
sur la logique, tom. 1, p. 110.)
Livre premier. Alexandre d'A-
pbrodise, si Ton en croit deux ma-.
Duscrits de notre Bibliothèque
foyale, cités par Tédition de Ber-
lin , page ssa, a, a rappelé que le
premier livre des Topiques portait
le titre partlcullar de : « Prélimi-
naireaaux lieux communs.» Alexan-
dre ne donne pas cette opinion
comme étant la sienne, mais comme
étant celle de quelques auteurs:
elle se rapporterait d^aillean à une
indication toute pareille qui se
trouve dans le catalogue de Dio-
gène de Laërtc, liv. 5, chap. 1,
KCC 11.
§ 1. /)« propositions simple-
ment probables^ c'est là ce qui dis-
Ungiie la dialectique de Tanily-
iique, qui ne doit jamais tirer tes
démonstrationft que de principes
vrais.
S 3. £0 eyliogismê esi doue...
C'est la déSnlUon du syllogisme
d^à donnée dans les Premiers Aim-
ly tiques, liv. 1, ch. 1, 8 S. Elle est
répétée mot à rad ici, sauf uae
difféieace inrigniâmle.
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LIVRE I, CHAPÏtRE I. 8
trions elles-méihés; $ 4* C'est une dëmonstration quan4
ie syllogisme est forme de propositions vraies et primit-
tSveSy ou bien de propositions telles quelles puisent ta
certitude qu'elles portent avee < Iles dans des propotir
tions primitive» et vraies. § 5. Le syllogisme dialao*
tique est celui qui tire sa conclusion de propositions
simplement probables. $ 6. On entend par vraies et
primitives les propositions qui portent leur certitude
en elles-mêmes^ et ne l'empruntent point h d'autres
propositions : car il ne faut pas, pour les principes qui
doivent nous donner la science ^ avoir à en rechercher
le pourquoi. Il faut au contraire que chacun de ces
principes soit de lui-même parfaitement certain. § 7. On
appelle probable ce qui paraît tel, soit à tous les
hommes, soit h la majorité, soit aux sages; et parmi les
sages, soit à tous, soit à la plupart , soit aux. plus illustres
et aux plus croyables. $ 8. I^e syllogisme contentieux
est celui qu'on tire de propositions qui semblent pro-
bables, et qui cependant ne le sont pas. Ce n'est qu'un
semblant de syllogisme celui qu'on tire de proposition^
% Â, Cê9t ufM démonstration^
voir les EkmierM Anai^tiquêê ^
paaBîiD, et scirlout liv. 1, cb. 6, où
celte théorie est dévelop|)éc.
0 S. £# iyUogiêmê dialeetiqu*^
Voir U difTérenoede U proposition
démonstrative et de la proposition
dialectique , Premieri AnaJyti-
fiMf, liv. l,cb. 1,^6,
S S. £0 êyllogisme contentieux.
Voir une définition toute pareille,
Réfutations des Sophistes, cb. %
6 S. L^eiposition d'Aristote n'est
pas tel très-elaire : j'ai iradait a-
dèlement; mais la pensée reste
obaonve m dn moins fort eqilw»-
rassée. En rapprochant ce passage
de celui des Réfutations' des So^
phiâtes et dn Gommenulre d'i»-
iuxandre, on voit qu'A ristote dis-
tingue deux espèces de syllogismes
contentieux, Fun régulier dans ta
forme, Tautra irrégulier; Tun et
l'autre d'ailleurs partant de prin-
cipes qui semblent probables, mais
qui ne le sont pas, comme on le re-
connaît en y regardant avec plus
d'attention.
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4 TOPIQUES.
probables ou qui semblent probables ; car ce qui paraît
probable n'est pas toujours probable. Du reste rien de
ce qu'on appelle réellement probable n'a une apparence
purement superficielle de certitude, comme c'est le cas
pour les principes des raisonnements contentieux ; car
le plus souvent ici le caractère de fausseté se révèle sur-
le-champ, même à une médiocre attention. Ainsi donc
que le premier des syllogismes contentieux dont nous
avons parlé soit aussi appelé syllogisme , mais que
l'autre soit appelé syllogisme contentieux et non pas
simplement syllogisme, puisqu'il paraît conclure et que
de fait il ne conclut pas.
§ 9. Outre ces syllogismes dont on vient de parler,
il faut distinguer encore les paralogismes qui se forment
des principes propres à certaines sciences, comme dans
la géométrie et dans les sciences qui sont du même
genre qu elle. Cette sorte de syllogismes paraît différer
des syllogismes jusqu'ici nommés. En effet celui qui
trace des figures fausses ne tire ses conclusions ni de
propositions vraies et primitives, ni de propositions
probables: car les propositions qu'il emploie ne rentrent
pas dans notre définition , puisqu'elles ne sont accep-
tées comme telles ni par tous les hommes, ni par la ma-
jorité , ni par les sages ; et en s'en tenant à ces der-
niers, ni par la majorité, ni par les plus croyables d'entre
eux. Pourtant le géomètre tire son syllogisiiie de don-
nées qui sont bien propres à la science dont il s'agit ,
mais qui ne sont pas vraies : car il fait son paralogisme,
soit en traçant des demi-cercles autrement qu'il ne faut^
S 9* Porolo^'fme, voir ikmiert Analyti^u9$^ IW. l,cb. 19, S 9.
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LIVRE I, CHAPITRE II. 5
soit en tirant certaines lignes là où elles ne doivent pas
être tirées.
§ 10. Ainsi donc, que les différentes espèces de sylkn
gismes soient celles que nous avons dites, pour nous en
tenir à une simple esquisse. Que ces généralités sur les
syllogismes dont nous avons parlé et sur ceux dont
nous parlerons plus tard, se bornent à ce que nous ve-
nons de dire; car nous ne prétendons pas donner une
théorie complète de chacun d'eux, mais nous ne vou-
lons que les indiquer par apperçu, croyant qtiHI est
très-suffisant pour le traité actuel de fournir les moyens
de les distinguer tellement quellement les uns des
autres.
CHAPITRE IL
Utilité de la Dialectique H "^ pour rezercice de Tesprit;
2* pour les discussions; 3<* pour racquisition philoso-
phique de la science, et la connaissance des principes.
§ I. La suite de ce qui précède, c'est de dire à com-
bien de choses et pour quelles choses ce traité peut être
S 10. Une iimplé e$qui$$é,... eé$ tard^ dans les Béfutatiom âe$ So"
ffénéraliiéij „,$e bornent, . . . fKir ap- phist9$,
perçu... Toutes ces questions ayant S 1. C« traité peut être vNttf,
été exposées tout au long dans les Aristote n*a point placé la dialeo-
Premiert et Dernière Anaiytiquee, lique aussi haut que Ta fait Platon»
il suffit de les rappeler brièvement mais il tient à prouver qu*elle est
ici. — Dont noue parleront plue loin d^ètre inutile.
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9 :: . TOPIQUES.
ulile« 1 a. U peiit être boa. de trois manière^ : d'abord
comme exercice, puis pour les conversations , et enfin
ppUr rabquisition philosophique de la science. § 3. U est
clair de soi-même qu'il est utile comme exercice : car,
inunis d'une méthode ^ nous pourrons bien plus aisé-
ment aborder le sujet mis en question^ quel qu'il soit.
§ 4* U est utile aussi pour les conversations, parce
qu'en tenant compte des opinions de nos interlocuteurs,
UQUf pourrons 9 en discutant avec eux, les entretenir,
.j|on d'opinions qui leur soient- étrangères, mais de
leurs opii;»iotis propres ^ écartant d'ailleurs toutes les
ftrreqrs qu'ils nous sembleraient avpir commises. $ 5. Il
est utile enfin pour nous procurer Pacquisition philoso-
phique de la science, parce que pouvant discuter la
question dans les deux sens , uous verrons plus aiso-
S s. Comme 9x$reicê^ Alexandre
fait observer avec raison que, dans
UB temps où les livres éUlént nh!^
les luttes tout orales étaient de
très-imporianis moyens d^enseigne-
ment. C*élaitpar-!à seulementqu*on
pouvait ap))rendre quels sont les
argumistiis géitéraut (lour et contre
une thàn donnée. Aristote et Tfaéo-
pbraste ont écrit ensuite des ou-
vrages sur ce sujet spécial, où les
Misons iionr tttaquelr ou sonienir
une thèse sont développées (oui au
lobg. Ces oiivrages ne sont matbeu-
reusement pas venus jusqu'à nous :
mais Alexandre parait encore lea
posséder. Le catalogue de biogène
les désigne à Tartide d*Aristote et
ie Tbéopbraste, sous les titres de :
« Arguments contentieux, SoluUons
contenUeuses, Mémorial de l'inter-
locuteur 4ui attaque , Objections »
ProposiUons contenUeuses, Argu-
mcDis, Thèses propres à fournir
des arguments, Combat de la théo-
rie propre aux raisonnements con-
tentieux, etc., etc. » Quciqiics-uiis
de ces ouvrages devaient être con-
sidérables, si Pon en juge pai* le
nombfe des livrés dotit ils àe com-
liosaieni d'après le oatologue —
Pour les conversatiotiM de la vie de
chaque jour, dans lesquelles il faut
savoir se mettre à la poticc de ses
interlocuteurs, comme le remarque
Alexandre, kans remonter aux vrais
principes qu*ils ne corn prend nient
pas, et en s'en tenant à des opinions
si mptement probables. Voi r plu» i)as,
8 4. — Vacquisiition philosophie
que de la scfence; il s'agit de la
physique, de la morale, de la logi-
que et de la métaphysique suivant
Alexandre. Ceci pi- ut s'entendre
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LIVRE I, CHAPITRE IL 7
ment ce qui est vrai et ce qui est faux. § 6. En outre
nous pourrons^ à Taide de cette méthode, connaître les
éléments primitifs des principes de chaque science ; car
les principes spéciaux de la science dont on s'occupe
ne peuvent absolument rien nous apprendre sur ces
éléments primitifs, puisque ces éléments sont les pre-
miers principes de tout, et qu'on est réduit nécessaire-
ment pour eux à les étudier chacun à part, d'après les
propositions probables qui les concernent. Or, c'est là
l'objet propre de la dialectique, ou du moins c'est à elle
qu'il appartient le plus spécialement; car, investigatrice
comme elle l'est ^ elle nous ouvre la route vers les prin-
cipes de toutes les sciences.
d*une manière plas générale, comme
le commeniateur lui-même le re^
marque plus loin. Toute oonnais-
sance sur un sujet quelconque est
philosophique quand x)n est re-
monté jusqu'aux vrais principes,
aux élémenls primordiaux.
S 6. En outrêy vuici une qua-
trième utilité, bien qu*Arlstote
n*en ait indiqué que trois un peu
phis haut; mais cette qttfttrième
rentre dans la troisième dont elle
n'est qu'une partie, comme le re--
marque Alexandre. •*- Vtfbjtt pro-
pr$ de la dialectique, voir dans les
Derniers A fMly tiques f\\y. 1, ch. 11,
$ 6, un passage tout à fait analogue,
uii le rôle assigné à la dialectique
n*est pas moins considérable : c'est
l>ar ellequ'on peutarriver à la d<^cou.
verte des principes. Elle est placée
presqa'au niveau de la métaphysi-
que : et dans ce sens, Platon ne
relevait pas plus haut. C'est là
aussi ce qui &it que Cicéron ap-
pelle la topique, inventionis artem.
Les premiers principea sont par
eux-mêmes indémontrables, c'est-
à-dire qu'ils ne dérivent pas de
principes supérieurs. L'analytique
les accepte ; elle s'en sert pour les
démonstrations qui font sa force:
mais, en les subissant, elle ne les
explique pas. On peu! cependant
quelquefois les révoquer en doute ,
les attaquer; c'est à la dialectique
de les défendre et de les entourer
de tous les arguments probables
qui les éclaircissent et les confir-
ment. Elle ne les prouve pas : mais
elle sait remonter jusqu'à eux, et
elle fait voir quelle en est la certi-
tude. Elle ouvre la route^ comme
leditAristote.
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TOPIQUES.
CHAPITRE 111.
Perfection possible de la Dialectique : exemples de la rhéto-
rique et de la médecine.
$ j. Nous aurons cette méthode parfaite , quand
nous aurons fait pour elle quelque chose de semblable
à ce qu'on a fait pour la rhétorique^ la médeciue et
les sciences de ce genre, c'est-à-dire, quand nous aurons
accompli autant que possible la tache que nous nous
imposons; car l'orateur ne persuade pas, le médecin
ne guérit pas de toute manière; mais s'il ne néglige
rien de ce qu'il lui est possible de faire, nous disons
qu'il possède suffisamment sa science.
C$ qu'an fait pour la rhéiariquê^
la nMecine. L*onleor ne pemitde
pas toujours, le médecin ne guérit
pas toi^ours; et cependant, malgré
leurs refers, Tun peut être excel-
enl orateur, Tauire excellent mé-
decin ; et c*e8t i la condition de
parfidtenient Tari que
chacun d*eux cultive. Bt de même
pour le dialecticien qui n*arrive
pas toujours à convaincre son in-
terlocuteur, mais qui n*en est pas
moins un bon dialecticien, s'il sait
parfoiteneat la dialectiqM.
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LIVRE I, CHAPITRE IV.
CHAPITRE IV.
Objets divers des raisonnements dialectiques au nombre de
quatre : -1^ le genre ; 2"* la définition; 5^ le propre ; Â^ Tac-
cident. — Rapports et différences de la proposition et de
la question.
$ I. D'abord il faut voir quels sont les éléments
d'où Ton peut tirer cette méthode. Si en efTet nous
savions à combien de choses et à quelles choses s'ap-
pliquent les raisonnements dialectiques, de quels élé-
ments on les tire et comment on peut toujours en avoir
à sa disposition , nous aurions suffisamment atteint le
but que nous nous proposons ici.
$ a. Les éléments dont on tire les raisonnements
%i. Si en êffêi nou$ $avian$...
Voilà les trois parties dont se com-
pose la dialectique, et qui sont
développées dans la Topiqae d* Ana-
tole, 8ui?ant Tordre même qu'il in-
dique ici : d eoffiMèn de ehotês^
voilà le premier livre ; âê queli éU-
mnUi un Um tiret voilà les lieux
dont rensemble forme la topique
{NTOprement dite, et qui sont déve-
loppés dans les six livres suivants ;
comment on peut en mtoir lott-
jours à Mû éispùêitton, voilà le hui-
tième livre.
S s. Les élimenti dont an tire.,,
Uê élémente pour teequeie, on dis-
cute au moyen de proporitions : on
discute poor résoudre les ques-
tions : les propositions sont donc le
moyen ; les questions sont le but.
— TVmfe propo^tfïon, toute ques-
tion ^ la proposition n*est que la
forme même de la question : et en
ce sens elles peuvent être confon-
dues runeavec Tautre. — Le genre
ou le propre ou Faoeident^ avec
les deux parties dans lesquelles se
divise le propre, voilà les quatre
seules questions que la dialectique
poisse se proposer, et auxquelles
seuls seront appliqués tous les lieux
qui remplissent les six livres, du
premier au septième inclusivement.
— Placer la diffirenee sur la
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10 TOPIQUES.
dialectiques sont en même nombre que les éléments
pour lesquels on fait des syllogismes et se confondent
avec eux. Les raisonnements dialectiques viennent des
propositions. I^s éléments pour lesquels on fait des
syllogismes sont précisément les questions à résoudre.
Toute proposition , toute question exprime ou le genre
de la chose, ou le propre ou Taccident; car il faut pla-
cer la différence sur la même ligne que le genre en tant
qu^elle appartient au genre. Quant au propt*e^ comme
tantôt il exprime l'essence de la chose, et que tantôt il ne
Icxprime pas, il faut le diviser en ces deux espèces que
nous venons de dire; et que Tune, qui exprime Tessence
de la chose, soil nommée définition, et que Tautre reste
appelée propre, du nom commun donné à toutes les
deux. Il résuite donc évidemment de ce qui précède
que, d'après la division ici admise, il y aura quatre
choses en tout à considérer : le propre^ la définition ^
le genre, et enfin l'accident de la chose.
§ 3. Qu'on ne croie pas du reste que nous disions que
même ligne que 1$ genre^ U diffé-
rçncti pcal fournir des propositions
et des questions; mais elle rentre
dans le genre auquel elle appar-
tient, et dont elle dilTôre, comme
le dit Ale^ndre, parce qu'elle n*est
pas comme lui attribuée essentiel*
lement au si^et. Quant à l'espèce,
dont ne parle pas Aristote, elle se
confond, soit avec le genre, quand
elle est considérée reUtîvement
aux individus, aux termes infé-
rieurs qu'elle renferme ; soil avec
le sujet, quand elle est considérée
relativement ani termes supérieurs
qui la compreoaeBl. Ainsi, le pro-
pre, la délinition, le genre, Taoci*
dent, voilà les quatre questions
dialectiques auxquelles s'appliquent
toutes les ressources de la topique*
CIcéroB u'a point insisté sur cette
division qui eai essentielle cepen-
dant dans l'ouvrage qu'il se don-
nttit la peine d'analyser. La dialec-
tique ue a*oocupe donc pas du su-
jet : elle ne s'occupe que de Taltri-
but sous les diverses espèces qu'il
peut présumer ; et de là viennent,
sous forme de propositions , les
questions qu'elle se pose.
i 8. Ch0cwM dé CM eh9êe$t priée
à elle aauls, n'est qu'un mot : pour
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LIVRE I, CHAPITRE IV. Il
chacune de ces choses prise à elle seule forme une pro-
position ou une question ; nous prétendons seulement
que c'est de là qu'on tire et les propositions et les ques-
tions.
§ 4- I^ proposition et la question diffèrent unique-
ment dans la forme. Si l'on dit par exemple : animal
terrestre et bipède, est-ce bien là là définition de
Fhômme ? L*anîmal est-il bien le genre de l'homme?
on fait une proposition. Mais si l'on dit : l'animal bi-
pède terrestre, est-ce ou n'est-ce pas là la définition de
l'homme ? ou bien animal est-il le genre de Thomme ou
ne l'esUil pas? on fait une question : et de même pour
tout autre cas. Ainsi donc, on le voit, les propositions et
les questions sont égales en nombre : car, en changeant
seulement la forme d'une proposition, on en fera tou-
jours une question.
devenir question ou proposition, il
fâot, comme le dit Aleiandre,
qu'elles reçoivent certains déve-
loppements, certaine expression.
g I. Lu proposition et la qtiu^
liofi..^ Cette diflérence a été indi-
quée d*one manière plus claire
dans les Dernien Analytique$ ,
liv. 1, chap. 1, S S, où les Topiques
sont rappelés, par allusion peut- être
i ce passage même. Sous la fbrme
oh Arisiote présente ici la proposi-
tion, on serait tenté de la confon-
dre avec la question, pnrce que
celte forme est interrogative, et
semble admettre une n*ponse dans
Tun ou Tautre sens. Il n*en est
rien cependant : la véritable diffé-
^nce de la proposition à la ques-
tion, c*est que la première résout
dans un sens déterminé le sujet
qu*on discute, tandis que la seconde
est incertaine et (kit dépendre la
solution qu*elie emploie de la ré-
ponse de Tinterlocuteur. La pro-
position est, on peut dire, la ques-
tion tranchée : la vraie question est
indécise. L*alternaiive exprimée
formellement par Aristote dans les
exemples qu*il cite, indique cette
incertitude. Le mot grec" do pro-
blème, que j'ai toujours rendu par
question^ serait peut-être plus clair
dans certains cas. Pu reste, Alexan-
dre a bien vu que la différence de
la proposition et de la question ne
consistait pas uniquement dans ta
forme, comme le prétend Aristote :
« La question , dit-il , comprend
« aussi la contradiction : la propo-
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12 TOPIQUES.
CHAPITRE V.
DéOniUon des quatre termes dialeeUques : 1** La définition
est ce qui exprime ressence de la chose : de Tidentité ou
de la diversité des choses.
2* Le propre est ce qui n'appartient qu'à la chose seule :
propre temporaire , propre relatif. Le propre et la chose
peuvent être pris réciproquement l'un pour l'autre.
5* Le genre est Tattribut essentiel des espèces différentes :
question de l'identité on de la diversité des genres.
4'' L'accident est l'attribut qui peut être ou n'être pas a la
chose : l'accident peut devenir un propre temporaire ou
relatif.
§ I. Il faut dire aussi ce que c'est que la définition,
le genre , le propre et Taccident.
§ a. La définition est une énonciation qui exprime
Tcssence de la chose. Or, Ton peut donner une énoncia-
tioa de ce genre pour expliquer un seul mot, ou bien
une énonciation pour expliquer une autre énonciation;
car il est possible de définir encore quelques-unes des
choses qui sont déjà expliquées par une énonciation de
«sition se décide pour Tune des Pwr expliquer umeul moi, \e dé"
«deux parties de la contradio- fini peut être représenté par un
« tion. » seul mot, et c*est le cas le plus ur-
g 9. £a définition Bit une inon- dinalre; on il peut être représenté
eiatiany voir au livre 9 des 2^- par une proposiUon tout entière :
nieri AnaiytiqueSy ch. 10, la défi- c'est ce qu'entend Aristote quand U
nition delà définition : elle est ana- dit : a Une inondation pour es^
logue à celle qui est donnée ici. — pl^^tur une inondation. »
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LIVRE I, CHAPITRE V. 13
cette espèce. $ 3. Quaad donc on donne Texplication
cherchëe au moyen d'un simple nom de quelque façon
que ce soit, il est évident qu'on ne donne pas par là la
définition de la chose , puis que toute définition doit
être une éaonciation développée. On doit cependant
admettt*e qu'il y a réellement définition dans les cas
pareils à celui-ci : le bien est ce qui est convenable.
$ 4* £^ de même c'est une définition que Ton fait, quand
on demande si la sensation et la science sont une même
chose ou des choses différentes; car, dans les défini-
tions, connaître la similitude ou la différence des choses,
est ce dont on s'occupe le plus. Appelons donc , d'une
manière générale, définitions, toutes les propositions
qui ont le même but que les définitions. Or, il est évi-
dent de soi que les choses dont on parle ici sont toutes
de ce genre. En effet, du moment que nous pouvons
discuter une chose en prouvant qu'elle est identique à
une autre ou différente, nous pourrons aussi de la
même manière absolument nous occuper de trouver
des définitions. Ainsi , une fois que nous avons montré
que la chose n'est pas identique à la définition qu'on en
9 8. Au moffên d'un HmpU nom^ bres sont parfaitement identiques :
on pent définir d'un seul mot, mais si la définition représente exacte-
ce B*est pas une définition propre- ment le défini. — Le$ ehosês dont
ment dite ; car, en renversant les on parle iei^ les choses pour les-
termes, ce mot unique serait réel- quelles on discute Tidentité ou la
lement le défini, et non plus la défi- différence. — Tbéophraste, au rap-
nltion. port d'Alexandre, ne classait pas la
$1. Sila êêniotion êi la iciêneê question d'identité comme 8on mat-
ton^ uns mimé thoêê^ la quesUon tre : il la plaçait sons la question du
de Tidentité et de la différence est genre, comme la diflérenoe même,
le fond même de la définiUon; car, et non point sous la quesUon de la
dans toute définition, il s*agit tou- définition, ainsi que le fiait Aristote;
Jours de sfifoir si les deux mem- on nesaitlesmotifede Tbéophraste.
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U TOPIQUES.
donne, nous aurons détruit aussi cette définition. Mais
ici cependant il n'y a pas réciprocité pour le principe
que nous posons ; car il ne suffit pas, pour établir la dé-
finition, de prouver Tidentité de la chose, tandis qu'il
suffît, pour la renverser, de prouver que cette identité
n'existe pas.
§ 5. On appelle propre ce qui, sans exprimer Tes^f
sence de la chose , n'appartient cependant qu'à elle
seule et peut être pris réciproquement pour elle. Ainsi
une propriété de l'homme, c'est d'être susceptible d'ap'
prendre la grammaire; car, du moment qu'un être est
homme, il est susceptible d'apprendre la grammaire;
et, s'il est susceptible d'apprendre la grammaire, c*cst
qu'il est homme. En effet, on n'appellera jamais propi*e
à une chose ce qui peut être aussi à une autre : on ne
dira jamais, par exemple, que dormir soit propre à
l'homme, quand bien même il pourrait se faire que,
pour quelque temps, l'homme fût le seul être à exercer
cette faculté. Si donc on donnait comme propre une
qualité de ce dernier genre, ce serait non pas un propre
absolu, mais un propre temporaire et relatif. Ainsi être
a droite peut être la propriété d'une chose dans un
certain moment donné, un propre temporaire; être
bipède peut être un propre relatif, par exemple, de
l'homme relativement au cheval et au chien. Mais il est
évident que toutes les fois que l'attribut peut aussi être
% 5. Et peut être prit réd- car (în'ut point néûêMiaire..,pi*il
proquêmmt pour Wfo, c'est le ca- soit un homfM, oe qui devrait être
ncière prinei|Mil du propre. — Ce cependant, si ie propre de rhomme
fui peut iTri au$$i d une autre, le étaitdedomiir,si la faculté de dormir
propre doit être au sujet, et au su- était le propre de rbomme, eomnie
jet seul dont il est dit le propre ;— celle d*apprendre la gramaMirei
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LIVfiE I, CHAPITRE V. 15
à une autre chose , ii n'y a point de réciprocité possible:
car il n'est pas nécessaire, parce que cet être dort, qu'il
soit nn homme.
§ 6. Le genre est ce qui est attribué essentiellement
à plusieurs choses, lesquelles sont différentes par Fes-
pèce; et Ton doit entendre par attributs essentiel tous
les termes qu'on peut convenablement répondre qtiand
on demande pour le sujet en question ce qu'il est. Par
exemple, pour l'homme, si Ton demande : qu'est-ce que
le sujet en question? on peut convenablement ré-
pondre : c'est un animal. § 7. C'est encore une ques-
tion de genre que de savoir si une chose est dans le
même genre qu'une autre, ou si elle est dans un genre
difTérent ; car celte question tombe sous la même mé-
thode que celle qu'on applique au genre. Si nous avons
prouvé par la discussion que l'animal est le genre de
l'homme et qu'il l'est aussi du bœuf, nous aurons
aussi prouvé que l'un et l'autre sont dans le même
genre; mais si nous montrons pour l'un qu'animal en
est le genre, et pour l'autre qu'il ne l'est pas, nous au-
rons montré aussi que ces êtres ne sont pas dans le
même genre.
§ 8. L'accident est ce qui n'est rien de tout ce qui
S 7. Cêst «ticore une question laquelle Aristote donne la préfé-
de penrê ; on annit pn en effet rap- renoe. De ee que Tacddent est rat*
porter celle question à celle de tribut, qui peut être ou n'être pus
Tidentilé et de la différence qui au sujet indifféremment, il s^emuil
rentre dans la définition et non quMl n*y a pas sdonee de racc^
point dans le genre. dent, ni démonstration : c^est œ
% S. L'aceiâmt... n*9Mt rien â$ qui a été prouvé dans les Demierg
e« 9ttt prée^, première définition. Analytiques, liv. 1, eh, S, fi 1;
— Cesi eê qui peut être ou eh. i, fi 1 ; oh, fi et eh. 80, et Mé^
n'être fwf , seconde définition, à taphys. U?. 6, eh. s.
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16 TOPIQUES.
procède, ni définition , ni propio^ ni genre; c'est ce
qui est bien à la chose , mais qui peut être ou u*étre pas
à cette seule et même chose , quelle qu'elle soit. Par
exemplci être assis peut être et ne pas être à une seule
et même personne, et de même pour la blancheur; car
rien n'empêche qu'une même chose tantôt soit blanche,
et que tantôt elle ne le soit pas. § 9. Des deux définitions
de l'accident, la seconde est préférable, parce que la
première étant énoncée , il faut, pour la comprendre,
savoir préalablement ce que c'est que la définition, le
genre, le propre; la seconde, au contraire, suffit par
elle seule à faire connaître ce qu'est en soi la chose dont
il est ici question. § 10. L'on doit rapporteraussi à l'ac-
cident les comparaisons qu'on peut faire des choses entre
elles, toutes les fois que ces choses sont tirées do l'acci-
dent d'une façon quelconque. C'est, par exemple, une
question d'accident que de savoir lequel des deux est
préférable du beau ou de l'utile; de savoir laquelle est
la plus douce de la vie consacrée à la vertu ou de la vie
abandonnée au plaisir, ou telle autre proposition qui se
rapproche de celles-là; car, dans toutes les questions de
ce genre, il s'agit toujours de savoir auquel des deux
termes s'applique davantage l'accident qui sert d'attri-
but. § 11. Il est d'ailleurs évident de soi que rien ne
9 9. C0 91M c*e#( jfué la défini- comparaiaon s*adresse toujours à
fton, le genre, le propre^ puisqu'on raocideni; car le plus et le moios
a dit que TaccideDl n^élait rien de dont la comparaison s'occupe uni-
tout cela , et que la négation n*est queroent ne sont ni genre, ni dêll-
connue que par rafQmiatlon qui la nilion, ni propre : ils sont pure-
précède, Dernière Ânalytiqueê, ment accidentels ; ils peuvent être
llv. 1, cb. S5, 9 5. ou n'être pas au sujet.
^iO, Leieamparaitonê.„A\eiUk' S 11. Comme il eêt seul ateii,
drc remarqua avec raison que la Tédiiion de Berlin donne ici une
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LIVBE 1, CHAPITRE VI. \1
s'oppose à ce que Taccident soit un propre temporaire
ou relatif. Par exemple, éti*e assis, qui n'est qu'un acci'»
dent, peut devenir un propre temporaire quand queU
qu'un est assis tout seul; et, comme il est seul assis,
c'est un propre relatif par rapport aux autres qui ne le
sont pas. Ainsi , point d'obstacle à ce que l'accident ne
devienne un propre temporaire et relatif; mais, abso-
lument parlant, l'accident n'est pas un propre.
CHAPITRE VI.
Le propre , le genre et raecîdent peuvent se confondre en
partie avec la déânilion ; mais il faut les étudier chacun a
part ponr plus de clarté.
§ 1. Ayons soin de remarquer que tout ce qui se
rapporte au propre , au genre et à l'accident , pourrait
négatioo qu'elle empranle à un
seul nuDuscrit , et qui contredit
manifestement le sens. Ancnn autre
éditeur ne l^adopte, et <f est âvec
gnnde raison.
n (liut rapprocher toutes les défi-
nitions données dans ce chapitre de
celles qui sont données pour les
mêmes termes dans la MitaphyMi-
f««, IW. 8, cb. as et 30, genre et
accident; liv. S, ch. i et 8, et
Hv. 11, cb. %, accident, et liv. 7,
oh. la, définition. \\ faut les rap-
procher aussi de rintroduction de
Porphyre, cb. S, cb. 4, ch. 5 et
suiv.
S 1. Conùluré du motif gui
vient éTitrê donné, les arguments
qui détruisent le propre, le genre
et Taccident, détruisent également
la définition. On pourrait donc
considérer ces trois termes comme
des espèces de définitions. Hais les
amoroents qui suffisent à établir le
propre, le genre et raccident, ne
suffisent pas pour établir la défini-
tion ; et c*esi là ce qui faitqu^on ne
doit point les confondre avec elle
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18 TOPIQUES.
tout aussi bien s'appliquer aux définitions; en effet, si
l'on a montré que la définition n'appartient pas seule*
ment à ce qui est sous la définition | comme on le fiiit
pour le propre , ou bien que ce qui est énoncé dans la
définition n'est pas genre i ou bien enfin que l'un des
éléments énoncés dans la définition n'est pas réelle-
ment au défini, ce qu'on pourrait faire aussi pour l'ac-
cident, l'on aura, de ces trois façons, détruit la défi*
nitioD. Par conséquent, on peut bien conclure du motif
qui vient d'être donné, qu'en un certain sens, les choses
énumérées par nous, propre, genre, accident, sont bien
aussi des espèces de définitions. § a. Mais il ne faut
pas pour cela prétendre trouver pour toutes ces choses
une méthode unique et générale : car, d'abord, il ne
serait pas facile de la trouver; et, la trouvât-on, elle
serait fort obscure et d'usage très-embarrassant dans
la présente étude. Au contraire , si l'on établit une
méthode spéciale pour chacun des genres ici déter-
minés, la recherche du sujet deviendra plus aisée
S s. Une méthode uniqtu et gé-'
nirëlê, c*e8l-à-dire ne traiter que
de la défioitiim dans la topique» et
n'appliquer qu'à elle seule toute la
suite des lieux communs. ^ Et la
IrouvàX-on, élU serait fort obseurê^
Cet avertissement d*Aristote n*a
point empêché Xbéophraste, son
disciple, de chercher et d'appliquer
cette méthode unique. Il a com-
pris sous la définition le genre et
le propre, et n'en a séparé que Tac-
ddeoL C'est ce que nous apprend
Alexandre d'Aphrodise; mais il
Ironie encore, et l'on peut croire
qu'il parle d'après l'étude appro-
fondie de l'ouvrage de Théofkmt%
que cette méthode unique avaii
précisément le désavantage signtié
par le mattK : elle éuit beau-
coup moins claire que la méthode
divisée, suivie par Aristoce, qui a
consacré ane élude parUculière à
chacun des quatre termes dialecti-»
ques. Pacius prétend qa'Arisloia
lui-même recommande la méthada
unique, liv. 7, ch. 4 ; mais le pa»-
sage que Pacius indlqne n'est pas à
beaucoup près auaii formel qa*A
semble le croire.
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LIVRE ï, CHAPITRE VIL 19
en pàitânt de règles particulières à chacun d*eux.
$ 3* Ainsi donc, il faut admettre d'une manière gêné*
raie et à titre de simple esquisse la division qui a été
proposée plus haut; et pour classer les choses qui n*y
sont pas comprises I il faut les rapporter à la questioil
qui leur convient le mieux, en les rattachant, soit à la
définition , soit au genre. Du reste , nous avons à pen
près ramené à chacun des principaux termes les choses
dont nous parlons ici.
CHAPITRE VIL
L'identité est triple ; elle s'appliqae : T aa nombre ; 3* à l'es-
pèce; 3^ au geare. — J/ideaUié Bumérique a eUe-mâae
trois sens bien distincts.
$ I. Mais, avant tout, il faut définir ce qu'on en-
fOêiê pUu Mtir, œlle qui est In-
diquée avec les nèmes resuietions,
di. 1, 9 te de ce livre, d'one nuK
nlère génénte, à Utre de simple es-
qaiase. Arisloie doone à entendre
qa*ea pourrait saut doute troduver
«ne méthode plus exacte, iibc di*-
vision pins précise ; onis Is dfslee^
tique a*exige pes des règles aussi
rigoQKttses. — ^ la çuttf ton qvà
Uur eom^tonl U mtfetui, à eelol
des quatre termes dialectiques avec
leqnel eUes est le plus de rapport,
n faut leur appliquer les ileut da
genre, si elles se rapprochent da*
vantage du genre, ceux de ta déll'»
nilion si elles se rapprochent da-
vantage de la définition, etc. Ainsi
Ton pourra, comme le dit Alexan-
dre, rapporter à la définition lé
changement de termes moins claln
pour des termes plus clairs, la re-
cherche de TidenUté; on nppo^
tera la recherche des différences à
la question du genre et i celle du
propre; les propres relatlCi et tem-
poraires, et les comparaisons à Tao-
eident.
9 1. Ce tdwï eafeiid fof idm*
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30 TOPIQUES.
tend par identique et voir combien de dens a ce mot.
§ a. Identique, pour nous borner h un simple apperçu^
pourrait être divisé en trois espèces; identique, dans
le langage commun, s'entend soit en nombre, soit en
espèce, soit en genre: en nombre, lorsqu'il y a plusieurs
noms, mais qu'ils n'expriment au fond qu'une même
chose: par exemple, vêtement et manteau; en espèce,
quand les choses, tout en étant plusieurs, ne diffèrent
pas spécifiquement : ainsi, un homme est identique à un
homme, et un cheval a un cheval; car on dit que les
choses, comme celles-là, sont identiques en espèce
quand elles rentrent sous la même espèce; et de même
on dit que les choses sont identiques en genre quand
elles rentrent sous le même genre ; le cheval est en
genre identique à l'homme. § 3. Quand on dit, en par-
lant d'une eau qui sort de la même source, qu'elle est
identique ou la même, c'est en un sens un peu diffé-
ti^e, La question de TldenUté
s'est déjà présentée plusieurs fois,
et notamment ch. 5, $ i ; elle se re-
présentera plusieurs fois encore
dans le cours de la topique, il im-
porte donc de bien pr^iser le sens
qu'on doit attacher au mot identi-
que, et les accepUons diverses qu'il
peut recevoir. Voilà comment ce
cliapitre se rattache à ceux qui pré-
cèdent et à ceux qui suivent; du
moins c'est ainsi qu'Alexandre et
les autres commentateurs à sa suite
expliquent cette digression sur les
sens que le mot identique peut pré-
senter. — Voir la Métaphysique,
Ut. 4, ch. 9, 1017, b.
S 9. En trou etpéees, Alexandre
prétend qu'Arislote reconnaît dans
d'autres ouvrages quatre sens au
mot identique au lieu de trois ;
mais il n'indique pas précisément
ces autres ouvrages. Le quatrième
sens serait Tidentique par analogie,
dont on fait un Mquent usage.
— VitemêtU et manieau; le même
exemple est cité. Métaphysique^
iiv.i,ch.i,1006,b,S6.
8 3. Cest un sens un peu diffé-
rentf Suivant Heraclite on ne pou-
vait pas se l)aigner deux fois dans
la même eau. Gratyle allait plus
loin encore ; il prétendait qu'on ne
pouvait pas dire qu'on s'y baignftt
même une seule, bien entendu
sans doute qu'il s'agit d'eau «ou*
ranle.Voir la Jfeïa|»i^y«^i4«, liv* i,
€b. 5, 1010, ai 13.
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LIVRE I, CHAPITRE VIL 21
rent de ceux qui précèdent. § 4* Cependant cette iden-
tité même de l'eau doit ici être mise au même rang que
ces attributs qui s'appliquent à une seule espèce de
quelque façon que ce soit; car toutes ces idées sont
homogènes et fort voisines les unes des autres. Toute
eau est dite identique en espèce à toute autre eau, parce
qu'elle a quelque ressemblance avec elle; mais que l'eau
dont on parle^soit de la même source, cela n'a aucune
autre importance que de rendre la ressemblance plus
forte encore; et voilà pourquoi nous ne séparons pas
cette identité là des attributs qui s'appliquent à une
seule espèce.
§ 5. C'est surtout ce qui est un numériquement que,
dans le langage ordinaire, tout le monde est porté à
prendre pour identique. § 6. Mais ici même identique
peut encore avoir plusieurs significations. La plus spé-
ciale et la première , c'est lorsque l'identité est expri-
mée par un nom ou une définition; par exemple, lorsque
vêtement est identifié à manteau , et animal terrestre-
bipède à homme. § 7. En second lieu, c'est lorsque
l'identité est exprimée par un propre, comme par
exemple, lorsque susceptible de science est identifié à
l'homme, et le corps naturellement porté en haut est
S i. J une seule espèce^ Tiden- l'identilé numérique esseutielle ; la
tité appliquée à Teau rentre dans définition et le défini sont <
TidentUé spécifique. liellement et numériquement iden-
9 5. C0 qui est un numérique^ tiques, ils peuvent être pris Tun
ment , Tidentiié numérique est pour Tautre.
celle qui porte le caractère le plus 8 7. En second It'eu, le second
marqué d^îdenti té. degré d'identité numérique, c*est
S 6. Mais ici mifMy c'est-i-dire IMdentité exprimée par un propre,
en fait dMdentité numérique. — La au lieu de Tètre par une défl-
plus spéciale et la première est nition.
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22 TOPIQUES.
identifié au feu. § 8 . £n troisième lieu, c'est lorsqu'on lire
l'identité de Tacçident; par exemple, être assis ou être
musicien identifié à Socrate. Car tout cela ne prétend
exprimer qu'une chose qui numériquement est une.
Que la remarque que nous faisons ici soit vraie, c'est
ce dent on pourra surtout se convaincre dans les cas
où l'on doit changer les désignations : ainsi, souvent
en donnant Tordre d'appeler nominativement Tune des
personnes assises, nous changeons notre indication pre^
mière, si celui qui doit exécuter Tordre donné par
nous ne le comprend pas, et nous tirons une indication
nouvelle pour la lui faire mieux comprendre de l'acci-
dent; ainsi nous lui ordonnons de faire venir à nous la
personne qui est assise ou qui parle. C'est qu'évidem-
.ment alors nous croyons qu'appeler la personne pur
son nom ou par son accident , c'est chose identique.
$ 9. Ainsi donc, le mot identique est, comme on Ta dit,
susceptible de trois significations.
S 8. JEii troitiétM Ii«M, le iroi-
slène et le moindre degré dMden-
Utô nuttérlqiie, c'eat rideaUté ex-
primée» non plus par une définition
ni par un propre, mats par un sim-
ple acoMent *» Mwfrimer ^"unê
chose qui numériqu0ÊMrU ést une,
c^esl-ihHlIre Socrate, qu'on peut dé-
signer en disant de lui : La per-
sonne q«l est assise, la personne
qui fait de la musique; or ce ne
sont là que des accidents. Ce ne
sont des attribats ni géftériqiiet, ni
propres, ni essentiels ou pouvant
servir à la définition.
S t. Ito troie êignillemHamt^ en
y comprenant les trois uuances dis-
tinguées pour l*une d'elles ; et la
quatrième aignilicailon : l'identité
par analogie.
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LIVRE I, CHAPITRE YIII.
33
CHAPITRE VIII.
Les quatre attributs dialectiquas sont les seuls attribute pos-
sibles : preuve par l'induction; preuve par le syllogisme*
§l.Pour se convaincre que tous les raisonnements
dialectiques se forment des éléments énoncéa plus haut,
que c'est par eux qu'ils se produisent et que c'est à eux
qu'ils s'appliquent, il y a un premier moyen , et c'est
rinductlon. Si Ton examine, en effet, à part chacune
des propositions et des questions, on verra qu'elle vient
toujours, soit de la définition, soit du propre, soit du
genre, soit de Taccident. § si • On peut s'en convaincre
encore par syllogisme. Il y a, en effet, nécessité que
S 1. C'est FinducUon qui par-
court un à un tous les cas parUcu-
liers pour les ramener à une idée
générale, universelle. Tontes les
propositions, toutes les questions
s'appliquent i Tun des quatre ter-
mes dialectiques.
S a. Par syllogisme^ par le sim-
ple rsisDnneroeot et iadépendam-
ment des faits que Tinduction pour-
rail fournir. — ViwattributUmTi-
eiproquê ou non rieij^oquê , tout
attribut est ou d''égale extension à
sonsojet, on d'extension Inégale;
et alors le sujet et Tattribut peuvent
être pris réciproquement l'un pour
l'antre, ou ne le p«>uvent pas. Si
rnttributlon esi d'égale exlAqslon
et qu'elle soit e«60t&elle, e'esl une
définition ; si elle est d'égale exten-
sion, et sans être essentielle, c'est
un propre ; si elle est d'égale ex ten-
sion, et qu'elle soit essentielle,
genre ou diflërence , elle rentre
dans la question du genre ; enfin
si elle est d'inégale extension, sans
être essenUelle, c'est un simple ac-
cident. — Car nous avons appelé
propre^ voir plus haut , oh. 5, $ 5.
— Ce qui peut recevoir Vattribu^
tion réciproque de la chose, parce
que le propre est à la chose seule. —
Si raitrUmi n$ peut pas reewoir
Vattribution réciproque, si l'attri-
but est d'inégale extension à celledu
sujet. — Nous avons nommé acei^
dent. On peut voir cette définition,
plus baot« eh. S, S S.
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24 TOPIQUES,
toute attribution d une chose soit une attribution réci-
proque ou non réciproque : si l'attribution est réci-
proque, c'est que l'attribut est ou une définitioni ou
un propre; définition, s'il exprime l'essence de la chose;
propre, s'il ne l'exprime pas : car nous avons appelé
propre ce qui peut recevoir lattribution réciproque de
la chose sans en exprimer cependant l'essence. Mais si
l'attribut ne peut pas recevoir l'attribution réciproque de
la chosCi il fait partie ou ne fait pas partie des attributs
compris dans la définition du sujet : s'il fait partie des
attributs compris dans la définition, il est ou genre ou
différence du sujet, puisque la définition se compose
toujours des genres et des différences ; et s'il ne fait pas
partie des attributs compris dans la définition, il est
clair qu'il sera un accident; car nous avons nommé ac-
cident ce qui n'est ni définition, ni genre, ni propre, et
qui cependant est à la chose.
CHAPITRE IX.
Les quatre attributs dialectiques appartiennent toujours a
Tune des catégories : énuméraUon complète des dix caté-
gories.
§ 1. Après ce qui précède, il faut définir les genres
des catégories dans lesquelles rentrent les quatre attri-
buts différents que nous venons de dire.
§ 1. £e« quaire attrihuts diffé- tkm, TMCldent. Alexftiidre ii*aTilt
rents^ le genre, le propfe, la défloi- pas dans son mannserit le mot dlf-
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LIVRE I, CHAPITRE IX. 25
§ a. Les catégories sont au nombre de dix : sub-
stance, quantité, qualité, relation, lieu, temps, situa-'
tîon,manièred'être,action, passion. L'accident, le genre,
le propre et la définition, doivent se trouver toujours
dans l'une de ces catégories; car toutes ces propositions
formées par ces quatre éléments, expriment ou la sub-
stance, ou la quantité, ou la qualité, ou quelqu'une des
autres catégories. § 3. Il est clair de soi, que quand on
exprime ce qu*est la chose, on en exprime tantôt l'es-
sence et tantôt la qualité, ou telle autre des catégories :
quand d'un homme qu'on a devant soi on dit que cet
être qu'on a devant soi est homme ou animal, on dit ce
qu'il est, et on exprime son essence; quand on dit
' d'une couleur qu'on a sous les yeux que l'objet qu'on a
férents, et il fait remarquer quMl
faut oéoessaireinent le suppléer.
L*éditioD de Berlin, sans en donner
de motif, garde la leçon initiale
d^Alexandre. Pacius, Sylburge, etc.,
ont tous la leçon complète, et Pa-
clos en particulier affirme Tavoir
trouvée dans tous les manuscrits
quMI a consultés. Le sens, d'ailleurs,
est parfaitement clair. Averroës pa-
rait avoir eu la leçon complète
qu'Alt)ert-le-Grand a certainement,
au XIII* siècle.
S V. Les eaiégories sont au nam'^
brû d$ dix, voilà le seul passage
des œuvres d*Aristote où les caté-
gories, en dehors du petit ouvrage
qui porte ce titre, soient énumé-
rées sans lacune : elles le sont de
pins dans Tordre même où il les a
classées dans son ouvrage spécial.
C'est une preuve en faveur de Tau-
tbenticité. Voir mon Mémoire sur
la logique, tom. 1, pages 51 et
340.
§ 3. Quand im exprime ce
qu'est la chose, c*est4-dire quMl y
a de Tessence encore dans les cat^
gories inférieures, comme dans la
première, où il n'y a qu'elle. —
Soit qu*on lui attribue son genre,
l'attribution est nécessairement es-
senUelle, quand le sujet et Tattribut
sont dans la même catégorie. —
Quand VattribuS est dt/férent du
sujet, en d'autres termes , quand
le sujet et l'attribut sont dans des
catégories différentes , quand le
même ne s'applique pas au même.
— Ou' toute autre des catégories,
Alexandre fait remarquer ici com-
bien le Traité des catégories est
indispensable à la dialectique ; c'est
une nouvelle réponse indirecte à
ceux qui nieraient rauthenlicité de
ce Traité.
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26 TOPIQUES.
sous les yeux est blanc ou qu*il est une couleur, on dit
ce qu'il est , et Ton en exprime la qualité. £t de même
pour une grandeur d*une coudée qu'on a sous les yeux,
quand on dit que cet objet qu'on a sous les yeux est une
grandeur d'une coudée, on dit ce qu'il est, et l'on en
exprime la quantité. Même remarque pour tous les
autres cas. £u effet, dans chacun d'eux, soit qu'un at-
tribut identique soit attribué à la chose elle-même, soit
qu'on lui attribue son genre, on exprime toujours ce
qu'elle est; quand, au contraire, l'attribut est différent
du sujet, ce n'est plus l'essence de la chose qu'il ex-
prinie, mais c'est la quantité, ou la qualité, ou toute
autre des catégories.
§ 4* Ainsi donc, les éléments auxquels s'appliquent
les raisonnements dialectiques, ou dont on les tire, sont
bien ceux que nous avons dits, et ne sont pas plus nom-»
breux. Maintenant il nous faut dire comment nous
pourrons les trouver, et quels sont les moyens de les
découvrir.
S i. Xei éîéfMnii auxqwU $*ap- on U$ tire, les propositions. — Que
pUqvêni IM raiêimnmMnis diaûe- nout av<m$ ditt^ voir pins baut,
êiquêif les questions. — > Ou dani ch. 5.
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LIVBE I, CHAPITRE X.
27
CHAPITRE X.
De la propotition dialectique : définition de eette propoei*
tion. — Probabililé des propositions contraires eiprimées
sous forme opposée à celle des propositions vraies* —
Probabilité des propositions admises par les gens spéctaux
dans certaines sciences.
§ I . Expliquons d'abord ce que c'est qu'une proposition
dialectique, et ce que c'est qu'une question dialectique.
Toute proposition, non plus que toute question, ne doit
pas être prise pour dialectique; car il n'est pas d'homme,
ayant sa raison , qui avançât une opinion qui ne se-
rait soutenue de personne, ou qui rejetât ce qui est ac-
cepté de tout le monde ou du moins de la majorité.
D'une part, en effet, il ne saurait y avoir le moindre
doute; et d'autre part, de telles opinions ne sont pas
soutenables.
§ a. La proposition dialectique est donc une inter*
% 1. Une ffroposition diaketi-
jftM... une qu$$tion dialectique^ Il
S déjà donné ces déflnitions, ch. 4,
S i, et II » marqué la différence de
la proposUJon à la question. Ici la
déflntUon est plus complète, parce
qu'elle se trouve dans le Traité spé-
cial de la Dialectique.
% t. Lapropoiitiùn diateetique^
outre la définition indiquée au
cb. i, U en a déjà donné deux de
la proposition dialectique : Tune
dans VEerméneia^ ch. 11, SS ^ et 3,
où il cite les Topiques, et où il
compare la proposition ordinaire à
rinterrogation dialectique; Tautre
dans les Premiert Analytiques y
Ih, t, ch. 1, § S, où il compare la
proposition dialectique à la propo-
sition démonstrative. — Est donc
une interrogation^ Alexandre re-
marque, d'après Eudème et la doc-
trine qu*il exposait dans son Traité
sur renonciation» que la proposi-
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28 TOPIQUES.
rogation qui doit être probable , soit pour tous les
hommes, soit pour la plupart , soit pour les sages; et
parmi ces derniers, soit pour tous, soit pour la plu-
part, soit pour les plus illustres; interrogation qui d'ail-
leurs n'est point paradoxale; car on peut admettre ce qui
semble vrai aux sages, pourvu que cela ne soit point
contraire aux opiuions généralement reçues.
§ 3. On peut prendre aussi comme propositions dia-
lectiques, les opinions pareilles aux opinions proba-
bles, et les opinions contraires aux opinions probables,
pourvu qu'elles soient présentées sous une forme oppo-
sée à celles qui semblent probables , et toutes les opi»
nions qui sont conformes aux principes des sciences
reconnues. § 4* Car si c'est une proposition probable
tioD dialectique est la seule qui ait
forme dMnterrogation. « Toute pro-
« position , dit-il, n*est pas une in-
« lerrogation ; il n*y a que la propo-
« sition dialectique ; toute interro-
« gatioQ n'est pas proposition; il
« n'y a que Tinterrogation dialeo-
« tique. » Et il cite Eudème, qui
distingue trois espèces d'interroga-
tions. ^ Qui doit être probable,
Dans les Derniers Analytiques^ il a
donné une définition pareille du
probable. — Qui éCaUleurs n'est
point paradoxale, en d'autres ter-
mes, conforme au sens commun.
Ainsi, une assertion n'est probable,
au point de vue spécial de la dia-
lectique, que si elle est générale-
ment acceptée. « La santé n*est pas
« un bien aux yeux de quelques
fc sages, dit Alexandre ; mais on ne
« doit pas dire que ce soit là une
« opinion probable, parce qu'elle
« est opposée à Topinion générale,
d Parménide a soutenu que l'être
«est un et immobile ; Heraclite,
« que les contraires sont identi-*
« ques ; Anlislliène, qu'il n'est pas
« possible de contredire une asser-
« tion quelconque. Ce ne sont pas
« là des propositions, ce ne sont
« que de simples tbèses dans le
« langage d'Aristote. »
8 3. On peut prendre aussi,
voilà deux nouvelles espèces de
propositions probables: 1» celles
qui ressemblent aux propositions
probables ; a» celles qui leur sont
contraires, mais qui sont mises
sous forme opposée, et qui [lar cette
opposition de la forme rentrent
alors sous la proposition à laquelle
elles seraient contraires dans l'ex-
pression simple. Prises à l'inverse,
elles sont vraies.
§ i. Exemple de propositions
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LIVRE t, CHAPITRE X. 29
que la science des contraires s'acquiert par une notion
unique, cette proposition semblera probable aussi,
qu'une seule sensation sufKt pour percevoir les con*
traires. S'il parait probable que l'art de la grammaire
est numériquement un, il semblera probable aussi que
l'art de jouer de la flûte est numériquement un ; et s*il
y a plusieurs arts de la grammaire, il semblera qu'il y
ait aussi plusieurs arts de jouer de la flûte; car toutes
ces choses paraissent semblables et être du même
genre. § 5. Et de même les propositions contraires aux
opinions probables, étant présentées sous forme oppo-
sée, paraîtront probables aussi. Par exemple, si c'est
une opinion probable, qu'il faut faire du bien à ses amis,
il est probable aussi qu'il ne faut pas leur faire de mal.
A cette proposition, qu'il faut faire du bien à ses amis,
la proposition contraire est qu'il faut leur faire du mal;
mais la proposition contraire sous forme opposée, c'est
qu'il ne faut pas leur faire de mal. Et , de même , s'il
faut faire du bien à ses amis, il ne faut pas en faire à
ses ennemis; mais cette proposition même rentre en-
core dans les contraires sous forme opposée; car le
contraire pur et simple serait qu'il faut faire du bien
à ses ennemis; et de même pour tous les autres cas.
§ 6. C'est aussi dans la comparaison qu'on fera de deux
semblables aux propositions pro- assez probable, on en fera ressortir
bables. la probabilité en la comparant à la
S S. Exemple de propositions propositioncontraire:ilfaatfairedn
contraires aux propositions proba- bien à ses amis.— Quand nous nota
blés, mais sons forme opposée. occuperom, Alexandre pense que
% 6. Cétt aussi dans la eompa- cette Indication se rapporte au se-
raisan , et par exemple si cette coud livre des Topiques, et c*est
proposition : il faut faire du mal à avec raison, comme on peut le voir
ses ennemis, ne parait pas d*abord par le ch. 7 de ce livre ; et il ajoute
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M TOPIQUES.
contraires , que le contraire paraîtra probable^ appli-
qué à son contraire. Par exemple, s'il faut faire du bien
à ses amis, et s'il faut faire du mal à ses ennemis, faire
du bien à ses amis semblera aussi le contraire de fiiire
du mal à ses ennemis. Qu'il en soit, ou non, véritable*
ment ainsi, c'est ce que nous dirons quand nous nous
occuperons des énonciations par les contraires. $ 7. U
est également évident que toutes les opinions reçues
dans certains arts sont des propositions dialectiques;
car on peut admettre comme probables, les opinions
approuvées par ceux qui se sont exercés dans ces
matières ; et l'on pensera, par exemple, comme le mé*
decin dans les choses qui concernent la médecine , et
comme le géomètre dans les choses de géométrie : et de
même pour tout le reste«
q<i*Aristole s d^ tnité ce sqjet t 7. il •$$ ^cImmU MtfMC»
dans YBermémia, Yen la fin; le Pados rappelle qaeoeueqvalriëm^
chai^tre U de rHêrménêia y est espèce de probabilité est précise-
en sfltet coMHcré ; mais à on point meni celle qne soppose razIôoM
de Tue plus général, et qui n'est pas bien conna : Crêd9mdum êU eut»
relatif senlement à la dialecilqne, quêimuà arU perUo.
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LIVRE I, CHAPITRE XL
3(
CHAPITRE XI.
De b questkm dialectique : dëfloUioii ; nature diverse des
questions dialectiques suivant les résultats qu'elles se .
proposent.— De la thèse dialectique : définition; rapports
et différences de la question et de la thèse dialectiques. —
Distinction des thèses et des questions qui méritent d'être
discutées.
§ t. Une question dialectique est une considération
qui a pour but, soit de faire rechercher ou de faire
éviter une chose, soit de nous la faire savoir dans
toute sa vérité, ou de nous la faire simplement con*
naître, produisant directement par elle-même, ou con-
tribuant du moins à produire Fun de ces effets; consi-*
dération sur laquelle le vulgaire ne pense ni dans Tun
ni dans l'autre sens, ou pense contrairement aux sages,
ou bien sur laquelle les sages pensent contrairement au
vulgaire, ou bien enfin sur laquelle les sages sont en
dissentiment entre eux, comme le vulgaire se partage
aussi à cet égard. § a. En effet, il y a certaines ques-
S 1. Produisani dinettmmU pat
$lU^mim$^ quand la qoesUon est
posée pour elle-même. — Ou eon-
tribuant du moifii, quand la ques-
tion ne doii èlre réaoloe qu'en tq6
d'une autre. — Is wUgairê im
paru mi dam Fam ni dam Vaairû
MfM» c'eil'Mlio qui nUnléreae amu à «oDOtfr, les questions phy-
pas le Tnl^aife et sur laquelle il ne
pMttd point pwtt — CMUtN^
«Mfif oiM» iogêi,.. tantrakemeni
au vaiffair^j ces deux espèces ven-
trent Tune dans Tautre et n'en font
qu'une.
$ i. SaU paar fwharthar^ $oU
pour fkiifj oe sent les questions
morales. ^On se
slques ou de pure spéculation. —
Qmi p$aamt y «OMMlMir, quand
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82 TOPIQUES.
lions qu^il est utile de résoudre, soit pour rechercher^
soit pour fuir telles ou telles choses; par exemple, si le
plaisir est ou n'est pas un bien. Il en est d'autres qu'on
se boroe uniquement à savoir; par exemple, si le
monde est éternel ou ne Test pas. Il en est d autres qui
ne se rapportent directement et en soi à aucune de ces
choses-là^ mais qui peuvent pourtant y contribuer; car
il y a beaucoup de choses que nous désirons connaître,
non pas pour elles-mêmes, mais seulement à cause
d'autres choses, afin qu'à Taide des premières nous puis-
sions connaître encore une chose différente.
§ 3. On peut encore appeler questions, les proposi-
tions sur lesquelles on peut former des raisonnements
contraires. Quelquefois^ en effet, Ton peut douter que
les choses soient de telle façon ou ne soient pas de telle
façon, parce que, dans Tun et l'autre sens, on peut allé-
guer de bonnes raisons. On peut aussi mettre en ques-
tion des choses dont nous n'avons pas l'explication parce
qu'elles sont graves, et que nous croyons difficile d'en
savoir le pourquoi. Par exemple, c'est une question ar-
due de savoir si le monde est étemel ou s'il ne l'est pas;
car ce sont là des questions qu'on peut chercher à ré-
soudre.
§ 4* Ainsi donc, les questions et les propositions
sont bien ainsi que nous les avons définies.
§ 5. La thèse est une opinion paradoxale de quelque
la quesUon est inténsasinte, non térieur à oelui-ei, pour la propo-
par elle-même, mais en vue de sition.
quelque autre. % 5. Une opinion paradoxale,
§ 4. Ainii que noué les avone opposée aux opinions généralement
définiet dans les paragraphes qui admises. <— Peneéee tfmiMt par le
précèdent, et dans le chapitre an- premier venu, la thèse, pour Aire
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LIVBE I, CHAPITRE XI. 33
philosophe célèbre : par exemple, qu'on ne peut contre»
dire quoi que ce soit, ainsi que le disait Antisthène:
ou bien que tout est en mouvement, selon Heraclite : ou
bien que Têtre est un, selon Mélissus; car il serait par
trop ûmple de s'occuper de pensées émises par le pre-
mier venu en opposition aux opinions reçues. § 6. On
doit encore entendre par thèses les assertions que nous
pourrions soutenir par des raisonnements, toutes con-
traires qu'elles seraient aux opinions vulgaires : par
exemple, que tout ce qui est n'est ni devenu ce qu'il
est, ni ne l'est éternellement, comme disent les sopliistes.
Ainsi, selon eux , il est impossible qu'un homme musi-
cien soit grammairien, puisqu'il ne Test pas devenu , et
qu'il ne l'est pas de toute éternité ; et cette opinion,
bien qu'elle pût paraître contestable à quelqu'un, n'en
serait pas moins soutenable par des raisons assez con-
vaincantes.
§ 7. Ainsi donc, la thèse est aussi une question ; mais
toute question n'est pas une thèse, puisqu'il y a cer-
taines questions sur lesquelles nous n avons d'avis ni
dans un sens ni dans l'autre. Au contraire, il est évident
que la thèse est aussi une question, puisqu'il résulte
nécessairement de ce qu'on a dit ou que le vulgaire est
qoestioD, doit 'avoir en sa Civeiir mairien. — Par de$ raisons assss
quelque grave autorité. eanvaincanies, L*éditioa de Berlin
S 6. Par dês raiswMwmmtSf supprime l'épithète <u<ex eonva^n-
qni ne seraient d^ailleurs que spé- eantes^ sans donner de motif de
deux. — il est impossible qu'un cette suppre:«sion, que n'autorise
AomfM musicien^ en tant que mu- aucun manuscrit, et qui laisse évi-
fiden, il ne peut Jamais devenir demment le sens incomplet,
grammairien ; mais Thomme qui g 7. Une assertion ; car la thèse
accidentellement est musiden, peut se prononce toujours pour l'un ou
accidentellement aussi être gram- Tautre c6té de la qaesiion.
IV. S
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44 yOPIQUES.
suF la thèse en dissentimeot avec les sages, ou que lep
sages se divisent entre eux ainsi que le vulgaire, la
thèse étant toujours une assertion paradoxale. $ 8. Ha«-
hituellement, presque toutes les questions dialectiques
sont appelées des thèses. Mais peu importe le nom qu'on
leur donne; car ce n'est pas pour créer des dénomin»-
tions nouvelles que nous les avons ainsi divisées: c'est
uniquement afin que nous n'ignorions pas quelles peu**
vent en être les différences véritables*
§ g. Il ne faut pas, du reste, se donner la peine
d'examiner toute thèse, toute question : on ne doit
s'arrêter qu a celle qui peut faire doute pour qui n'a
besoin que d'être éclairé par le raisonnement, sans que
spn opinion mérite d'être réprimée, ou annonœ une
lacune dans la sensation. Àin^i, par exemple, ceux qui
doutent qu'il faille honorer les dieux, chérir ses parenU,
ont besoin detrc réprimés; et ceux qui doutent si la
neige est blanche ou ne l'est pas, n'ont besoin que de
sensation. $ lo. Ainsi donc, la discussion ne doit pat
s'appliquer aux choses dont la démonstration est trop
proche ou trop éloignée; car les unes ne font pas de
doute, et les autres offrent des difficultés qui ne con«
viennent pas à de simples exercices,
% 9. Mérite éC^tre réprimée^ Le son immoralité.
texte dit même ehâtiéé, par un § 10. La démonstration ^ sim-
bttme énergique, au Heu d^ètre plement probable, et non |^(^t
éelafreie par la discussion, qui ne scientifique et philosophique dans
pourrait jamais à elle seule lui ôler le vrai sens du mot
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LITRE I, CHAPITRE ÎII.
CHAPÏTBE XII.
Deax espèces de raisonnemeQto dialectiques : le tyUocifme et
rioduclion*
§ I . Après les distinctions prëcëdentes^ il faut déter*
miner le nombre des espèces de raisonnements dialec-
tiques. § ti. Il y en a deux, Tinduction et le syllogisme.
§ 3. Nous avons déjà dit ce qu'est le syllogisme.
§ 4* Quantàrinduction, elle est la transition du par*
ticulier à Tuniversel, Par exemple, si parmi les pilotes
et parmi les cochers, le meilleur est celui qui fait le
mieux son métier^ on pourra dire en général atissi que
le meilleur est celui qui fait le mieux. § 5. L'induction
est plus persuasive et plus claire, plus accessible h la
sensation et plus connue du vulgaire; le syllogisme est
plus puissant et plus vigoureux pour réfuter les contra-
dicteurs.
St. il y en a iêux, parce que
tous les autres rataonaeieenls, dia-
leclUioos ou analytiques, rentrent
dans Ton ou dans Tautre, comme il
Ta prouvé dans les Premins Àna*
lytiquet^ liv. 2, cb. S3 et suiv., el
au début du premier livre des Der-
niêfê Ànmèytiquu,
g a. Nmu aoonê déjà âU. Plus
haut, dans ce llTve, eh. t, S f .
% l. Quant à VinduetUm, Voir
la Théorie complète de rindueiion,
Premiers Analytiques^ Uv, $,
ch. S3. Alexandre remarque que de
son temps on définissait mal IMn-
duciion, en disant qu^elle était la
transition du semblable au sem-
blable. G*eft là rêiemple et aon
pas rinduction comme on peut le
voir loc. laud.
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i
36 TOPIQUES.
CHAPITRB XIII.
Dès quatre instruments ou procédés dialectiques : •!<* choix
des propositions initiales; 2* distinction des dénomina-
tions diverses des choses; 5® distinction des différences ;
4*^ distinction des ressemblances.
§ I. Pour les genres auxquels s'appliquent les rai-
sonnementSy et dont on les tire, gardons la division faite
plus haut. Quant aux procédés qui pourront nous
fournir, selon le besoin, des syllogismes et des induc-
tions, ils sont au nombre de quatre : Tun, c*est de sa-
voir poser les propositions ; l'autre , de pouvoir recon-
naître les dénominations diverses de chaque chose; le
troisième, de distinguer les difTérences; le quatrième
enfin, c'est de savoir discerner le semblable. § n. De
ces quatre choses, trois ne sont en quelque sorte aussi
que des propositions ; car on peut toujours pour cha*
cune d'elles faire une proposition. L'on peut dire, par
exemple, que l'on doit préférer la vertu, ou le plaisir,
ou l'intérêt ; que la sensation diffère de la science , en
ce que l'on peut ressaisir Tune après l'avoir perdue,
tandis qu'on ne peut ressaisir l'autre; et que le sain est
$ U La dé/initUm faite plus 8 9. Trois ne mmi «n quOq^
Amify Voir plus haut, cb.i et suiv. 9arUy Ce sont les trois derniers
— Quant aux procédés , le teste procédés qni pourraient tous être
dit : instruments. — Le semblable^ rameoés au premier ; le choix des
ce quMI y a de semblable entre les propositions. -* Des semblables^ ou
choses, la ressemblance des cboses. mieux, des ressemblances.
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LIVRE I, CHAPITRE XIV. 37
dans le même rapport à la santé que le bien disposé
l'est à la bonne disposition. La première de ces propo-
sitions est tirée de la diversité de signification des
mots; la seconde est tirée des différences; et la troi-
sième, des semblables.
CHAPITRE XIV.
Du choix des propositions : choisir d'abord les propositions
probables ou les propositions contraires sous forme op-
posée : choisir les propositions semblables aux proposi-
tions probables : extraire des propositions de bons
auteurs. -— Espèces diverses des propositions et des ques-
tions : morales, physiques, logiques. — Faire les proposi-
tions les plus générales possible , ks diviser et les subdi-
viser ensuite.
5 1 • Il y a autant de manières de choisir les propo-
sitions, que nous avons distingué d^espèces dans la pro-
position elle-même. Nous pouvons avancer les opinions
acceptées ou par tout le monde, ou par la majorité, ou
par les sages; et parmi les sages, suivre lavis de tous,
ou celui de la majorité ou celui des plus illustres. Nous
% 1. Que fMNM wons diitingué comme opinion probable celle
dF9$péeês, Voir plus haut, ch. fO, d*Hippocrate en médecine , dit
9 9 et suiv., où il a déliai la propo- Alexandre , d^Archimède en géo-
sitioD probable, et en a distingné métrie, d'Aristoxène en mQsIqva.
qoatre espèces. — Ou celui dêê ^ Aimi que notu Vavons dii peu»
pku illustrée^ U ISiudrA regarder AouC, cb. 10, g S.
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38 TOPIQUES.
pouvons aYAnoér mente miMi lei opittîont coiltrilifêg II
eelleft qiri paraissent les plus Traies , et toutes les opi*
nions qui résultent d'une pratique spéciale dans uu
arié Mais 9 quant aui opinions contraires à celles qui
paraissent les plus vraies, il faut les produire sous forme
opposée, ainsi que nousTavons dit plus haut.
§ n. Il est utile aussi, dans ce choix , non seulement de
prendre celles qui sont probables, mais celles même qui
se rapprochent de celles-là; par exemple, que la sensa-
tion des contraire! est ntiiqliei parce que la science des
contraires est unique aussi; que Tacte de la vision s'o-
père eu recevant quelque chose du dehors, et non pas
en émettant quelque chose de nous, parce qu'il en est
en effet ainsi des autres sensations. Ainsi, nous enten-
dons en reoevant quelque chose du dehors ^ et non pas
en émettant quelque chose de nous. L'acte du goût, et
celui de Todorat, se produisent de cette même façon.
On pourrait faire une remarque analogue pour tous
les autres cas. § 3. Il faut encore admettre comme principe
et comme thèse probable, ce qui se présente dans tous
les caâ, ou du moins dans la plupart des cas; car c'est
une chose admise par tous ceux qui n'ont point observé
qu^il efi fût autrement dans aucun cas.
§ 4" it faut extraire des opinions choisies dans les
bons auteurs^ § 5, et faiie des listes séparées avec soin
8 s. Celles qui SB rapprochent de î\ me parait qa*Aristote fait ici la
€»UêS'lé^ feei h s«oswte espèce de criU<|se de son mslire, bien qm'ii
proposiUiM pii^ables^ eb. iO, $ 4. se le somine pas.
— En émêtiani quelque thoee âe $ S« Celle d^Empééoele, qui a été
«MM, G*esi ainsi qtÊO PIsloD expli- Bi aonveni aitribaée k Amiote Ini-
qii»it la fiftioB dans le Tlmée« Voir mèiae, bien c|u*îl la lui renvoie po-
lalraducUondeM.Gonsin,pngeUS. eitîYeBwnL
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LIVRE I, CHAPITRE XIV. M
pcftir cbftquë gtorc^ en mettant à part les opinions^ pi^
exemple, sur le bien et celles sm: l'animal, et sur le bien
pris dans toute sa génëralitë, en corotnençant toujours
par la définition du sujet. Il Setut aussi noter soigneuse-»
ment les opinions originales de chaeun : par exemple ,
celles d'Empédocle, qui a dit que les éléments de tous
les corps étaient au nombre de quatre; car on peut sou-
tenir une assertion émise par quelque homme digne de
foi.
$ 6* Il y a donc, pour ne donner d'ailleurs ici qu'un
apperçu, trois espèces distinctes de questions ou de pro-
positions; les unes sont morales; les autres, physiques;
les autreslogiques: morales, comme lorsqu'on demande
s'il faut plutôt obéir à ses parents qu'aux lois, quand
ils ne sont pas d'accord ; logiques, comme, par exemple ^
si la scicûcedes contraires est unique ou ne l'est pas; phy*
siques, par exemple, si le monde est, ou non, éternel. Et
de mâme pour les questions. Quant à reconnaître les espè-
ces qui viennent dVtre indiquées, il ne serait pas facile
d'en donner le moyen par une simple définition ; mais on
peut s'essayer à distinguer chacune d'elles pai* l'habitude
$•.!«# mUr9i lo§ifuei, Logi- fua, tom. t, pag. S43 et suir. Pa-
que n'a point ici le sens dérarora- dus remarque aussi que cette divi-
blt q«e M donne habliaeilement sion, indiquée ici d'une manière
Ariatoie. Ceci semble résnlter de pen rigoureuse, rudi et pingui 9Ii-
Fexemple qu'il die un peu plus «i0rt>d, he comprend ni tes ma thé*
bas. M. RaTiisaon a cherché il mattques, ni la métaphysique, ni la
prouver que cette division des pro- luedeclne, ni les arts spéciani. —
positions, qui embrasserait le do- Par une simple définitiouy La dé-
mai ne de la philosophie tout en- finition pour chacune de ces es-
tière, comme pour X^nocrate et ses pèces aurait été beaucoup plus dif-
successeurs, n'avait pjs loulc l'im- ficile; il a préréré les faire connal-
portance qu'on a voulu lui donner, tre par des exemples qui n'ont rien
Yoir son Essai sur la Métaphysi- do très rigoureux.
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40 TOPIQUES.
de i*induction, et en les étudiant d'après les ex^nples
qui en ont été donnés ici.
§ 7* Au point de vue de la philosophie, il faut traiter
des choses dans toute leur vérité ; mais en dialectique
il suffit de l'apparence et de la probabilité.
§ 8* Le plus qu'on peut, il faut faire toutes les pro-
positions universelles; et, d'une seule, il faut en tirer
plusieurs. Par exemple, si l'on a établi que la science
des opposés est unique , il faut poser à la suite que la
science est unique pour les contraires, que la science
est unique pour les relatifs. Ces nouvelles propositions,
il faut encore de même les diviser tant qu'on peut le
faire, et dire, par exemple, que la science est unique
pour le bien et pour le mal ; que la science est unique
pour le blanc et pour le noir; que la science est unique
pour le froid comme pour le chaud ; et de même pour
tout le reste.
§ 9. Ce qui précède doit suffire pour b proposi-
tion.
f 7. Au poini âê vve de ta pM-
iosopMêj DiffëreDce de la philoso-
phie et de la dialectique, de la
scieDce proprement dite et de la
simple opinion.
S S. Des ùppoiii, dont les con-
traires avec toutes leurs nuances ne
ne sont qu*nne espèce, ainsi que les
relatifs, le bien et le mal, le blanc
et le noir, ne sont que des cas parti»
cttUers.Voir les Caiégorieê, ch. 10
et suiv., et MitaphffHqmf Ut. 5,
ch.lO.
S 0. Pour la pnpoëiiion , on
mieux, pour le choix des proposi-
tions , premier des quatre instru-
mente dialectiques. Voir plus haut,
Gb. 18, 8 1.
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LIVRE I, CHAPITRE lY. 41
CHAPITRE XV.
Dénominations diverses des eiioses : pour se rendre compte
de l'homonymie, il ne faut pas s'en tenir k Teiamen des
mots , il faut aller jusqu'aux définitions. — Examen du
contraire, identique par le nom ou différent par le nom.
Absence ou prince du contraire. — ^Absence ou présence
d'un intermédiaire. — Nombre des intermédiaires. —
Opposés par contradiction ; par privation et possession. •—
Cas et inflexions des mots. — Identité ou diversité des
catégories. — Catégories subordonnées. — Catégories des
contraires. — Déûnition des composés. — Homonymie
dans les définitions. — Comparaison par ressemblance ,
par quantité. — Différences des genres. — Espèce et dif-
férence. — Conclusion.
§ I • Quant aux dénominations multiples et diverses
des choses, i) ne faut pas se borner à indiquer seule-
ment les nuances différentes, il faut essayer encore d'en
donner l'explication. Par exemple, il ne faut pas dire
seulement que le bien est appelé d'une autre manière
justice et courage, et d'une autre manière encore , vi-
gueur et santé. Mais il faut ajouter en outre , que les
choses sont appelées bonnes, tantôt parce qu'elles sont
de certaine façon, et tantôt parce qu'elles produisent
8 1. QuatUauxdétuminaiions^ homonymes, et dans la Métaphy-
Seeoud instrument dialectique in- «<^, le livre 5 tout entier, où
diqiié plus haut, ch. 18, 8 1- — Voir est traitée longuement la diversité
■usiî au liTie soitant, ch. 3, sur les d*accepUon des termes.
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n TOPIQUES.
certain efFet, sans que Ton considère d'ailleurs leur na-
ture spéciale; et ainsi du reste.
§ a. Pour savoir si, sous le rapport de l'espèce ^ une
chose a un seul nom ou plusieurs, voici ce qu'il faudra
faire : § 3. d'abord, il faut regarder si le contraire a
aussi plusieurs dénominations , qu'il diffère d'ailleurs,
soit en espèce^ soil en nom; car certaines choses dif-
fèrent à première vue par le nom qu'elles portent : par
exemple, l'aigu a pour contraire, dans la voix, le grave;
dans l'angle, il a Tobtus ) il est donc évident que le con-
traire de l'aigu a plusieurs dénominations ; et si cela est,
l'aigu aussi doit avoir plusieurs sens. Il faut que le
contraire soit autre pour chacune de ces choses; car h
même aigu tie sera pas le contraire pour le grave et
pour l'obtus, bien que cependant l'aigu soit le contraire
de tous deux. £t dans un sens inverse, c'est Taigu qui
dans la voix est le contraire du grave ; mats c'est le léger
pour le poids. Ainsi, le grave a plusieurs sens, puisque
son contraire a aussi plusieurs dénominations. Et de
même le laid est le contraire du beau s'il s'agit d'un
élre animé; et s'il s'agit d'une maison, c est Tincommode
qui est le contraire du beau : donc le beau est homo-
nyme.
§ 4* Voav certaines choses , les noms ne présentent
8 i. Soui le rapport ie Vespècey Catégories, sur tes homonymes et
e^eti-è-dire tous le rapport de la les synonymes,
définiliun, comme le fail remarquer S 4. Si on regarde à Vespéee,
Alexandre, qui s*appuie dans cette c*est-à-dire à la définition : — En
explicatien sur ce qui suit. regardant à Vespèee, c'esi-à-din; a
g 3. Soit en espèce, eoit en nom^ la déOnilion. — L'aigu ei l*obtu$
soil par sa detiuiUon , soi! par sa dam les eaveurt et dam les of»*-
dénominatioD. Voir le début des gUSf ta langue française n*a point
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LIVRE I, CHAPITRE XV. 4»
aucun désaccord ; mais la dîfTérence se montre toUt à
coup bieu évidente si on regarde à Tespèce ; par exem*
pie, pour le blanc et le noir, on dit d'une voix qu'elle
eal claire oU sombre (blanche ou noire )4 comme on le
dit d'une couleur. Ici, il n y a pas de difîérence dans les
mots ) mais la difTérence est très^palpable en regardant
à l'espèce ; car ce n'est pas de la même façon qu'on dit
d'une voix et d'une couleur, qu'elles sont claires. Gela
même c&t évident, rien que par la sensation; c'est l<f
même s^os qui perçoit les choses de même espèce) mais
nous ne jugeons pas par le même sens le clair dans la
voix ou dans la couleur; nous jugeons Tun par la vue,
l'autre par l'ouïe. Et de même pour l'aigu ou l'obtus
dans les saveurs et dans les angles; car l'nn se recon-
naît au toucher, l'autre au goût. Ici, du reste, il n'y a
pas de dissemblance dans les mots , ni pour les choses
mêmes, ni pour leurs contraires; car l'obtus est le con*
traire de l'un et de l'autre.
§ 5. II faut encore remarquer que dans un cas il y
a un contraire, et que dans un autre cas il n'y en a pas
du tout pour une même chose; par exemple^ le plaisir
ici d*homonyines qui répondent
exaciement à ceux du grec; au lieu
d*aîgn, quand il 8*agit des saveurs,
elle dit aigre ; elle pent aussi dire
piquant, qui s*ap|ilique également
a«x angles ; mais au lien d^obtos
elle dit insipide, et ce dernier mot
ne peut s'appliquer aux angles.
Ainsi, dans ce cas parUcalier, notie
langue n^offrc qu*un homonyme an
Heu de deoi qu*a la langue grec-
que. J*aunis pu, dans le texte,
snteUtner piqMnt à aiga, mate J'M
préféré garder ce dernier mot,
INiroe qu*il rappelle les exemples
antérieurs, et que de plus, par son
i»|VopHété mfme^ il fait senUr fti-
▼antage eelkidu mot obtus.
8 5. 0110 émn$ «n miu , Un mol
qui a plosienn aeceptions pent,
dans Tune de ces acœptîoDS, Sfolr
nn contraire, et n^en point amtf
dans nne anire. ^ AinH pktMr m
dit en pimsieurs Mfi«, et dans Vun
de ses sens il a «n conlnlte, tandis
qne dans rnntoe il ar'cn • pns.
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44 TOPIQUES.
de boire a pour contraire la souffrance d'avoir soif;
mais il n'y a pas de contraire au plaisir de comprendre
que le diamètre est incommensurable au côté. Ainsi,
plaisir se dit en plusieurs sens. Aipiei*, quand il s'agit du
cœur, a pour contraire hair; mais il n'a pas de con-
traire s'il s'agit de l'acte corporel. Ainsi donc, aimer,
est évidemment un mot homonyme.
§ 6. Il faut voir aussi aux choses intermédiaires; car
les contraires peuvent tantôt avoir un moyen terme,
et tantôt n'en point avoir; ou bien les contraires peu-
vent avoir uu intermédiaire sans qu'il soit le même
pour les deux cas : par exemple , le pâle , est inteimé-
diaire entre le clair et l'obscur s'il s'agit de couleur;
mais il n'y a point d'intermédiaire s'il s'agit de la voix,
«^ moins que ce ne soit le rauque , si une voix rauque
est une sorte de milieu, comme le prétendent quelques
musiciens. Donc, blanc est on mot homonyme ainsi
que noir. § 7. Il est possible que dans un cas les in-
termédiaires soient nombreux, et qu'il n'y en ait qu'un
seul pour un cas différent : par exemple, pour le clair
et l'obscur, dans les couleurs, il y a beaucoup d'in-
termédiaires ; pour la voix , il n'y aurait que le
rauque.
9 & ifuand il s'agit de la voix, ici au grec ; on en pourrait dire au-
Geci est vrai pour la langue grec- Unt pour le français et pour le la-
que, qui n*a point de nom pour tin. — Donc bUme»,. ainH fM
oette nuance intermédiaire de la notr, ou clair et olMCur, pour don-
vofo ; ce pourrait être faux dans ner en français des mots bomo-
ttale autre langue qui aurait fait nymes, comme le sont les mois
cette distinction. Aristote remarque grecs.
que le rauque pourrait être, sui- 8 7. Pour lé clair et Tobacur, le
▼anl quelques musiciens, cet inter- grec dit par une homonymie qui
médiaire qui lui semble manquer lui est propre : le blanc et le noir.
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LIVRE I, GHAPITBE XV. 45
§ 8. U faut examiner encore si le terme opposé sous
forme contradictoire a plusieurs sens; car, s*il en a
plusieurs, sou opposé en aura plusieurs également : par
exemple, ne pas voir s'entend de plusieurs manières:
Tune, nWoir pas la vue; Tautre, ne pas faire acte de vi-
sion ; mais si ne pas voir se dit en plusieurs sens; il est
nécessaire aussi que voir se dise en plusieurs sens ; car
dans Tun et Tautre de ses sens, ne pas voir doit avoir
son opposé; par exemple, avoir la vue a ne pas l'avoir;
et faire acte de vision a n'en pas faire acte.
§ 9. Il faut aussi regarder au sens qu'on tire de la
privation et de la possession ; car, si Tune des deux a
plusieurs sens, l'autre en aura plusieurs aussi. Par
exemple , si sentir a plusieurs sens appliqué à l'âme et
au corps, être sensible en aura plusieurs également,
soit pour Tâme soit pour le corps. Mais que les expres-
sions citées ici soient opposées par privation et par posses-
sion, c'est ce qui est de toute évidence, puisque lesani*
maux ont naturellement ces deux espèces distinctes de
sensation, Tune pour l'âme et l'autre pour le corps.
§ 10. Il faut aussi regarder aux cas divers des mots;
g s. JVe pas voir, tenne contra- rapprocher ce passage de celui des
dictoire à voir. S! ne pas voira Dern{«rj JnaJyfiçtMf, Ht. 9, cb. 19,
plusieurs acceptions, voir, son op- g 5 et suiv. — Alexandre remarque
posé, doit nécessairement en pré- qu^Aristote, après avoir traité des
senter aussi plusieurs. opposés par privation et possession,
9 9. Appliqué à Vâmê $t au omet de traiter des opp<»és par re»
eorpêf Alexandre semble 8*étonner latlon, des relatife; mais il ajoute
de la concision de termes que fait que la théorie est ici parfiiitement
ici Aristote, et lui reprocher d*iden- évidente. La définition même des
tifier la pensée et la sensation. Le relaU& indique assez que si Fun
reproche est juste. Il est vrai qu*on des deux a plusieurs sens, Tautro
peut croire quMl ne s'agît ici que en a plusieurs aussi,
d'une simple métaphore. On peut % 10. Aux ea$ âiverê des fiio(f ,
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46 TOPIQUES.
car 81 justement se dit en plusieurs sens, juste se dira
aussi en plusieurs sens ^ parce que juste doit se trouver
dans chaque chose fiiite justement. Par exemple, l'on
emploie le mot justement pour un homme qui juge
d'apt*ès sa conscience et pour celui qui juge comme il
faut : il en sera de même pour juste. Et, de même, si
tain a plusieurs seps, sainement en aura aussi plusieurs.
De mime, si le sain est à la fois ce qui produit la santë
cL ce qui la conserve, et ce qui Tindique, sainement se
dira aussi dans ces trois sens, de produire la santé, de
la conserver et de l'indiquer. Et de mâme pour le reste.
Quand une chosi* se dit en plusieurs sens, le cas ou
Tinflexion qu'elle reçoit, sera dit en plusieurs sens; et si
le cas a plusieurs seus, la (4iose eu a plusieurs aussi.
§ 1 1. Il faut encore examiner quels sont les genres
des catégories applicables au mot, et voir si les genres
sont les mêmes pour tous les cas; car s'ils ne sont pas
les mêmes, cVst qu'évidemment le nom de la chose est
homonyme. Par eaiemple, le bon, en fait d'aliments, est
ce qui produit du plaisir; dans la médecine, c'est ce qui
aUi inflexions des mots qui se rap-
portent aux caractères divers qu^ils
peuvent revêtir sous le rapport de
la grammaire, sulistantifs, adjeo-
tifs, adverbes, verbes, etc.; justice.
Juste, justement, justiiier, etc. On
peut, du reste, pour prouver l*bo-
monymie, passer du nom au cas,
ou réciproquement du cas au nom.
Voir dans tes Catégories,. ch. 1,
( a, et dans le livre suivant des
Topiques, cb. S, ce qui concerne les
paronymes et les coi^iigaés, qui
ont du rapport av^ les cas, mais
qui s*en distinguent cependant,
comme le montre Alexandre.
$ 11. Par txempU le bon se
rapporte àquatre calories : 1« Tac-
tion; ^ la qualité; S» le temps;
40 la quantité ; donc le mot lion est
mot bomonyme. — Ceux qui $a-
vent la îMorie numiriquB d$
Vharmoniêf les pythagoriciens, et
peut-être aussi quelques disciples
d'Aristoie luinnème, parmi les-
quels le fameux Aristoxène» dont
Touvrage très-important sur la mu-
sique est parvenu jasqu*è nous.
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LIVRE ï, CHAPITRE XV. 47
prqdiiit de la santé. S'il s'agit de l'âme , le boa, c'est
d'être de telle ou telle façon, et ainsi d'être sage, juste
ou courageuse; et de même s'il s'agissait de l'homme.
Parfois, c'est le temps qui est la catégorie du sujet; par
exemple le bon qui est fait en temps convenable ; ear
on appelle bon, ce qui vient à temps. Souvent, c'est la
catégorie de la quantité, comme le bon dans -le sens de
la modération) car la modération est aussi appelée
bonne. Ainsi donc, bon est un mot homonyme. £t de
même pour le mot de clair : s'il s'agit de la voiic, il si«>
gnifie ce qui est harmonieux ; et s'il s'agit d'un corps,
c'est une couleur. L'aigu est à peu près dans ce cas
aussi; car ce n'est pas le même sens qu'on donne au
mot aigu pour tous les objets auxquels on l'applique:
ainsi, une voix est aiguë quand elle est rapide, comme
le disent ceux qui savent la théorie numérique de Thar*
mouie; un angle est aigu, quand il est plus petit qu'un
angle droit ; et une épée est aiguë, parce qu'elle a la
pointe aiguë*
§ I a. Il faut aussi en regardant aux genresdescatégo«>
ries, voir si ces genres sont différents des choses
comprises sous le même nom, et non subordonnés entre
eux ; par exemple, le mot ine en greo signifie à la fois
un animal et un certain vase. Mais la détinitiou qui ré«
pond à ce mot est différente pour lun et pour l'autre;
ear, en parlant de l'un, on dira que c'est un animal de
8 IS. La détlnUion qui répond ajouter à tant d*autres. — Nous
à ee moty L*expres8ion qu*emploie dûons vase , ceci se rapporte à
idArislot«witt>uUrsit pareille à r^moaymia citée pku hsal du
«elle dont il se sert au d^but dee m^ àne , lequel a*eai poiai heeMH
Catégories ; c*eai pour rauthentieiiâ unas ea Qwiiçsls oonune SI Teat en
de ce tmm tti^ neaie qu'U fjiui grec.
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4B TOPIQUES.
telle façon ; et en parlant de I autre, que cW uû vase
qui est fait de telle manière. Si les genres sont subor-
donnésy il n'est plus nécessaire que les définitions soient
différentes: par exemple, animal et oiseau sont les genres
du corbeau ; quand donc nous disons que le corbeau
est un oiseau , nous disons aussi qu'il est un animal de
telle espèce, de sorte que ces deux genres lui sont à la
fois attribués; et de même, quand nous disons que le
corbeau est un animal ailé, bipède, nous disons aussi
qu'il est un oiseau; et, de cette façon, les deux genres
sont attribués au corbeau, et la définition de chacun
d'eux lui convient aussi. Mais il en est tout autrement
pour les genres qui ne sont pas subordonnés entre eux;
et lorsque nous disons vase nous ne disons pas du
tout animal; et, réciproquement, lorsque nous disons
animal nous ne disons pas du tout vase.
§ j 3. Et non seulement il faut examiner si les genres
de Tobjet en question sont différents et non subordon-
nés; mais il faut examiner en outre les genres du con-
traire; car si le contraire se dit en plusieurs sens, évi»
demment aussi l'objet en question se dit de même en
plusieurs sens.
§ i4- Il sera bon aussi de regarder à la définition de
ces mots mis en composition avec d'autres : la défini-
tion, par exemple, de corps clair et de voix claire ; car
en ôtant ce qui est spécial dans chacun de ces cas, il
faudra qu'il reste une seule et même définition. Mais
S 18. Examimr en ouirê le» 9 1^- Regarder à la délMtUm,
fMretdtt CQMlralr», c'est le troi-* lieux de la définitiOD; — de ee»
sièine et dernier Heu tiré des calé- nwte qu*on croit homonymes, et
gories. qui pourraient ne pns Têtre.
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LIVBE I, CHAPITRE XV. 49
c'est ce qui n'a pas lieu pour les homonymes, comme
dans les exemples que nous venons de citer ; car le
corps est clair, parce qu'il a telle couleur ; et la voix
est claire, parce qu'elle est harmonieuse. En retran-
chant le corps d'une part, et la voix de l'autre, ce qui
reste dans l'un et dans l'autre cas n'est plus une seule
et même chose. Mais il faudrait que la définition fût la
même pour les deux termes, si le mot clair eût été sy-
nonyme.
§ i5. Souvent, sans qu'on s'en aperçoive, c'est dans
les définitions même que se glisse l'homonymie à la
suite. Aussi faut-il regarder à la définition : et , par
exemple, si quelqu'un appelle ce qui indique la santé et
ce qui fait la santé , un juste équilibre de santé , il ne
faut pas repousser cette définition : mais il faut exami-
ner ce qu'on a appelé de part et d'autre juste équilibre,
et s'assurer, par exemple, si, dans un cas on a bien com-
pris par là ce qui est capable de donner la santé, et si
dans l'autre, on a bien compris par là ce qui est de nature
à indiquer l'état vrai de la santé.
§ i6. Il faut de plus examiner si les choses ne peu-
vent pas être comparées sous le rapport du plus et du
moins, ou sous le rapport de la ressemblance. Ainsi,
par exemple, on comparera une voix claire et un man-
teau de couleur claire, un goût aigre et une voix aigre;
car aucune de ces choses n'est dite claire ou aigre , ni
% ly A la ttêitê; passant des par le nom ei par la définition e»-
mota eox-mèDoes qni désignent les sentielle tout à la fois. Les espèœa
choses dans la définition <ini les sont synanjrmes *par rapport an
explique. genre. On conçoit alors qu'on paisse
g 16. Car toiêi mM aynonyma, les comparer entre elles. Voir les
BM aynonjmeeeqnieslidenaqae Catégories» ch.l,ti.
nr. s
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50 TOPIQUES.
sous le rapport de la ressemblance, ni sous le rapport
du plus et du moins. Donc, les mots clair et aigre sont
homonymes; car tout mot synonyme peut être comparé
dans ses divers sens; et les objets synonymes seront ou
semblables^ ou différeront du plus au moins.
§ 1 7. Conmie pour les choses de genres différents et
qui ne sont pas subordonnées entre elles, les différences
aussi sont différentes même en espèce ; et que, par
exemple, pour l'animal et pour la science, les différences
sont tout autres, il faut examiner si les choses com-
prises sous le même nom ne sont pas des différences de
genres tout autres, et non subordonnés entre eux. Ainsi ,
Taigu de la voix et l'aigu de l'angle. Une voix en effet
diffère d'une autre voix en ce qu'elle est aiguë; et de
même, l'angle diffère de l'angle. Ainsi, aigu est un mot
homonyme; car il constitue des différences de genres
fort divers et non subordonnés entre eux.
§ 1 8. De plus, il faut voir si les différences sont
autres pour les genres placés sous un même nom : par
exemple, pour la couleur quand il s'agit des corps, et
la couleur quand il s'agit des chants. La couleur,
quand on entend parler des corps, est ce qui nous fait
distinguer et comparer les choses par la vue; mais les
différences ne sont pas du tout les mêmes pour la cou-
leur qui est dans les chants. Ainsi, le mot couleur est
homonyme; car les différences sont identiques pour des
choses identiques.
8 17. lêtdifférenMimuH fonl % 1S. Lêt âiffirmieês sùni id§n^
différmUt, Lien pris de la diffé- tiques^ ce qui n*a pas liea pour les
tence après le lieu tiré de la com- aeoepiioBt diftnes du mot ootiteur.
paraison. Il sera développé au chu- Ce mot par conséquent est homo-
pitie suiyant. nyme.
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LIVRE I, CHAPITRE XVI. 51
§ 19. Dé plus^ comme l'espèce d'une chose n'est ja-
mais sa différence ; et, par exemple, homme et bœuf ne
sont pas des différences , attendu que tous deux sont
des espèces; il faut examiner pour les choses placées
sous le même nom, si Tune est espèce^ et lautre diffë-
rence. Par exemple, le clair est une espèce de la cou-
leur pour le corps; c'est une différence pour la voix,
une voix différant d'une autre voix, parce qu'elle est
claire.
§ ao. Il faut donc étudier les diverses dénomina-
tions des choses aux points de vue que nous avons dits,
ou à des points de vue analogues.
CHAPITRE XVI.
Distiuction des différences : -1 * dans un même genre ; 2® dans
des genres voisins; 3^ dans des genres fort éloignés.
§ I . Quant aux différences, il faut les examiner dans
les genres mêmes, en les comparant les unes aux autres.
Par exemple, il faut rechercher en quoi la justice dif-
fère du courage, et la sagesse de la prudence; car toutes
ces différences appartiennent au même genre, qui est la
S 19. £é clair êHumupèoedê o« foaoée» uwt misai bien que peat
la MMlaiir, il senble que œ peut rètre um même coalevr.
âtieauMlttoedifféreiicedelacou- ft 1. QtMoiU mwD êifffreneêi^
leur oomme de la voix, puisqu'une troisième instrument dialectique.
omleardifféNme peat «tieelaiie Yoirch.i$,ê 1, plus haut.
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52 TOPIQUES.
vertu. § a. Parfois, il faut passer d'un genre à l'autre,
quand les choses ne sont pas fort éloignées, et chercher
par exemple en quoi la sensation diffère de la science ;
§ 3. car, dans les choses qui sont fort éloignées, les dif-
férences sont parfaitement évidentes.
CHAPITRE XVII.
Distinction des ressemblances : 4 « par identité de rapport;
2^ par identité de contenance. Étudier surtout les ressem-
blances des choses fort éloignées les unes des autres :
rechercher aussi les ressemUances des espèces dans un
mâme genre.
§ I. Pour la ressemblance, on peut la trouver même
pour des choses de genres différents, en ce que le rap-
port du premier terme relativement à un second , se re-
trouve d'un autre à un autre. Par exemple, le rapport
que la science soutient relativement à la chose sue, la
sensation le soutient relativement à la chose sentie.
§ 2. La ressemblance peut tenir à ce que de même
qu'une première chose est dans une seconde, de même
une autre est dans une autre : comme, par exemple, ce
que la vue est dans l'œil, l'entendement l'est dans l'âme.
£t encore, ce que le calme est dans la mer, l'absence de
ft 1. iVé êotU poM fort iMgnét, fatUmêni MdmU$^ et tlon il
et que Ton peut facilement les con- ii*esi besoin d^aucoiie diacoaslon.
fondre. La dlacnasloa a pour but ^ 1. Pour la rMJtMèioNea, qaa-
précisément de les distinguer. triëme et dernier instrament dia-
9 S. I4$ ûiférmm foftf jNir- lecU<iiie.Vair plus haut, cfa. IS, ^1.
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LIVRE I, CHAPITRE XVIIL 53
vent l'est dans lair. De part et d'autre, cW un
repos.
§ 3. Cest surtout entre les choses qui sont à de
grandes distances qu'il faut s'exercer à découvrir des
ressemblances ; car nous pourrons alors plus aisément
voir les ressemblances dans les autres cas. § 4* ^ V^^
n'empêche pas d'examiner aussi pour les choses qui sont
dans le même genre, si elles n'ont pas toutes quelque
chose d'identique. Par exemple , les ressemblances de
l'homme, du cheval, du chien; car, par cela même qu'il
y a en eux quelque chose d'identique, par cela mênie
aussi ces êtres sont semblables.
CHAPITRE XVIIL
' utilité des trois derniers instrumenls dialectiques. -^ La dis*
tinction des homonymes produit la clarté ; elle foit que le
raisonnement s'applique à la chose même , et non point
seulement k son nom ; elle fait éviter les paralogismes. —
La décoQverte des différences est utile pour reconnaître
rîdentité on la différence des choses, et pour en fiiire bien
distinguer Tessence. — L'étude de la ressemblance est
utile pour bien fiiire les inductions, les syllogismes hypo-
thétiques, et les définitions.
§ I . L'étude des diverses dénominations des choses
est utile, en ce qu'elle donne de la clarté aux discus-
9 i. Véiudê eu dAuHiiàialiofu ratilité da premier instrameiit dia-
9H uHlêi Aristote ne parie pis de lecUque, le choix des piopoiiUons,
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54 TOPIQUES.
sions. On sait bien mieux ce qu'on soutient, si l'on
s'est rendu compte des sens divers de la chose en ques*
tion. § a. Elle sert aussi à bien faire porter les syllo-
gismes sur la chose même, et non pas seulement sur le
mot qui la désigne. Si l'on ne sait pas bien nettement
tous les sens de la chose , il est fort possible que ce-
lui qui interroge et cçlui qui répond , ne dirigent pas
leur pensée sur le même objet. Au contraire , quand
on sait clairement tous les sens de la chose, et qu'on
sait sur quoi l'interlocuteur prétend faire porter sa
thèse, cdui qu'il interroge serait ridicule s'il n'appli-
quait pas son raisonnement à ce sens-là même. § 3. De
plus, cette étude est utile à la fois , et pour qu'on ne
nous ÊEisse pas de paralogismes, et pour que nous en fas-
sions aux autres; car, en sachant tous les sens d'une
chose, nous ne pouvons pas nous laisser tromper par
un paralogisme; et nous reconnaissons bien si celui qui
interroge ne dirige pas son raisonnement sur le même
objet que nous avons dans notre pensée. £t si c'est nous-
mêmes qui interrogeons, nous pourrons faire des para-
logismes, si celui qui nous répond ne sait pas tous les
sens divers du mot en question. § 4* Ceci, du reste,
n'est pas possible dans tous les cas; on ne peut faire de
paralogismes que quand, parmi les sens divers des cho-
psroe que cette utilité est trop évi- pot de parateffiêmêi^ UEoisiëme
deute, comme le remarque Alexan- utilité. — Nous pourrons faire
cire ; sans propositions pas de syllo- des paralogismes^ il faut se rappe-
gisme. — On sait mieux ce qu'on 1er quMl s'agit ici de dialectique, et
eouHentf première utilité. que la discussion peut n*y éire pas
g S. Faire porter les syllogis- parfaitenicDl loyale. Arihtoie, du
mes sur la ckose mime, seconde reste, blâme lui-même ce recours à
utilité. la ruse, % 5, plus bas ; et il semble
8 S. JPHNir qu'on ne noue faeee le laisser à la sopUsUque.
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LIVRE I, CHAPITRE XVIII. 55
ses, les uns sont vrais, et les autres faux. § 5. Mais ce
n'est pas uue méthode vraiment propre à la dialectique;
et les dialecticiens doivent toujours bien prendre garde
à ceci, de ne point disserter sur les mots, à moins que
l'adversaire ne puisse disserter autrement sur Tobjet en
question.
§ 6. Trouver les différences des choses est utile ,
et pour faire les syllogismes qui poitent sur le même et
sur le différent, et pour connaître Tessence de chaque
chose. S 7. Il est d'abord évident que cette recherche
est utile pour les syllogismes qui portent sur l'identité
et la diversité des choses; car une fois qu'on a trouvé
une différence quelconque entre les sujets proposés, on
a par cela même démontré qu'ils ne sont pas une même
chose. § 8. Cette recherche sert encore à faire con-
naître l'essence de la chose; car, d'ordinaire, on déter-
mine la définition propre de l'essence des choses par
les différences spéciales à chacune d'elles.
§ 9. IjSl recherche des ressemblances est utile pour
9 e. Tramm' 1$$ différencêi^
troisième instrument dialeclîqne,
comme la distinction de Pbomony-
mie est le second. Le troisième
instrument s deux utilités indi-
quées dans ce |>aragRiphe» et déve-
loppées dans les deux suivants.
8 9. la r9chêrehê dêi rêstêm-
tianMê; quatrième instrument dia-
lectique; il a trois utilités indiquées
dans œ paragraphe et développées
dans les suivants. — Syllogitmes
par hypotMsêy ce sont les qrilo-
gismes qni réealtent, comme le dit
Aiexandny d*iiiie emuo^nHon antè-
rienro; c*est du moins le nom qae
de son temps on donnait à ces syl-
logismes. La forme même des syi-
gismes, dits hypothétiques, ex-
prime clairement la pensée d'Aris-
tote. La m^^eure de ces syllogismes
est toujours de cette forme: Si
telle chose est, etc.; mais le syllo-
gisme peut ètte hypothétique sans
cette forme même, si la majeure,
non évidente par eUe-mème, est
admise du consentement des deux
interlocuteurs. Ce passage et le
commentaire d'Alexandre semblent
donner tort à M>.HfilfQii, qui ne
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56 TOPIQUES.
les raisonnements par induction, et pour les syllogismes
par hypothèse, et pour la justesse des définitions qu'on
donne. § lo. Elle est utile pour les raisonnements par
induction , parce que c'est par l'induction particulière
des cas semblables que nous pensons pouvoir induire
l'universel ; car il serait fort difficile d'induire si l'on ne
connaissait pas les ressemblances. § 1 1 . Elle est utile
pour faire des syllogismes par hypothèse, parce qu'il
est probable que ce qui est de telle façon pour l'un des cas
semblables est aussi de même pour tous les autres. Ainsi,
quel que soit celui des semblables dont nous puissions
parier, nous poserons d'abord comme principe incon-
testable, que ce qui vaut pour celui-là vaudra aussi pour
l'objet en discussion. Alors, une fois que nous aurons
prouvé le cas que nous savons, nous aurons démontré
aussi, d'après notre hypothèse, le cas à discuter; car,
ayant supposé que ce qui est pour les cas connus est
aussi pour le cas en question , nous avons fait la dé-
monstration demandée. § la. Quant à la justesse des
définitions, la recherche des ressemblances y contri-
buera très-utilement, parce que pouvant voir ce qu'il y
a d'identique dans chaque chose, nous ne serons pas
embarrassés pour savoir dans quel genre il faut placer
la chose pour la bien définir; car, parmi les attributs
▼ent pas leoomiattre dans les syl- devoir fiiiro du syllogisme par hj-
logtsmes par hypoihàse d^Aristole poUiôsed'Arislote et da syllogisme
les syllogismes hypothétiques tels hypothétique, indépendamment de
que nous les oompreAons aujour- la forme. Voir plus loin Jiv. S,ch. 3,
d'htti. Voir Fragments de philoso- ft 1, et liv. 3, cb. 6, ft 6.
phie, trad. de M. L. Peisse, p. S35. 8 11. La démonêtraiûm; tou-
lie 8 11 de ce chapitre parait ap- Jonrs au sens dialectique et non
puyer ici la confusion que Je crois plus au sens analytique.
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LIVRE I, GHAPITBE XVIIL 57
communs, celui qui appartiendra le plus à l'essence de
la chose sera le genre.
§ i3. Et de même encore, Texamen de la ressem-
blance sera utile pour les définitions, même dans les
choses fort éloignées; Exemples : le calme dans la mer
est la même chose que Tabsence de vent dans l'air; car
tous deux sont du repos. Le point dans la ligne et l'u-
nité dans le nombre sont la même chose; car tous deux
sont le principe. Ainsi , en donnant dans la définition
le genre commun à tous les sujets, nous ne paraîtrons
jamais définir par des attributs étrangers à la chose.
Cest à peu près ainsi que ceux qui définissent forment
les définitions qu'ils donnent ; ils disent que l'unité est
le principe du nombre, et que le point est le principe
de la ligne. Il est évident qu'ils placent le genre de cha-
cune de ces choses dans ce qu'elles ont de commun.
§ i4*Telssont donc les instruments dialectiques dont
on tire les syllogismes. Quant aux lieux communs aux-
quels les instruments qu'on vient de dire peuvent s'ap-
pliquer, les voici :
81i. XMVoieiyOeUefindnpre» pkiues pttt livres. Voir mon Hé-
mier livre et le débat da second moire sur la Logique, tom. 1, p. ISi
prouvent bien que ce n'est pas Aris- et suiv., où cette question est dis-
lote lui-même qui a divisé les To- cutée tout au long.
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TOPIQUES.
LIVRE SECOND.
LIEUX COMMUNS DB L'ACaDBMT.
CHAPITRE PREMIER.
PrélinÛDaires. — Questions aniverselles et particulières :
— Priorité des questions universelles négatives. — Diffé-
rence de l'accident et des trois autres instruments dialec-
tiques. — Vices des questions.
§ I. Parmi les questions, les unes sont universelles,
et les autres particulières; universelles, comme, par
exemple, celles-ci : Tout plaisir est un bien, aucun plai-
sir n^est un bien ; particulières, comme celles-ci : Quel-
que plaisir est un bien , quelque plaisir n'est pas un
bien.
§ a. Les questions universelles, soit qu'elles affir-
8 1. Parmi U$ questions , on tiques^ U?. 1, ch. 1, ft 5 et suiv., et
peut ajouter aussi : st les proposi- dans VHerméneiaf ch. 7 tout entier.
lion«, car les propositions, mieux % S. Pour les deux genres dé
encore que les questions, sont uni- questions , c^eslrà-dire, pour les
Terselles et particulières, comme univenelies et les particulières. La
on Ta dit dans les Derniers Analy- proposition nniTcrselle, soit qu'elle
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LIVRE II, CHAPITRE L 59
ment, soit qu'dles nient, peuvent également servir pour
les deux genres de questions; je veux dire que si l'on
a montré qu'un attribut appartient à tout le sujet, on a
montré par cela même qu'il appartient aussi à quelque
partie du sujet; et de même, si nous prouvons qu'il
n'appartient aucunement au sujet, nous aurons aussi
prouvé qu'il n'est pas à tout le sujet. § 3. Il faut donc
traiter en premier lieu des négations universelles, d'a-
bord parce qu'ellessontégalementapplicableset aux cas
universels et aux cas particuliers ; et ensuite, parce
qu'en général, les interlocuteurs posent plutôt des
thèses affirmatives que des thèses négatives; et que,
par conséquent, ceux qui discutent ont à les réfuter par
des négations.
§ 4- 1' est très difficile de convertir en une proposition
réciproque la dénomination spéciale qui vient de l'acci-
dent; car la dénomination particulière et non univer-
selle n'est possible que pour les accidents. La dénomi-
affinne, soit qu'elle nie, enveloppe
toujours, et néoessairement, la pro-
position particulière de même qua-
lité qu'elle.
8 S. Dm unhmrsOiêê nigaiivêê^
Budème, dans ses Analytiques, ou
dans son Commentaire sur les Ana-
lytiques d'Aristote, remarquait, au
rapport d'Aieiandre, que le diaieo
ticien a bien plus souvent occasion
de renverser des propositions que
d*en éublir. Cest donc avec raison
qu'Aristote commence par les pro-
positions dont remploi est le plus
fréquent. — Déi théiw affirma-
Koet, ou des questions sous forme
affirmative.
g i. Convertir en une propoti'
tion réciproque^ Alexandre fait ob-
server avec grande raison qu'Aris-
tote prend ici le mot convertir dans
un autre sens que celui qu*il lui
donnait dans \e& Première Antayti^
ques. Là convertir veut dire chan-
ger le sujet en attribut, et récipro-
quement Tattribut en sujet Ainsi
cette proposition : L'homme est un
être animé, peut se convertir en
celle-ci : L'être animé est homme.
On peut voir Premiers Anaiy ti-
ques^ liv. t, ch. ts, une longue
note sur les divers emplois qu'Aris-
tote a faits du mot convertir. Celui
dont il s'agit id est encore dilTé-
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60 TOPIQUES.
Dation^ au contraire, qu'on tire du propre, de la défini-
tion, et du genre, doit nécessairement se convertir en
une proposition réciproque. Par exemple , s'il appar-
tient à un sujet d'être animal bipède terrestre, il sera
vrai aussi de dire, en convertissant réciproquement la
proposition, qu'il est animal terrestre bipède. Et de
même pour la dénomination tirée du genre; car s'il ap-
partient à quelque sujet d'être animal, on peut dire
avec vérité qu'il est animal. Même remarque pour la dé-
nomination tirée du propre. S'il appartient à quelque
être d'être susceptible de savoir la grammaire, on
pourra dire avec vérité qu'il est susceptible de savoir
la grammaire. C'est qu'en effet, aucune de ces déno-
lent de UN» les antues. U e*t mieuz
fait, poar chaque eas spécial, de
forger des mots iiou?eaux , droit
qn*li ne s^t pas reftasé, oomme le
témoignent les Catégories, ch. 7,
8 11, et quelques autres passages
moins directs que celui-là. — La
dénomination »péeiaiê , j*ai pris le
mot de dénondnaiion, quoiqu'un
peu obscur dans ce passage, parce
quMl répond plus fidèlement au
texte que tout autre mot. ^ La dé-
nomination partieuliére , le texte
dit : En qu9lqM )<0u, pour indi-
quer la particularité; le genre, le
propre, la définition, sont univer-
sels au contraire, en ce sens qu'ils
s'appliquent an sujet tout entier, et
non à une partie seulement du su-
jet — Si Von attribue à un «u-
jet;„. en convertissant récipro-
çuement la proposition^ ainsi Ton
peut, en pariant de l'attribut, dire:
Tel attribut appartient à tel sqjet ;
et Ton peut alors réciproquement.
en parlant du sujet, dire : Il est doué
de tel attribut. Si l'on pense, par
exemple, que l'attribut d'animal
terrestre bipède appartient à un
être, on peut réciproquement, et
par la conversion, dire : Tel être est
animal terrestre bipède. Ce n'est
pas une véritable conversion ; c'est
seulement la mise en forme d'un
jugement, renonciation d'une pro-
position. --Adela justice et delà
blancheur; qu'il a moûtré de la
justice dans telle occasion , qu'il a
de la blancheur dans telle partie du
corps, oomme l'Ethiopien a de la
blancheur aux dents, pour prendre
l'exemple de commentateurs grecs ;
et cependant on ne pourra pas dire
d'une manière générale que l'E-
thiopien est blanc, pas plus que
d'un homme juste par hasard, par
accident, on ne dit qu'il est juste,
ce qui s'entendrait d'une Justice
constante et absolue et non point
d'un acte de Jostloe passagère.
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LIVRE II, CHAPITRE L 61
minations ne peut pas être ou ne pas être en partie et
relativement; mais elles sont absolument , ou ne sont
pas absolument. Au contraire, pour les accidents, rien
n'empêche qu'ils ne soient que relativement. Prenons
pour exemples la blancheur et la justice. Il ne suffit
pas de prouver que l'homme a de la justice et de la
blancheur pour prouver qu'il est juste et blanc; car il y
a toujours doute, dans ce cas, de savoir s'il est blanc
et juste seulement d'une manière relative. Donc, il n'y
a pas de conversion nécessaire pour les accidents,
§ 5. Il faut indiquer aussi les vices que peuvent pré-
senter les questions; ils sont de deux espèces : ou bien
Ton se trompe, ou bien l'on détourne un mot de l'ac-
ception ordinaire. On tombe dans le premier vice, quand
on soutient qu'un attribut qui n'appartient pas réelle-
ment au sujet lui appartient; et quand on appelle les
choses de noms qui ne leur conviennent pas, par exem-
ple, quand on appelle le platane homme, on détourne
le mot de son acception reçue.
S 5. Qui n'appartient pas réO-
UmmU au #m>r, Alexandre die
comme tue erreur de ce genre
l'opinion de rimmatérialité et de
rimmortallté de Vime. Cest pour
lui nne erreur aumi manifeste que
de croire que les OHrpe se compo-
sent de simples surfaces, que le
mouvement Tient du Tide, que
deux et deux font cinq, que le plai-
sir est la fin de Fbomme. On sait
assez, du reste, quelle est ropinion
d*Aleiandre sur rftme; mais il ne
Ta nulle part exprimée d'une ma-
nière plus formelle qu'ici. — quand
an i^f^MlItf <e platane hamim»; pai^
fois Terreur n'est pas aussi évi-
dente, et ceux qui soutiennent,
par exemple, que le sage est le seul
riche , le seul noble, le seul b<m,
le seul éloquent, détournent ces
mots, bien que moins évidemment,
du sens qu'ils ont pour le vulgaire.
C'était, comme l'on sait, l'opinion
des stoïciens , dans le portrait da
leur sage idéal.
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62
TOPIQUES.
CHAPITRE IL
Lieux communs de Taccident. — Cinq lieux : -I* de l'erreur
commise quand on prend pour accident ce qui ne l'est
pas ; 2f regarder aux espèces du sujet; 5* définir Taccî-
dent et le sujet ; Â"* se faire des objections tacites contre
la thèse de l'interlocuteur ; &> chcMsir entre les dénomina-
tions ordinaires des choses.
§ I • Un premier lieu pour raccident, c*est d^exami-
ner si l'on n'a pas donné comme accident un attribut
qui appartient au sujet à tout autre titre. C'est surtout
relativement aux genres que se commet cette erreur.
Par exemple, l'on dit que c'est un accident pour le
blanc d'être une couleur ; car, loin que ce soit un acci-
8 1. Vn pnmier Ueti, IMo-
phraste, au rapport d*Alexandie,
dislingnait, avant le lieu lui-aiéme«
le préœpte géDéral qui Tindique et
le recommandé. I.e précepte vient
nécessairement avant le lieu; et
ici, par exemple, le précepte serait :
n fiEint examiner si ce qni appar-
tient au sujet à un titre autre que
racddent lui est cependant attri-
bué comme simple accident; et le
lieu proprement dit serait : Si oe
qui est attribué comme accident an
sujet lui appartient à un titre autre
que Taccident. Cette distinction est
vraie, mais on peut la regarder
comme bien minutieuse. — P(mr
Vaecident^ Aristote commence Té-
tude des termes dialectiques par
i*accident» qui est, disent les com-
menCateun, le pins commun de
tous. On peut voir dans Alexandre
les motifs divers qui doivent foire
donner la priorité à Tétude des
lieux relatifs à racddent. Aristote
n'a pas cru devoir donner aucune
raison ici ; mais il donne celle des
commentateurs, bien qne d*iine
manière indirecte, liv. i, cb. l,ft 1.
— Ce$t iurtaut reUOivemêni aux
gêwrti, parce que le genre a pins
de rapport avec raccidentque n*en
ont la définition et le propre. En
eflTet la définition et le propre n*ap-
partiennent qu'au sujet , le genre et
Taocident, au contraire, sont pins
étendus que lui.— Par dMwUion
paronyme y voir les Catégories,
ch. 1, ft 8, où est donnée la défini-
tion de ce mot.
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LIYBE II, CHAPITRE IL 63
dent pour le blanc d'être une couleur, la couleur, au
contraire , en est le gefire. Il peut arriver parfois que
l'interlocuteur qui pose sa thèse, détermine l'espèce de
l'attribut par la dénomination même de l'accident ; et que,
par exemple, il dise que c'est un accident de la justice
d'être une vertu. Mais dans la plupart des cas, même
sans qu'il ait ainsi déterminé la chose, il est de toute
évidence qu'il a pris le genre comme accident : par
exemple, si Pon dit que la blancheur est colorée ou qtfe
la marche a remué ; car jamais l'attribution ne se fait
par dérivation paronyme du genre à l'espèce ; mais les
genres sont toujours attribués synonymiquement aux
espèces, puisque les espèces reçoivent et la déno-
mination et la définition des genres. Lors donc que
Ton dit que le blanc est coloré, on ne donne cet attri-
but, ni comme genre, puisqu'on le forme par dériva-
tion paronyme, ni comme propre, ni comme définition;
car la définition et le propre ne sont à aucune autre
chose que le sujet. Il y a bien d'autres choses qne le
blanc qui sont colorées : par exemple, le bois, la pierre,
l'homme, le cheval, etc. Il est donc clair qu'on a pris
cet attribut comme accident.
§ a. Un autre lieu, c'est d'examiner les sujets dont
8 s. Aux cas partieuliirêf e^estr termes, pour tontes les espèces
à-dîre aux individus. — ComfMn- d'opposés. Voir les Catégories ,
eer cei éxamm pat les primitifs^ ch. 10 et 11. — Juspi^aum 4nâM-
par les genres les plus étendus. — dus » qnl sont encore ici des es-
Aux individus, il hui entendre pèces , comme Texemple même le
seulement les dernières espèces prouve. — /iato0r<f^e«, opposés
qui ne peuvent plus être divisées ; contraires; daubU si moitié^ oppo-
car, dans le sens habituel du mot, ses relatifs ; awuglemsnt et vtM,
ceci serait contradictoire à ce qui opposés par privation et possession;
précède. — Et pour les relatifs et ntre et le mm^re, opposés par
pour les ewfUraireSf en d'autres contradiction.
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64 TOPIQUES.
Tattribut est affirme ou pris universellement. Il faut
regarder aux espèces, et non pas aux cas particuliers
qui sont infinis; car l'observation se fait mieux sur un
moindre nombre et pas à pas. Or^ il faut commencer
cet examen par les primitifs , et descendre ensuite jus-
qu'aux individus : par exemple, si l'adversaire a dit qu'il
n'y avait qu'une science unique pour les choses oppo-
sées, il faut examiner s'il y a une science unique pour
les relatifs, et pour les contraires, et pour les opposés
par privation et possession, et pour les opposés par
contradiction. Et si l'assertion n'est pas évidente pour ces
cas mêmes, il faut pousser les subdivisions jusqu'aux in-
dividus, et voir par exemple si la science est unique pour
le juste et l'injuste, pour le double et la moitié, pour
l'aveuglement et la vue, pour l'être et le non-être ; car si
l'on prouve pour un seul cas que la notion n'est pas la
même, nous aurons détruit pour cela même l'assertion
universelle. Même procédé si l'assertion universelle
était négative. Ce lieu peut tout aussi bien servir à éta-
blir une assertion qu'à en réfuter une. Si l'on voit en
poussant la division que l'attribut appartient à tous les
sujets, ou du moins au plus grand nombre, on peut de-
mander à l'interlocuteur de reconnaître cet attribut
pour universel , ou de démontrer, en le réfutant , qu'il
y a un sujet auquel il n'appartient pas; et si l'interlocu-
teur ne fait ni l'un ni l'autre, il paraîtra se donner le
tort de ne point admettre l'attribut discute.
§ 3. Un autre lieu, c'est de faire la définition de l'ac-
8 s. £« grondeur. Je n*ai point ne Test guère. Poar rendre le mot
trouvé dans notre langue un mot grec, il m'aurait fallu prendre une
plus convenable que celui-là» qui très-longue périphrase, qui aurait
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LITRE II, CHAPITRE II. 65
cident et du sujet auquel il est attribué, ou de tous les
deux pris ensemble, ou de l'un des deux pris à part : et
de voir ensuite si Ton n'a point pris pour vrai dans les
définitions quelque élément qui ne l'est pas. Par exem-
ple, si Ton avance qu'il est possible défaire tort à Dieu,
il faut voir ce que c'est que faire tort; car si l'on entend
par faire tort faire volontairement du mal, il est évident
qu'on ne saurait faire tort à Dieu, puisqu'on ne peut faire
de mal à Dieu. Si l'on soutient que l'homme vertueux
est envieux, on aura à se demander ce que c'est que l'en-
vieux et l'envie ; car si l'envie est une douleur de ce qui
arrive de bonheur à quelque homme honorable, il est
évident que l'homme vertueux ne sera pas envieux; car
alors il serait méchant. Si l'on prétend que le grondeur
est envieux, on cherchera à définir ce que c'est que l'un
et l'autre. C'est ainsi qu'on verra clairement si l'asser-
tion émise est fausse ou vraie : par exemple, si l'envieux
est celui qui s'afflige du succès des gens de bien, et le
grondeur celui qui s'afflige du succès des méchants, il
est évident que le grondeur ne sera pas envieux. Par-
fois on doit prendre des définitions à la place de cer-
tains roots que les définitions même renferment, et ne
point s'arrêter jusqu'à ce qu'on soit arrivé à quelque
terme tout à fait connu. Cest que souvent, en prenant la
définition tout entière qui a été donnée, on ne découvre
pas nettement ce qu'on cherche : mais on le découvre
ea plus d'inconvénients encore tendre ici d'an honnête liomme
qu*an mot impropre. Nous n'avons toujours mécontent des choses de
rien d'ailleurs dans nos croyances ce monde parce que sa vertu s'en
modernes qui réponde à la Némésîs indigne, dans le genre où l'est le
des anciens. Le grondeur doit s'en* misanthrope de Molière.
IV. 8
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«6 TOPIQUES.
aussitôt si Ton prend une définition à la place de l'un
des mots que renferme la définition initiale.
§ 4- On peut encore réfuter la question en s'en fai-
sante soi-même une proposition ; car la réfutation qu'on
trouvera de cette façon sera une attaque contre la
thèse de l'interlocuteur. Ce lieu, du reste, est à peu
près le même que celui qui consiste à voir quels sont
les sujets dont l'attribut est affirmé ou nié universelle-
ment : la seule différence est dans la forme.
§ 5. Il faut encore déterminer les choses qu'il con-
vient, et celles qu'il ne convient pas^ d'appeler par les
noms qu'on leur donne ordinairement. Cela est utile,
soit pour soutenir, soit pour réfuter une assertion :
par exemple, on peut dire qu'il faut désigner les choses
par leurs dénominations habituelles. Mais, quant à dis-
tinguer les choses qui ont telle qualité et celles qui ne
l'ont pas, il ne faut plus sur cette question s'en rappor-
ter au vulgaire. Ainsi, on peut bien appeler sain ce qui
donne la santé, comme tout le monde fait; mais pour
savoir si l'objet en question donne ou ne donne pas la
santé, ce n'est pas comme le vulgaire qu'il faut dire,
c'est comme le médecin.
% i. On pwi encore réfuter la lytiques, !!▼. i, ch. S6. — Bêt à
gutitionj le texte dit objecter, peu près le même que le second
Voir sar Tobjection Premiers Ana- indiqué au 8 9 ci-dessoe.
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LIVRE II, CHAPITRE III.
67
CHAPITRE III.
Trois autres lieux y dont deux tirés de rhomonymie ; mots
qui, sans être homonymes, s'appliquent h plasieurs
§ 1 . Si le mot qui .désigne l'accident a plusieurs ac^
ceptions et que l'on ait affirmé ou nié l'accident ^ il
faut montrer l'un ou l'autre des sens divers, si on ne le
peut pour tous les deux. Il faut se servir de ce lieu
surtout dans le cas où l'homonymie est cachée; car si
l'on n'ignore pas que le mot a plusieurs sens, on objec-
tera que l'interlocuteur ne discute pas le sens qu'il a
mis lui-même en doute, mais qu'il discute l'autre sens.
Ce lieu peut être également employé pour soutenir et
réfuter une thèse. Si nous voulons soutenir, nous mon-
trerons que l'un des deux sens appartient au mot, quand
nous ne le pouvons pas pour les deux; et si nous vou-
lons réfuter, nous montrerons que l'un des sens n'ap-
partient pas au mot, si nous ne le pouvons faire pour
6 1. L'un ou Vautre des sens di-
vers, en admettant que le mot homo-
nyme n*ail que deux acceptions. »
D'obtenir de eancesston de Vadver-
saire, Alexandre fait remarquer
qu'Âristoie appelle ici concession
ce qu'à la fin du premier livre des
Topiques il a nommé, comme dans
les Premier s Analytiques, hypo-
thèse, et il confond par conséquent
les syllogismes par concession et les
syllogismes par hypothèse. Voir
plus haut, liv. 1. ch. 18, la note sur
le 6 9, et sur cette question si sou-
vent controversée de savoir si Aris-
tote a connu les syllogismes hypo-
thétiqueè; voir aussi plus loin,
liv. 3, ch. 6, S 6. — Comme le fait
le géomètre, qui procède toujours
par démonstration universelle, et,
par eiemple, dans le théorème bien
connu que cite Aristote.
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68 TOPIQUES,
les deux. Seulement , quand on réfute, il n'est nulle-
ment besoin d'obtenir de concession de Tadversaire, soit
que la thèse primitive ait nié ou aiErmé universelle-
ment l'attribut: car si nous montrons que l'accident
n'appartient pas à une partie quelconque du sujet, nous
aurons réfuté cette assertion qu'il est à tout le sujet: et si
nous montrons qu'il est à une seule partie du sujet, nous
aurons par cela même réfuté cette assertion qu'il n'est
aucunement au sujet. Au contraire, quand on soutient
soi-même une thèse, il faut d'abord convenir avec Tad-
Yersaire que si l'on prouve que l'accident est à une partie
quelconque du sujet, on aura prouvé par cela même
qu'il est à tout le sujet, en admettant aussi que cette rai-
son soit convaincante ; car il ne suffit pas, pour montrer
que l'accident est à tout le sujet', de discuter sur un seul
cas : par exemple, il ne suffit pas de prouver que l'âme
de l'homme est immortelle , pour affirmer que toute
âme est immortelle. Ici, il faut convenir préalablement
que si l'on montre qu'une âme quelconque est immor-
telle, on aura prouvé par là même que toute âme Test en
général. Du reste, il ne faut employer cette méthode que
quand on ne peut pas produire une explication com-
mune à tous les cas, comme le fait le géomètre quand il
affirme que le triangle a ses trois angles égaux à deux
droits.
§ a. Si les divers sens du mot sont parfaitement
évidents, il faut, après avoir déterminé séparément,
en combien de sens il se dit, soutenir ou réfuter la
S s. Parfaitement évid&tUs , rbomonymie était cachée ; ici elle
c*est ce qui distingue ce lieu du est parfaitement claire et ne peut
précédent où Ton supposait que échapper en aucune façon.
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LIVRE II, CHAPITRE IIL 69
thèse. Par exemple, si Ton a dit que la règle de con-
duite morale est l'utile ou le bien, il faut chercher à
établir ou à renverser ces deux assertions pour l'objet
discuté ; par exemple , en montrant qu'il est beau et
utile, ou bien qu'il n'est ni beau ni utile. Si l'on ne peut
prouver les deux assertions, il faut prouver l'une d'elles,
en indiquant en outre que l'objet est l'une de ces choses
et qu'il n'est pas l'autre. Même raisonnement, si la di-
vision comprenait plus de deux membres.
§ 3. Il faut regarder encore aux choses qui ont plu*
sieurs sens, non par simple homonymie , mais de toute
autre manière; par exemple, la science unique pour
plusieurs choses peut s'entendre, ou de la fin à laquelle
tendent les choses, ou de ce qui mène à cette fin : ainsi ,
la médecine, qui est à la fois la science de ce qui fait la
santé et la science du régime. La science unique pe;ut
s'entendre encore également des fins des deux choses :
c'est en ce sens que l'on dit que la science des contraires
est la même; car l'un des contraires n'est pas plus une fin
que l'autre. La science unique peut s'entendre, et de la
chose en soi, et de la chose par accident. Ainsi, c'est
en soi que le triangle a ses trois angles égaux à deux
droits, et c'est par accident que l'équilatéral les a de cette
façon. G est en effet parce que le triangle équilatéral
est accidentellement triangle, que nous reconnaissons
qu'il a les trois angles internes égaux à deux droits. Si
donc il ne peut y avoir science unique de plusieurs
8 8. Àinii e'eii en ioi pt$ 1$ lytiqMi^ IW. 1, ch. i, % li. Théo-
triangle^ parce que le triangle est phrasie citait aussi cet exemple,
ici le primitif uniyersel, comme il a selon Alexandre, dans son Traité
été prouTé dam les DtrrUen Ano^ sur les mots à plasieurs acceptions.
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70 TONIQUES.
choses j évidemment, il faut dire absolument qu elle ne
peut pas être ; ou bien si elle peut être de quelque façon,
il est clair qu'elle est possible. Il faut continuer la divi-
sion tant qu'elle est utile : par exemple, si nous voulons
soutenir une thèse , il faut produii'e tous les exemples
analogues que nous pourrons , et ne prendre dans les
divisions que celles qui peuvent être utiles à nos affir-
mations. Si au contraire nous voulons réfuter, il faut
prendre les exemples opposés à la thèse de l'adversaire,
et négliger tout le reste. C'est aussi ce qu'il faut faire,
même pour les exemples opposés. Quand on ne sait pas
dans combien de sens les mots peuvent être pris, il faut
encore établir par les mêmes lieux que telle chose est
ou n'est pas l'attribut de telle autre. Par exemple, que
la science s'applique à telle chose, soit comme science
de la fin de cette chose, ou comme science des moyens
servant à cette fin, ou comme science des accidents de
cette chose ; de même qu'on peut prouver aussi que le
sujet en question n'est d'aucune des manières énoncées.
Le même raisonnement qu'on fait ici pour la science
pourrait être fait pour le désir, et en général pour
toutes les choses qui sont appUcables à plusieurs autres;
car le désir s'applique à telle chose comme fin, ainsi,
le désir de la santé; ou à des choses qui servent à cette
fin, ainsi, le désir de se soigner; ou à des choses pure-
ment accidentelles ; ainsi celui qui aime les choses douces
' désire boire du vin, non parce que le vin est du vin,
mais parce que le vin est doux. Il désire en soi ce qui
est doux, il ne désire du vin que par accident; et la
preuve, c'est que si le vin est aigre, il ne le désire plus;
donc il ne le désire que par accident. Ce lieu commun
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LIVRE II, CHAPITRE IV. 71
s'applique utilement surtout aux relatifs; car les choses
de ce genre sont presque toutes des relatifs.
CHAPITRE IV.
Six autres lieux : 4** changer un mot obscur pour un plus
clair ; 2<* regarder au genre pom* prouver que les con-
traires sont à UD même sujet ; 5® regarder aux espèces du
genre attribué ; A^ regarder aux définitions vraies ou sim-
plement probables du sujet ; 5*^ regarder aux conséquents
ou antécédents du sujet; 6"* regarder au temps.
§ I. Il peut encore être utile de passer à un mot
plus connu; et, par exemple, il vaut mieux dire d'une
expression qu'elle est claire que de dire qu'elle peut être
exactement comprise ; et, au lieu de l'activité, il vaut
peut-être mieux dire l'amour du travail. Le nouveau
mot qu'on choisit étant plus connu, il devient aussi
plus facile d'attaquer la thèse. Ce lieu est comme ceux
qui précèdent, applicable dans les deux sens, soit pour
soutenir, soit pour réfuter une assertion*
§ 2. Pour montrer que les contraires sont à un même
sujet, il faut regarder au genre de ce sujet : par exem-
% i. De potier à un mot pltu possU)le, mais logiquement, dans
eotmuj parce qu'alors H est plus des espèces diverses, dans des mo-
fadle de discuter sur un mot clair ments divers.— Sentir, c*est juger ^
que sur un mot obscur. ce qui est le contraire de Paxiome
6 S. Lei contraires sont à un sensualiste, que juger, c'est sentir.
mime sujet, non pas simultané- Voir toute la discussion du Théé-
ment et réellement, ce qui est im* tète de Platon.
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72 TOPIQUES.
pie, si nous voulons montrer que dans . la sensation il
peut y avoir exactitude et erreur , nous dirons que sen-
tir, c'est juger; qu'on peut juger mal ou bien, et que par
conséquent aussi on touve exactitude ou erreur dans
la sensation. La démonstration se fait donc ici du genre
à l'espèce ; juger est genre relativement à sentir ; car
celui qui sent fait une sorte de jugement. Â l'inverse,
on peut aller de l'espèce au genre; car tous les attributs
de l'espèce sont aussi ceux du genre : par exemple, si
la science est bonne ou mauvaise , la disposition est
aussi bonne ou mauvaise; car la disposition est le genre
de la science. Ainsi donc, le lieu antérieurement indi-
qué est faux, mais le second est vrai , quand il s'agit
d'établir la thèse; car il n'est pas nécessaire que tout ce
qui est au genre soit aussi à l'espèce. Ainsi, l'animal est
ailé et quadrupède, mais l'homme ne l'est pas. Au con-
traire, tout ce qui est à l'espèce est nécessairement aussi
au genre; si l'homme est vertueux, l'animal aussi est
vertueux. S'il s'agit de réfuter la thèse, c'est le premier
qui est vrai et le second qui est faux ; car tout ce qui est
nié du genre est nié aussi de l'espèce, tandis que tout
ce qui est nié de l'espèce n'est pas nécessairement nié
du genre.
§ 3. Il faut nécessairement que les choses auxquelles
le genre est attribué reçoivent aussi pour attribut quel-
qu'une des espèces ; et tout ce qui a le genre est dé-
nommé par dérivation paronyme du genre, et a né-
S 3. Par dériv&tian parcnyme^ mouvement sont rédai les à six. Pla-
voir les Catégoriei, cb. 1, S 3. — ton, dans ie Timée, en distingue
Vune quelconque des e$pée$M du Jusqu'à dix, mais d*un point de
mouvement, voir les Caiégoriei^ vue différent de celui d'Àristote, et
ch. U, où les diverses espèces de qui n'est point applicable ici.
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LIVRE II, CHAPITRE IV. 73
cessairement aussi quelqu'une des espèces, ou bien
est dënommé par dérivation de quelqu'une d'entre
elles. Par exemple, si la science est attribuée à quel-
qu'un, il faut que, soit la grammaire, soit la musique ou
telle autre science, lui soit attribuée; et si quelqu'un
possède la science, ou il est désigné par dérivation pa-
ronyme du mot même, et alors possédera soit la gram-
maire, soit la musique ou telle autre science , ou bien
il sera nommé par dérivation de l'une de ces sciences,
par exemple, grammairien ou musicien. Si donc l'in-
terlocuteur pose quelque attribut qui vienne d'une façon
quelconque du genre, par exemple, que l'âme est en
mouvement ; il faut examiner si Tâme peut se mouvoir
suivant l'une quelconque des espèces du mouvement :
par exemple, si elle peut augmenter, ou diminuer^ ou
être détruite, ou naître, ou avoir telle autre des espèces
du mouvement; car si elle lîe se meut suivant au-
cune, c'est qu'évidemment elle ne se meut pas. Ce lieu,
du reste, est utile dans les deux sens pour établir ou
pour réfuter la thèse; car si l'âme se meut suivant
l'une des espèces du mouvement, il est évident qu'elle
se meut; et si elle ne se meut suivant aucun, il est
clair qu'elle ne se meut pas.
§ 4« Quand on manque d'arguments pour attaquer
S i. Im tinr des définUiom, et que par coofléquent on ne s*oo-
Alexandre remarque, et à la suite cupe que de la simple probabiliié.
les autres commentateurs ont re- En philosophie, en analyse, une
marqué, que ce lieu se rapproche chose D*a et ne peut avoir qu'une
du troisième, dont il a été question seule définition. ~ Cùntre le» dif^
ch. 9, 6 3, de ce livre. — Simpl»" wUiùn$ , voir les liv. 6 et 7, consa-
mefU apparmUi ; Il ne faut pas ou- crés tout entlersà la détinttion et aux
blier qu*oa est ici en dialectique^ lieoi communs qui la eonoement.
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74 TOPIQUES.
la thèse , il faut essayer de les tirer des définitions
réelles de l'objet en question ou des définitions simple-
ment apparentes ; et si une seule définition n'en four-
nit pas, il faut en examiner plusieurs; car une fois qu'on
a fait une définition^ il est bien plus facile d'attaquer
la thèse, l'attaque étant toujours plus facile contre les
définitions.
§ 5. Il faut regarder aussi pour le sujet proposé de
quoi ce sujet est le conséquent, ou bien voir ce qui est
nécessairement du moment que ce sujet est. Quand on
veut soutenir la thèse, il faut voir de quoi le sujet est
le conséquent; car si l'on montre que cette chose est,
dont lexistence entraîne celle du sujet; on aura montré
aussi que le sujet en question existe, au contraire,
quand on veut réfuter la thèse, on recherche ce qui est
par cela même que le sujet existe; car, si l'on montre que
le conséquent du sujet donné n'existe pas, ou aura
par cela même renversé le sujet en question.
§ 6. Regardez aussi au temps s'il y a quelque discor-
dance : par exemple, si l'interlocuteur dit que ce qui se
nourrit doit nécessairement s'accroître; on peut ré-
pondre que les animaux se nourrissent toujours, et que
cependant ils ne croissent pas toujours. Même objec-
tion, si l'interlocuteur a dit que savoir c'est se souvenir;
car ici l'un des sens s'adresse au temps passé, et l'autre
s'adresse au présent et à l'avenir. On peut dire qu'on
g 6. Savoir f e'eit iê souvenir; la mémoire et de la rémîDiscence.
c*esl la doctrine de Platon d«ns le — L'un des sens du mot savoir,
Pbédon, et surtout dans le Méoon. on sait le passé, mais on sait aussi
AristoteTadéjà combattue dans les Favenir; et par conséquent la ré-
Demier s Analy tiques ^Ivr. 1, ch. 1, miniscence n*eiplique pas toute la
$ 7 ; on peut yoIt aussi le Traité de science quoiqu'en dise Platon.
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LIVRE II, CHAPITRE V. 75
sait et le présent et Tavenir; et, par exemple, on sait
qu'il y aura une éclipse de soleil, mais on ne peut se
souvenir que du passé.
CHAPITRE V.
Deux autres lieux tirés du déplacement de la discussion.
§ I. Il y a encore ici une manière sophistique de
discuter, c'est de conduire l'adversaire à un point sur
lequel nous pourrons avoir des arguments en abon*
dance. Ce point est quelquefois nécessaire, et quelque»
fois il le parait seulement; d'autres fois il n'est ni
g 1. Une manière tophiitique;
c'est le procédé dont se sert Prota-
gons le sophiste, dans le Dialogue
de Platon , comme le rappelle
Alexandre. — Â fait une indue-
tion, PaclDS, d'après la remarque
de Grucbias, voudrait, contre Ta vis
unanime des manuscrits, substituer
abduction à induction, ainsi que
quelques lignes plus bas. Alexan<
dre,qui n'a pas eu de variante sur ce
passage, l'explique par l'idée seule
de rindnction, sans recourir à Tab-
dnction définie dans les Fremiers
Analytiquei, liv. 9, ch. S5. «Si
« pour démontrer, dit-il, que l'ftme
« est immortelle, on pose d'abord
« en principe, qu'elle se meut pour
« arriver à prouver qu'elle se meut
« spontanément; et que l'adversaire
« nie que l'&me se meuve, on passe
« du premier point, sur lequel on
« n'a pas d'arguments, à ce second,
« qu'on discute en prouvant que
« l'&me se meut, en pensant, en ap-
a prenant, en éprouvant plaisir ou
« peine, en sentant, en espérant,
« en craignant. Et c'est une transi-
a tion à l'argumentation nécessaire
a pour prouver le point même
« qu'on discute. Cette sorte de
a transition s'appelle précisément
« induction, comme il l'a expliqué
« dans le second livre des Première
a Analytiquei. » Pacius a conservé
le texte reçu, mais il a traduit
abduction au lieu d'induaion. Ce
changement ne semble pas indis-
pensable, bien que le texte soit
certainement obscur et puisse prê-
ter à ces diverses explicaUons. —
En dehors de la dialectique , il
faut l'abandonner à la sophistique
et à ses procédés déloyaux.
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76 TOPIQUES-
nécessaire , ni ne parait nécessaire. Il est nécessaire ,
quand celui qui nous répond nous ayaot refusé quelque
assertion indispensable à la thèse, on doit diriger l'ar-
gumentation sur ce point contesté, et que ce point est
précisément un de ceux sur lesquels nous avons de
nombreux arguments. Il en est de même encore quand
l'adversaire, qui par suite de la thèse a fait une induc-
tion de quelque nouveau terme, cherche à le détruire;
car, ce terme détruit, la thèse en question Test aussi.
Parfois , ce point de la discussion n'a que l'apparence
d'être nécessaire, lorsqu'il semble utile et tout à fait spé-
cial à la thèse sans l'être toutefois réellement , soit que
celui qui soutient la thèse nie ce point, soit que , crai-
gnant une induction que probablement la thèse le for-
cera de faire sur ce point, il cherche à le détruire.
Le dernier cas, c'est lorsque ce point, sur lequel
portent les argumentations, n'est ni nécessaire ni ne le
parait, et qu'il est possible à l'interlocuteur qui répond
de réfuter son adversaire d'une toute autre façon. 11
faut du reste bien prendre garde à ce mode de discus-
sion qui vient d'être indiqué en dernier lieu; carilpa*
rait être tout à fait éloigné et en dehors de la dialectique.
Celui qui répond doit éviter les difficultés , concéder
même des points qui ne sont pas utiles à la discussion,
en se réservant toujours d'indiquer ceux qu'il accorde,
bien qu'ils soient contraires à son opinion personnelle ;
car Tinterlocuteur qui interroge est ordinairement em-
barrassé bien davantage par ces sortes de concessions,
s'il vient à ne pas conclure.
§ a. De plus, du moment qu'on a dit une chose quel-
conque, on en a toujours, en certain sens, dit plusieurs;
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LIVRE II, CHAPITRE VI. 77
car chaque chose en a nécessairement à sa suite
plusieurs autres : par exemple , si Ton a dit que
l'homme est, on a dit implicitement aussi que l'animal
esty et que l'animal est vivant, et qu'il est bipède, et
qu'il est susceptible d'intelligence et de science. Ainsi
donc, que l'on détruise une seule de ces conséquences,
et Ton détruit aussi le principe même qui les produit.
Or, il faut prendre gai*de de quitter le point contesté
pour passer à un plus difficile ; car tantôt il est plus
aisé de réfuter la conséquence , et tantôt c est l'objet
lui-même.
CHAPITRE VL
Quatre autres lieux tirés : 4® des contraires; 2* de Tétymo-
logie ; 5* de la diversité des attributs ; 4* de l'identité de
sens de mots différents.
§ j • Dans tous les cas où un seul des deux attributs
contraires est nécessairement au sujet, par exemple, la
santé ou la maladie à l'homme, si nous avons de nom-
breux arguments pour prouver de l'un qu'il est ou qu'il
n'est pas au sujet, nous en aurons également pour l'au-
tre. Ce lieu peut à la fois servir dans les deux sens; car
il suffit d'avoir montré que l'un des contraires est au
sujet pour avoir montré aussi que l'autre n'y est pas : et
réciproquement, si nous montrons que l'un n'y est pas,
nous aurons montré par cela même que l'autre y est.
% 1. Dei deux attritmts eon^ etsnrtontch. iO, i S, et Mitaphy-
traireif voir les Catifforiei^ ch. 11, «içM, liv. 5, ch. 10.
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78 TOPIQUES.
Donc, ëvidemment, ce Heu est bon soit pour réfuter, soit
pour soutenir la thèse.
§ 2. On peut aussi attaquer l'adversaire en transpor-
tant la discussion du mot à son explication étymologique,
attendu qu'il est plus convenable de la prendre que de
conserver le mot sous sa forme propre : par exemple,
on pourra dire que Tbomme courageux ne signifie pas
rhomme plein de bravoure suivant l'acception reçue,
mais que cette expression signifie lliomme qui a la rage
dans le cœur. De même qu'on peut comprendre par at-
tentif celui qui attend quelque chose , et par heureux
celui dont le génie est vertueux; ce qui faisait dire à
Xénocrate que celui-là est heureux qui a Tàme vertueuse;
car il prétend que Tâme est le génie de chacun de nous.
§ 3. Parmi les choses, les unes sont de toute néces-
sité, les autres sont ordinairement, et d'autres sont in-*
différemment, selon le hasard. Si l'on pose ce (|ui est
nécessaire comme étant simplement ordinaire, ou ce qui
est ordinaire comme étant nécessaire, soit qu'on prenne
l'ordinaire lui-même ou le contraire de l'ordinaire, on
donne toujours lieu à une attaque. Si l'on considère ce
qui est nécessaire comme simplement habituel , évi-
demment l'on avance que l'attribut n'est pas à tout
le sujet, tandis qu'il est à tout le sujet; et alors on
% i. VâfM est U génie de eha^ oessaire, du plos habituel et do for-
cun de fiouf, il y a ici ea grec une tuit, Herméneia, cb. 9, S 11 ; Pre-
sorte de jeu de mots que le français mien Ânalytiquee, liv. 1, cb. 8,
ne peut pas rendre» parce que les 8 1 ; Derniers Analytiques^ liv. 1,
mots génie et beureux, presque ch. 80, et Métaphysique, liv. 5,
identiques en grec, n*ont aucun cb. 5. — Les enfants abandonnés
rapport dans notre langue. ou déshérités. Alexandre rappelle
g 3. Les unes sont de toute né- que la tradition faisait de Thémis-
eessité^ voir sur la théorie du né^ tocle un enfant de ce genre.
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LIVRE II, CHAPITRE Vl. 79
s^esi trompé. Si au contraire l'on a dit que le plus habi-
tuel est nécessaire, on est également dans Terreur; car
on a dit alors que l'attribut est à tout le sujet, quand il
n'est pas à tout le sujet. Et de même, si l'on a pris comme
nécessaire ce qui est simplement contraire à l'habituel;
car toujours le contraire de l'habituel a moins d'exten-
sion que l'habituel lui-même. Si Ton dit par exemple que
le plus ordinairement les hommes sont méchants, les
bons sont par cela même moins nombreux que les mé-
chants. Ainsi, l'on s'est encore bien plus trompé, si l'on
a dit que les hommes étaient nécessairement bons. Et
de même encore, si l'on a pris ce qui ne dépend que du
hasard comme nécessaire ou comme habituel ; car ce qui
dépend du hasard n'est ni nécessaire ni habituel. Or, il
est possible que, même sans que l'interlocuteur ait dit
positivementqu'ilprendlefaitcommehabitueloucomme
nécessaire, si la chose est simplement habituelle, on dis-
cute comme si l'interlocuteur l'avait faite absolument
nécessaire. Par exemple, s'il a dit sans détermination
précise que les enfants abandonnés sont vicieux, il est
possible qu'on discute contre lui comme s'il avait établi
qu'ils le sont nécessairement.
§ 4- U faut voir encore si l'on n'a point pris la chose
même pour accident de la chose, la prenant pour une
chose toute différente parce que le nom est difTérent.
C'est ainsi que Prodicus partageait h tort les plaisirs en
joie, amusement, contentement; car ce sont là des noms
S i. Prodicus, c*est Plalon lui- des synonymes. Protagonis, trad.
même qui atteste que le talent de H. Cousin, p. 69, 78, et Cbar-
partjculier de Prodicus éuit de sai- mide, p. 30t. Ce talent le disUnguait
sir les nuances les plus délicates parmi tous les sophistes.
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80 TOPIQUES.
d'une seule et même chose, du plaisir. Si donc quelqu'un
donne se réjouir pour attribut à avoir du plaisir, il
n'aura fait que donner pour attribut la chose à la chose
même.
CHAPITRE VIL
Qaatre autres lieux tirés des contraires.
$ I. Gomme les contraires se combinent les uns avec
les autres de six manières; et que , dans quatre de ces
combinaisons, ils forment des oppositions dont les termes
s'excluent, il faudra prendre les contraires dans le sens
où ils seront utiles, soit pour établir, soi( pour réfuter
la thèse. On peut voir sans peine que les contraires
se combinent de six façons : d'abord, chacun des
deux attributs contraires peut se combiner avec
chacun des deux sujets, et cela de deux façons. Ainsi,
par exemple, faire du bien à ses amis et du mal à ses
ennemis : ou bien à l'inverse, faire du mal à ses amis
et du bien à ses ennemis : ou bien les deux attributs
contraires peuvent se rapporter à un sujet unique : et
S 1. L$s eomraSreê w eom6i- la Uiéorie d^Aristote , ran en ex-
fMffil, Toir sar la Uiéorie des coa- ces, l*autre en débat, sont con-
traires, Catégoriei^ ch. 11, Hermé- traires à la vertu iotennédiaire; et
fieto, cb. 14, et Métaphysique^ de plus ils sont contraires Tun à
liv 5, ch. 10. — A moini que l'un Tautre. Ainsi la prodigalité est
ne soit dit en excès et Vautre en contraire à l'avarice, et toutes les
défaut, comme les deux vices con- deux le sont à la générosité qui
traires à chaque vertu morale dans tient le milieu entr*elles.
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LIVRE II, CHAPITRE VIL 81
cela de deux façons aussi. Par exemple, faire du
bien, faire du mal à ses amis, ou faire du bien , faire
du mal à ses ennemis. Ou bien enfin , un seul attri-
but pour deux sujets à la fois, et cela de deux ma-
nières également : faire du bien à ses amis et faire du
bien à ses ennemis, et faire du mal à ses amis et faire
du mal è ses ennemis. Les deux premières combinai-
sons indiquées ne donnent pas d'opposition dont les
termes s'excluent ; car faire du bien à ses amis n'est pas
contraire à faire du mal à ses ennemis ; ce sont là deux
choses qu'on peut faire à la fois, et qui partent du
même sentiment. Faire du mal à ses amis n'est pas non
plus contraire à faire du bien à ses ennemis; car ce sont
deux choses qu'on doit éviter, et qui partent toutes deux
du même sentiment : or, ce qui est à éviter, ne peut
être le contraire de ce qui est à éviter, à moins que l'un
ne soit dit en excès et l'autre en défaut; car l'excès pa-
raît aussi bien que le défaut être une chose qu'il faut
éviter. Mais les quatre autres combinaisons produisent
des oppositions dont les termes s'excluent. Ainsi, faire
du bien à ses amis est le contraire de leur faire du mal ;
car il vient d'un sentiment tout contraire, et l'un est à
faire et l'autre à éviter. Et de même pour les autres
combinaisons. Dans chaque couple, en effet, l'une des
choses est à faire, et l'autre à éviter; l'une vient d'un
bon sentiment, et l'autre d'un mauvais. H est donc
clair, d'après ce qu'on vient de dire, qu'il peut se faire
qu'une même chose ait plusieurs contraires. En effet,
faire du bien à ses amis a pour contraire faire du bien
à ses ennemis et faire du mal à ses amis. Et de même
pour tous les autres couples. En y regardant à ce point
IV. 6
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82 TOPIQUES,
de vue, on verra que chacune de ces assertions a deux
contraires. Donc il faut prendre parmi les contraires
celui qui pourra servir à la thèse qu'on soutient.
§ 2. De plus, s'il y a un contraire à l'accident, il
faut examiner s'il est au sujet auquel on dit qu'est l'ac-*
cident; car si l'un y est, l'autre n'y saurait être, attendu
qu'il est impossible que les contraires soient à la fois à
une seule et même chose.
§ 3. Ou bien, il faut voir si l'on n'a point affirmé
quelque accident dont l'existence entraîne nécessaire-
ment, à sa suite, l'existence simultanée des contraires.
Par exemple, si l'on a dit que les idées sont en nous, il
s'en suivra que les idées seront à la fois en mouvement
et en repos, qu'elles seront sensibles et intelligibles ; les
idées sont en repos, elles sont immobiles et intelligibles,
pour ceux qui croient à l'existence des idées. Mais une
fois en nous, il est impossible qu'elles soient immobiles;
car du moment que nous remuons, il y a nécessité que
tout ce qui est en nous se meuve aussi avec nous. Il est
également évident que si elles sont en nous elles sont
sensibles; car c'est par la sensation et la vue que nous
reconnaissons la forme qui est dans chaque objet.
§ 4- £n outre, si l'accident est attribué à un sujet
$ 8. Il Bit impoisible que lei traires sont à la fois dans an même
cotUratrtff..., c'est le fondement sujet.
même du principe de contradiction, 8 i. Cett uim tnêm» cAom, snb-
▼oir les Catégories, ch. 11 . stantieile, voit les Catégories, çb. &,
8 3. Les idées sont en nous^ % SI ; c'est même la propriété spé-
c'est ce qaimplique la théorie pla- ciale et caractéristique de la snb-
tonicienne de la réminiscence, voir sunce. — Dans la partie irascible
le Ménon. -^ Ala fois en mouve- de TâfiM, voir le Traité de Tàme,
ment et en repos , et par consé- liv. 3, ch. 9, 8 3 et passim, où toute
quent ou supposera que les con-* cette théorie est développée.
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LIVRE II, CHAPITRE Vil. 83
qui ait un contraire, il faudra examiner si ce sujet qui
reçoit l'accident reçoit aussi le contraire; car c'est une
même chose qui est susceptible des contraires. Par
exemple, si l'on dit que la haine suit la colère, et que
la haine soit dans la partie irascible de l'âme, car c'est
là qu'est la colère, il faut examiner si le contraire de la
haine, c'est-à-dire l'affection, est aussi dans la partie
irascible; s'il n'y est pas, c'est-à-dire si l'afTection est
dans la partie concupiscive, la haine n'est pas la consé-
quence de la colère. Même raisonnement, si Ton dit que
la partie concupiscive de l'âme est celle à laquelle ap-
partient l'ignorance; car elle serait capable de science
si elle est capable d'ignorance : ce qui semble ne pas
être, puisque la partie concupiscive de l'âme n'est pas
capable de science. Il faut employer ce lieu, je le répète,
quand on veut détruire la thèse. Mais quand on veut la
soutenir, on ne peut se servir de ce lieu qui établit que
l'accident est à la chose : alors celui-là est utile qui éta-
blit qu'il peut y être; car du moment qu'on a prouvé
que le sujet n'est pas susceptible du contraire, on a
par cela même montré aussi que non seulement l'acci-
dent n'est pas au sujet, mais qu'il ne peut pas y être.
Mais si nous montrons que le contraire est au sujet,
ou que le sujet est susceptible du contraire, nous n'au-
rons pas encore montré que le contraire est au sujet :
nous auroB» seulement fait voir qu'il peut y être.
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84 TOPIQUES.
CHAPITRE VIIL
Quatre autres lieux tirés de la oonsëcution des tennes
§ I . Comme les oppositions de contraires qui s^ex-
cluent sont au nombre de quatre, il faut examiner aussi
les contradictions en renversant la consëcution régu-
lière^ soit qu'on soutienne la thèse, soit qu'on la réfute.
Et c'est par l'induction qu'il faut procéder : par exemple,
si l'on dit que l'homme est animal , il s'ensuit que ce
qui n'est pas animal n'est pas homme. Et de même pour
tout autre cas. Ici, en effet , la consécution est en sens
inverse; car l'animal suit l'homme, mais le non-ani-
mal ne suit point le non-homme : au contraire, c'est le
non-homme qui suit le non-animal. Il faut appliquer le
même principe à tous les cas; par exemple, si le bien
est agréable, ce qui n'est pas agréable n'est pas bien :
et si cette dernière proposition n'est pas vraie, l'autre
ne l'est pas non plus. Et de même si ce qui n'est pas
agréable n'est pas bien, il s'ensuit que le bien est
agréable. Ainsi donc , évidemment, la consécution qui
8 1. Sont au nombre de çuotr», premier, Tattribut le second , et
c'est ce qui a été dit plus haut dans en prenant dans le membre opposé,
lechapitre précédent, $ 1.— lit cfm- Taitribut poor sujet et réciproqoe-
tradktionSf c'est-à-dire, lescombi- ment, comme dans Texemple cité,
naisons des opposés où les tennes qui du reste porte sur des opposés
s'excluent — En renversant la par affinnaUon et négation, contra-
eoMéeutian riguUèrs^ en metunt dictoires et consécutifo. Voir les
dans le premier membre le sqjet le catégories , cb. 10, % SI.
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LIVRE II, CHAPITRE VIII. 85
est prise en sens inverse par contradiction est égale-
ment utile, soit pour soutenir la thèse, soit pour la ré-
futer.
§ a. Pour les contraires, il faut examiner si le con-
traire est bien la suite du contraire, soit dans le sens
direct, soit dans le sens inverse; et ce lieu est utile pour
établir ou renverser la thèse. Ici encore il faut procéder
par induction toutes les fois que cela peut être bon.
Ainsi, la consécution est directe dans des cas comme
celui-ci : le courage et la lâcheté ont, Tun la vertu pour
conséquent, et l'autre le vice; Tune, la vertu, a pour
conséquent qu'il faut la rechercher, l'autre, qu'il faut le
fuir; et même, pour ces deux derniers termes, la consé-
cution est encore directe, puisque ce qui esta rechercher
est le contraire de ce qui est à fuir. Et de même pour
tousles autres cas. Au contraire, la consécution esten sens
inverse, comme lorsqu'on dît par exemple : La santé est
la suite d'une bonne constitution; et qu'au lieu de dire
que la maladie est la suite d'une mauvaise constitution,
on dit au contraire que la mauvaise constitution est la
suite de la maladie. U est clair qu'ici la consécution se
fait en sens inverse : mais cette consécution à l'inverse
a rarement lieu pour les contraires, et le plus souvent,
c'est la consécution directe qu'on emploie. Si donc, le
contraire ne suit pas son contraire directement, ni en
sens inverse, c'est qu'évidemment dans les termes qu'on
discute, l'un ne suit pas l'autre. Or, si pour les con-
traires, l'un est la conséquence de l'autre, nécessaire»
8 s. CoMécntion des simples contradictoires. Voir les catégories,
contraires après la oonsécntion des ch. 10 et 11.
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86 TOPIQUES.
ment il faut qu'il en soit de même pour les termes en
discussion.
§ 3. Cette recherche qu'on applique aux contraires, il
faut également rappliquer aux opposés par privation et
possession. Seulement la consécution inverse n'a jamais
lieu dans les privations ; mais il est toujours nécessaire
que la consécution y soit directe, comme par exemple, la
sensibilité est la suite de la vue, et Finsensibilité est la
suite de l'aveuglement; caria sensibilité est opposée à
l'insensibilité comme possession et privation, puisque
Tune de ces choses est possession et l'autre privation.
§ 4- Il fâut aussi procéder pour les relatifs comme
on le fait pour la possession et la privation ; car pour
eux aussif il n'y a que la consécution directe. Par exem-
ple, si le triple est un multiple, le tiers sera aussi sous-
multiple ; car le triple est relatif au tiers comme le mul-
tiple est relatif au sous-multiple. Autre exemple : si la
science est perception, ce qui est su sera aussi perçu,
et si la vue est sensation, ce qui est vu sera aussi senti.
On peut objecter que dans les relatifs la consécution
n'est pas nécessairement ainsi qu'on l'a dit ; car le sen-
sible est su, tandis que la sensation n'est pas science.
Cependant cette objection ne paraît pas être vraie; car
on peut soutenir, comme le font plusieurs philosophes,
qu'il ne peut y avoir science des choses sensibles. Ce lieu
du reste n'en serait pas moins utile pour prouver le con-
g 3. Atêx opposés par privation dit dsnks ce paragraphe même. —
et possession, voir les Catégories , Comme le font plusieurs philoso-
ch. 10, et la Métaphysique, liv. 5, phes, Platon dans le Théctèle, et
ch. 10, 33 et 33. Aristote lui-même dans les Derniers
8 i. Pour les relatifs, Catégo- Analytiques, passim : la science ne
ries, ch. 7 et 10. — Ainsi qu'on Va * vient que du syllogisme.
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LIVRE II, CHAPITRE IX. 87
traire; et par exemple que ce qui est senti n'est pas su^
attendu que la sensation n'est pas science.
CHAPITRE IX.
Trois autres lieux tirés : -1^ des termes conjugués^ c'est-à-
dire appartenant à la môme série que le sujet ; 2° des
conjugués du contraire ; 5® de la production et de la des-
truction des choses.
§ I . Regardez aussi, soit que vous établissiez, soit que
vous réfutiez la thèse, aux termes conjugués et aux cas.
On appelle conjugués les termes qui sont entre eux dans
ce rapport où les justes et le juste sont à la justice, où
les courageux et le courageux sont à courage. Et de même
encore, on dit que les choses qui font et celles qui con-
servent , sont conjuguées avec les choses qu'elles font ou
qu'elles conservent. Par exemple, les choses saines le sont
avec la santé, les choses fortifiantes avec la foi*ce : et
ainsi du reste. Voilà ce qu'on appelle ordinairement
conjugués. Les cas sont, par exemple, quand on dit jus*
tement, courageusement, sainement, fortement et autres
expressions de ce genre. Il semble bien que les cas sont
aussi des conjugués, et par exemple, que justement est
$ i. On appûUê e<mjuguéi. « La « peuvent servir de sujets, mais la
« diflérence des conjugués aux cas, «manière d'agir ou la manière
« dit Alexandre, c'est que les pre- « d'être de ees choses. » — Juste"
« miers sont des choses particu- in«n<est un cas par rapport à juste;
« lières, tandis que les cas indi- eauragwn9m»nt^ par rapport à oou-
€ quant, non paa des choses qoi rage, etc.
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88 TOPIQUES.
conjugué Avec justice, courageusement avec courage.
Mais on entend par conjugués tous ces termes qui sont
dans la môme conjugaison ou série , justice, juste, le
juste, justement. II est donc clair qu'il suffit d'avoir
prouvé un seul de ces termes conjugués, le bon, le loua-
ble, pour que tous les autres soient aussi prouvés; par
exemple, si l'pn a montré que la justice est une chose
louable, juste, le juste, justement, seront aussi parmi les
choses louables. On dira par une inflexion de cas tout à
fait pareille, que justement est louablement ; car loua-
blement vient de louable, comme justement de juste.
§ a. Et il faut examiner sous ce point de vue, non pas
seulement la chose en question, mais aussi le contraire
pour le contraire. Par exemple, on peut dire que le bien
n'est pas nécessairement agréable ; car le mal n*est pas
nécessairement pénible : et si le mal est nécessairement
pénible, le bien aussi est nécessairement agréable; et si
la justice est science, l'injustice est par cela même igno-
rance ; et si justement est savamment et prudemment,
injustement sera ignoramment et imprudemment. Si ces
dernières relations ne sont pas vraies, les aujtres ne le
sont pas non plus, comme dans l'exemple que nous ve-
nons de citer tout à l'heure^ car on pourrait trouver
qu'injustement est plutôt prudemment qu'imprudem-
ment. Mais du reste l'on a déjà exposé celieu danslescon-
sécutions des contraires; car nous ne faisons pas ici au-
tre chose que de dire que le contraire suit le contraire.
§ 3. Il faut aussi regarder à la production et à la
$ s. Sera ignorammefU ^ 'fn dû tiUièse. -^Ona déjà $»po$éj cha-
forger ce mot pour consenrer l'an- piue précédent, $ S.
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LIVRE II, CHAPITRE X- 89
destruction des choses, à ce qui fait les choses et à ce
qui les détruit^ soit qu*oa établisse, soit qu'on réfute une
thèse. En effet, les choses dont la production est bonne,
sont bonnes aussi; et si les choses sont bonnes la pro-
duction en est bonne également aussi. Réciproquement,
si la production est mauvaise, ces choses aussi sont mau-
vaises. C'est à l'inverse pour la destruction; car si la des*
truction est bonne, c'est que les choses sont mauvaises :
et si la destruction est mauvaise, c'est que les choses sont
bonnes. L'on en peut dire autant pour ce qui fait les
choses et pour ce qui les détruit; car du moment que
ce qui fait les choses est bon, les choses aussi sont
bonnes : et du moment que ce qui les détruit est bon ,
c'est que les choses sont mauvaises.
CHAPITRE X.
Huit autres lieux tirés des semblables.
§ I . U faut regarder encore si les semblables au su-
jet sont pris semblablement; par exemple, si la science
s'appliquant à plusieurs choses, l'opinion s'y applique
aussi ; et si, avoir la vue étant voir, avoir Inouïe est bien
ouïr. Et ainsi du reste, et pour ce qui est réel et pour ce
qui n'est qu'apparent.. Ce lieu est utile dans l'un et
S 1. la ieiênee... Vopinionj voir ser plusieun à la fois ; Tacle de la
les DemUrê Ânaiyiiqu$$y Hv. 1 , pensée éunt iDstanUné; la sdence
ch. 83, ooDMcré tout enUer à la éuat au contraire une disposition,
distincUon de la aeience et de To* une haalté qui peut s'appliquer
pinioa. — On im p9ut poê m pm^ suooessivement à plusieurs choses.
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90 TOPIQUES.
Fautre sens ; car s'il en est de telle façon pour Tun des
semblables^ il en doit être de même pour tous les au-
tres semblables : et s'il n'en est pas ainsi pour Tun d'eux
il n'en sera pas non plus ainsi pour les autres. Il faut
encore voir si la similitude demeure également, qu'on
applique le semblable à une seule chose ou à plusieurs;
car quelque fois il n'y a pas accord dans ces deux cas : par
exemple, si savoir c'est penser, savoir plusieui*s choses
sera penser plusieurs choses. Mais ceci n'est pas exact ;
car on peut savoir plusieurs choses, on ne peut pas en
penser plusieurs; si donc on ne peut penser plusieurs
choses, il n'est pas vrai non plus que pour une seule
chose, savoir ce soit penser.
§ a. Il faut aussi tTgarder à ce qu'on peut tirer du
plus et du moins; or, il y a quatre lieux pour le plus et
le moins; § 3, l'un c'est quand le plus suit le plus; et
par exemple, si le plaisir est un bien, le plaisir plus
grand est un plus grand bien ; et si être injuste est
un mal, être plus injuste est un plus grand mal. Du reste,
ce lieu est utile dans les deux sens; car si l'admission
de l'accident suit l'admission du sujet, ainsi qu'on l'a dit
dans la thèse, il est clair que l'accident est dans le sujet ;
et si elle ne suit pas, il est clair qu'il n'y est point. Et
l'on pourrait se convaincre de la justesse de ce principe
par l'induction. § 4- Voici un autre lieu du plus et du
moins; c'est de montrer que si l'accident attribué à deux
sujets n'est pas à celui à qui il semble plus devoir être,
il n'est pas à celui à qui il semble moins devoir appar-
tenir : ou bien, que s'il est à ce à quoi il semble moins
$ s. Par VinductUm, c'est-à- bre de cas particvUers pour aiTi?er
dire en examinant on certain nom- à oonclare l'anifersel.
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LIVRE II, CHAPITRE X. 91
devoir être, à plus forte raison est-il au sujet auquel il
parait plus appartenir. § 5. D^autre part, deux acci-
dents étant attribués à un seul sujet, si celui qui semble
être le plus n'y est pas, celui qui semble le moins n y
sera pas non plus : ou si ce qui paraît le moins y être ,
y est, le plus y sera aussi. § 6. En outre, deux accidents
étant attribués à deux sujets , si celui qui parait le plus
être à l'un des deux sujets n'y est pas, celui qui reste
ne sera pas non plus au sujet qui restée ou bien, si l'at-
tribut qui semble le moins être à Fun des deux sujets y
est cependant , Tattribut qui reste sera aussi au sujet
qui reste.
§ 7. On peut tirer trois lieux de la ressemblance
réelle ou apparente, tout à fait analogues à ceux qu'on a
exposés pour le plus et le moins, dans les trois dernières
nuances dont on a parlé. § 8. Ainsi, soit qu'un seul at-
tribut soit semblable ou paraisse être semblable dans
deux sujets, s'il n*est pas réellement à l'un, il ne sera pas
non plus à l'autre; mais s'il est à celui-ci, il sera éga-
lement à celui-là; § 9. soit que deux attributs semblables
soient au même sujet, si Tun n'y est pas, l'autre n'y
sera pas non plus : mais si l'un y est, l'autre y sera
aussi. § 10. Il en serait de même encore, si deux attri-
buts semblables étaient à deux sujets; car, si l'un des
attributs n'est pas à l'un des sujets, celui qui reste ne
sera pas non plus au sujet qui reste. Mais si l'un des
attributs est à l'un des sujets, l'attribut qui reste sera
aussi au sujet qui reste.
§ I T. On peut donc tirer autant d'arguments qu'on
vient de le dire du plus et du moins et du semblable.
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92 TOPIQUES.
CHAPITRE XL
Quatre autres lieux tirés de l'apposition.
§ 1 . On peut encore tirer des arguments de Tappo-
sitioni Si une chose ajoutée à une autre la fait bonne
ou blanche, sans que cette autre chose fût auparavant
bonne ou blanche, la chose ajoutée sera bonne ou
blanche, tout comme elle communique ces qualités au
tout qu'elle forme avec l'autre chose. § 2. De plus , si
une chose ajoutée à une autre qui a déjà certaine qua-
lité, la fait être encore davantage ce qu'elle était, c'est
que la première chose elle-même possède aussi cette
qualité. Et de même pour les autres cas. Mais ce lieu
n'est pas toujours applicable, il l'est seulement dans les
cas où peut se produire un accroissement en plus.
D'ailleurs ce lieu n'est pas réciproquement utile pour
la réfutation ; car, de ce que la chose ajoutée ne rend
pas la chose bonne, il ne s'ensuit pas que la chose elle-
même ne soit pas bonne : ainsi le bien ajouté au mal ne
fait pas que le tout soit nécessairement bon , non plus
S 1. Sam quê eetu anUre ehote fiiit ane livre, et n^est pas liTre
fui amparaeani honm ou hlanehê^ elle-mAme. Le lieu devient vrai en
Alezaiidie fkit remarquer que ce considénmt Tonoe non plus comme
lieu est vrai pour les choses natu- mesure de convention, mais comme
relies, et ne Test pas pour les cbo- poids; car alors, i^utée au poids
ses qui viennent de l*art humain des autres onces, elle rend le tout
ou de conventions humaines. Une plus pesant; ce sont là certainement
once ajoutée à onie autres onces des distinctions très-subtiles.
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LIVRE II, CHAPITRE XL 93
que le blanc ajoute au noir ne fait jmis que le tout soit
blanc, pas plus que le doux ajouté à l'aigre.
§ 3. Si une chose peut avoir plus ou moins tel at-
tribut, elle a aussi cet attribut absolument. En efFet,
ce qui n'est ni bon ni beau ne peut pas être dit plus ou
moins bon ni blanc. Ainsi le mal n'est jamais ni plus ni
moins bon ; on pourra dire seulement qu'il est plus ou
moins mal. Ce lieu n'est pas réciproquement utile pour
réfuter; car bien des choses qui ne sont pas susceptibles
de plus sont d'une manière absolue : ainsi on ne dit pas
d'un homme qu'il est plus ou moins homme ; mais cela
ne fait pas qu'il ne soit point homme.
§ 4* Il f&ùt porter le même examen à ce qui est
limité dans sa fiiçon d'être ou dans le temps ou dans le
lieu ; car si quelque chose peut être d'une certaine façon,
c'est qu'il est déjà absolument. Et de même pour le
temps et le lieu; car ce qui n'est absolument pas ne
peut être ni d'une certaine £Eiçon, ni dans tel temps, ni
dans tel lieu. On peut ajouter qu'il y a des hommes na-
turellement vertueux, d'une certaine façon : des hommes,
par exemple, qui sont naturellement généreux ou pru-
dents, mais qui absolument parlant ne sont pas vertueux
naturellement. C'est que personne n'est prudent par
le seul fait de la nature. Et de même il se peut que dans
un certain cas quelqu'une des choses périssables ne pé-
risse pas : mais absolument parlant elle ne peut pas ne
pas périr. De même encore, il peut être utile dans tel
lieu de suivre tel régime^ par exemple, dans certains
$Z^ Qui m iont pa$ iuseêp^ les substances, Gstégories, cb. 5,
Mdisf de fiiitf, c'est le cas de toutes $90; et i
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94 TOPIQUES.
lieux insalubres, mais d'une manière absolue il n'est
pas bon de le suivre. En tel lieu^ il peut n'y avoir cju'un
seul homme, mais absolument parlant, il n'est pas pos-
sible qu'il n'y en ait qu'un seul. Et de même, il peut
être bien en tel endroit d'immoler son père, par exemple
chez les Triballes, mais absolument parlant ce n'est pas
bien. Mais ici ne s'agit-il pas bien plutôt des hommes
que du lieu même? En effet, peu importe où ils sont;
car partout où ils seront , cette action sera belle pour
eux par cela seul qu'ils sont Triballes. Autres exemples:
il peut être bon de faire des remèdes à un certain
moment, par exemple quand on est malade, mais abso-
lument parlant cela n'est pas bon. Mais ici encore ne
3'agit-il pas beaucoup moins du- temps que d'une cer-
taine disposition? car peu importe le moment, il suffit
seulement qu'on soit disposé de telle manière. Une chose
est absolument ce qu'elle est, quand on pourra dire sans y
rien ajouter qu'elle est bonne ou le contraire; par exen^
pie, vous ne direz pas que tuer son père soit bien, mais
que c'est bien chez quelques peuples; donc ceci n'est pas
absolument bien. Mais vous direz sans y rien ajouter
qu'il est bien d'honorer les dieux; car cela est bien d'une
manière absolue. Donc, ce qui sans aucune addition
parait beau ou vilain, ou telle autre chose pareille, le
sera d'une manière absolue.
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TOPIOUES.
LIVRE TROISIÈME.
SUITE DES UBUX COMMUNS DE L'ACCIDENT.
CHAPITRE PREMIER.
Dix-huit lieux tirés delà supériorité d'un accident sur un autre.
§ I. Pour savoir de deux ou plusieurs choses la-
quelle est préférable ou meilleure , voici comment il
faut procéder :
§ 2. Et d'abord disons bien que notre examen ne por-
tera pas sur des choses fort éloignées les unes des autres
et ayant de grandes différences entre elles ; personne
S 1. LaquêUé 9$t préférable au
nMleure^ il a dit plus haut. Ut. 1,
ch. 6, S 10, que les comparaisoDs
des choses rentraient dans les lieux
de racddent; et ceci est évident,
puisque Faccident seul peut être
susceptible de plus ou de moins.
Le propre, le genre, la définition,
sont à ce à quoi ils s^appliquent,
mais d*Dne manière absolue et non
avec possibilité de plus et de moins.
Du reste, pour comparer les choses
entre elles, Aristote s^arrèle d*a«
bord à ridée du préférable, parce
qu*en effet c'est celle qui a le plus
d'importance en philosophie, eu
morale, comme le fait remarquer
Alexandre. Plus tard il en viendra,
sansoetteidée de préférence,^ com-
parer les accidents entre eux. Voir
plus loin, ch. 5. C'est qu'elle n'est
pas nécessaire à la comparaison.
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96 TOPIQUES,
ue doutant y par exemple, s'il doit préférer le bonheur
à la richesse. Mais il portera sur des choses rapprochées
et entre lesquelles on peut douter de celles à qui il faut
accorder la préférence, parce qu'on ne voit pas distinc-
tement la supériorité de Tune sur Tautre. Évidemment,
dans ces choses, dès qu^on aura démontré la supériorité
de Tune en un point ou en plusieurs, l'esprit calmé
accordera de suite que celle de toutes ces choses qui
est supérieure est aussi préférable.
§ 3. D abord donc, ce qui est plus durable, plus
stable, mérite la préférence sur ce qui Test moins. § 4*
On l'accordera de même à ce qu'un homme sage ou
vertueux choisirait, à ce qu'une loi juste ordonne, à ce
que les gens habiles dans chaque chose préféreraient,
en tant que tels , ou bien à ce que prendraient les gens
éclairés dans chaque genre. On préférera ce que la ma-
jorité ou l'unanimité voudraient; par exemple, dans la
médecine ou l'architecture, ce que la plupart des méde-
cins ou tous les médecins penseraient. En un mot, on
préférera ce que la majorité des hommes ou tous les
hommes ou même toutes les choses désirent , comme
par exemple le bien; car toutes choses tendent au bien.
Il faut d'ailleurs diriger la discussion vers l'un de ces
points, selon le besoin qu'on en aura. Mais absolument
parlant le meilleur et le préférable est ce qui relève de
la science la meilleure. Si par exemple la philosophie
est une science meilleure que l'architecture, les choses
de philosophie valent mieux que les choses d'architee-
S 4. £a iM^fofir^ oift rufionî- priaeipe de Platon, comme le fait
mfftfdesgenshabUes. — Cor Hw- obaenrer Alexandre : il poatait
te$ choiu t09id9nt au W«n, c^est le ajouter aussi, et de Socrate.
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LIVRE m, CHAPITRE I. 97
ture; et pour tel individu donné, le préférable est ce
qui relève de la science spéciale qu il possède.
§ 5. Ensuite ce qui est essentiellement telle chose
est préférable à ce qui n'est pas dans le genre : par
exemple la justice est préférable à l'homme juste; car
Injustice est dans le genre qui est le bien , et lautre
n'y est pas : l'une est essentiellement le bien , et l'autre
ne l'est pas. C'est que jamais une chose n'est dite être
essentiellement le genre quand elle ne se trouve pas
dans le genre; ainsi l'homme blanc n'est pas essen-
tiellement la couleur : et de même pour le reste.
§ 6. Et ce qui est désirable eu soi est préférable à
ce qui n'est désirable que pour une autre chose: par
exemple la santé est préférable à l'avarice ; car l'une est
désirable en soi, l'autre à cause d'une autre chose; § y.
et ce qui est en soi est préférable à ce qui est accidentel:
par exemple on doit préférer que les amis soient justes
à ce que les ennemis le soient: car l'un est bon en soi,
lautre ne l'est qu'accidentellement. Nous ne pouvons
désirer que par accident que nos ennemis soient justes,
afin qu'ils ne nous nuisent pas. Mais ce lieu se confond
avec celui qui précède et n'en diffère que par la forme*
En effet, nous désirons en soi que nos amis soient justes,
et quand même il n'en devrait rien résulter pour
nous, quand même ils seraient aux Indes : mais pour la
justice de nos ennemis, nous la désirons en vue d'autre
chose, en vue de notre propre intérêt.
I 7. Quand même ils seraient duite injuste et atroce envers Gal-
aux Indês^ il me semble (|ue ce listbène, neveu de son précepteur,
passage se rapporte à rexpédltiou Voir mon Mémoire sur la Logique,
du disciple d'Aristote, et à sa con- tom. 1, pag. Ii5 et 300.
rv. T
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98 TOPIQUES.
§ 8. Et ce qui cause le bien par soi-même est pré-
férable à ce qui ne le cause que par accident : ainsi la
vertu est préférable à la fortune ; car Tune en soi est
cause du bien , l'autre ne l'est que par accident. Et de
même pour les choses de cet ordre. Et de même encore
pour le contraire ; car ce qui en soi est cause du mal
est plus à fuir que ce qui ne cause le mal que par acci-
dent, par exemple le vice et la fortune; car l'un est
mauvais en soi, la fortune ne Test que par accident.
§ 9. Ce qui est absolument bon est préférable à ce
qui ne l'est que pour certain cas, par exemple la santé
à l'amputation; car l'un est absolument bon, et l'autre
ne l'est que pour celui qui a besoin d'être amputé.
§ 10. Ce qui est naturel est préférable à ce qui ne l'est
pas , par exemple la justice est préférable à l'homme
juste; car l'une est naturelle, l'autre est en quelque
sorte acquis. $ 1 1. Ce qui est au plus honorable et au
meilleur est préférable, par exemple on doit préférer
ce qui est à Dieu à ce qui est à l'homme, ce qui est à
l'âme à ce qui est au corps. § m. Ce qui est propre au
meilleur est préférable à ce qui est propre à l'inférieur,
par exemple ce qui est propre à Dieu est préférable à
ce qui est propre à l'homme ; car sous le rapport de ce
qu'ils ont de commun tous les deux , il n'y a entre eux
aucune différence: mais pour les choses qui leur sont
propres l'un l'emporte sur l'autre. § i3. Ce qui esf dans
les choses plus précieuses, antérieures, meilleures, est
meilleur aussi, par exemple la santé est meilleure que
la force et la beauté ; car la santé réside dans les par-
ties humides, sèches, chaudes et froides, eu un mot,
dans les éléments essentiels dont l'être est composé : la
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LIVRE III, CHAPITRE I. 99
force et la beauté ue résident que dans des choses pos-
térieures à celles-là ; car la force est dans les muscles
et dans les os , et la beauté est une certaine harmonie
des membres. § i4- La fin parait préférable à ce qui
contribue seulement à cette fin. § i5. De deux choses,
celle-là est préférable qui est la plus proche de la fin •
§ i6 et en général ce qui se rapporte au but même de
la vie est préférable à ce qui se rapporte à toute autre
partie de la vie : par exemple ce qui contribue au bon-
heur est préférable à ce qui contribue à la prudence.
§ 17. Ce qui est possible est préférable à Tinipossible.
§ 18. De deux choses qui produisent des effets, celle
dont la fin est la meilleure est aussi la meilleure. § ig.
Pour décider la pt*éférence entre ce qui produit une fin
et une autre fin, il faut établir une sorte de proportion
et préférer des deux fins celle qui surpasse l'autre plus
que la fin elle-même ne surpasse ce qui la produit : par
exemple, si le bonheur surpasse la santé plus que la
santé ne surpasse le sain , ce qui fait le bonheur est
préférable à la santé; car autant le bonheur l'emporte
sur la santé, autant ce qui fait le bonheur surpasse ce
qui fait la santé; mais la santé surpassait moins le sain
que le bonheur ne surpasse la santé : donc ce qui fait
le bonheur Temportè plus sur le sain que la santé sur
le sain. Donc aussi il est évident que ce qui fait le bon-
heur est préférable à la santé; car il surpasse plus le
même objet.
t 18. Eêt ausii la fMiUêure, de la page et que toutes les édi-
rédition de Berlin supprime cette tiens la donnent. Elle n'est pas in-
pbrase , bien qu'elle soit indiquée dispensable au sens, mais elle le
par un manuscrit cité au bas même complète et réclaircit.
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100 TOPIQUES.
§ sto. Il faut encore préférer ce qui en soi est plus
beau, plus précieux et plus louable, par exemple l'amitié
à la richesse, la justice à la santé et à la force; car les
unessouten soi précieuses et louables; les autres ne
sont pas en soi, mais pour une autre chose qu'elles.
Ainsi, personne n'estime la richesse en elle-même: mais
on estime l'amitié pour elle-même, quoiqu'il n'en doive
résulter rien autre chose pour nous.
CHAPITRE IL
Vingt-six autres lieux tirés de la supériorité d'un asddeut
sur un autre.
§ I . Quand deux choses sont fort proches Tune de
Tautre , et que nous ne pouvons du tout discerner la
supériorité de celle-ci sur celle-là , il faut alors regarder
aux conséquents ; car celle des deux qui a pour consé-
quent un plus grand bien est préférable. Mais si les con-
séquents sont mauvais, il faut préférer la chose qui en-
traîne encore le moins de mal ; car les deux choses ont
beau être désirables, il est fort possible qu'elles impliquent
quelque chose de mal. Or, l'examen des conséquents
peut être double; car le conséquent peut être antérieur
ou postérieur : par exemple, quand un homme apprend
le conséquent antérieur, c'est qu'il ignore :1e conséquent
S 1. H faut aior$ regarder aux 1 5, et suW. Le conséquent peut
caméquentê, voir la théorie des être anléileurou postérieur, comme
conséquents et des antécédents , Arisloie Texplique très clairement
Premiers Anaiytifu$t^\isA^^,9lf un peu plus bas.
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LIVRE III, CHAPITRE II. 101
postérieur, c'est qu'il sait : le plus souvent, c'est le con-
séquent postérieur qui est préférable. Il faut donc
prendre parmi les conséquents celui qui est utile pour
la thèse qu'on soutient.
§ tÀ. Les biens plus nombreux sont préférables aux
moins nombreux, soit absolument , soit lorsque les uns
sont dans les autres, c'est-à-dire les moins nombreux
dans les plus nombreux. On objecte et l'on dit : mais si
l'un des biens, par exemple, est à cause de l'autre, les
deux ne sont plus préférables à un seul : par exemple,
se guérir et la santé ne sont pas préférables à la santé
toute seule, puisque nous ne désirons nous bien gué-
rir que pour la santé. Mais rien n'empêche que cer-
taines choses qui ne sont pas bonnes, réunies à des
choses bonnes ne soient préférables : par exemple,
que le bonheur et quelque auti'e chose qui n'est pas
bonne, ne soit préférable n la justice et au courage.
§ 3. Les mêmes choses accompagnées de plaisir sont
préférables à ces mêmes choses sans plaisir. § 4* £t les
mêmes sans douleur le sont aux mêmes avec douleur.
§ 5. Chaque chose est surtout désirable dans le mo-
ment où elle a le plus d'importance : par exemple, la
tranquillité est désirable dans la vieillesse plus encore
que dans la jeunesse, et elle a plus d'importance dans
la vieillesse. C'est pour cela aussi que la prudence est
préférable dans la vieillesse; personne, en effet, ne prend
des jeunes gens pour chefs parce qu'on ne les croit pas
S s. Se guérir^ ou se bieo por- alors plus éTideat qu*en français,
ter : du reste le grec peut em- S 5. la priédenee est préférabU
ployer le même mot pour se guérir dans la vieillesse^ cependant on en
et pour la santé. Le rapport est a plus besoin quand on est jeune.
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102 TOPIQUES.
prudents. Pour le courage, c'est l'opposé : l'énergie né-
cessaire au courage se trouve plutôt dans la jeunesse;
mais il en est de même pour la sagesse ; car les jeunes
gens sont aveuglés par leurs passions plutôt que les vieil-
lards.
§ 6. Il faut préférer aussi ce qui est plus utile, soit
en tout temps, soit dans la plupart des cas : par exemple,
la justice et la sagesse sont préférables au courage; car
les deux premières sont toujours utiles , l'autre ne Test
que dans certains cas. § 7. Il faut préférer de deux
choses celle qui, si tout le monde l'avait, nous ôterait le
besoin de l'autre, à celle qui, si tout le monde l'avait,
nous laisserait le besoin de l'autre encore : ainsi, la jus-
tice est préférable au courage; car tout le monde étant
juste, le courage ne servirait plus à rien, tandis que tout
le monde étant courageux, la justice n'en serait pas
moins utile.
§ 8. Il faut aussi tirer des arguments des destructions
et des pertes, des générations et des acquisitions, aussi
bien que des contraires de toutes les choses. Les
choses en effet dont la destruction est le plus à crain-
dre sont préférables. Et de même pour la perte et les
contraires; car ce dont la perte ou le contraire est le
plus à fuir est préférable. Mais c'est à l'inverse pour les
générations et l'acquisition des choses; car ce dont la
génération et l'acquisition sont préférables, est égale-
ment préférable.
8 7. Tout le monde étant ju$te.., 55« apophtb.
c'est le mot d'Agésilas, comme le $ 8. Tirer des argutnenie des
remarque Pacius. Voir Plularquc, destructions , voir une théorie pa-
Âpopblhegmes des Lacédémoniens, reille plus haut, iiv. 3, ch. 9.
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LIVRE III, CHAPITRE IL 103
§ 9. Autre lieu : ce qui est le plus rapproché du bien
est meilleur et préférable, § 10. ainsi que ce qui est le
plus semblable au bien, comme la justice est plus sem-
blable au bien que l'homme juste. § 1 1 . On doit préfé-
rer de deux êtres celui qui est plus semblable à un être
meilleur que tous deux. Par exemple, quelques-uns
disent qu'Ajax était supérieur h Ulysse, parce qu'il res-
semblait plus à Achille. On objecte que ce n'est pas vrai ;
car rien n'empêche qu'Achille ne soit pas le meilleur du
côté où Ajax lui est le plus semblable, tandis qu'Ulysse
peut être bon, sans être d'ailleurs semblable à Achille.
Il faut examiner encore si le semblable ne l'est point du
côté ridicule; ainsi, le singe ressemble à l'homme, le
cheval ne lui ressemble pas : mais le singe n'est pas plus
beau que le cheval, bien qu*il soit semblable à l'homme.
§ i!2. De deux choses, si l'une est plas pareille au meil-
leur et Tautre au pire, la meilleure sera la plus pareille
au meilleur. Mais ici, encore, on peut faire une objec-
tion. En effet, rien n'empêche que Tune ne soit que lé-
gèrement semblable au meilleur, et que l'autre ne le
soit très fortement au moins bon ; par exemple , Ajax
ressemble légèrement à Achille, mais Ulysse ressemble
beaucoup à Nestor. Il faut de plus examiner si le
semblable au meilleur ne lui ressemble pas dans ses cô-
tés les moins bons, si le semblable au pire ne lui res-«
semble pas dans ses côtés les meilleurs; c'est ainsi que
le cheval ressemble à l'âne, et le singe à Thomme.
I IS. L$ cheval ressemble à l'àne^ on ne peut pas fiiire de oonsécution
il aerobte qu'il faudnit dire plul6t inverse ; Mis il û*y a pas de ma-
rine ressemble au cheval , comme nuscrit qui autorise ce change-
le singe ressemble à l*homme ; car ment que je ii*ai pns v<nilu faire.
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/04 TOPIQUES.
§ 1 3. Un autre lieu, c'est que le plus évident est pré-
férable à ce qui Test moins; § i4. et le plus difficile
à ce qui Test moins ; car on a plus de plaisir à posséder
ce quon acquiert plus difficilement. § i5. Ce qui
est plus spécial est préférable à ce qui est plus cono-
mun. § i6. On doit préférer aussi ce qui est le moins
sujet à causer du mal ; car on choisit de préférence ce
qui n'entraîne aucune difficulté à ce qui peut en ame-
ner quelqu'une.
§ 17. Si d*uue manière absolue une chose est préfé-
rable à une autre, la meilleure de toutes les choses qui
sont du genre de celle-là est préférable à la meil-»
leure de celles qui sont du genre de l'autre : par
exemple, si l'homme est meilleur que le cheval, le meil-
leur homme sera meilleur que le meilleur cheval. § 8.
Si le meilleur est meilleur que le meilleur, c'est que la
chose d'une manière absolue sera meilleure que l'autre.
Par exemple, si le meilleur homme est meilleur que le
meilleur cheval, l'homme absolument parlant est meil-
leur que le cheval absolument parlant.
§ ig. Il faut préférer les choses où les amis peuvent
avoir part à celles oii ils ne le peuvent pas. § 20« Les
choses aussi que nous préférons faire pour un ami plu-
tôt que pour un étranger, sont préférables : par exemple,
faire du bien ou rendre service plutôt que de paraître le
faire ; car pour nos amis nous aimons mieux leur rendre
service en réalité que de paraître le faire : c'est le con-
traire pour les étrangers.
§21. Les choses superflues sont meilleures que les
choses nécessaires, et parfois leur sont préférables :
vivre heureux est meilleur que vivre: mais vivre heu-
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LIVRE III, CHAPITRE IL 105
reuz est du superflu, vivre absolument est du nécessaire.
Quelquefois cependant les choses meilleures ne sont
pas les plus désirables; car de ce qu'elles sont meil-
leures^ elles ne sont pas pour cela nécessairement pré«
férables; ainsi philosopher vaut mieux que s'enrichir,
mais ce n'est pas là une chose préférable pour celui qui
manque du nécessaire. Le superflu c'est, quand ou a
d'ailleurs tout ce qui est nécessaire, d'acquérir en sus
quelque belle chose. Presque toujours le nécessaire est
préférable, bien que le superflu scit meilleur.
§ 20l. Il faut encore préférer ce qu'on ne peut pas se
procurer par autrui à ce qu'on peut se procurer par un
autre; et c'est là le rapport de la justice à la valeur.
§ 7l3. De deux choses, il faut préférer celle qui est dési-
rable sans l'autre, à celle qui sans l'autre ne l'est pas.
Ainsi, la puissance n'est pas désirable sans la sagesse;
la sagesse, au contraire, est désirable même sans la puis-
sauce. § 24. Et si de deux choses nous nions avoir l'une
afin de paraître avoir l'autre, celle que nous voudrions
paraître avoir est préférable : par exemple, nous nions
travailler beaucoup, afin de paraître bien doués natu-
rellement. § a 5. Il faut encore préférer ce dont l'absence
se ferait moins reprocher dans un malheur : § 26. et ré-
ciproquement, n faut préférer ce dont l'absence se fait
reprocher davantage, quand on n'est pas dans le mal-
heur.
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106 TOPIQUES.
CHAPITRE III.
vingt autres lieax tirés de la supériorité d'un accident
sur un autre.
$ I. Parmi les choses comprises sous la même espèce,
il faut préférer celle qui ft la vertu spéciale de lespèce
à celle qui ue Ta pas; § a et si toutes les deux Font, celle qui
Ta davantage. § 3. £t si de deux choses Tune fait du bien
à* ce à quoi elle est, et que Tautre n'en fasse pas, il faut'
préférer celle qui en fait : par exemple, ce qui échauffe
est plus chaud que ce qu i n'échauffe pas ; § 4 • et si toutes
les deux font du bien, il faut préférer celle qui en fait
davantage, ou qui en fait au meilleur et au principal:
par exemple, si Tune fait du bien au corps et lautre à
lame.
§ 5. Il faut encore prendre garde et aux cas des mots
et aux usages et à Faction, et à la réalité des choses, et
h tout ce dont elles procèdent; car toutes ces choses se
suivent mutuellement : par exemple, si justement est
préférable à courageusement, la justice aussi sera pré*
férable au courage : et si la justice est préférable au cou-
rage, justement le sera de même à courageusement. Il en
serait ainsi pour tous les autres exemples.
§ 6. Et, en outre, si, pour une même chose, l'un des
attributs est un plus grand bien, et l'autre un moindre,
I 5. Et aux cas d$i mott^ cas haut Voir liv. 3, chap. 9, 1 1, la dé-
étant pris ici comme il !> été plus fiQition des conjurés et des cas.
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LIVRE III, CHAPITRE III. 107
le plus grand est préférable; § 7. ou bien, si Fun appar-
tient à un être plus grand, c'est qu'il est aussi plus grand.
§ 8. De plus, si deux choses quelconque sont préférables
aune seule autre, la plus préférable est préférable à celle
qui Test moins. § 9. La chose dont l'abondance est pré-
férable à l'abondance d'une autre , est aussi préférable
à cette autre : en ce sens, l'amitié est préférable aux
richesses ; car l'abondance de l'amitié est préférable à
celle de la richesse. § 10. On doit préférer aussi la chose
dont on voudrait être cause personnellement pour soi-
même plutôt que de la recevoir d'un autre. Et c'est ainsi
que les amis sont préférables aux richesses.
§ 1 1 . On peut encore tirer des lieux de l'adjonction,
si une chose ajoutée à une même chose rend le tout
préférable. Il faut du reste prendre garde d'étendre ceci
jusqu'aux choses dans lesquelles le terme commun peut
se servir de l'une des choses ajoutées, ou du moins en ti-
rer quelque secours d'une façon quelconque, sans se ser-
vir de l'autre, ni tirer d'elle aucun secours. Par exemple,
la scie et la faulx réunies à l'architecture. Il faut préférer
la scie quand on la réunit à larchitecture ; mais par elle-
même elle n'est pas absolument préférable. § la. En ou-
tre, il faut préférer la chose qui, ajoutée au plus petit,
rend le tout plus grand. § i3. Même remarque pour le
cas où l'on retranche au lieu d'ajouter; car ce qui étant
retranché d'une même chose rend le reste plus petit
est plus grand, puisqu'il suffit qu'on l'enlève pour que
le reste soit plus petit.
§ 14. Il faut voir si Tune des choses est désirable
ft 11. WeitpaêisbMOlîmnii préférable y à la fanii.
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108 TOPIQUES.
en soi et l'autre seulement par vanité : ainsi , par
exemple, la santé comparée à la beauté. Une chose de
pure vanité signifie celle que nous ne prendrions aucune
peine d'avoir, si personne ne devait savoir que nous l'a-
vons. § 1 5. Et si l'un est désirable en soi et par vanité,
tandis que l'autre n'est désirable que de l'une des deux
façons, § i6. ce qui est plus précieux en soi, est aussi
préférable et meilleur; et j'entends par plus précieux en
soi ce qu'au choix nous prendrions plus volontiers, sans
que rien d'ailleurs dût l'accompagner.
§ 1 7. Il faut de plus examiner les sens divers que peut
recevoir le mot préférer et les objets auxquels il peut
s'appliquer, par exemple à Futile, au bien, au plaisir; car
ce qui procure toutes ces choses ou du moins le plus
grand nombre de ces choses, est préférable à ce qui n'en
procure pas également. §18. Mais quand les deux choses
ont les mêmes avantages , il faut regarder celle qui les
a le plus, par exemple quelle est la plus agréable, la plus
belle ou la plus utile. § 19. Il faut aussi préférer ce qui
se fait en vue du meilleur : ainsi il faut préférer ce qui
se fait en vue de la vertu à ce qui ne se fait qu'en vue
du plaisir. Et de ntémepour les choses qu'il faut éviter;
car il faut éviter davantage ce qui doit davantage em*
pêcher les choses désirables : par exemple il faut éviter
la maladie plus que la honte; car la maladie empêche
davantageetleplaisiretla vertu. §ao.Onpeutencore tirer
des arguments de ce que le sujet en question est égale-
ment à fuir ou à rechercher. En effet, on doit moins
8 10. il faut étfiter la maladie singulier ; mais ii ne faut pas Pé-
plus qu$ la honte^ le préœple sous tendre au-delà des limites même
cette Terme parait tout au moins où Arlstote le prend ici.
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LIVRE III, CHAPITRE IV. 109
désirer une chose qu'on peut également fuir ou désirer
que celle qui est uniquement désirable. § ïii. Les corn-»
paraisons des choses entre elles doivent donc être faites
ainsi qu'on vient de le dire.
CHAPITRE IV.
Les lieux qui précèdent sont utiles aussi pour juger des choses
sans d'ailleurs les mettre au comparatif.
§ i.Ges mêmes lieux sont utiles pour prouver qu'une
chose quelconque est absolument parlant à désirer ou à
fuir ; car il suffit alors de faire disparaître le caractère
de supériorité qu'on donne à l'une des deux. En effet si
une chose plus précieuse est plus désirable, une chose pré-
cieuse est désirable : et si uneplus utile est plus désirable,
l'utile est désirable. Et de même pour toutes les autres
choses entre lesquelles l'on peut établir ainsi la compa-
raison. §!2. Pour quelques-unes, aussitôt que nous avons
fait la comparaison de Tune à l'autre, nous pouvons dire
sur-le-champ, que toutes deux sont désirables, ou dire la-
quelle des deux est désirable: par exemple, quand nous
disons que Tune est bonne par sa nature et que l'autre
ne l'est pas; cai' évidemment ce qui est bon par sa na«
ture est désirable.
S 1. Ces lieox, qui sont utiles Juste Talear chacun des accidenu,
pour connaître la sapériorité d'un pris à part, et sans aucune idée de
accident sur un autre, peuvent comparaison ni de supériorité dans
l'être également pour estimer à sa Tun des deux.
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110
TOPIQUES.
CHAPITRE V.
n faut faire les lieux communs de Taceident le plus uni?ersel8
§ 1. Pour ces lieux, rdatifs au plus et au moins, au
plus grand et au plus petit, il faut les prendre le plus
universels possible; car pris ainsi, ils sont applicables à
plus de questions. $a. £t Ton peut même parmi ceux
qu'on a exposés en faire quelques-uns plus universels^
en ne changeant que fort peu de chose à Texpression :
§ 3. par exemple, ce qui est de cette façon par nature
est plus tel que ce qui n'est pas tel par nature. § 4- £^ ^
l'un des accidents rend de telle façon, et que Tautre ne
i*ende pas de telle façon, le sujet qui le possède, ou dont
il est l'attribut, celui qui modifie le sujet est plus tel
que celui qui ne le modifie pas. § 5. Et si tous les deux
S 1. Pour le$ Uewp relatifs au
plut et au moinSf après avoir étu-
dié les lieux qui indiquent la supé-
riorité d*un accident sur un autre,
et la préférence qu*on doit donner
k Tun des deux. Il passe aux lieux
qui ne concernent que la compa-
raison des accidents quelconques,
qu'ils soient d*aiUeurs à rechercher
ou à fuir. Voir plus haut, cb. 1,
SI; et il commence ici par les
lieux du plus et du moins.
§ S. Parmi cetiâs que Van a «d-
posis dans les chapitres précé-
dents, depuis le commencement de
ce livre.
S S. Est plus tél^ est doué à un
plus haut degré de telle qualité.
rai cru devoir garéer cette expres-
sion, quoique assez bizarre, parce
qu'elle est plus concise et plus rap-
prochée do grec. Ce lieu a d^à été
donné sous forme particulière ,
cb. 1, S 10, au lieu d'être présenté
avec la généralité qn'U a ici comme
le fiût observer Padus.
5 i. Et si Vun des aeeidenis ,
lieu déjà présenté sons forme par-
ticulière, cb. 8, § 3.
6 S. Qui le modifie davantage^
lieu déjà présenté sons forme parti-
culière, ch. 3, 6 i.
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LIVRE III, CHAPITRE V. 111
le modifient^ c'est celui qui le modifie davantage qui a
le plus telle qualité. § 6. De plus, si relativement à une
même chose Tun est plus tel et Tautre Test moins, et
que l'un soit plus tel que telle autre chose, tandis que
l'autre ne l'est pas, il est évident que la première est
plus telle que l'autre. § 7. Et de même^ en supposant
que le terme est ajouté, si ajouté à la même chose il fait
que le tout est davantage tel; § 8. ou encore si ajouté à
ce qui est moins tel, il &it que le tout est davantage tel.
§ 9. Même remarque encore, si l'on retranche au lieu
d'ajouter; car ce qui fait par cela seul qu'on le retranche
que le reste est moins tel, est lui-même plus tel. § 10.
Les choses qui se mêlent moins aux contraires sont
aussi plus telles, par exemple le plus blanc se mêle
moins au noir.
§ II. Pour compléter ce qui a été dit plus haut,
il faut préférer ce qui reçoit le plus la définition propre
de l'objet; par exemple, si la définition du blanc est:
couleur qui fait que la vue distingue les objets , on
appellera plus blanc ce qui sera plus couleur qui fait
que la vue distingue les objets.
t e. De plus H relativement à
tMM mime choêe, lieu déjà pré-
senté soos forme parliculière, ch. 3,
«7.
S 7. En supposant que le terme
est ajouté^ lieu déjà présenté sous
forme particulière, ch. 3, S 11.
$ 8. Si ajouté à ee qui est moins
tely lieu déjà présenté sous forme
parUculière,cb.3,SlS.
5 9. Si Von retranche au lieu
â^qjouter^ lieu déjà présenté sous
forme particulière, di. 3, % 13.
6 10. Les choses qui se mêlent
nuHns aux contraires^ lieu déjà
présenté sous forme particulière,
ch. S, S 16.— Sauf cette différence
tous œs lieui sont semblables.
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It2
TOPIQUES,
CHAPITRE VI.
De Vacddent particulier : application dea lieux précédeots
k Taccideot particulier.
§ j . Si la question est particulière et non pas uni-
verselle, tous les lieux indiqués plus haut , soit cons-
tructifs, soit destructifs, sont applicables. Il suffit en
effet d'avoir universellement établi ou réfuté la thèse
pour avoir prouvé par cela seul la proposition particu-
lière ; car du moment que Tattribut est à tout le sujet,
il est aussi à quelque partie du sujet: et s'il n'est à au*
cune partie du sujet, il n'est pas non plus à quelque
partie du sujet. § a. Les plus commodes et les plus
communs de ces lieux, ce sont ceux qu'on tire des. op-
posés, des conjugués et des cas. Ainsi ce sont deux pro-
positions également probables^ que si tout plaisir est
bon, toute douleur est mauvaise, et que si quelque
plaisir est bon quelque douleur aussi est mauvaise : que
% t. Sila queUiùn est parf icii-
Uère^ tous les lieax indiqués ]us-
qu*à présent dans le second livre et
dans celui-ci, supposaient que la
proposition éuit universelle. Mais
ces mêmes lieux sont applicables
également, quand la proposition
est particulière. — 5o«( construe-
tifê, sait destructifs, on pourrait
dire aussi soit affirmatifs, soit néga-
tifs; mais l'expression serait à la
fois moins fidèle et moins juste. On
peut réfuter, détruire une tbèse par
rafBrmation ; on peut rétablir, la
construire par la négation.
§ a. Du mommt que Vattribut
est à tout le sujet, même théorie,
Premiers Analytiques, liv. S, ch. 1,
et plus haut, liv. % des Topiques,
S a. — quelque plaisir^ est utile,
les manuscrits donnent habituelle-
ment est bon au lieu d'utile; le
plus petit nombre donne utile, Itv
çon meilleure, et qu'a préférée
rédltion de Berlin, sans d'ailleurs
indiquer les variantes.
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LIVRE m, CHAPITRE VL 113
si quelque sensation n'est pas puis)sance, quelque insen-
sibilité n'est pas non plus impuissance; et que si quel-
que chose de perçu est su, quelque perception est
science : de plus, que si quelque chose d'injuste est bon,
quelque chose de juste est mauvais, et que si quelque
chose de fait injustement est mauvais, quelque chose de
fait justement est bon : que si quelquie chose d'agréable
est à fuir, quelque plaisir est à fuir, et que si quelque
chose d'agréable est' utile, quelque plaisir est utile.
§ 3. Il en est tout à fait de même pour les choses
qui détruisent, pour les générations et les destructions
des choses. En effet si ce qui détruit le plaisir ou la science
est bon, il faut que quelque plaisir, quelque science soit
mauvaise ; et de même si la destruction de la science est
bonne, ou si la génération en est mauvaise , il y aura
quelque science mauvaise; par exemple, s'il est bon
d'oublier ce que quelqu'un a fait de honteux, ou bien si
se le rappeler est mal, savoir ce qu'il a fait de mal ce
sera chose mauvaise. Et de même pour tous les autres
cas : car le probable s'y établit dans tous de la même
manière.
§ 4- £n outre, il faut voir à ce qui est de telle façon
plus ou nioins ou semblablement. En effet si d'une chose
on dit qu'elle est plus telle parmi des choses tirées d'un
autre genre, et que ces choses ne soient point telles, le
sujet en question ne le sera pas non plus ; par exemple,
S s. let géniraiiont «r Im 0 4. Plus o» mohu o» «emUo-
âtêiruetiaHi deê ehoiês^ voir pins kUmmt^ Voir plus luut, liv. f ,
haut, liv. S, cb. 0, 8 3. — 1> pro- ch. 10. — U$ dmtx arifumenia-'
baMe, que poursuit la dialectique, Itont, en sens opposé, pour élafoffr
sans ponaier d*ailleurB Jusqu^au vrai ou pour renverser la thèse selon te
comme la philosophie. besoin de la discussioD.
IV. •
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114 TOPIQUES,
si Ton dit que la science est plus un bien que le plaisir^ et
qu'aucune science ne soit un bien, il n'y aura pas non
plus de plaisir qui en soit un. Et de même pour sembla-*
blement et pour moins; c'est-à-dire qu'on pourra, soit
établir la thèse , soit la renverser. Seulement les deux
argumentations se tirent de semblablement : mais avec
moins oq ne peut qu'établir la thèse, on ne peut la ren-
verser. En effet si l'on peut dire également que quelque
faculté étant bonne, la science est bonne, du moment que
quelque faculté est bonne la science l'est aussi : et s'il
n'y a aucune faculté de bonne, il n'y a pas non plus de
science qui le soit. Au contraire , si Ion dit que quelque
faculté est moins bonne que la science, et que quelque
faculté soit bonne, la science l'est aussi ; mais si aucune
faculté n'est bonne, il n'en résulte pas nécessairement
qu'aucune science ne le soit. On voit donc clairement
que par le moins, on ne peut qu'établir la thèse.
§ 5. Non seulement on peut renverser la thèse, en
partant d'un autre genre , mais aussi en partant du
même et en y prenant ce qui est le plus tel ; par exemple,
s'il a été posé que la science est un bien et qu'on prouve
que la sagesse même n'est pas bonne, aucune autre
science ne le sera certainement, puisque celle qui le pa-
rait le plus ne l'est pas. § 6. Et de même, si l'on poae
cette hypothèse que, du moment qu'un attribut est ou
n'est pas à un sujet, il est ou n'est pas également à tous;
S. 5. Padas remarque que dans S S. 0» poft cette hypoikète,
le 6< livre de la Morale à Niooma- par ooaveatloB Mte entre les denx
que, éh. S (llit, b. 11), Aristote InterlocaleurB ; oe qui donne lieu
senriMe distinguer la sagesse de la aux syllogismes hypothétiques. Voir
science; ce qai contredirait la doo- plnshaut,liT. l,€h.lS^69,etUv.9»
trine présentée id. cb. 3» S S.
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LIVRE III, CHAPITRE VI. 115
par exemple, si Tou suppose que I ame de l'hoii^roe étant
immorteUe, toutes les autres aussi le seront, et que celle-
là ne Tétant pas , les autres ne le seront pas davantage.
Si donc l'on pose que cet attribut i^t à quelque sujet,
il faudra montrer qu'il n'est pas à quelque sujet; car il
s'en suivra, à cause de l'hypothèse même, qu'il n'esta
aucun ; et si l'on pose qu'il n'est pas à quelque sujet ,
il faut montrer qu'il est à quelque sujet; car, par cette
hypothèse aussi , il s'ensuivra qu'il est à tous. Il est
évident qu'au moyen de l'hypothèse, on a fait univer-
selle la question qui avait été posée particulière. En
effet ou est convenu que celuiqui accorde le particulier^
accorde aussi l'universel, puisqu'il accorde que du mo-
ment qiie l'attribut est à un sujet il est aussi à tous.
§ 7. Quand la question reste indéterminée, on ne
peut réfuter que d'une seule manière : par exemple,
s'il a été dit qi^e le plaisir est un bien ou n'est. pas un
bien, sans ajouter aucune détermination. En effet, si
l'interlocuteur a dit que quelque plaisir est un bien,
il faut montrer universellement qu'aucun plaisir n'est
un 1>ien, quand on veut détruire l'assertion avancée.
Et de même, s'il a dit que quelque pfaisir n'est pas un
bien, il faut montrer universellement que tout plaisir
est un bien. De toute autre façon, on ne peut détruire
la proposition ; car si nous montrons que quelque plaisir
est ou n'est pas un bien , la proposition avancée n'est
pas encore détruite. Il est donc évident qu'on ne peut
la détruire que d'une seule façon , tandis qu'on peut
S 7. Be$t€ indéterminé^ sans au* lytiqueê^ liv. 1, ch. 1, S 5 et soIt.,
cim signe d^universalité ou de par- et dans ÏBerméneia^ ch. 7, S 3, où
tîcularité. Yoir les Premiers Ana- ceci est expliqué.
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116 TOPIQUES,
rétablir de deux. Il suffit, en efFet, de montrer univer-
sellement que tout plaisir est bon, ou bien que quelque
plaisir est bon, pour montrer ce qu'on se propose. Et
de même y s'il faut discuter cette question, que quelque
plaisir n'est pas bon, nous pourrons montrer qu'aucun
plaisir n'est bon, ou bien que quelque plaisir ne l'est
pas ; et nous aurons montré des deux manières , uni-
versellement et particulièrement, que quelque plaisir
n'est pas bon. § 8. Quand la proposition est déterminée,
on peut la renverser de deux façons: par exemple, si
l'adversaire a soutenu qUe quelque plaisir est bon et
que quelque autre ne Fest pas; car, soit que l'on
prouve que tout plaisir est bon ou qu'aucun plaisir
n'est bon , la thèse est également détruite. § 9. Si l'ad-
versaire a supposé qu'il n'y a qu'un seul plaisir de bon,
on peut détruire cette supposition de trois manières :
ainsi l'on peut montrer que tout plaisir est bon, ou
qu'aucun plaisir n'est bon, ou que plus d*un plaisir est
bon; et Ton aura toujours détruit la proposition.
§ I G. Si l'on détermine encore davantage la propo-
sition, et qu'on dise, par exemple, que la prudence
seule parmi les vertus est une science, on peut renverser
l'assertion de quatre façons. Âinsî^ l'on pourra montrer
que toute vertu est science ou qu'aucune n'est science,
ou que quelqu'autre l'est aussi , par exemple, la justice;
ou bien enfin que la prudence elle-même n'est pas
6 s. Quand la pn>poiUion ê$t lexândre, qu'il aonit eu pour va-
déterminiej quand elle a un signe riante cinq au lieu de quatre. U
spécial d^universalité ou de parti- ajoute aussi que Théophraste trai-
cularité : tout ou quelque. tait la question ici indiquée à la lin
§ 10. Dû quatre façont^ il sem- de son Traité sur rafflrmation, qui
ble, d'après le Commentaire d*A- n'est pas venu jusqu'à nous.
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LIVRE III, CHAPITRE VI. 117
science ; et alors la proposition avancée sera dé-
truite.
§ II. Il est utile aussi de considérer les individus
dont on a affirmé ou dont on a nié quelque attribut,
comme on Ta fait dans les questions universelles. $ la.
Il faut encore regarder aux genres, en divisant les es«
pèces jusqu'aux individus, ainsi qu'on Ta dit plus haut:
car, soit que l'accident paraisse être à tous les individus
ou n'être à aucun, quand on compare plusieurs exemples,
il faut demander à l'adversaire qu'il accorde que lac-
cident est universel, ou bien qu'il indique dans sa réfu-
tation le sujet qui n'est point ainsi qu'on l'a dit. § i3.
Dans les choses où l'on peut déterminer l'accident, soit
par le nombre, soit par l'espèce, il faut regarder s'il
n'est pas de nature à ne recevoir aucune de ces déter-
minations ; par exemple, ou peut soutenir que le temps
ne se meut pas ou qu'il n'est pas du mouvement, après
qu'on a compté toutes les espèces du mouvement. En
effet, si aucune d'elles n'est au temps, il est évident qu'il
ne se meut pas et qu'il n'est pas un mouvement. Et de
même, on peut soutenir que 1 ame n'est pas un nombre,
après qu'on a divisé tout nombre en pair ou impair :
car si l'âme n'est ni paire ni impaire, il est clair qu'elle
n'est pas un nombre.
S 11. Comme <m Va fait dam Um 8 19- Ainsi qu'on fa dit pluê
quésHons uni^iéUes, H?. 9, cb. 9, ^aut, liy. i, cb. S, § i.
S i. n fout, du reste, entendre ici 8 13* Aprét qvTon a compté
rexpression individus dans le sens toutes les espèces de mouvemenij
qui lui éuit donné pour cet autre Voir les catégories, cb. 14.— X'âme
passage , c*est - à - dire , d*espèces n'est pas un nombre, contre Fopi-
qui né peuvent plus être divisées nion de Xénocraie. Voir plus haut,
qu'en individus proprement dits. liv. i, cb. 4, S 3.
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118 TOPIQUES.
§ i4« C'est ainsi qu'il faut procéder relative-
ment à L'accident et par les lieux qu'on vient de
dire.
1 14. Qu'on vimU âê tfirt, dans le second et le troisième Unes.
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TOPIQUES-
LIVRE QUATRIEME.
libux communs du genkb.
CHAPITRE PREMIER.
Importance des lieux du genre. — Dix lieux.
§ I. Après les lieux de Taccicleoty il faut étudier
ceux qui sont relatifs au genre et au propre : ce sont eu
effet les éléments des définitions , bien que ce soient là
des choses qu'examinent rarement ceux qui discutent.
§ -j. Si ladversaire a posé le genre de quelque objet,
il faut d'abord regarder à toutes les choses qui sont de
ce même genre, s'il n'y en a pas quelqu'une à laquelle il
n'est pas attribué, comme on l'a fait pour l'accident :
par exemple y si l'adversaire a posé que le bien est le
S 1. Des ehoie$ qu'examinent § H. Comme on Va fait pour
rarement ceux qui discutent^ il a Vaccident^ Voir plus hskui, Uv. S,
commence par les lieux de Taecl- cb. 9, g i. — Le genre devant être
dent, a-l-il dit, parce que c'est la attribué à toutes les espèces. Voir
question la plus fréquente dans les les Catégories, cb. 8, § 1, et r lu-
discussions dialectiques. Voir plus troduclion de Porphyre, cb. Il, § li
haut, Uv. %, ch. i. S 1» en noie. et suivants.
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120 TOPIQUES.
genre du plaisir, il faut voir si quelque plaisir n est pas
bon ; car si cela est, il est clair que le bien n'est pas le
genre du plaisir, le genre devant être attribué à toutes
les espèces qui sont au-dessous de lui. § 3. Ensuite, il
faut voir si le genre prétendu, au lieu d'être attribué
essentiellement, n'est pas un simple accident : par
exemple, le blanc attribué à la neige; ou à l'âme, ce qui
se meut par soi-même ; car la neige n'est pas ce qui est
le blanc, puisque le blanc n'est pas le genre de la neige,
et l'âme n'est pas non plus ce qui se meut soi-même :
mais c'est un accident pour elle de se mouvoir, comme
c'en est un souvent à l'animal de marcher ou d'être ce
qui marche. On peut ajouter que ce prétendu genre ,
ce qui se meut soi-même ^ n'est pas une substance, mais
qu'il parait exprimer plutôt un sujet qui agit ou qui
souffre: et de même pour le blanc; car cet attribut ne
dit pas ce qu'est la neige substantiellement, mais il
exprime sa qualité. Par conséquent, aucun de ces deux
termes ne peut être attribué essentiellement au sujet.
§ 4* Il f^ut surtout regarder à la définition de l'acci-
dent, si elle convient bien au genre indiqué, comme
pour les exemples cités plus haut; car une chose peut
ou non se mouvoir soi-même, et de même être blanche
ou ne pas l'être. Ainsi donc, aucun de ces attributs n'est
genre, mais ils sont accidents, puisque nous avons ap-
pelé accident ce qui peut être ou n'être pas à une
chose.
§ 5. Il faut voir encore si le genre et l'espèce ne sont
§ 3. Làm$ n*est ptu wm plus 6 4. Nous av<m$ appM occt-
e« qui $e meui soi-même^ Uiéorie dsni^ liv. 1, ch. 5, § 8.
platonicienne , Timée, «I jioMtfn. S 5. La même diomoii, c'est-à-
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LIVBE IV, CHAPITBE 1. 121
pas dans la même division , tandis que l'un est sub-
stance, et l'autre simple qualité, ou l'un relatif, et l'autre
qualité : par exemple , la neige et le cygne sont des
substances, mais le blanc n'est pas une substance, ce
n'est qu'une qualité; de sorte que le blanc n'est le genre
ni de la neige, ni du cygne. Autre exemple : la science
fait partie des relatifs; le beau et le bon sont des qua-
lités, de sorte que ni le beau ni le bon ne sont le genre
de la science; car il faut que les genres des relatifs
soient eux-mêmes des relatifs : par exemple , pour le
double , le multiple étant le genre du double est lui-
même un relatif. En un mot, il faut que le genre soit
compris sous la même division que l'espèce : si l'espèce
est substance, le genre le sera aussi ; et si l'espèce est
un qualitatif, le genre sera aussi qualitatif; et, par
exemple, si le blanc est qualitatif, la couleur le sera
aussi; et ainsi du reste.
§ 6. En outre, il faut voir s'il y a nécessité ou simple
possibilité que le genre participe à ce qui est supposé
dans le genre. I^ mot participation doit s'entendre dans
le sens de recevoir la définition de ce qui est partagé.
Il est donc évident que les espèces participeni aux
genres, mais que les genres ne participent point aux
espèces ; car l'espèce reçoit la définition du genre, mais
le genre ne reçoit pas la définition de l'espèce.. Il faut
donc examiner si le genre indiqué participe ou peut
participer à l'espèce: par exemple, si l'on donne quel*
dire la même catégorie. Voir les prend sans peine.
Catégories. — Lasdmee fait par- $ ^, A cê qui e$t suppoêé dans
lieda«f»lol</'<,Yoir les Catégories, U genre, c'est-à-dire à l'espèce,
ch. S, 6 Si. * QuaMaiif, f ai cru comme il le dit d*ailiears un peu
pouvoir forger ce mot qui se corn- plus bas dans ce paragraphe même.
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122 TOPIQUES.
que chose comme genre de Têtre ou de Tun, il en résul*
tera que le genre participera à Tespèce; car l'être et
l'un sont des attributs de toute chose, de sorte que leur
définition Test aussi.
§ 7. De plus, il faut voir si l'espèce donnée pour
une certaine chose est vraie, tandis que le genre ne
l'est pas : par exemple, si l'on suppose que l'être ou la
science soit le genre du probable ; car le probable pourra
être attribué à ce qui n'est pas. Beaucoup de choses
qui ne sont pas pourront être probables, mais il est
évident que l'être et la science ne peuvent être attri-
bués à ce qui n'est pas. Donc l'être, non plus que la
science, ne sont le genre du probable; car pour les
choses auxquelles l'espèce est attribuée, il faut que le
genre le leur soit aussi. $ 8. A l'inverse, il faut voir si
ce qui est posé dans le genre ne peut participer à au-
cune des espèces; car il est impossible que ce qui ne par-
ticipe à aucune espèce participe au genre, à moins qu'il
§ 7. Si Ve$pée$ donnée pour une
certaine chose est vraie^ ce qui re-
çoit respèce reçoit aussi le genre ;
ainsi la science et Tètre étant le
genre du probable, si le probable
s*appliqtte comme espèce au non-
ètre, il faut que Tètre et la science
s'appliqueut aussi au non-être; ce
qui ne se peut pas : donc Tètre et
la science ne sont pas le genre du
probable.
% S. Si ce qui est posé dont le
genrcj en d'autres termes, ce qui
est posé comme genre» ce que Ton
prend pour le genre doit participer
à l'espèce, ou à Tune des espèces.
A moins quUl ne soit une des es-
péces de la première diioisiony une
des espèces entre lesquelles le
genre se divise en premier lieu ;
chacune de ces espèces pouvant
d'ailleurs se subdiviser elle-même.
— Qui participe au genre, immé-
diatement. — Ki destruction ni
aitéraiion^ Tédition de Berlin
donne déplacement, translation ,
au lieu de destruction; la leçon
n'est pas à repousser ; mais elle est
moins conforme à la théorie expo-
sée dans les Catégories , cb. 14,
8 1, sur les diverses espèces de
mouvement. — L'un des mouve-
mente individuels^ Tune des es-
pèces du mouvement. — Qui sont
sous C espèce du mouvement^ uu
mieux, sous le genre.
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LIVRE IV, CHAPITBE I. 123
ne soit une des espèces de la première division ; car ce
sont celles-là seulement qui participent au genre. Si
donc, Ton a supposé que le mouvement est le genre du
plaisir, il faut regarder si le plaisir n'est ni destruction,
ni altération, ni aucun autre des mouvements connus;
car alors il est évident qu'il ne participe à aucune des
espèces, et qu'il ne participe pas non plus du genre,
puisqu'il y a nécessité que ce qui participe du genre
participe aussi de l'une des espèces. Donc, le plaisir ne
saurait être une espèce de mouvement, puisqu'il n'est
point un des mouvements individuels, c'est-à-dire, l'un
des individus qui sont sous l'espèce du mouvement.
C'est qu'en effet les individus participent à la fois au
genre et à l'espèce; par exemple, un individu homme
participe de l'homme et de l'animal.
§ 9. Il faut voir de plus si ce qui est placé dans le
genre n'est pas plus étendu que le genre, comme par
exemple, le probable est plus étendu que l'être; car ce
qui est et ce qui n'est pas sont des probables. Donc, le
probable n'est pas une espèce de l'être; car toujours
le genre est plus étendu que l'espèce. § 1 o. Il faut re-
garder de plus, si le genre et l'espèce sont faits d'étendue
égale ; et par exemple, si d'attributs qui sont à tout, l'un
n'est pas fait genre et l'autre espèce, comme Têtrc et
l'un. L'être et l'un sont attributs de tout. Donc, celui-
ci n'est pas le genre de celui-là, puisqu'ils sont d'exten-
$ 9. Si eé qui en placé dont lé taphysique, liv. 5, ch. 1. — La dif-
gMr$, ce qui est considéré comme férenee aussi est mains large que
le genre, puisque c'est elle qui se-
§ 10. L'être et Vun , voir la été- pare et distingue les espèces qui
taphysique^ liv. 5, ch. Set 7. — Le composent le genre et qui sont
primitif et le principe , voir la Mé- moins étendues que lui.
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124 TOPIQUES.
sioQ parfaitement ëgale. Et de même si Ton a supposé
subordonnés entre eux le primitif et le principe ; car le
principe est le primitif et le primitif est le principe :
donc ces deux choses sont identiques^ et Tune n'est pas
du tout le genre de l'autre. Le point essentiel à bien
savoir dans tout ceci est que le genre est plus large que
l'espèce et que la différence; car la différence aussi est
moins large que le genre.
$ 1 1 . Il faut voir encore si le genre énoncé n'est pas
ou peut ne pas paraître le genre d'une des choses non
différentes en espèce; et quand on établit la thèse, il
faut voir s'il est le genre de l'une de ces choses ; car le
genre est le même pour toutes les choses non différentes
en espèces. Si donc on montre qu'il est le genre de
l'une j on aura montré qu'il l'est de toutes ; et si l'on
montre pour ane seule qu'il nen est pas le genre, on
aura montré qu'il ne Test d'aucune . Par exemple, si
après avoir posé les lignes indivisibles, on dit que l'in-
sécable est leur genre, on se ti*ompe ; car ce genre n'est
pas celui des lignes qui sont divisibles , bien qu'elles
soient sans différences quant à l'espèce, puisque toutes
les lignes droites n'ont entre elles aucune différence
spécifique.
$ 11. (hê pMl fM pat paraUre^ parce qu*oo est ici en dialectique.
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LIVBE IV, CHAPITRE IL 125
CHAPITRE IL
Treiie antres lieux da genre.
§ I. Il faut voir encore s'il n'y a pas quelque autre
genre de l'espèce donnée que n'embrasse pas le genre
indiqué, et qui ne soit pas sous lui : par exemple, si l'on
a posé que la science soit le genre de la justice ; car la
Tertu est aussi le genre de la justice, et aucun de ces
genres ne comprend l'autre. Donc, la science n'est pas
le genre de la justice ; car il semble que quand une es-
pèce est sous deux genres, l'un doit être compris dans
l'autre. Toutefois, ceci offre quelque difficulté dans
certains cas: par exemple, quelques-uns croient que la
prudence est à la fois une vertu et une science, et pour-
tant aucun de ces genres n'est compris dans l'autre. Il
est vrai que tout le monde n'accorde pas que la pru-
dence soit une science ; mais si l'on accorde que cette
assertion soit exacte, il semble nécessaire que les genres
d'une même chose soient subordonnés entre eux , ou
que tous deux soient compris sous un même genre,
comme c'est le cas pour la vertu et pour la science; car
toutes deux sont sous le même genre, puisque Tune et
l'autre sont possession et disposition. Il faut donc voir
si aucune des deux n'appartient au genre indiqué; car si
% 1. Awun de cet genrei ne — Pat exempU, guelçtiet - «tu
amprend Vautre : la science ne croient , il s'agit peot-ètre ici de
comprend pas la vertu ; la yerto ne Platon. — Sont ponestian et di$-
Gomprend pas la science ; l'nne à poeUion, voir les Catégories, ch. 7,
regard de l'autre n*est pas genre. t%ei suiv., sur les relatifs.
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m TOPIQUES,
les genres de toutes deux ne sont pas subordonnés entre
euxy ou si toutes les deux ne sont pas comprises sous un
même genre, le genre tndicpié n appartient pas au sujet.
§ 2. Il faut regarder aussi le genre du genre donné, et
ainsi pour tous les genres supérieurs, et s'assurer qu*ils
sont tous attribués à l'espèce .et qu'ils lui sont attribués
essentiel lement ; car il faut que le genre supérieur puisse
être attribué essentiellement à l'espèce. S'il y a quelque
part discordance, c'est évidemment que le genre indiqué
n'est pas genre véritablement. A l'inverse, il fiiut voir
si le genre participe à l'espèce, soit ce genre même, soit
quelqu'un des genres supérieurs; car le terme supérieur
ne peut participer à aucun des inférieurs. Il faut donc,
quand on réfute une proposition^ s'y prendre comme
on l'a déjà dit. Quand on l'établit, et qu'il est recon*
nu que le genre indiqué est bien i l'espèce, mais qu'il
y a doute s'il y est comme genre, il suffit de montrer que
l'un des genres supérieurs est attribué essentiellement
à Tespèce : car du moment qu'un seul est attribué es^
sentiellement, tous les autres, soit audessu^soit au des-
sous de lui, s'ils sont attribués i l'espèce, le seront essen*
tielkment Donc, le genre donné est attribué ess^ittel-
lement aussi. Pour se convaincre que l'un des genres étant
attribués essentiellement, tous les antres, pourvu qu'ils
t%. Le genre du genre donnée qu*eaz. — Comme on Va d^à dU^
en remoBtSDt de geore en genre.— comme on vient de le dire. — ia
S'il y a quelque part discordance^ translation soit le genre de la
si l*an des genres ainsi examinés marche, voir les Catégories, ch. 14.
n'est pas attribué esseoliellement — Placées sous la première divi-
aux genres inférieurs, aux espèces, «ûm, les premières espèces entre
— Ne peut participer à aucun des lesquelles le genre est divisé et qui
inférieurs^ parce quMl est plus large le forment tout entier.
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LIVRE IV, CHAPITRE IL 127
soient attribues, ]e sont essentiellement aussi, il faut re-
courir à l'induction. Mais si l'on doute absolument que
le genre indiqué soit bien au sujet, il ne suffirait plus
de montrer qu'un des genres supérieurs est attribué à
l'espèce essentiellement: par exemple, si l'on a soutenu
que la translation soit le genre de la marche^ il ne suf-
fit pas de montrer que la marche est un mouvement pour
montrer aussi que c'est une translation, puisqu'il y a en-
core d'autres mouvements qu'elle; mais il faut montrer,
en outre, que la marche ne participe d'aucun des mou-
vements placés sous la même catégorie, si ce n'est de la
translation. En effet il y a nécessité que ce qui participe
du genre participe aussi de quelqu'une des espèces pla-
cées sous la première division. Si donc la marche ne par-
ticipe ni de l'accroissement , ni de la diminution , ni
d'aucun des autres mouvements ; il est évident qu'elle
participe à la translation, et par conséquent que la
translation est le genre de la marche.
§ 3. Â l'inverse, pour les choses oii l'espèce indiquée
est réellement attribua comme genre, il faut yoir si le
genre donné est attribué essentiellement i toutes les
choses auxquelles l'est aussi l'espèce; et de même pour
tous les termes supérieurs au genre. S'il y a quelque
S s. Four tùus Ui têrmei $up^ de oe ppemier terme sont attribnés
Hmtri au gwn^ pour tons les essentieliement à tontes les espèces
genres plas étendus que celui qui du second; et, par exemple, du mo-
d -abord a été indiqué et qui le corn- ment que viyant est pris pour le
prennent par conséquent. Le lieu, genre d'animal, corps, substance,
développé un peu obscurément qui sont les genres supérieurs de
dans ce paragraphe, se réduit à vivant, sont attribués essentielle-
cette règle formulée par Pacius: ment à Thomme, au cheval, au
Quand un premier terme est le lion, espèces de ranimai et qui
genre d'un second, tons les genres forment ranimai tout entier.
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128 TOPIQUES,
discordance, il est évident que ce n^est pas le genre vrai
qui a été donné ; car si c'était le genre, tout ce qui est
au dessus et lui-même, seraient attribués essentiellement
à toutes les choses auxquelles l'espèce est attribuée essen*
tiellement aussi. On pourra donc, quand on renverse
la proposition , se servir de cette considération, que le
genre u'estpas attribué essentiellement aux choses mêmes
dont Fespèce est un attribut essentiel. Mais quand on
établit la proposition, on ne peut se servir que du cas
oii le genre est attribué essentiellement; car alors et le
genre et l'espèce seront attribués essentiellement au
même sujet : de sorte que le même sujet est sous deux
genres. Donc nécessairement ces deux genres sont sub-
ordonnés entre eux. Si donc, on a montré que ce qu'on
veut établir comme genre njest pas sous l'espèce, il est
évident que l'espèce sera sous lui, et l'on aura prouvé
que ce terme est bien le genre.
§ 4* U faut regarder aussi aux définitions des genres
et voir si elles s'accordent avec l'espèce donnée, et avec
tout ce qui participe de cette espèce ; car il faut nécessai-
rement que les définitions des genres soient attribuées
à l'espèce et à tout ce qui participe de l'espèce. Si donc
il y a quelque part discordance, il est évident que ce
n'est pas le genre véritable qui a été donné.
§ 5. Il faut voir encore si l'on a donné la différence
S 4. Si les genres du piemier S 6. la dtffinnee m peiU être
terme sont attribués au second. Il g9nr$ de qwH 91M et $ùit , aussi la
fiiut aussi que la définition de ce dilTérence ne faitrelle point partie
premier terme et les définitions de la substance; et en efTet, il
de tous ses genres s^appliquent es- ajoute plus bas que la différenoe
sentiellement au second terme «t à n*expriroe jamais la substance ; elle
toutes ses espèces. exprime plutôt la qualité. — Mais
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LIVRE IV, CHAPITRE IL I2U
pour le genre; par exemple , si Tou dit que rimtnortel
est le genre de la divinité : riminortel n est que la dif-
férence de ranimai, puisque parmi les animaux Ivs uns
sont mortels et les autres immortels. Il est donc clair
qu'on s'est mépris ; car la différence ne peut être genre
de quoi que ce soit. Et ce qui fait bien voir que cela est
Traiy c'est que toute différence exprime non pas la sub-
sfmce, mais bien plutôt la qualité, comme le terrestre
et le bipède.
§ 6. On s'est également m^ris si on a placé la diffé-
rence dans le gemre comme espèce : par exemple, si l'on
a dit que l'impair est ce qu'est le nombre; car c'est une
différence des nombres que l'impair, ce n'en est pas
l'espèce. Bien plus, la différence ne parait même pas
participer au genre ; car tout ce qui participe au genre
est ou espèce ou individu; et la différence nest ni es-
pèce ni individu. Il est donc évident que la différence
ne participe pas au genre. Donc aussi l'impair est non
pas une espèce, mais une différence, puisqu'il ne parti-
cipe point au genre.
$ 7. Il faut voir également si l'on a placé le genre
bien piuUa la qwUUé^ Alexandre renée dans le genre^ voir un lien
remarque qu'Aristote ne dit pas tout à fait analogue» lîv* S, ch. S,
d'une manière absolue que la dlflé* $ 14, pour la définition,
renoe n'est pas substance; « Car S 7. Ou comme fait PkUantdMs
« dans la substance, la différence les Lois, liv. 10, p. S3i, trad. de
« détermine la qualité pour la sub- 11. Cousin. Du reste , comme le
« stance ; et pourunt elle n*est pas fait observer Alexandre, Aristote,
« qualité, mais substance : c'est la qui blAme Platon de cette déflnl-
« différence considérée à part du tion, la donne Inl-mème dans le
« sujet, qu'on peut appeler qualité; &« liv. de la Physique {\*, SXO, a,
« c'est la différence ^ustraile de 9à). Mais il faut ajouter aussi qu'A-
. « la matière. » rislole la donne comme la délini-
S 6. Si l*an a placé la diff(h tion la plus commune ; et il semble
IV. s
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130 TOPIQUES.
dans l'espèce : et, par exemple, si Ton a appelé la con-
tiguïté continuité, et le mélange combinaison, ou
comme fait Platon qui définit la translation le mouve-
ment dans Fespace. Ce sont autant d'erreurs; car la con-
tiguité n'est pas continuité : tout au contraire, c'est la
continuité qui est contiguïté. En effet tout contigu n'est
pas continu, tandis que tout continu est cootigu. Et de
même pour le reste; car tout mélange n'est pas combi-
naison ; ainsi le mélange de choses sèches n'^ {Mis une
combinaison , pas plus que changeaient dans l'espace
n'est une translation : et par exemple, la martre ne
parait pas être une tran^riation 2 la translation ne peot
guère se dire qub des objets qui passent inyolostaire-
ment d'un lieu à un autre, comme cela arriire pour les
choses inaniniées. Il est dou évident que, dans tous les
cas qu'on vient de citer, l'espèce est plus iarge que le
geni*e, tandis qu'il en doit être tout à l'opposé.
§ 8. On peut encore s'être trompé k l'inverse, si l'on
a placé les différences dans Tespèee : fuur exemple, si r<iii
a dit que l'immortel est dieu; car alors l'espèce sera
aussi large et même plus large que la différence; or la
différence est toujours aussi large ou plus large que l'es-
pèce. § 9. L'on peut aussi avoir placé le genre dans la
différence : et^ par exemple, avoir dit que ta couleur
est ce qui fait distinguer les choses, et que le nombre est
ce qui est impair. $ lo. On peut mênie encore avoir
faire dans ce fiassage une aorte de S «. SiPùnapiadULâiffêreme
réserve contre une expression qaMI dan$ Vupèeey la différence, étant
ne repousse pas , mais qaMl n*a plos la^ que l*espèce, n*j peut
point choisie cependant. — Cut la être renfermée ; tout au plus la dlf-
eontinuUé qui est eofUiguM^ voir férenoe eat-elle aussi étroite que
les Catégwietf ch. 6. Tespëce qu'elle constitue.
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LIVRE IV, CHAPITRE IL m
pose le geore comme difiërence, et Ton peut avoir fait
une proposition comme celle-ci, par exemple : que le
mélange est une différence de la combinaison, ou le
changement dans Fespace une difféi*ence de ia transla*
Hon. Il faut appliquer à tous tes cas analogues le même
procédé ; car les lieux sont communs à tous. Il faut tou-
jours que le genre soit plus large que la différence , et
qu'il ne participe pas de la différence; mais en le donnant
ainsi qu'on Ta fait dans les exemples indiqués plus haut,
ces deux règles cessent d'être possibles; car le genre
alors sera moins large^ et il participera de la différence.
§ II; De plus, si aucune des différences du genre
n'est attrîbuable à l'espèce donnée, te genre nooplus n'y
sera point attribué : par exemple^ ni le pair ni l'impair
ne sont attribués à Time, non plus que le nombre, par
conséquent. § i a. Il faut voir encore si l'espace donnée
est naturellement antérieure au genre, et si elle détruit
le genre, quand eHe est ette-méme détruite; car il en
devrait être tout le contraire : c'est qu'alors on n'a pas
donné le vrai genre.
§ i3. Il faut voir de plus si Fon pei|t laisser de côté
le genre ou la différence pour l'espèce : par exemple,
pour l'âme, le mouvement ; et pour l'opinion, le vrai et
S 11. Kin^ plus quê le nombre Uon du genre, é*est que la préten*
par eontéquêwt^ critique de la dé- due espèce D*en est pas une.
finition de rime de Xénoente. ^ i9. Si Von jMiff kUner de
tti. CarUên divraU être tout eôU, bI l'on peut ieoler Tespèce du
le eontrairê, la destruetidn du genre et de la dlflérenoe, si Tes-
genre entraîne la destruction des pèee se comprend sans le genre on
espèces, tandis que la destruction la différeDoe, si le ginre et la di^
d'une espèce n'entraîne pas celle férence ne lui sont pas essentiels,
du genre. Si donc la destruction de c'est que l'un et Pautre ont été mal
l'espèce donnée implique ladestruc- donnés.
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132 TOPIQUES.
le faux; car alors aucun des deux termes indiques ne
serait ni genre , ni différence , puisque le genre et la
différence suivent toujours l'espèce tant que l'espèce
elle-même subsiste.
CHAPITRE III.
Quinze autres lieux du genre. — Douze pour renverser la thèse ,
et trois pour l'établir.
§ I. Il fftut encore examiner si ce qui est dans le
genre participe ou peut participer de l'un des con-
traires du genre; car alors une même chose pourrait
avoir les contraires, puisque le genre ne défaillit jamais,
et qu'ainsi il participe ou peut participer au contraire.
§ a. Il faut voir, en outre, si l'espèce n'est pas douée
•de quelque qualité qui ne peut. absolument point être à
ce qui est sous le genre : par exemple, l'âme est douée
de la vie, mais aucun nombre ne peut vivre; aussi l'âme
n'est pas une espèce de nombre.
§ 3. Il faut examiner encore si l'espèce est homo-
nyme au genre, en se servant pour découvrir l'homony-
mie des procédés indiqués plus haut; car le genre et l'es-
pèce sont synonymes.
% i. Sieêçuiêit dans U génf^ de mmbn^ nouvelle criUque contre
c*6sc^à-diie respèce. — Ne défaim in définition de Xénocnte. Voir an
Jamaity ne manque jamais à sea chapitre précédent, S 11.
espèces. — On peut partieipir au S '• 2>m proeidie indiquée plue
' contraire , parce que lea espèces haut^ Uv. 1, ch. 15. — Car le genre
peuvent être contraires les unes et Veepéce eont eynonymieey voir le
aux autres. début des Catégwiee^ cb. I, 8 1 et
S 8. VêaM n'est pas una espèce suivantes.
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LIVRE IV, CHAPITRE III. 133
§ 4- Comme il y a toujours plusieurs espèces daùs un
genre> il faut voir s'il n'est pas impossible qu'il y ait
une seconde espèce du genre dénommé; car s'il n'y en
a pas, il est clair que le terme indiqué ne peut pas du
tout être genre.
§ 5.11 faut Voir encore si ce n'est pas un terme pure-
ment métaphorique qui a été donné comme genrci
comme lorsqu'on dit, par exemple que la prudence est
une harmonie; car tout genre est attribué proprement à
ses espèces: or, l'harmonie est attribuée non point pro*
prement, mais seulement par métaphore, à la prudence;
en effet toute harmonie n'est que dans les sons.
§ 6. Il faut voir encore s'il n'y a pas quelque con-
traire à l'espèce : et cet examen peut se faire de plu«-
sieurs façons. § 7. D'abord, on doit voit* si le contraire
est dans le même genre, quand il n'y a pas de contraire
au genre; car il faut que les contraires soient dans le
même genre, s'il n*y a pas de contraire au genre. S'il y
a un contraire au genre, il faut voir si le contraire est
dans le genre contraire ; car il faut que le contraire soit
dans le genre contraire , s'il y a quelque contraire au
genre; et c'est par Tinduction qu'on pourra s'en assu-
rer dans chaque cas. § 8. De plus, il faut voir si le con-
traire de l'espèce n'est dans aucun genre, attendu qu'il
est genre lui-même, comme le bien ; car, si ce terme
n'est pas dans un genre, le contraire de ce terme n'y
g 4. Du genre dénommé^ de œ 8 7. Il faut voir H U cofUratra
qui esl doDoé pour genre. de Tespôoe donnée.
8 5. Tout genre est aitrUmi 8 8. Si le eantraére de Veepèee
prapremeni^ essenliellenient; et n'eei dan* aticun genre, voir le
ptr conséquent cette attribution cbâp. 11 des Catégoriee sur les oon-
n'est point une métaphore. traires, espèce des opposés.
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134 TOPIQUES.
sera pas non plus : mais il sera genre lui-même^ et c'est
ce qui a lieu pour le bien et le mal ; car aucun de ces
deux termes n'est dans un genre , mais tous les deux
sont genres. § 9. On peut examiner encore si le genre
et lespèce ne sont pas Tun et l'autre contraires à quel-
que terme : et si pour les uns il y a intermédiaire et si
pour les autres il n'y en a pas ; car s'il y a quelque in-
termédiaire pour les genres, il y en a pour les espèces :
et si pour les espèces, il y en a pour les genres, comme
pour la vertu et le vice, la justice et l'injustice ; car il y a
des intermédiaires pour les deux. On objecte à cela qu'il
n'y a pas d'intermédiaire entre la maladie et la santé,
bien qu'il y en ait entre le mal et le bien. § lo. On peut
rechercher s'il y a quelque intermédiaire à la fois et pour
les genres et pour les espèces, sans que ce soit de la
même manière : pour les uns comme négation , et pour
les autres comme sujet; car il est probable à première
vue que les intermédiaires seront de la même manière
pour les deux, comme pour la vertu et le vice, la jus-
tice et l'injustice. En effet pour tous les deux les inteN
médiaires sont négatifs.
§ 1 1. Quand il n'y a pas de contraire au genre, il ne
9 9. On objeeU à e^la, Alexan- les genres, ils doivent Tètre aussi
dre a raison de dire que robjection pour les espèces. — Comme sujets
n*e8t que vraisemblable, et qu'au comme affirmation. — Les intêr^
fond elle n'est pas vraie ; car, entre médiaires sont négaiifs, ne sont ni
la santé et la maladie, il est possi- vice ni vertu, ni justice ni injus-
ble de distinguer une foule de tice. Ainsi les intermédiaires des
nuances intermédiaires. genres vice et vertu sont négatifs ;
8 10. Sont que ce eoit de la ceux des intermédiaires de ces
même manière y si les contraires genres, justice et injustice, le sunt
sont affirmatifs pour les genres, ils également,
doivent être afflrmatifs pour les § 11. On oèjac(«, c'est une sorte
espèces; s'ils sont négatifs pour d'exoepUon à la règle posée anté-
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LIVRE IV, CHAPITRE III. 135
faut pas, regarder seulement si le contraire est dans le
même genre » i} faut regarder encore si Tintermédiaire y
est; car là où sont les extrêmes, là aussi sont les moyens^
comme pour le beau et le noir, puisque la couleur
est le genre des deux extrêmes et de toutes les couleurs
intermédiaires. On objecte que le défaut et l'excès sont
dans le même genre; car tous les deux sont dans le
mal : et que la modération qui en est l'intermédiaire est
non dans le mai, mais dajis le bien. § i a. Il faut voir en
outre si le genre est contraire à quelque terme, tandis
que l'espèce ne Test à aucun ; car si le genre est contraire
à quelque terme, l'espèce l'est aussi , comme la vertu et
le vice, la justice et l'injustice. Et si Ton examine d'autres
cas, on verra qu'il en est bien de même. Une objection
peut se tirer de la santé et de la maladie ; car, absolu-
ment parlant, la santé est contraire à la maladie :. mais
telle maladie particulière, qui est une espèce de la ma-
ladie, n'est contraire à rien; par exemple, la fièvre,
l'ophthalmie, ou telle autre maladie.
§ 1 3. Quand on réfute, voilà tout ce qu'il faut exa-
miner; car si les conditions qu'on a dites n'ont pas été
remplies, il est clair que ce n'est pas le genre qui a été
donné.
§ i4* Quand on établit la proposition, il y a trois
manières de procéder : § 1 5* D'abord il faut voir si le
contraire de l'espèce est bien dans le genre indiqué,
quand il n'y a pas de contraire à ce genre ; car si le con-
rieurement. donno : La vertu au vice, la justice
S IS. Une objection peut $e ti- à l*injuâlice ; toutes les autres édi-
rer^ c'est encore une exception. — tions ont la leçon que j'ai traduite.
La vertu et le viee, la justice et La ?arianle n*a point d'ailleurs
Vif^uitice, rédition de Berlin d'importance.
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136 TOPIQCES.
traire est dans ce genre, il est clair que l'objet en dis-
cussion y est aussi. § 16. Et il faut voir encore si le
terme intermédiaire est dans le genre indiqué; car là oit
est le terme moyen, là aussi sont les extrêmes. § 17. Et
de plus, s'il y a quelque contraire au genre, il faut exa-
miner si le contraire est dans le genre contraire ; car,
s'il y est, il est clair que Tobjet proposé est aussi dans le
genre proposé.
CHAPITRE IV.
Quatorae autres lieux du genre.
§ I , II faut regarder aussi aux cas et aux conjugués,
s'ils se suivent pareillement, soit qu'on réfute la thèse,
soit qu'on l'établisse ; car c'est à la fois que l'attribut est
ou n'est pas à un seul ou à tous : par exemple, si la jus-
tice est une science, justement sera savamment et le juste
sera savant; mais si l'une de ces choses n'est pas, il
n'en saurait £tre non plus une seule des autres.
§ a. Il faut regarder, en outre, aux choses qui sont
entre elles dans un rapport semblable : par exemple,
le rapport de l'agréable au plaisir est tout à fait pareil
à celui de l'utile au bien ; car des deux côtés l'un est ce
qui produit Tautre. Si donc le plaisir se confond avec le
bien, l'agréable se confondra avec Futile. Il est donc
clair que le plaisir produit le bien puisque le plaisir est
S i. Aux cai et aux e<n^ugué$t voir liv. s, ch. 9.
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LIVRE IV, CHAPITRE IV. 137
un bien. § 3. Même remarque pour les génërations et
les destructions des choses : par exemple ^ si bâtir c'est
agir, avoir bâti ce sera avoir agi ; et si apprendre c'est
se souvenir, avoir appris ce sera s'être souvenu; et si
être dissous c'est être détruit, avoir été dissous ce sera
avoir été détruit ; et la dissolution sera une sorte de
destruction. § 4* Même remarque encore pour les choses
qui produisent et qui détruisent. De même aussi pour
les puissances des choses et les usages; et, en général^
soit qu'on réfute, soit qu'on établisse, il faut regarder i
toutes les ressemblances, quelles qu'elles soient, comme
nous venons de le dire pour la génération et la destruc-
tion des choses. Si ce qui détruit est dissolvant , être
détruit sera aussi être dissous; et si générateur est pro-
ductif, être engendré ce sera être produit, et la géné-
ration sera une production. Et de même pour les puis-
sances et les usages des choses; car si la puissance est
une disposition , pouvoir sera aussi être disposé; et si
l'usage de quelque chose est une action, se servir ce
sera agir, et s'être servi, avoir agi.
§ 5. Si l'opposé de l'espèce est privation, on peut
$9. Si apprendre, e'ut m mu-
«m<r, comme Platon le tevt, dans
le Phédon, dans le Ménon, etc.
g 4. £ef puUtaneei dêi choies,
les qualités à Tétai de simples pos-
sibilités.
S 5. Dans lé dernier genre, dams
le genre où est la possession » Si
la vue eei dans le dernier genre,
dans la sensation, si Ton place la
vue dans la sensation prise comme
le genre le plus proche. — Vaveu"
gkmeni ne sera pas sensation, il
sera dans le genre insensibilité.
-* En second lieu, il faut sup-
poser ici quatre termes; le pre-
mier opposé au second , le troi-
sième au quatrième, par pri?atioi| ;
si le quatrième n*est pas Tespèce
du second, le troisième ne sera pas
Tespèce du premier. — Et que Vop-
posé ne soit pas dont le genre op-
posé, le quatrième n^étant pas Tes-
|)èce du second , le genre indiqué
n'est pas non plus dans le genre
indicé, le troisième n*e8t p|^s non
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138 TOPIQUES,
réfuter la thèse de deux manières : d'aboitl , si l'opposé
est dans le genre indiqué; car, ou la privation n^est ja-
mais absolument dans le même genre, ou du moins n'est
pas daas le dernier genre ^ par exemple , si la vue est
dans le dernier genre, dans la sensation, l'aveuglement
ne sera pas sensation. En second lieu, si la privation
est à la fois l'opposé du genre et de l'espèce, et que
l'opposé ne soit pas dans le genre opposé, le genre in-
diqué n'est pas non plus dans le genre indiqué. Il faut
donc, quand on réfute la thèse, se servir de ces moyens.
Mais, quand on l'établit, il n'y en a qu'un seul ; car si
l'opposé est dans l'opposé, l'objet en question sera aussi
dans l'objet en question : par exemple, si l'aveuglement
est une sorte d'insensibilité, la vue sera une sorte de sen-
sation.
§ 6. Il faut examiner dans un sens contraire les né-
gations, comme on l'a dit pour l'accident : par exemple
si l'agréable se confond avec le bien, ce qui n'est pas
bien n'est pas agréable; car s'il n'en était pas ainsi , il
y aurait quelque chose qui ne serait pas bon et qui serait
cependant agréable. Mais il est impossible qu'il y ait
quelque chose de non bon qui soit agréable, puisque le
bien est le genre de l'agréable. £n effet toutes les fois que
le genre n'est pas attribué, aucune des espèces ne l'est
davantage. Il faut faire le même examen quand on éta-
blit la thèse; car, si ce qui n'est pas bon, n'est pas
plus Tespèce du premier. — Car $i sième sera aussi resi)èce du pre-
V opposé est dans V opposé, si le mier.
quauièinc est l*espèce du second, g 6. Comme on Va dit pour
— l'objet en question sera aussi Vaccident, voir plus baut, liv. S,
dans l'objet en question, le troi- ch. S, $ 3, et liv. 8, ch. S, $ 8.
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LIVRE IV, CHAPITRE IV. 139
agréable y Tagrëable est bon ; et par conséquent y le bon
est le genre de Tagréable.
§ 7» Si l'espèce est un relatif ^ il faut regarder si le
genre aussi en est un ; car si l'espèce est un relatif, le
genre aussi en sera un, eomme pour le double et le
multiple, qui tous deux sont des relati£i. Mais le genre
peut être un relatif, sans que l'espèce eu soit nécessai-
rement un; car la science est un relatif, et la grammaire
n'en est pas un. Ou bien la règle posée plus baut n'est-
elle pas fausse? La vertu, en effet, est ce qu'est le bon ,
ce qu'est le beau, et la vertu est un relatif, tandis que le
beau et le bon ne sont pas des relatifs , mais des qualités.
$ 8. Il faut aus&i regarder si l'espèce n'est pas dite
en elle-même et pour le genre, retativement à la même
chose: par exemple, si le double est dit le double de la
moitié , il faut aussi que le multiple soit dit de la moitié :
sinon , le multiple ne serait plus le genre du double.
§ 9. Il faut voir encore si l'espèce n'est pas dite relati-
vement à la même chose et pour le genre et pour tous les
genres du genre : car si le double est relatif à la moitié,
le multiple l'est aussi, le surpassant sera relatif à la
moitié ; et d'une manière générale tous les genres supé-
rieurs seront relatifs à la moitié. On objecte qu'il n'est
pas nécessaire que l'espèce soit relative à une même
S 7. La doublé ei le multiple^ tive à une même chose- — Il faut
Ca^^(jrorie«,ch.7,S17.^£a<ciefiC0 au$9i que le multiple, genre du
êit un rOatif, ibid., S 18- — £«< <louble.
ce qu'est le (ton, ee qu'eet le beau, ^ 9- Le iurpoieant, genfe du
8e ooBfMid essentiellemenl avec k multiple, comme le multiple lui-
bon, avec le beau. même Test du double. — Toum les
g. S. If est pas dite, et c'est une ffenres supérieurs^ c*est-à-<lire plus
faute , attendu qn*elie doit être, larges. — On objecte, c*est une ex-
et pour soi et pour le genre ^ rela- œption.
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140 TOPIQUES.
chose, en soi et pour lé genre ; car la science est dite la
science de ce qui est su j mais la possession et la dispo-
sition sont dites possession et disposition, non de ce
qui est su , mais de l'âme.
§ lo. De pluS; il faut voir si le genre et l'espace
sont exprimes d^une façon égale dans les cas des mots :
par exemple, s'ils sont dits à quelqu'un, de quelqu'un
ou de toute autre façon; car le genre doit suivre l'es*
pèce. Ainsi ce qui est pour le double est aussi pour les
genres supérieurs : de même que le double est le double '
de quelque chose. Et pour la science , elle est aussi la
science de quelque chose, ainsi que ses genres, comme
la disposition et la possession. On peut objecter qu'il
n'en est pas toujours de cette façon ; car l'opposé et le
contraire sont opposés et contraires à quelque chose ,
tandis que l'autre, qui en est le genre, est non pas autre
à quelque chose, mais autre que quelque chose.: en effet
on dit que telle chose est autre que telle chose.
§ 1 1 . De plus , il faut voir si les relatifs exprimés
d'une façon égale dans les cas des mots, ne sont pas
également réciproques comme pour le double et le mul-
tiple; car chacun d'eux est dit le double, le multiple de
quelque chose, soit en eux-mêmes, dans leurs termes
réciproques. Ainsi la moitié et le sous-multiple sont dits
la moitié et le sous-multiple de quelque chose ; et de
S 10. Stratoo, au rapport d*Â- S 11. Un$ égaie rieiproeité, si
lexaadre, avait développé ce lieu et le terme réciproque n'exige pas le
en avait ajouté un autre qui s'en même cas, dont on prétend quMI
rapprochait. Alexandre ne dit pas est le réciproque, c'est qu*il n'est
si c'éuit dans un commentaire ou pas le genre de ce terme, ou que ce
dans un ouvrage original queStra- terme n'en est pas le genre : évi*
ton faisait cette addition. demment Ton s'est trompé.
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LIVRE IV, CHAPITRE IV. 141
même pour la science et pour la perception ; car elles
•sont la science et la perception de quelque chose , et
sont exprimées également dans leurs ternies réciproques ;
ainsi ce qui est su, ce qui est perçu, est su, est perçu par
quelqu^un. Si donc , il n y a pas pour Tun des termes
une égale réciprocité, il est clair que Tun n'est pas le
genre de l'autre.
§ la. De plus, il faut voir si le genre et l'espèce
.sont relatifs à un nombre égal de choses ; car l'un et
l'autre semblent devoir se dire également , et pour un
même nombre de choses, comme pour la donation et le
don; ainsi la donation est dite donation de quelqu*un
ou à quelqu'un , et le don est le don de quelqu'un et à
quelqu'un; le don est le genre de la donation, la dona-
tion étant un don irrévocable. Mais pour certaines
choses le. genre et l'espèce ne sont pas également éten-
dus; car le double est le double de quelque chose, mais
le surpassant et le plus grand sont surpassant quelque
chose et de quelque chose , plus grand est plus grand
que quelque chose et de quelque chose ; car tout ce qui
.surpasse et est plus grand surpasse quelque chose et de
quelque chose, et est plus grand que quelque chose et
de quelque chose. Donc , ces termes ne sont pas les
genres du double, puisqu'ils ne sont pas relatifs à au-
tant de choses que l'est l'espèce. Ou bien il n'est pas
vrai généralement de dire que le genre et l'espèce sont
relatifs dans une étendue égale.
§ i3. II faut voir encore si l'opposé est bien le genre
S IS. Sont rêlaiifi à un nombre itêndw égaU^ s*appllqaeiit k un
égiA de ehosee^ si le nombre des même ndmbre de relatifs,
cas est égal pour le genre et pour S 13. La eeienee e$t Ut f«rua-
Tespèce. — Simi relatifi dam une tian , Toici un passage formel où
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142 TOPIQUES.
(le l'opposé : par exemple , si le multiple est le genre
(lu double^ et si le sous-multiple l'est de la moitié; car
il faut que Topposë soit le genre de l'oppose. Si donc on
avance que la science est la sensation ^ il faudra aussi
que ce qui est su soit sensible^ mais œla n'est pas; car
tout ce qui est su n'est pas sensible , et il y a certaines
choses purement intellectuelles que l'on sait. Donc le
sensible* n'est pas le genre de ce qui est su , et fi*il ne
Pest pas , la sensation n^est pas non plus le genre de là
science.
$ i4- Puisque, parmi les relatifs, les uns sont oëoe»-
sairement dans les choses on da moins près des choseis
relativement amcqueHes ils sont dits : par exemple, la
disposition, la possession et la commensurabilité; car il
n'est pas possible que ces trois relatifs soient dans
d'autres dioses que dans celles dont ils sont les relatifs;
et comme d'autres relatifs au contraire ne sont pas né-
cessairement dans les choses dont ils sont les relatifs,
Aristote nie que U science et la
sensation ae confondant, n se pto-
nonce , rarement d*ane manière
aussi nette. Voir le dernier cha-
pitre des D$mii&f$ AnaiyUquêê, —
Tout ee gui €$t MU n'^t pat am-
fidto, c'est la théorie tout entière
de Théaetète.
§ U. AcêquêFâmâoUlaein^
naiêêanee de Tâme, ToUà Tacte de
conscience très-clairement indiqué.
— Ceitê même iekmoe pmt fin
Men être dans un otilins, Alexandre
INTopose ici une variante, quUl ne
parait pas d'ailleurs emprunter à
un manuscrit; U vaudrait mieux
dire 9 suivant lui: «Puisque cette
« même science (que l^&me ap»
« pUque à elle-même) peut fort
« bien aussi s'appliquer à une autre
« chose. » n est évident que c'est
là la vériuble pensée d'Aristote ;
les mots du texte» que J'ai fidèle-
ment traduits, peuvent donner
aussi ce sens en grec, comme le
commentateur l'observe ; mais il
n'en est pas tout à fait de même
dans notre tangue. — La mimoirû
0$t ia permantnc4 de la fcience,
ceci peut se rapporter à la défini-
tion que Platon donne de la mé-
moire, Pbédon, pag. aS7, trad. de
M. Cousin, ou peut-être à quel-
au*atttre définition encore.
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LIVRE IV, CHAPITRE IV. 143
mais y peuvent seulement être : par exempte , si l*âme
est une chose qu'on peut savoir, car il n'y a aucun ob-
stacle à ce que Tâme ait la connaissance d'elle-même :
mais cela n'est en rien nécessaire, puisque cette même
science peut fort bien être aussi dans une autre chose :
comme enfin d'autres relatifs ne peuvent absolument
point être dans les choses dont ils sont les relatifs; par
exemple, le contnûre n'est jamais dans 1? contraire, non
plus que la science dafis ce qui est su, à moins que ce
qui est su ne soit Tftroe même de l'homme : il s'ensuit
qu'il faut examiaer si l'adversaire a placé une chose qui
a cette qualité de relatif dans un genre qui n'a pas cette
qualité. Par exemple, si l'on a dit que la mémoire est
la permanence de la science; car toute permanence est
dans l'objet permanent et dans ce qui le conoemey de
sorte que la permanence de la science est dans la science,
et que la mémoire est dans la science, puisque c'est la
permanence de la scienoe; mais cela n'est pas poesible;
car toute mémoire est dans l'âme.
Du reste, ce heu qu'on vteni; de dire est commun
aussi à l'accident ; il n'y a pas de différence à dire que
la peimanence est le genre de la mémoire, ou de dire
que la permanence est un accident pour elle ; car de
quelque façon que la mémoire soit la permanence de la
science, oette même définition lui conviendra tou-
jours.
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144
TOPIQUES.
CHAPITRE V.
Douze autres lieux du genre.
§ I. De plus, si l'on a placé la faculté dans Pacte ou
l'acte dans la faculté, ce qu'on a pris pour genre n'est
pas véritablement genre : par exemple, si l'on a dit que
la sensation était un mouvement dans le corps; car la
sensation est une faculté : mais le mouvement est un
acte. Et de même, si l'on a dit que la mémoire est une
faculté susceptible de recevoir la perception ; car aucune
mémoire n'est faculté, elle est bien plutôt un acte.
§ a. On se trompe encore en plaçant la faculté dans
la puissance qui en est la suite : par exemple, si l'on dit
que la douceur est une réfréna tion de la colère, et que '
la justice et le courage sont la réfrénation de sentiments
cupides et craintifs; car il suffit alors d'être impassible
pour être courageux et doux : tandis que lliomme qui se
modère est celui qui est ému et ne se laisse pas entraî-
ner. Peut-être, du reste, cette puissance est-elle la suite
% \. Ce qu*on a pris pour genn
iCest pat vériîàhlêmêni genn^ 1*^
diUon de Berlin a omis tout ce mem-
bre de phrase que donnent toutes
les éditions, et elle n*a justifié cette
lacune par aucune autorité. Cette
phrase est presque indispensable,
si ce n*est pour la pensée générale
qui est claire , du moins gramma-
ticalement. — Car Ut iwuation est
une faculté t sensation est pris ici
dans Tacceptioa de sensibilité. —
Car amcummémoirs n*ôst faeukéf
il fout entendre mémoire dans le
sens de souTenlr.
S t. Enptaçani la fàeuUé dans
la puissance qui en est la suite,
c'est-à-dire en faisant la puissance
genre de la faculté. Voir, pour la
théorie du courage et de la douceur,
la Morale à Nicomaqne, Ht. 3, ch. 6,
etliv.i,ch.5.
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LIVRE IV, CHAPITRE V. 145
de l'un et de lautre état, de sorte que Thoinme maître
de soi, souffre, n'est pas entraîné, et sait résister. Mais
cela même n'est pas l'essence ici du courage et là de la
douceur; l'essence de l'un et de l'autre, c'est de ne pas se
laisser émouvoir par de telles passions.
§ 3. Parfois on prend la conséquence, quelle qu'elle
soit, pour le genre : par exemple , la douleur pour le
genre de la colère , et la perception pour celui de la
certitude. Il est bien vrai que toutes deux suivent d'une
certaine manière les espèces indiquées : mais aucune
d'elles cependant n'en est le genre. En effet l'homme en
colère ne s'est mis en colère qu'après que la douleur est
venue l'atteindre; et ce n'est pas la colère qui est cause
de la douleur, mais bien la douleur qui l'est de la co-
lère; donc, absolument parlant, la colère n'est pas la
douleur. Et par le même motif la certitude n'est pas là
perception ; car on peut bien avoir la même perception
sans avoir de certitude : mais cela ne se pourrait pas si
la certitude était une espèce de la perception. En effet il
n'est pas possible qu'une chose demeure la même si on
la change tout à fait d'espèce. Ainsi , ce même animal
ne saurait être tantôt homme et tantôt ne l'être pas.
Mais si l'on prétend que nécessairement celui qui per-
çoit a une certitude aussi, la perception et la certitude
seront prises comme égales, de sorte que de cette façon
encore il n'y aurait plus de genre ; car il faut que le
genre soit toujours plus large que l'espèce.
S 3. Les espèces indiquées , ou mais notre langue ne m'a pas offert
les genres, la colère , la certitude, d'équivalents plus exacts. — La
par exemple. — Douleur certi- perception et la certitude seront
tude^ Ces mois ne rendent pas par- prises comme égales, on les consl-
faitement la nuance du mot grec; dércra Tune et l'autre comme doux
IV. 10
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U6 TOPIQUES.
§ 4- Il faut voir encore si les deux ne peuvent pas
être naturellemenl dans un seul et même objet ; car là
où est l'espèce là est le genre : par exemple, là où est le
blanc, là aussi est la couleur; et là où est la grammaire,
là aussi est la science. Si donc on appelle la honte crainte,
et la colère douleur, il en résultera que l'espèce et le
genre ne sont pas dans le même objet; car la honte est
dans l'âme raisonnable, la crainte dans Time passionnée,
et la douleur dans l'âme concupiscible ; car c'est là
aussi qu'est le plaisir, tandit que la colère est dans la
partie passionnée. Donc, ce ne sont pas les vrais genres
qui ont été indiqués, puisqu'ils ne peuvent être naturel-
lement dans les mêmes objets que les espèces. Et de
même pour l'amitié, si on la place dans la partie concu-
piscible, elle cessera d'être un acte volontaire, tandis
que toute volonté est dans la partie raisonnable. Ce lieu,
du reste, est utile même aussi pour l'accident; car Tac-
cident et la chose à laquelle il appartient sont dans le
même objet, de sorte que s'ils ne paraissent pas y être,
il est évident que l'accident a été mal indiqué.
§ 5. On s'est encore trompé si l'espèce ne participe
genres égaai, d*étendiie parfaite- VanUtii ees$9ra dTêirê un acte wh
ment égale. Umialinj Voir pour la théorie de
ii.SiUs deux, genre et espèce, ramitié» les liv. 8 et 9 de la Morale
-^Làoùettrespêeêlàest le genre, à Nlcomaqne.— SofUdatw le mime
ce qui reçoit Tespèce reçoit aussi oèjei, sont compris dans le même
le genre, undis que la réciproque genre, ^accident, en effet, suit
n'est pas vraie. Le genre peut se toigours le sujet dans lequel il est
passer d*une espèce : Tespèce ne 8 5. Mai$ U ne Vest pae dam
peut jamais se passer du genre. — eon âme, L'&me n'est ni sensible ni
Et dans Vâme raiêonnoMe, c*est- visible ; par conséquent elle est im-
à-dire la partie raisonnable de matérielle. C*est toute la doctrine
r&me. Voir le Traité de Tàme, platonicienne, dans le Pbédon, la
liv. 8, ch. 9 , page isa, a, S5. — Eépublique, les Lois, le Timée.
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LIVRE IV, CHAPITRE V. 147
cpi'eii partie au genre indique ; car le genre ne parait
pas pouvoir être possédé en partie par l'espèce. Ainsi,
l'homme n'est pas animal en partie, la grammaire n'est
pas science en partie : et de même pour le reste. Il faut
donc examiner si le genre n'est pas possédé en partie
seulement par quelques termes. Et, par exemple, si l'on
dit que l'animal est at qui est senti ou ce qui est vu ;
car l'animal est bien en partie sensible et visible, et c'est
dans son corps qu'il est sensible et visible ; mais il ne
l'est pas dans son âme. Donc, le sensible et le visible ne
sauraient être les genres de l'animal.
§ 6. On ne s'apwçoit pas non plus quelquefois qu'on
place le tûut dan^ la partie, comme lorsqu'on appelle
l'animal un oorps animé; mais la partie ne peut point
être attribuée au tout. Donc le corps ne saurait être le
genre de Timimal, puisqu'il en est une partie.
§ 7. Il faut voir encore si l'adversaire n'a point placé
dans la puissance etdansle possible, quelque chose qui
8 s. Un eorp$ animiy U tkui en-
tendre id le mot corps dans un sens
iQftreint et limité , et non point,
oonune on le bit d*ordi|iaire , dans
le sens général ; car alors, le oorps
animé serait le genre d*animal. Le
corps est dit de Tune des deox par-
ties qai composent Tanimal entier,
le oorps et TSme.
prendn ou à /Vi<r,Toute puissance
tend tonjours an bien, emporte tou-
jours avec elle Tidée du bien ; il ne
fiiut donc Jamais y supposer le mal.
— Sophiste celui qui peut tirer un
lucre de êa sagesse apparente; au
lieu de toute cette phrase, Tédilion
de Berlin en donne une plus concise
et moins nette : « Par exemple ( si
« Ton a appelé) sophiste, ou calom-
« niateur, ou Tolenr, celui qui peut
« dérober les biens d'autrni ou qui
« peut calomnier ou faire le so-
ft pbiste.» Cette leçon, qu*avait déjà
donnée Tédition d*Isingriniu8, en
marge, ne me parait pas aussi bonne
que la leçon vulgaire. Eli* est sans
doute autorisée par des manuscrils
que rédition de Berlin attrait dû
citer. — On fC appelle méchants qu»
ceux qui U sont volontairemdSU^
C*est le principe de Socrate et de
Pbton. Voir aussi la Morale à NI*
comaque, liv. 8, cb. 5. — Ils pet^
vent faire U mal, mais en fait ils
ne le font jamais.
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148 TOPIQUES,
soit à reprendre ou à fuir ; par exemple, s'il a appelé so*
phiste celui qui peut tirer un lucre de sa sagesse appa-
rente, ou calomniateur celui qui peut calomnier en se*
cret et semer la haine entre lesamis, ou voleur celui qui
peut voler les choses d'autrui. En effet, aucun de ces
gens n'est qualifié de ce nom uniquement parce qu'il
peut être teL Dieu et l'homme wrtueux peuvent aussi
malfaire, mais ne sont pas tels cependant; car on n'ap-
pelle méchants que ceux qui le sont volontnrement.
C'est que toute puissance est chose à désirer : les puis»
sauces même du mal sont désirables aussi, et voilà
pourquoi nous disons que Dieu et l'homme vertueux
les possèdent ; car ils privent faire le mal. Ainsi donc,
la puissance ne saurait être le genre de rien de blâr
mable ; sinon, il en résulterait que quelque chose de blâp
mable serait à désirer, et que certaine puissance serait
blâmable.
$ 8. Il faut aussi voir si l'adversaire n'a pas donné
comme puissance ou possible, ou simplement comme
pouvant produire quelque chose, une des choses pré-
cieuses ou désirables en soi; car toute puissance, tout
possible, toute chose qui agit, n'est désirable qu'en vue
d'une autre chose.
§ 9. Ou bien si l'adversaire a placé dans un seul
genre une chose qui est dans deux ou plusieurs genres;
car il y a certaines choses qu'on ne saurait placer dans
un seul genre; par exemple, le menteur et le calomnia-
teur. En effet, l'intention avec ht puissance ou la puis-
sance sans l'intention ne suffisent point pour faire ni le
S 9. La puissance sans Vintet^ maque, Ut. 8 , la théorie de la vo-
tiont Voir dans la Morale à Nioo- lonté morale.
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LIVRE IV, CHAPITRE V. 149
menteur ni le calomniateur; il n'y a de menteur et de
calomniateur que celui qui réunit les deux choses. Donc,
il ne faut pas placer les deux choses indiquées ici dans
un seul genre, il faut les mettre dans deux genres.
§ lo. Quelquefois aussi on donne réciproquement le
genre pour la différence et la différence pour le genre ;
par exemple, la stupéfaction pour un excès d'admira-
tion, et la certitude pour une violence de conception.
'Mais ni l'excès ni la violence ne sont le genre : ce n'est
que la différence; car la stupéfaction parait être une
admiration excessive , et la certitude une conception
violente. Donc, l'admiration et la conception sont le
genre, comme l'excès et la violence sont la différence.
De plus, si Ton prenait l'excès ou la violence pour genres,
les choses inanimées elles-mêmes éprouveraient certi-
tude et stupéfaction. En effet, la violence de chaque
chose et l'excès sont à ce dont ils sont l'excès et la vio-
lence. Si donc la stupéfaction est un excès d'admira-
tion, la stupéfaction sera k l'admiration, de sorte que
ladmiration sera stupéfaite :et de même la certitude sera
k la conception, s'il y a une violence de conception, de
sorte que la conception aura la certitude. 11 arrivera
encore, si l'on prétend qu'il en est ainsi, que la vio-
lence est violente, que l'excès est excessif; car il y a une
certitude violente. Si donc la certitude est violence, la
violence sera violente. Et de même aussi il y a une stu-
péfaction excessive t si donc la stupéfaction est excès,
il y aurait un excès excessif. Mais ni Tune ni l'autre de
ces choses ne semble vraie, de même que le mouvement
n'est pas le mobile, non plus que la science n'est ce qui
est su.
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150 TOPIQUES.
§ 1 1 . On se trompe encore en plaçant la modifica-
tion dans le genre même qui est modifie : par exemple,
quand on dit que l'immortalitë est une existence éter-
nelle ; car Timmortalitë paraît être une modification ou
une circonstance de Texistence. Mais évidemment l'as-
sertion précédente ne deviendrait vraie que si Ton ac*
cordait que de mortel on peut devenir immortel; car
personne ne dirait alors qu'il prend une autre existence,
mais seulement qu'à cette même existence il arrive quel-
que modification ou quelque circonstance nouvelle. Donc
l'existence n'est pas le genre de l'immortalité.
§ 3. En outre, on se trompe si Ton dit que le genre
de la modification est l'objet même dont il y a modi*
fication : par exemple, si l'on dit que le vent c'est l'air
agité ; car le vent est plutôt l'agitation de l'air. C'est en
effet toujours le même air, soit qu'il soit agité, soit qu'il
reste en repos. Donc, absolument parlant, le vent n'est
pas l'air; car alors il y aurait vent même quand l'air ne
serait pas agité, puisque le même air subsiste qui tout
à l'heure était le vent. Et de même pour toutes les
autres erreurs de ce genre. Mais si, dans l'exemple pré-
cédent, on peut accorder que le vent soit de l'air agité,
il ne faudrait pas admettre des assertions de ce genre
pour toutes les choses dans lesqueQes le genre indiqué
n'est pas le véritable ; on ne pourrait les admettre que
pour le cas oii le genre donné est attribué avec vérité.
§ 11. De mortel on peut devenir Vair agité fi'esipeuléVpeVopmion
immortel, Ce&i cette même impus- d*un philosophe antérieur que cri-
sibillté qui a dicté à Platon la tique ici Aristole, ou simplement
. théorie de rétemité de r&me. Voir aussi l*opinion vulgaire qui explique
le Phèdre et le Timée. ainsi le vent. La première supposi-
8 IS. Si ron dit que le vont est tion est la plus probable.
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LIVBE IV, CHAPITRE VI. 151
En effet, dans quelques cas, ce genre ne semble pas être
vrai; par exemple, pour la boue et la neige : on peut
dire que la neige est de l'eau coagulée, et que la boue
est de la terre mêlée àFliumide; mais la neige n'est pas
de l'eau et la boue n'est pas de la terre; donc, ni l'un ni
l'autre des genres indiqués ne sont vraiment genres;
car il faut que le genre soit toujours vrai pour toutes les
espèces. Et de même on ne peut dire que le vin soit de
l'eau tournée, comme Empédocle prétendait que c'était
« de l'eau tournée dans le bois : » c'est qu'absolument
parlant, le vin n'est pas de l'eau.
CHAPITRE VI.
Dix-^pt autres lieux du genre^ neuf pour réfuter^ et huit
pour établir la thèse. — Fin des lieux du genre.
§ I. De plus, il faut voir si ce qui est donné comme
genre n'est absolument le genre de rien; car il est clair
alors qu'il n'est point non plus le genre de ce dont il
s'agit. U faut remarquer aussi que les choses participant
S 13^ irais la wigê n'est pas de
reauy absolument parlant : c*est de
Teaa modittée de oerlaîne manière.
— De l'eau tournée, ou bien aigrie.
§ t. Les choses participant au
genre donnij 11 est clair qu*il s*agit
ici des individus, et il yaudrait
mieux dire : participant à l'espèce
donnée. — Ne doivent différer en
rien spécifiquement , parce que ce
sont des individus. -^Par exemple^
les choses blanches^ Prises indivi-
duellement et une à une, elles sont
toutes de la même espèce. — Or^
les espèces de tout genre sont diffé-
rentes , et par conséquent les indi-
vidus semblables entre eux oe sont
pas des espèces : l*e$pèce à laquelle
on les rapporte n*est pas genre. —
Donc le hlane ne serait le genre de
rien , ce n*est qu'une espèce de la
couleur et non point un genre.
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152 TOPIQUES,
au genre donné ne doivent différer en rien spécifique-
ment; par exemple, les choses blanches : entre elles il
ne peut y en avoir une qui diffère en espèce; or les
espèces de tout genre sont différentes; donc le blanc
ne serait le genre de rien.
§ a. En outre, l'adversaire s'est trompé s'il a pris
pour genre ou différence un attribut commun à tout;
car il y a plusieurs attributs qui appartiennent à tout :
ainsi Tétre et Funité sont des attributs qui suivent
toutes choses. Si donc on a donné Tétre comme genre,
il est clair que ce serait le genre de tout, puisqu'il est
attribué à tout ; mais le genre n'est attribué uniquement
qu'aux espèces; donc, l'un lui-même serait une espèce
de l'être. U en résulterait alors que l'espèce serait at-
tribuée à toutes les choses auxquelles le genre est attri-
bué, l'être et l'unité étant absolument attribués à tout,
tandis qu'il faut toujours que l'espèce soit attribuée
moins largement que le genre. Si l'on a pris pour diffé-
rence un attribut qui appartient à tout , il est évident
que U différence sera ou égale ou plus large que le
genre ; car si le genre est un des attributs qui appar-
tiennent à tout, la différence lui est égale; et si le genre
n'est pas un attribut applicable à tout, la différence est
prise plus largement que lui.
§ 3. En outre , il faut voir si le genre indiqué est
placé dans l'espèce subordonnée, comme le blanc pour
S s. N*e$t attribué uniquement lui puisqiron le lui subordonne. —
qu^aux ^$péce$ qui le composent. Comme le blanc pour la neige. Le
S 3. Ett placé dans l'espèce m- blanc est dans la neige comme dans
bordonnée^ fait partie comme qua- son sujet : il ne peut donc en être
lité du sujet auquel on Tisipplique le genre ; car le genre est toujours
et qa*on prétend moins large que {dus large que le sujet qui le reçoit
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LIVRE IV, CHAPITRE VI. 153
la neige; car alors il est clair que ce n'est pas le genre
véritable, le genre ne pouvant être que l'attribut de
l'espèce subordonnée.
§ 4- Il f^u^ ^oi^ encore si le genre n'est pas syno-
nyme à l'espèce ; car le genre est attribué synonymique-
ment à toutes les espèces.
5. Il faut voir si lorsqu'il y a un contraire au genre
et à l'espèce, on n'a point placé le meilleur des con-
traires dans le genre pire; car il faudra que le terme
restant soit dans le genre restant, puisque les contraires
sont dans des genres contraires : et ainsi le meilleur sera
dans le pire, et le pire dans le meilleur, tandis que le
genre meilleur paraît devoir appartenir aussi au meil-
leur. § 6. L'adversaire s'est trompé si un même objet,
étant dans un rapport pareil avec deux autres , il l'a
placé dans le pire et non dand le meilleur: si, par
exemple, il a dit que Tâme est essentiellement un mol^
vement ou un mobile; l'âme est en effet également sus-
ceptible de repos et de mouvement : et si le repos est
meilleur, il fallait placer le genre de Tâme dans le
repos.
§ 7. Puis aussi, on peut tirer des arguments du plus
et du moins, quand on réfute, si le genre reçoit le plus
8 4. Bitaitribuétynùwymique' à Tespèce meilleare.
mêwty Voir les CaiigoHe$^ ch. 1, 8 6. Ufa plaeé dam te jdr^ , ii
8 a et sai?. en a fait une espèce du pire.
8 5. 5<, ICTiçuHl y a imcoM- 8 7. Quand <m ré fuie^ Vins loin,
traire au genre et à reepéee , il y 8 ^ > >1 indiquera les lieux qu*on
a donc ici quatre termes : deux peut tirer du plus et du moins,
genres contraires, deux espèces quand on établit la thèse, au lieu
contraires. — Le meWewr des eon- de la réfuter. ^Soit^ qui $'y rap-
traêrei relatife aux espèces. — D0- porte , les individus dénommés
voir appartenir aueei au meiUeur^ diaprés Tespèce.
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t54 TOPIQUES,
et que l'espèce ne le reçoive pas, soit elle-mêine, soit ce
qui s'y rapporte: par exemple, si la vertu reçoit le plus,
la justice et le juste le recevront aussi; car tel homme
est dit plus juste que tel autre. Si donc le genre donné
reçoit le plus et que l'espèce ne le reçoive, ni elle-même
ni ce qui s'y rapporte, c'est que le terme désigné n'est
pas le genre véritable.
§ 8. En outre, si ce qui paraît être plus ou également
n'est pas le genre, il est clair que le terme qui a été in-
diqué ne lest pas non plus. Ce lieu est utile surtout dans
les cas oïl les attributs essentiels de l'espèce sont plu-
sieurs , et qu'on n'a pas déterminé nettement et qu'on ne
peut pas dire quel est le genre véritable : par exemple,
la douleur et le sentiment du mépris paraissent être
essentiiUement attribuées à la colère; car l'homme cour-
roucé a de la douleur et croit être méprisé. § 9. La
même considénation est applicable si l'on. compare
quelqu'autre espèce à l'espèce ; car si ce qui parait être
plus ou également dans le genre donné n'est pas dans
le genre, il est clair que l'espèce donnée n'est absolu-
ment pas non plus dans le genre.
$10. Il faut donc, quand on réfute, procéder comme
on vient de le dire.
§ T I . Mais quand on établit la proposition , si le
%S. Si e$ qui paraît être plu$ 8 9. QuOqu'auire 9$p^ à Vu*
ou égaUmMt doaé d^une certaine pèeê en discussion.— Piiw ou igor
qualité qu'on auribue au sojet en UmmU dan$ U gwre : être plus ou
discussion. — La douleur 0I le $$9^ également espèce. — Ifêst absolu-
timêfU du mépris ; de ces deux at- mont pas non plus dans le genre ,
tributs, quel est celui qui est le n*est pas espèce,
genre véritable de la colère? C*est d H. Ce lieu n*est pas applieahle^
ce qui n*est pas déterminé ; c'est Ainsi , de ce qu'un genre et une
ce qu'il n'est pas Cacile de dire. espèce reçoivent le plus et sont sus-
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LIVRE IV, CHAPITRE VI. 155
genre et l'espèce donnes admettent le plus, ce lieu n'est
pas applicable; car si tous deux le reçoivent, rien u'em-
pèche que Fun ne soit pas ie genre de l'autre. Ainsi, le
beau et le blanc reçoivent le plus, et cependant l'un
n'est pas le genre de l'autre. $ la. Mais la comparaison
des genres et des espèces entre elles est utile; ainsi, du
moment que telle chose et telle autre sont également
genres, si l'une est genre, l'autre le sera aussi. Et de
même s'il s'agit de plus et de moins : par exemple, si la
force est plus le genre de la modération que la vertu,
et que la vertu soit genre, la force le sera aussi. § 1 3.
On pourra dire encore la même chose pour l'espèce ;
car si telle chose et telle autre chose sont également
l'espèce de la chose proposée, du moment que l'une est
espèce, l'autre aussi le sera : et si ce qui paraît être moins,
est espèce, le plus le sera aussi.
$ i4* Il faut voir encore, quand on élabUt la propo-
sition, si le genre est attribué essentiellement aux
choses pour lesquelles il est indiqué, quand l'espèce in-
oeplibles d'aocrolssement, il ne
8*eii8iiit pas que ce genre soit vrai-
ment le genre de cette espèce.
S iS. S'a tTagU âê pitw «I da
ffioitu, Un seul exemple suffit pour
les deax cas, puisque plus et moins
sont toigours relatifs l*un à Tantre.
% 18. la plH9 la nra auitij et
à plus forte raison, puisque témoins
est espèce.
% U. fTêêt pas unie dans la
thèse discutée. -^Hêêt eUHr alon,
si le genre est attribué essentielle-
ment à tous les sujets de la propo-
sition.—5< pour ie» autres aâpéoaa,
qui ae sont point indiquéesdaas la
discussion.— JBlfiMfMiraofM^^rtianl
on devra reconnaître pour genre^
L'édition de Berlin ne donne pas
cette phrase, qui complète bien la
pensée, mais qui manque aussi dans
plusieurs éditions. L'édition de
fieriin ne cite d'ailleurs aucun ma-
nuscrit ; elle ne rappelle pas non
plus la variante que plusieurs édi-
tions présentent pour le membre
de phrase précédent. Au li«u de :
U arrimera qu'Usera attrihuét elles
disent: H arrivera que le même
terme sera attribue. Les deux le-
çons sont également bonnes ; on
peut les adopter indifléremment»
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156 TOPIQUES.
diquée li'est pas seule, mais qu'il y en a plusieurs et de
difTéreutes : il est clair alors que c est bien le geare qui
a été indique. Mais s'il n'y a qu'une seule espèce de
donnée, il faut voir si pour les autres espèces le genre
est attribué essentiellement ; car alors il arrivera qu'il
sera attribué et à plusieurs choses et à des choses dif-
férentes, et que par conséquent on devra le reconnaître
pour genre. § 1 5. Puisque quelques-uns croient aussi
que la différence est attribuée aux espèces essentielle-
ment, il faut séparer le genre de la différence en se ser^
vant des procédés indiqués plus haut; d'abord parce
que le genre est toujours plus large que la différence;
ensuite parce qu'il vaut mieux prendre le genre que la
différence dans la définition essentielle; car si Ton dit
que l'homme est animal, on montre par là plus ce qu'est
l'homme qu'en disant qu'il est terrestre; et enfin par-
ce que la différence exprime toujours la qualité du
genre, et que le genre n'exprime pas celle de la diffé-
rence: car lorsqu'on dit terrestre, on désigne un animal
qui a telle qualité, tandis que quand on dit animal, on
ne désigne pas un certain être terrestre. C'est donc
ainsi qu'il faut séparer la différence du genre.
§ 16. Puis donc que le musicien , en tant que musi-
% 15. Puiiquê quelques - uni $ 16. Puiêquê le mi«Jfei«n, Le
eraiem au$H^ Ceci indique que les texte dit d'une manière plus c^né-
théories exposées dans les Tajfiqueê raie : Le miMicol» -^ et que la mu-
et les Catégories ttouvaient des eique parait être une teiênee. Ce
contradicteurs. — (^<ad4f(^r0fic« lieu consiste à passer, comme le
est attribuée aux espèces essentiel- disent les scbolasliques, du concret
lement, tout comme le genre, opi- à Tabstrait : si le musicien est un
nion que combat Aristole. — Indi- savant, on peut en conclure que la
qués plus haut , dans ce même musique est une science. — Est ee
livre, cil. a, S 10. qu*est la certitude^ est eseentielle-
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LIVRE IV, CHAPITRE VL 157
cicien, parait être savant, et que la musique paraît être
une science; et puisque, si ce qui marche se meut par le
marcher, la marche est une sorte de mouvement, il faut
voir dans quel genre on veut établir la proposition , de
la manière suivante : par exemple, si l'on veut prou-
ver que la science est ce qu'est la certitude, il faut voir
si celui qui sait, en tant qu'il sait, est certain ; car il est
clair alors que la science est une sorte de certitude. Et
il en est de même pour tous les cas analogues.
§ 17. Et en outre, comme il est bien difficile quand
une chose en suit toujours une autre sans lui être réci-
proque, de ne pas k considérer comme son genre, il
faut, lorsque telle chose suit telle autre toute entière,
sans que cette autre suive la première toute entière;
comme par exemple, le repos suit le calme de l'air, et le
divisible suit le nombre, sans que l'inverse soit vrai,
puisque tout divisible n'est pas nombre, et que tout repos
n'est pas le calme dans l'air ;k il faut, dis-je, quand on
argumente soi-même, admettre que le terme qui suit
toujours est genre, quand l'autre ne lui est pas réci-
proque. § 1 8. Mais lorsqu'un adversaire veut procéder
ainsi, on ne doit pas y acquiescer dans tous les cas; et
l'objection qu'on peut lui faire, c'est que le non-être
suit tout ce qui naît , car ce qui naît n'est pas , mais ne
lui n'est pas réciproque, puisque tout non-être ne naît
pas : et que par conséquent le non-être n'est pas le
meot U certitude. L'eiposition % Vï, Sans M être réciproque ,
d^Aristote, dans ce S , est un peu sans avoir une étendue égale , c*esl-
embarrassée , comme Ta remarqué à-dire, en ayant une étendue plus
Alexandre , qui propose une va- grande ou plus petite suivant les di-
riante pour éclaircir le texte. vers cas.
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158 TOPIQUES-
genre de ce qui naît; car, absolument parlant, le non-
être n'a pas d'espèces.
§ 19. Il faut donc traiter le genre ainsi qu'on vient
de le dire.
S 19. Aimi gu'im PimU dé U d<ri9,daiistoat ce i« Une.
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TOPIQUES.
LIVRE CINQUIEME.
LIEUX COMMUNS DU PROPRE.
CHAPITRE PREMIER.
Quatre espèces de propre, ou absolu et perpétuel, ou relatif
et transitoire. — Ces diverses espèces de propres sont plus
ou moins fieiyorables % la discussion.
§ I. Quant à savoir si le terme indiqué est propre ou
s'il ne Test pas, voici comment on peut le reconnaître :
§ 2. Le propre peut être donné ou en soi et toujours,
ou relativement à une autre chose et pour un certain
temps. Par exemple, en soi, le propre de Thomme c'est
d'être un animal naturellement doux; relativement à un
autre, le propre de l'homme serait donné par la corn-
et. Site termeindiqui est ffropre, se subdiviserait en deux, on bien
Le propre est la deuxième question quatre espèces. Cette division est
dialectique. Voir liv. 1 , ch. 5 , $ 5. d'ailleurs indifférente, la pensée est
S 1. Ou en soi et toujours,.. On parfaitement claire. — L'âme est
peut reconnaître ici deux espèces faite pour commander; théorie
principales dn propre dont chacune platonicienne.
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160 TOPIQUES.
paraison de Tâme au corps, parce que rame est faite
pour commander et le corps pour obëir. Le propre qui
est togjoursy c'est, par exemple, en parlant de Dieu, de
dire qu'il est immortel. Et le propre pour un certain
temps, c'est, par exemple, pour tel homme, de dire
qu'il se promène dans le gymnase.
§ 3. Le propre donné relativement à une autre chose
peut former ou deux questions ou quatre questions. Si
une même chose est affirmée d'une chose et aussi d'une
autre, il n'y a là que deux questions : ainsi, le propre de
l'homme relativement au cheval, c'est d'être bipède ;
car on pourrait soutenir, et que l'homme n'est pas bi-
pède, et que le cheval est bipède : et l'on détruirait le
propre donné, de ces deux façons. Mais si l'on affirme
et si l'on nie l'un et l'autre de l'un et de l'autre, il y
aura quatre questions : ainsi, le propre de l'homme re*
lativement au cheval, c'est que l'un est bipède et l'autre
quadrupède. Or on peut essayer de soutenir que
l'homme n'est pas naturellement bipède, mais qu'il est
quadrupède; et il est possible aussi de soutenir que le
cheval est bipède et qu'il n'est pas quadrupède; et
quelle que soit celle de ces propositions qu'on prouve,
on renverse la proposition avancée.
§ 4« Le propre en soi est ce qui est donné au sujet
%Z, Le propre rélativ9ment à pas. Biais on peut Toirqa*à lafin de
une aiUre chose, Non plus en soi, ce paragraphe, Aristote revient, et
mais comparativement à une chose pour la pensée et pour Feipression
ou à un être différent. même, à ce qu'il a déjà dit dans le
5 4. Il explique dans ce paragraphe second.^Ce«t de se promener dans
les quatre espèces dé propre qu'il a la place publique , plus haut il a dit :
données dans le g 3 ; il y a peut-être C*est de se promener dans le gym-
euiciquelquedéplacement: lescom- nase. On pourrait sans inconvénient
meniaieurs, du reste, n'en parlent mettre le S i après le 5 S, et le § 3
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LIVRE V, CHAPITRE I. 161
quand on le compare à tout le reste et qui le sépare de
tout le reste. Ainsi, pour riiomme, animal mortel ca-
pable de science est le propre en soi. Le propre relative*
ment à une autre chose, c'est ce qui ne sépare pas le su-
jet de tout, mais le sépare de quelque chose de 'spécial;
ainsi, le propre de la vertu relativement à la science,
c'est que l'une est dans plusieurs parties de l'âme, et
que l'autre est par sa nature dans la partie raisonnable
uniquement et dans les êtres qui ont de la raison. Le
propre qui est toujours, est celui qui est vrai en tout
temps et ne défaillit jamais: ainsi, pour l'animal, c'est
d'être composé d'âme et de corps. Le propre , pour un
certain temps , est celui qui est vrai dans un certain
moment, mais qui n'est pas toujours une conséquence
nécessaire du sujet : ainsi, pour tel homme, c'est de se
promener dans la place publique.
§ 5. Donner le propre relatif, c'est dire la diffé-
rence qui est ou dans tous les sujets et toujours, ou le
plus souvent et dans la plupart des sujets: par exemple,
un propre relatif qui est dans tous les sujets et toujours,
c*est pour l'homme relativement au cheval d'être bi- .
pède ; car l'homme est toujours bipède, et tout homme
est bipède, et aucun cheval n'est jamais bipède. Le
propre qui est le plus habituellement et dans la plu-
part des sujets, c'est, par exemple, le propre de la par-
après le 5 i.- Cette interversion 8&- d^ailleurs que cette division appar-
raitd'aotant plus justifiée, quedans tient à Platon. Voir la République,
le S 5 il revient au propre relatif. liv. 9, p. 805 et passim, traduct. de
% 5. La partie raisonnable f.*.. M. Cousin. Voir aussi la fameuse
la partie irascible^ la partie con- comparaison des trois êtres dont
eupitcible^ Voir le Traité de Tàme, l'homme est composé , dans la Ré-
liv. 3, ch. 9 , p. iSS , a , iS. On s^t publique, liv. 9, p. SM et suiv.
IV. «I
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162 TOPIQUES,
tie raisonnable de l'âme de commander à la partie con*
cupiscible et irascible ; Tun ordonne et Tautre obéit :
c'est qu'en effet la partie raisonnable ne commande pas
toujours, mais quelquefois est commandée; et que la
partie concupiscible et irascible n'est pas toujours corn-
mandée, mais quelquefois commande, quand l'âme de
l'homme est pervertie.
§ 6. Parmi les propres, les plus logiques sont /es pro-
près en soi, ceux qui sont toujours et les propres relatifs.
Le propre relatif renferme plusieurs questions, ainsi que
nous l'avons dit plus haut ; car il forme de toute nécessité
ou deux ou quatre questions. C'est donc cette espèce
de propre qiii fournit je plus de. questions. Quant au
propre en soi et à celui qui est. toujours, il peut ^tre com-
paré à plusieurs choses ou être recherché dans plusieurs
temps. Ainsi, le propre qui est en soi peut être com-
paré à plusieurs choses ; car il faut que le propre soit
au sujet comparé à toutes les autres choses ; de sorte que
si le sujet n'est pas isolé relativement à tout, c'est que le
propre n'a pas été bien attribué. Pour le propre qui
est toujours, on peut le chercher dans plusieurs temps ;
et s'il n'est pas, s'il n'a pas été, s'il ne doit pas être, c'est
qu'il n'est pas le propre. Quant au propre qui n'est que
pour un certain temps, nous ne le cherchons dans au-
cun autre moment de la durée que celui dont il s'agit
maintenant. Il n'y a donc pas pour ce propre beaucoup
§ 6. Les plus logiqties^ Ceux qui bord la fin même de oeft* TEssai sur
peuvent fournir le plus de lieux la Métaphysique de M. Eavaisson ,
communs, d'arguments, elles meil- tom. 1, p. 247, et mon mémoire
leurs. — Les propres en soi,,.. Le sur la Logique, tom. 1 , pag. 60 et
.moins logique est le propre tempo^ 65. — Nous Vavons dit plus hauij
raire. Voir, sur le root logique, d*a- dans ce chapitre, g 3.
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LIVRE V, CHAPITRE II. 163
de raisonnements possibles; or, une question vraiment
logique est celle où les raisonnements peuvent être nom-
breux et forts.
§ 7. Le propre que j'appelle relatif doit donc être
traité par les lieux indiqués pour l'accident, et l'on doit
voir s'il est à tel sujet, tandis qu'il n'est pas à tel autre.
Quant aux propres qui sont perpétuels et aux propres
en soi , il faut procéder comme on va dire.
CHAPITRE II.
Huit lieux du propre, qui peut être bien ou mal donné.
$ I . D'abord, i! faut examiner si le propre a été bien
ou mal donné. § a. Pour savoir s'il a été bien ou mal
donné, on peut se demander en premier lieu, si le propre
a été expliqué par des termes qui ne sont pas plus con-
nus ou qui sont plus connus. Quand on réfute, il faut
regarder aux termes qui ne sont pas plus connus; et si
l'on établit la proposition, il faut au contraire regarder
aux teiTues qui sont plus connus.
§ 3. On peut n'avoir pas procédé par des termes
% 7. Par le$ li9uœ ind4quéi pour 5 9. Atus t^rmei qui n$ iontpoi
Vaccident dans le second et le troi- plus connue , Car alors on pourra
sième livres. Voir aussi \\w. 1, ch. 5, repousser Texplication du propre
5 11. comme moins claire qae ie sujet
% i. Si le propre a été hien ou lui-même. — Aux termes qui sont
mal donné. Il examinera plus tard, plus connus , Car alors on pourra
ch. i et suivants, si le terme donné soutenir que TeipUcadon donnée
pour propre est ou n'est pas réel- est bien exacte.
lement nn propre. S 8. Et c*ett pour sHnstruir€t etc.
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164 TOPIQUES,
plus couDus, d'abord si le propre que l'on donae est
absolument plus inconnu que la chose dont il est donne
pour le propre: alors le propre n'aura pas été bien donné;
car on ne donne le propre que pour faire connaître
mieux les choses; et c'est pour s'instruire qu'on fait des
propres et des définitions. Ainsi donc, il faut procéder
ici par des termes plus connus ; car de cette façon on
pourra plus pertinemment comprendre. Par exemple, si
Ton dit que le propre du feu c'est d'être ce qui res^
semble le plus àl'âme, comme on se sert de l'âme qui est
beaucoup moins connue que le feu, car nous savons plutôt
ce qu'est le feu que nous ne savons ce qu'est l'âme , il
s'en suit que cette similitude du feu à Tâme ne saurait
être un propre bien donné. § 4* ^^ second lieu, on
s'est trompé si l'attribution du propre au sujet n'est
pas aussi plus connue que lui. C'est qu'il ne faut pas seu-
lement que le propre soit plus connu que la chose, mais
il faut que l'attribution du propre à cette chose soit
aussi plus connue; car si l'on ne sait pas que le pi*opre
est à telle chose , on ne saura pas non plus s'il est à
cette chose seule, de sorte que dans l'un et l'autre cas
le propre n'est pas parfaitement clair. Par exemple,
Sédition de Berlin n^admet pas et qu'il ait de plus Tavantage de la
cette phrase dans le texte, bien que concision. — iVotM savons plut&t
toutes les éditions Ty conservent; ee qu'est le feu^ Ceci est fort con-
mais elle la cite dans les varian- testable.
tes sur Tautorité d'un manuscrit. 5 i. Quand an dii que le propre
La leçon qu'elle donne présente de du feu^ n s'agit ici du feu intérieur,
plus une légère modiUcation : « Et de la chaleur interne qui est dans
« c'est pour s*instriiire quede même l'homme la condition indispensable
« qu'on fait la déflnition, on fait de la vie. — > Plus connu dans l*un
« aussi le propre. » J'ai cru devoir et Vautre sens, il entend parler ici
garder le texte vulgaire, bien que des deux sens indiqués dans le S
l'antre soit aussi trës-acceplable , précédent et dans celui-ci.
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LIVRE V, CHAPITRE U. 165
c^iiand on dit que le propre du feu c'esl d*être Télénient
primitif dans lequel est naturellement 1 ame, on se sert
d'une notion moins connue que le feu lui-même, à sa-
voir que l'âme a été en lui et a été primitivement. Ainsi,
le propre du feu n'est pas bien donné, si Ton dit que c'est
le principe dans lequel naturellement l'âme a d'abord
été. Quand on établit la thèse, il faut voir si le propre
est donné dans des termes plus connus et par des termes
plus connus dans l'un et l'autre sens; car c'est ainsi que
le propre sera bien donné relativement au terme en
question. En effet, parmi les lieux qui établissent que le
propre est bien donné, les uns montrent qu'il l'est bien
pour telle chose seulement, les autres montrent aussi
qu'il l'est bien en général. Par exemple, quand on dit
que le propre de l'animal c'est d'avoir la sensation, on
donne le propre en termes plus connus, et on donne
un propre plus connu dans les deux sens : ainsi le
propre de l'animal aura donc été bien donné relative-
ment à cette qualité d'avoir la sensation.
§ 5. Quand l'on réfute, il faut voir si l'un des mots
donnés dans l'explication du propre a plusieurs signi-
fications, ou bien si la phrase toute entière a plusieurs
sens ; car alors le propre n'est pas bien donné. Par
exemple, puisque sentir a plusieurs significations, l'une
avoir la sensation, l'autre se servir de la sensation, on
ne peut pas donner pour propre de l'animal, être orga-
nisé naturellement pour sentir. Voilà pourquoi il ne
faut se servir pour le propre, ni d'un mot à plusieurs
sens, ni d'une définition qui en ait aussi plusieurs, parce
5 5. Ov bien H la phra$e tout eisément en grec, amphibolie; Té-
eiUiêre, C'est ce qu'on appelle pré- quivoque n'esl relative qu'à un mot.
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166 TOPIQUES.
que le mot à plusieurs sens obscurcit ce qu'on dit,
et qu'on ne sait pas, quand on va discuter, lequel des
difTérents sens a été adopté. Jamais on ne donne le
propre que pour faire mieux connaître la chose; on
peut ajouter encore que nécessairement on s'expose à
quelque réfutation, quand on donne ainsi le propre,
parce que l'adversaire fait sou syllogisme sur le mot à
plusieurs sens, en prenant celui qui est en désaccord
avec la question. Il faut, quand on établit la thèse, faire
en sorte qu'aucun des mots ni l'explication entière n'ait
plusieurs sens; car alors le propre sera sous ce rap-
port bien établi. Par exemple, puisque le mot de corps
n'a pas plusieurs sens , et que cette expression , ce qui
se porte le plus vivement en haut, n'en a pas plusieurs
non plus, et que la définition totale formée de ces élé-
ments n'a pas davantage plusieurs sens, le propre du feu
sera bien donné, si l'on dit qu'il est le corps qui se porte
le }>lus vivement vers le haut.
§ 6. Il faut ensuite, quand on réfute, voir si la chose
dont on donne le propre a plusieurs sens, et si l'on n'a
pas déterminé celui dont on donne le propre; car alors
le propre n'aura pas été bien donné. £t pourquoi cela?
c'est ce qu explique assez tout ce qu'on a dit plus haut ;
car il faut nécessairement que les mêmes inconvénients
se reproduisent : par exemple, savoir, ayant plusieurs
sens, puisqu'il signifie à la fois avoir de la science , se
servir de la science, avoir science de telle chose , et se
§ 5. Et 91M la définition totale, il y a des mots qui , pris isoléuieat,
Cest qu'en effet* comme le remar- présenleat plusieurs seos, et qui,
quaitThéophraste, dans son Traité oombinés avec d'autres, n'en pré-
sur les mots à plusieurs acceptions, sentent plus qu'un seul.
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LIVRE V, CHAPITRE 11. 167
servir de la science de cette chose, on n aura pas bien
donné le propre de savoir , si Ton n'a pas dit celles des
diverses significations dont on donne le propre. Quand
on établit la thèse, il faut faire en sorte que la chose
dont on donne le propre ait, non pas plusieurs sens,
mais un sens unique et simple ; car alors le propre en
sera bien donne sous ce rapport. Par exemple, si Ton
parle de l'homme d'une façon absolue, on donnera bien
le propre de l'homme en disant qu'il est un animal na-
turellement doux.
§ 7. Il faut voir ensuite, quand on réfute, si la même
chose est répétée plusieurs fois dans le propre ; car sou-
vent on ne s'aperçoit pas de cette faute, même dans les
propres, non plus que dans les définitions. Mais le
propre qui présentera ce défaut n'aura pas été bien
donné; car une chose plusieurs fois répétée gêne celui
qui l'entend, et il en résulte nécessairement que la pro-
position devient obscure et qu'on paraît alors perdre
ses paroles. Or il peut arriver que l'on répète la même
chose de deux manières : l'une, quand on nomme plu-
sieurs fois la même chose, et que, par exemple, on dise
que le propre du feu c'est d'être le corps le plus léger
de tous les corps; car alors on répète corps plusieurs
fois : et la seconde, quand l'on prend les définitions des
mots pour les mots, et que, par exemple, on donne pour
propre de la terre qu'elle est la substance qui , parmi
tous les corps, se porte le plus vivement en bas; et qu'en-
suite l'on prend au lieu du mot de corps, les noms
de telles et telles substances; car le corps et telle et
e. léui ce qu'on a dU plm haut. Dans ee chapitre , 5 8.
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168 TOPIQUES.
telle substance sout une seule et même chose. Ainsi| on
aura répété substance plusieurs fois, de sorte que ni
l'un ni l'autre des propres n'aura été bien donné. Quand
on établit la thèse , il faut ne pas se servir plusieurs
fois du même mot ; car alors le propre sera bien donné
sous ce rapport. Par exemple, puisque quand on dit
que l'homme est un animal susceptible de science , on
ne se sert pas plusieurs fois du même mot , le propre
de l'homme sera bien donné de cette façon. § 8. De
plus, quand on réfute, il faut voir si l'on a donné dans
le propre un mot qui peut aller à tout ; car le mot qui
ne sépare pas le sujet d'un certain nombre de choses ne
pourra pas être utilement employé; mais il faut que les
termas qui forment les propres distinguent le sujet, aussi
bien que les termes qui composent les définitions. Ainsi,
le propre ne sera pas bien donné, par exemple en donnant
le propre de la science, si Ton dit, que tout en restant
une, c'est une conception i/iébranlable au raisonne-
ment. Du moment qu'on dit: tout en restant une, on
se sert dans le propre du terme un, qui est à tout, et
le propre de la science n'est pasbien donné. Mais quand
on établit la proposition, il faut ne se servir d'aucun
terme commun, et se servir seulement de termes qui sé-
parent le sujet de toute autre chose; car de cette façon
le propre sera bien donné. Par exemple, comme en di-
sant que le propre de l'animal c'est d'avoir une âme, on
ne se sert d'aucun terme commun, avoir une âme
sera bien, du moins à cet égard, le propre de l'animal.
^1, Si la même ehosê €$t re- du propre. — Svra bUn donné sous
pitéê plusieurs fois^ S'il y a quel- ce rapport, eu égard à la tautologie
* que répétition inutile dans Ténoacé qu*on aura su éviter.
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LIVRE V, CHAPITRE II. 169
§ 9. Quaod on réfute, il faut voir si Ton donne plusieurs
propres d'une même chose, sans avoir averti qu'on en
prend plusieurs; car alors le propre ne sera pas bien
donné. De même qu'il ne faut dans les définitions
rien ajouter à l'explication même de l'essence, de même
dans les propres il ne faut rien ajouter à la définition
qui fait du terme indiqué le propre du sujet; car cette
addition devient inutile. Par exemple, en disant que le
feu est le corps le plus léger, le plus ténu, on a donné
plusieurs propres; car l'un et l'autre attribut ne s'ap-
pliquent véritablement qu'au feu seul ; donc ce n'est pas
bien donner le propre du feu que de dire qu'il est le
corps le plus léger et le plus ténu. Quand on établit la
thèse, il faut ne point donner plusieurs propres de la
même chose, il faut n'en donner qu'un seul ; car alors
le propre sera bien établi en ce sens: par exemple, en
disant que le propre du liquide, c'est d'être le corps qui
peut prendre toute forme, on n'a donné là qu*un propre
et non plusieurs; et^ à cet égard, le propre du liquide
a été bien donné.
8 s. Dtt maim à e$t égard , % 9. tt ne faut dam lu difir
Gomme ne contenant aactin mot nitiMu risn ajouter^ Voir, dans
eommnn qaï pniase également oon- le 6* lim, ch. 8, le développement
venir à tonte antre chose. de cette règle pour tes définitions.
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170
TOPIQUES.
CHAPITRE III.
Sept autres lieux du propre bieo ou mal donné.
§ I. Ensuite, quand on réfute, il faut voir si l'ad-
versaire emploie la chose même dont il donne le propre,
ou queli]u*une des choses qui appartiennent à celle-là;
car le propre ne sera pas alors bien donné. C'est qu'on
ne donne jamais le propre que pour instruire; or, une
chose est toujours aussi inconnue qu'elle-itême; et ce qui
est aux choses qui lui appartiennent lui est postérieur,
et par conséquent n'est pas plus connu ; donc, par ià,
on ne saurait apprendre rien de plus. Par exemple,
quand on dit que le propre de l'animal, c'est d'être une
substance dont l'homme est une espèce, comme on em-
ploie dans cette prétendue explication, une des choses
qui appartiennent à l'animal, le propre ne serait pas
bien donné. Quand on établit la proposition, il faut
^'assurer que l'on ne se sert ni de la chose en question.
8 1. SiVadver$aiSr$emploiêyààiis
rénonciaUoa qa*H fait du propre,
ia ehosé mèm» dont il prétend don-
ner le propre, c'est une sorte de
pétition de princi|)es.G*est mettre le
défini dans la définition.— Ou quel-
qu'une des choses qui apparîiêr^
nent à celles-là, Le texte dit : Ou
de quelqu'une des choses de celles^
làj en d*aiitres termes, de quelque
sujet subordonné à la première, de
Tune de ses espèces. — Ce qui est
aux choses qui lui appartiennent
M en pêstérieur^ Les afiributa ées
sujets sttbofdonnéa sont loi^oofs
poslërleurs aux attributs du genre
de ces sujets , c*estrà-dire, moins
larges, et par conséquent moins con-
nus. — Une des choses qui appoT'
tiennent à V animal^ Une des es-
pèces de ranimai. — Ni d^une de
celles qui lui appartiennent^ ni
d*une de ses espèces. -^Nide rien
de ce qui lui appartient^ ni d'aucune
de ses espèces à quelque titre que
ce puisse être.
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LIVRE V, CHAPITRE III. 171
ni d'une de celles qui lui appartiennent ; car le propre
sera bien donné, du moins en ce sens. Ainsi, quand on
donne comme propre de l'animal d'être un composé
d ame et de corps, comme on ne se sert ni de la chose
même ni de rien de ce qui lui appartient, le propre de
lanimal est alors bien donné.
§ a. C'est de la même manière encore qu'il faut étu-
dier les autres conditions qui font et ne font pas la
chose plus connue. Pour réfuter, il faut voir si l'adver-
saire emploie quelque chose , ou d'opposé à l'objet en
question, ou d'absolument simultané eu nature , ou de
postérieur; car alors le propre ne sera pas bien dohné.
L'opposé est simultané en nature; mais le simultané
ou le postérieur ne peuvent servir à éclaircir la chose.
Par exemple, quand on dit que le propre du bien c'est
d'être ce qui est le plus opposé au mal, on se sert à
tort de l'opposé du bien, et le propre du bien n'a pas
été bien donné. Si l'on établit la thèse, il faut voir à ne
se servir ni d'aucune chose opposée, ni simultanée en
nature ni postérieure ; le propre à cet égard sera alors
bien donné. Par exemple, quand ou donne pour le
propre de la science qu'elle est la conception la plus
certaine, comme on ne se sert ni d'un terme opposé , ni
d'un terme simultané en nature, ni d'un terme posté-
rieur, le propre de la science a été bien donné.
§ 3. Quand on réfute, il faut voir si l'adversaire a
S s. Ou d'oppoté.,.. ou ffabso' — On se tert de Vopposé du bien,
Ivment timultané..,. ou de poité- pour définir \^. bien, et cel opposé
tiêwr^ Voir les Catégoriee , cl). 10, ne se comprend (|ue par le bien lui-
pour les opposés, cb. li pour pos- même. C'est presque se servir du
teneur, et ch. 13 pour simultané, bien pour expliquer le bien ; c'est
et Métaphysique, iiv. 5,ch.l0et 11. une sorle de pétition de principe.
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172 TOPIQUES.
donné pour propre ce qui ne suit pas toujours le sujet,
mais ce qui cesse quelquefois d'être propre; car le
propre alors ne sera pas bien donné. C'est que la chose
à laquelle nous supposons que le propre est attribué
n'en reçoit pas toujours nécessairement le nom avec
vérité, non plus que la chose à laquelle nous supposons
qu'il n'est pas attribué, n'est pas incapable nécessaire-
ment de recevoir ce nom. En outre, on peut ajouter
qu'on ne sait pas toujours d'une manière très évidente
si le propre qui a été donné peut servir d'attribut, puis-
qu'il est possible que ce propre cesse aussi d'exister. Le
propre nesera donc pas toujours parfaitement clair. Ainsi
quand on donne pour propre de Tanimal qu'il se meut
et qu'il se tient debout, comme on a donné pour propre
ce qui cesse quelquefois de l'être, le propre ne serait
pas ainsi bien donné. Quand on établit la thèse, il faut
avoir soin de donner pour propre ce qui est toujours
nécessairement; car alors le propre à cet égard sera bien
9 8. Pour propre ee qui m iuU
pas toujours le sujets La pensée
serait plus claire, et plus régulière-
ment eiprimée, g*il y avait : Pour
propre^ non pat ee qui suii tou-
jours le sujet, mais, etc. G*est ainsi
que Niphns traduit et explique œ
passage : il a peut-être eu raison ;
mais, pour moi, j*ai conservé fidèle-
ment la nuance du texte, qui n*est
pas tout & feit celle que je propose
d*y substituer. — A laquelle nous
supposons que le propre est attri-
hué. Cette exposiUon est obscure,
comme Tout remarqué tous les
commentateurs. Aristote veut dire
que tel sujet qui reçoit le propre
peut fort bien ne pas recevoir le
nom même de la chose k laquelle
ce propre s*applique: et à l'inverse,
que tel sujet qui ne reçoit pas le
propre , peut fort bien recevoir le
nom même de la chose ii laquelle
s'applique le propre. Et ici la rai-
son en est évidente : c'est qu'il s*ih
git d'un propre temporaire, et non
d'un propre absolu et perpétuel.
L'exemple qu'il cite un peu plus
loin édaircit sa pensée. — Peui
servir iFattribut, est bien réelle-
ment ie propre. — Ce propre aussi
cesse â^exister, parce qu'il est tem-
poraire. — Ce qui est toujours né"
eessairement , le propre absolu et
perpétuel au lieu du propre relatif
et temporaire.
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LIVRE V, CHAPITRE ITI. 173
dooué. Par exemple, quand on donne pour propre de
la vertu d'être ce qui fait honnête celui qui la pos-
sède , on a donné pour propre ce qui suit toujours la
vertu; donc le propre de la vertu est en ceci bien
donné.
§ 4* Ensuite, quand on réfute, il faut voir si en
donnant le propre actuel, l'adversaire a oublié de spéci-
fier quil ne donne que le propre actuel ; car le propre
ne sera point alors bien donné. C'est que d'abord tout
ce qui est contre l'ordinaire a besoin d'une explication,
et qu'on a coutume habituellement de donner pour
propre ce qui accompagne toujours le sujet. En second
lieu, c'est qu'on ne se fait pas comprendre, si l'on
n'a pas dit qu'on a voulu parler seulement du propre
actuel; car il ne faut pas donner prétexte d'attaque.
Par exemple, quand on dit que le propre d'un homme
c'est d'être assis avec quelqu'un, comme on ne donne
que son propre actuel, on n'a pas bien donné le propre,
si on ne l'a pas dit avec restriction que c'est seulement
le propre dans le moment actuel. Quand on établit la
thèse, il faut avoir le soin, en donnant le propre ac-
tuel, de bien spécifier que l'on ne donne que le propre
actuel; car alors le propre en ceci sera bien donné.
Par exemple, quand on dit que le propre de tel homme
c'est de marcher actuellement en tel endroit, si l'on a
9 A. En donnoffU le propre oe- n*esl pas toqjoan : dans oelui-ci ,
Itiel, Ce qui est propre dans le mo- il est question du propre qui est
meut même où Von parle, et peut actueliement —Et qu^on a cou-
ne pas l*ètre dans un autre moment: (uiim, dans le langage vulgaire, au*
c^est une nuance du propre tempo- quoi la dialectique , si œ n*est la
lalre. Dans le paragraphe pr6c6- p^iiosopliie, doit se conformer au-
dent, il s^agissait du propre qui tant qu*elle le peut.
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174 TOPIQUES.
fuit cette distinction, on a bien donné le propre de cet
homme.
§ 5. Ensuite, quand on réfute, il faut voir si Tadver-
saire a donné un propre qui n*est pas évident autrement
que par les sens; car le propre alors ne sera pas bien
donné. C'est que toute chose sensible, une fois en de-
hors de la sensation, nous échappe, et l'on ne sait plus si
elle existe encore, puisqu'on ne peut la reconnaître que
par les sens. Cela sera vrai surtout pour les choses qui
ne sont pas toujours des conséquences nécessaires du
sujet. Par exemple, quand on donne pour le propre
du soleil d'être l'astre roulant au-dessus de la terre, et
qui est le plus brillant de tous, comme on se sert pour
exprimer le propre du mouvement au-dessus de la
terre, lequel n'est connu que par les sens, le propre du
soleil n'a pas été bien donné; car lorsque le soleil se
couche, il est incertain s'il roule au-dessus de la terre,
puisqu'alors nous n'en avons plus la sensation. Quand
on établit la proposition, il faut avoir soin de donner
un propre qui n'est pas évident par la sensation seule-
9 5. Vn propre qui n'ut pat
évident autrement que par les eens :
par exemple, le mouvemeot du so-
leil, qui n*est sensible que tant que
le soleil est sur Thorlzon, comme
Aristote le dit un peu plus bas dans
ee paragraphe. — Vaetre roulant
au-deeeue de la terre, Aristote ad-
met ici le mouvement du soleil et
l'immobilité de la telre. Il y avait
de son temps des théories tout op-
posées et vraies par conséquent, qui
remontaient aux pythagoriciens;
mais il ne les avait pas adoptées.
Dans les Dernière Anaiytiquee, au
contraire, il semble admettre qae
dans les éclipses , c'est le mouve-
ment de la terre qui est cause des
phénomènes. Demiere Analyti-
ques, liv. a, ch. 1 , 9 a. Je dis quMl
semble, parce que le texte peut se
prêter à un double sens. Voir mon
Mémoire sur la Logique , tome 1 ,
p. 313, 377 et 390.— C« qui est
d'abord eoloré, La surface est la
première et la seule chose que les
sens aperçoivent dans le corps ; c'est
la mison qui induit le reste. —
Comme cette chose, la couleur qu'a
toujours la sarfaoe.
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HVRE V, CHAPITRE III. 175
ment, ou bien qui étant sensible est évidemment de
toute nécessité à ce sujet ; car alors le propre en ceci
sera bien donné. Par exemple^ quand l'on a donné pour
propre de la surface d'être ce qui est d'abord coloré, on
se sert, il est vrai, de quelque terme purement sensible,
être coloré; mais comme cette chose est évidemment
toujours au sujet, le propre de la surface aura été bien
donné, du moins sous ce rapport.
5 6. Ensuite, quand on réfute, il faut voir si l'on a
donné la définition comme propre; car aloi-s le propre
ne sera pas bien donné. C'est que le propre ne doit pas
montrer l'essence ; par exemple, quand on dit que le
propre de l'homme c'est d'être un animal terrestre à
deux pieds, comme on a donné le propre de l'homme
exprimant son essence, le propre de l'homme n'aura
pas été bien donné. Quand on établit la thèse, il faut
prendre garde de donner un propre qui soit de même
étendue que le sujet, mais qui ne montre pas l'essence;
car le propre en soi sera alors bien donné. Par exemple,
quand on donne pour propre de l'homme d'être un ani-
mal doux par nature, comme on a donné un propre
d'étendue égale à celle du sujet, mais qui ne montre
pas Tessence du sujet, le propre de Fhomme serait alors
bien donné sous ce rapport.
§ 7- Ensuite, quand on réfute, il faut voir si l'adver-
se. la d^/iniiionfomfiM propre, Qui ioit de même étendue que U
Voir la différence du propre ei de sujet ^ et qui ne montre pas Ves^
li définition, U?. 1, cb. 5, SQ 9 et &. smce; c*est en résumé la définition
*- Le propre,,, exprimant son es- même du propre.
senee, c*est alors une définition. S 7. iV*a point placé U propre
Voir la théorie de la déttniUon, dofif <0jf0fir0;c*e8l^-dire, comme
DerwieTS ilfiolyfigiMf , livre 9. — l'explique Alexandre, si radvpr-
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176 TOPIQUES.
sairc n'a point placé le propre dans le genre; car il faut
pour les propres comme pour les définitions donner
d^abord le premier genre, et ensuite annexer les autres
termes et séparer le sujet de tout le reste ; et le propre
qui ne serait pas donné de cette façon ne serait pas
bien donné. Ainsi, en disant que le propre de l'animal
c'est d'avoir une âme, comme on n'a pas dit ce qu'est
le genre de l'animal, le propre de l'animal ne serait pas
bien donné. Quand on établit la thèse, il faut avoir le
soin de placer dans le genre ce dont on donne le propre
et d'y annexer tout le reste; car alors le propre sera
bien donné : par exemple , en donnant pour le propre
de l'homme, être capable de science, comme on a
donné le propre dans le genre, on a bien donné, en
ceci, le propre de l'homme.
§ 8. On peut donc voir, de la façon qui précède, si
Ton a bien ou mal donné le propre.
saire, en donnant le propre , a né-
gligé d'indiquer le genre du sujets
ainsi qu'on le faii pour les défini-
tions essenrieiles. — 7 anniMBer Ui
autrei termes qaidoirentcompiéter
la définition , et ces autres termes,
sont les différences qui doivent i^
parer le sujet de tout autre objet
avec lequel, sans la définition ou le
propre , on pourrait le confondre.
— Le soin de placer dans le genre^
dans son genre esseniiel, — ee dont
on donne le propre , le sujet. — St
d^y annexer tout le reste , et d*y
joindre les difiérences. — Comme
on a donné le propre dans le genre^
parce que le propre doit compren-
dre le genre.
g S. Si Pon a bien ou mal donné
le propre^ C'est la première ques-
tion qu'il s*est posée. Voir plus haut
dansce livre, ch. i, g 1. Et, en eflet,
le propre indiqué peut bien être
réellement le propre du sujet en
discussion ; mais si la forme sons
laquelle on l'a donné est incorrecte
et irrégulière, on peut ne pas le re-
connaître , et par conséquent l'ad-
versaire pourrait le contester sans
aucune déloyauté.
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LIVRE V, CHAPITRE IV.
177
CHAPITRE IV.
Hait lieux pour savoir si le terme donné est propre
au sujet ou ne Test pas.
$ I. Voici comment on peut voir si ce qu'on a donné
pour le propre est absolument propre ou ne Test pas.
Les lieux qui établissent d'une manière absolue que le
propice est bien donné, seront les mêmes que ceux qui
donnent simplement le propre. Ils seront donc exposés
avec ceux-là.
$ a. Il faut d'abord, quand on réfute, examiner cha-
9 1. VoM eommim , ce qu*on
donoe pour le propre peut ne pas
Tètre, quelque régulière que soit
d*ailleurs la forme sous laquelle on
Va présenté.— ^5«ol«fiiénr, c'est-à-
dire sans regarder 8*il est bien ou
mal donné quanta la forme.— Que le
propre est hien donné, cette nuance
nouvelle dans Tétude du propre
semble se confondre a?ee eelje des
chapitres précédents, et cependant
elle 8*en distingue. Aristote ajoute
ici : éTune manière absolue , tan-
dis que , dans tout ce qui précède ,
il recherchait si le propre avait été
bien ou mal donné, relativement
à telle considération particulière
qui pouvait le rendre faux et in-
complet. Aussi ajoutait-il toujours
après chaque lieu : en ceci, tou$ ce
rapport j à cet égard. Ici , au con-
traire, U n'y a plus de ces restric-
tions, n faut donc distinguer trois
IV.
degrés : lo Le propre a été bien ou
mal donné, relativement à tel point
de vue spécial et particulier ; i» il
a été donné bien ou mal d^une ma-
nière absolue; S« ii est ou n*est pas
absolument parlant. Ce sont ces
deux dernières nuances qu*Aristote
confond dans une seule étude; car
on sent que, si le propre n*est pas,
il ne peut pas avoir été bien donné;
et voilà comment il peut traiter à
la fois ces deux espèces de lieux,
toutes distinctes qu*elles sont ce-
pendant
8 S. il ehacune des parties du
sujet , à chaque espèce du genre
dont on prétend donner le propre.
— S'il cesse d^itre vrai, pour les
espèces considérées par rapport au
genre, sous le rapport du sujet dont
il est question, dont on donne le
propre. — Et aussi s*U est vrai^
pour les espèces considérées par
is
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à
178 TOPIQUES.
cune des parties du sujet dont on a prétendu donner le
propre, et voir, par exemple, si ce propre n'appartient
réellement à aucune de ces choses , ou du moins s'il
cesse d'être vrai sous le rapport du sujet dont il est
question, ou bien s'il cesse d'être. le propre de chacune
des choses sous le rapport de celle dont on a prétendu
donner le propre; car alors ce qu'on a établi comme le
propre ne le sera pas véritablement. Ainsi, pour le géo-
mètre, il n'est pas vrai qu'il soit infaillible dans le rai-
sonnement ; car le géomètre se trompe en traçant des
figures inexactes : on ne pourrait donc pas *dire que le
propre du savant , c'est de ne pas être trompé par le
raisonnement. Quand on établit la thèse, au lieu de la
réfuter, il faut voir si le propre est vrai pour tous les
termes, et aussi s'il est vrai pak* rapport à celui dont il
s'agit; car le propre donné sera réellement le propre.
Par exemple, puisqu'il est vrai de tout homme que c'est
un animal capable de science, et que cela est vrai en
tant qu'il est homme, le propre de l'homme serait
d*être un animal capable de science. Ce lieu peut encore
rapport au genre dont on donne le
propre. — > Ia propre éoitmé sêra
rMUmerU le propn^ Pacius, dia-
prés Sylburge, inliodnit ici une
négation autorisée par quelques
oiaouscrits, mais qui semble con-
tredire le sens : Ce qui a été éomU
eomma n^étant pas 1$ propre êera
le propre. J*ai soiti la leçon ordi-
naire, qu^adopte aussi Tédition de
Berlin. — Et que cela est vrai en
tant qu*il est homme^ c*est-à«-dire
par rapport au sujet, au genre
même dont on prétend donner le
propre. — Ce lieu peui encore «ar-
«<r/ PaciuB voudrait retrancher
tonte cette phrase jusqu^ii la fin du
paragraphe. Je Tai consenrée, avec
tontes les éditions, bien qu'elle ne
semble, en elfot, qu'une répétition
du début du paragraphe suivant —
L'explieaiion , c'est-è-dire le pro-
pre; le nom, c'est-à-dire le siget
dont on donne le propre. J'ai pris
le mot eiplication , au lieu de celui
de définition, pour ne point con-
fondre ces lieux avec ceux qui se-
ront donnés dans le livre suivanu
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LIVRE V, CHAPITRE IV. 179
servir, d'abord pour réfuter, quand Texplication cesse
d'être vraie pour la chose qui reçoit le nom avec vérité,
et aussi quand le nom cesse d'être vrai pour la chose
qui reçoit Texplication avec vérité : et en second lieu ,
pour établir la thèse, quand Texplication est vraie pour
la chose à laquelle le nom s'applique , et quand le nom
est attribué sans erreur à la chose qui reçoit aussi l'ex-
plication.
§ 3. Ensuite, quand on réfute, il faut voir si le noni
cesse d'être vrai pour la chose qui reçoit l'explication :
et réciproquement, si l'explication cesse d'être vraie
pour la chose qui reçoit le nom ; car alors ce qu'on a
donné pour le propre ne sera pas le propre réellement.
Par exemple , comme cette explication : être capable
de science, est vraie de Dieu^ et qu'homme n'est pas at-
tribué à Dieu, le propre de l'homme n'est point être
capable de science* Au contraire, quand on établit la
proposition, il faut voir si le nom est attribué là où est
attribuée aussi l'explication, et si l'explication est attri-
buée là oïl est attribué aussi le nom ; car ce qu'on donne
pour n'être pas le propre le sera réellement. Par exem-
ple, puisque le terme animal est vrai pour l'être dont
avoir une âme est vrai aussi, et que avoir une âme est
vrai pour ce dont le terme animal est vrai, avoir une
âme est bien le propre de l'animal.
§ 4* Ensuite, pour réfuter, il faut voir si l'on a donné
g s. Site nom cesse d^itre vrai, même pour propre de la chose qui
dans ce paragraphe, la pensée ob- est dans le sujet , si Ton a donné
scnre qni termine le précédent de- à Tattribut qui est dans le sujet te
Tient, en effet, très-claire, comme sujet lui-même. — Même de choses
le feit observer Pacins. différentes en espèce, parce qu'un
S 4. Si Von a donné k sujet même sujet peut avoir plusieurs at-
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180 TOPIQUES.
le sujet même pour propre de la chose qui est dans le
sujet; car le propre donné comme tel ne sera pas propre
réellement. Par exemple, si Ton a dit que le propre du
corps le plus subtil c'est d'être le feu, on a donné le sujet
comme propre de l'attribut, et alors le feu ne saurait être
le propre du corps le plus subtil. Ainsi, le sujet ne peut
pas être le propre de ce qui est dans le sujet, parce qu'a-
lors une même chose serait le propre de plusieurs
choses, même de choses différentes d'espèces ; car il se
peut que plusieurs choses différentes en espèce soient
à une même chose à laquelle seule elles sont attribuées;
et alors le sujet serait le propre de toutes, si Ton pou-
vait donner ainsi le propre. Quand on établit la propo-
sition, il faut voir si l'on a donné ce qui est dans le su-
jet pour piH>pre du sujet; car alors ce qui a été donné
comme n'étant pas le propre , sera réellement propre,
puisqu'alors il est attribué à la seule chose dont il est
dit être le propre. Si , par exemple, quand on dit que
le propre de la terre c'est d'être le corps le plus pesant
de son espèce , on a donné au sujet un propre qui
s'applique uniquement à cette chose, et qu'on la lui
tributs d'espèce difféiente ; et ^11 leçon pourrait être acceptée, si elle
devensit le propre de tous ces attri- était autorisée par les manoscriu.
buts, une même chose pourrait de- «Sythurge donne aussi , dans le
▼enirle propre de plusieurs choses: membre de phrase qui suit» une
ce qui contredit Tidée même dn variante qui , avec la même garan-
propre.^^Scient à une mime chote^ Ue, serait très-acceptable : PuUque
que plusieurs attributs, spécifique- le propre, airui qu'on Va dit y m
ment différents soient à un même s'applique jamaii qu'à une eeuie
sujet. — Comme n'étant pae le chose. ^ A la seule chote^ Véàitim
propre, Sylburge met la négation de Beriin met te pluriel : ^Atix ««ti/ee
entre crochets, c'esl^-à-dire quMl ehosu dont^ etc.; le singulier est
propose de la reu^ncher: et cette préférable.
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LIVRE V, CHAPITRE IV. 181
attribue comme propre, le propre de la terre a été
bien donné.
§ 5. Quand on réfute, il faut voir si Ton a donné le
propre en participation ; car ce qu'on aura donné pour
propre ne le sera point. En effet, ce qui est en partici-
pation est compris dans la définition essentielle de la
chose; et ainsi, le prétendu propre ne serait qu'une
différence applicable à telle espèce. Par exemple, si en
disant que le propre de Thomme est d'être un animal
terrestre à deux pieds , on n'a donné qu'un propre en
participation, le propre de Thomme ne serait pas d'être
un être animal terrestre à deux pieds.Quandon établit la
proposition, il faut voir à ne point donner un propre
en participation, ni la définition essentielle de la chose,
tout en ayant soin que la chose soit réciproquement at-
tribuée ; car le propre sera ce qu'on aura dit ne pas
l'être. Par exemple, si en disant que le propre de l'ani-
mal c'est d'être fait pour sentir, on n'a point ainsi donné
un propre en participation non plus que la définition
essentielle de la chose, la chose étant réciproquement
attribuable, le propre de l'animal sera d'être fait na-
turellement pour sentir.
$ 6. Ensuite , quand on réfute, il faut voir s'il est
impossible que le propre soit en même temps que la
9 s. Sn partieipaiUm, c*e8trà- c'est-à-dire le genre,
dire par le genre dont il fait partie 9 6. S'il Bit HnpoiHblé que le
et par la différence qui constitue propre tait en mime tempe , le
Tune des espèces de ce genre. — propre doit toujours être contenu-
es qui eet en participation ^ le porain de la chose dont il est le
fgenre.^ Que la ehoee toit récipro- propre: si donc le propre donné
quemmt attrUnêée, au propre, c'est- n'est pas contemporain , c*est qu*il
Mire de même étendue que lui. n'est pas le propre et sous ce rap-
— Un propre en pairtieipaiian , port il est réAitable.
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182 TOPIQUES.
chose à laquelle s'applique le nom , puisqu'il ne doit
pas lui être postérieur ou antérieur ; car^ dans ce cas,
ce qu'on a donné pour le propre ne sera pas le propre,
soit jamais, soit du moins pas toujours. Par exemple puis-
qu'il peut appartenir à quelqu'un de marcher dans la
place publique, soit avant ou après la qualité d'être
homme, marcher dans la place publique ne sera jamais
ou du moins ne sera pas toujours le propre de l'homme.
Quand on établit la proposition, il faut voir si le terme
donné est toujours nécessairement simultané à la chose
sans en être d'ailleurs ni la définition ni la différence:
car alors le propre sera ce qu'on a donné couime ne l'é-
tant pas. Par exemple, puisqu'animal susceptible de
science est nécessairement toujours en même temps que
homme , sans en être cependant ni la définition ni la
différence, le propre de l'homme sera animal suscep-
tible de science.
§ 7. Ensuite, quand on réfute, il faut voir si le
propre des mêmes choses cesse d'être le même en tant
qu'elles sont mêmes : car ce qu'on donne pour le propre
ne le sera pas. Par exemple, si le propre de ce qui est
à rechercher n'est pas de paraître bon à quelques-uns,
le propre de ce qui est à désirer ne sera pas non plus
de paraître bon à quelques-uns ; car ce qui est à re-
chercher et ce qui est à désirer sont une même chose.
Mais quand on établit la proposition, il faut voir si le
même propre est le propre du même en tant que même;
car le propre sera précisément ce qu'on a donné pour
9 7. Qaand deux choses sont divûéé en troU pwtiesj voir plus
ideoUques, le propre de Vuue doit haut, dans ce même livre , ch. i ,
être le propre de Tautre. — Vàme 8 5, en note.
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LIVBE V, CHAPITRE IV. 183
n'être pas le propre. Par exemple, si le propre de
l'homme en tant qu'homme est d'avoir une âme divisée
en trois parties, le propre du mortel, en tant que mor-
tel, sera aussi d'avoir l'âme divisée en trois parties.
Ce lieu est encore utile pour l'accident; car pour les
mêmes choses en tant que mêmes, il faut que les mêmes
accidents soient ou ne soient pas.
§ 8« Quand on réfute, il faut voir si le propre cesse
d'être toujours te même en espèce pour les choses qui
en espèce sont les mêmes; car ce qu'on donne pour le
propre ne sera pas le propre du sujet indiqué. Par
exemple, comme en espèce l'homme et le cheval sont
la même chose, le propre du cheval n'étantpas toujours
de se tenir sur lui-même, le propre de l'homme ne sera
pas non plus toujours de se mouvoir par lui-même.
En effet y se tenir sur soi-même ou se mouvoir par soi-
même c'est spécifiquement une même chose; car ces deux
propriétés peuvent appartenir accidentellement à l'un
et à l'autre, en tant qu'ils sont l'un et l'autre animal.
Quand oo établit la proposition, il faut voir si le propre
est toujours le même pour les choses qui sont les mêmes
en espèce; car le propre sera précisément ce qu'on
donne pour ne pas l'être. Par exemple, puisque le propre
de l'homme est d'être animal terrestre bipède , le propre
de Toise^u sera aussi d'être ailé bipède. Chacun d'eux
est le même en espèce, en tant que d'une part, deux de
ces termes sont espèces sous le même genre, étant tous
S 8. 11 s'agîssail dans le para- esfécc.-^ Comme serait,, terrestre
graphe 7 de choses idenliques en quadrupède^ qui peut s^appllquer &
nombre, et qui se confondaient plusieurs espèces, tandis que ter-
Tune avec Tautre; il s'agit ici de restre bipède ne s*app1ique qu'à une
choses identiques en genre ou en seule, celle de Thomme.
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18* TOPIQUES.
deux sousTanimal; et, d'autre part, que les deux autres
sont des différences du genre de ranimai. Ce Heu, du
reste, est faux lorsque l'un des termes dont il s'agit est
à une seule espèce et que l'autre est à plusieurs, comme
serait, par exemple, terrestre quadrupède.
§ 9. Du reste, le même et l'autre pouvant être pris
dans plusieurs sens, il sera difficile, si l'on discute so-
phistiquement , de donner le propre d'une seule et
unique chose: car le propre qui est à ce qui est un acci-
dent, sera aussi à cet accident pris avec le sujet auquel
il appartient. Par exemple, ce qui est à l'homme sera
aussi à Thomme blanc, en tant que l'homme est blanc,
et ce qui est à l'homme blanc sera aussi à l'homme. Or,
on pourrait attaquer la plupart de ces propres en pré-
tendant que ce sujet est autre, pris en soi, et autre, pris
avec l'accident : par exemple, en prétendant que
l'homme est autre, et autre l'homme blanc. On peut en-
core faire une différence entre la possession et ce qui
est dit d'après la possession ; car le propre qui est à la
possession sera aussi à ce qui est dit d'après la posses*
sion; et le propre qui est à ce qui est dit d'après la pos-
session sera aussi à la possession. Par exemple, puisque
le savant est ainsi nommé relativement à la science, on
9 9. Si VondiseuUiophiêtiquê' D*e8t pas le propre de Tavue. On
mMt , par des moyens peu loyaux, peut dire que le sujet concret n*est
comme il Texplique à la fin même du pas le même que le sujet abstrait ,
paragraphe. Les distinctions faites et que le propre de la science, par
dans ce paragraphe, et qui ne con- exemple, n*est pas bien exactement
viennent d*ailieurs qu*aux so- donné, puisqu*il peut être aussi le
phistes, reposent toutes sur des propre du savant. On peut chicaner
nuances un peu subtiles. On peut même sur la forme de la phrase, et
distinguer le sujet pris absolument dire que le savant, la science , par
du sujet pris avec son accident , et exemple , ne sont pas ce qui , etc.,
prétendre que le propre de Tun mais celui qui , celle qui, etc.
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LIVRE V, CHAPITRE V. 185
pourra soutenir que le propre de la science n'est nas
d'être inébranlable par le raisonnement; car le savant
sera précisément inébranlable par le raisonnement.
Quand on établit la proposition, il faut soutenir qu'il
n'y a pas une différence absolue entre le sujet auquel
est l'accident, et l'accident pris avec le sujet auquel il
est ; mais qu'il n'y a de différence que dans la qualité
de leur être; car l'être n'est pas le même pour l'homme
d'être homme, et pour Vhomme blanc d'être homme
blanc. U faut regarder même aux cas , en disant, par
exemple, que le savant ne sera pas ce qui est inébran-
lable par le raisonnement; mais bien celui qui est iné-
branlable par le raisonnement, et que la science n*est
pas ce qui ne peut être ébranlé par le raisonnement,
mais bien celle qui ne peut être ébranlée par le raison-
nement. C'est, qu'en effet, il faut se défendre avec
toutes les armes, quand l'adversaire ne craint pas de les
employer toutes sans distinction.
CHAPITRE V.
Douze autres lieux.
§ I. Ensuite, quand on réfute, il faut voir si en vou-
lant donner un attribut qui est de nature, on a choisi
8 1. Un attribui çui eit de no- pieds; mais, en réalité, il ne les a
ture, peut fort bien n*être pas tou- pas toujours, soit par suite d*une
jours au sujet. Ainsi, par nature, monstruosité, soit par suite d*un
l'homme est fait pour avoir deux accident. Un attribut doit s'en-
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186 TOPIQUES-
le mot de manière à exprimer que cet attribut est tou-
jours au sujet; car alors ce qui est dounë pour le
propre pourrait être réfuté. Par exemple si, en disant
que le propre de Thomme est d'être bipède, ou a voulu
donner un attribut naturel, et exprimer par ce mot un
attribut qui est toujours, bipède ne sera pas le propre
de Thomme; car tout homme n'a pas toujours deux
pieds. Quand on établit la proposition, il faut voir si
Ton peut donner un propre naturel, et si on l'exprime
bien aufrsi de cette façon par le mot qu'on emploie; car
s'il en est ainsi, le propre ne sera point réfuté. Par
exemple, si en ayant posé que le propre de Thomme
c'est animal susceptible de science, on veut exprimer
par cette expression même que c'est le propre qui est
naturel à l'homme , le propre ainsi donné ne pourrait
pas être réfuté, sous prétexte que le propre de Thomme
n'est pas animal capable de science.
§ là. Il faut ajouter que pour les choses qui ne sont que
relativement à une autre prise comme primitif, ou qui
sont prises elles-mêmes comme primitifs, il est difficile
de donner le propre; car si on donne le propre de ce
qui se rapporte à un autre terme, ce propre sera aussi
attribué au primitif; et s'il Test au primitif, il le sera
aussi à ce qui est relatif au primitif. Par exemple, si
tendre ici da propre. J*ai précisé de la sur faced^itr$ colorie ^\sisaT~
les mots, quoique le texie ue le fasse face étant le terme relatif au corps ;
pas et dise : Ce qui est de nature, le corps étant primitif relativement
— Sous prétexte que, de fait, un à la surface. — Le nom ne sera pas
certain nombre d'hommes ue sont vrat pour la chose, la surface n'est
pas capables de science : ceci est pas le corps, le corps n*est pas la
vrai , en fait ; mais, en nature, tout surface, bien que le propre de la
être humain doit en être capable. surface, c'est-à-dire la coloration,
$ %, Si l'on donne pour propre puisse être attribué au corps.
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LIVRE V, CHAPITRE V, 187
l'on donne pour propre de ia surface d'être colorée, être
coloré sera vrai aussi pour le corps; et s'il est attribué
au corps, il le sera aussi à la surface, de sorte que le
nom né sera pas vrai pour la chose de laquelle copen*
dant l'explication est vraie.
§ 3. Il arrive pour quelques-uns des propres, que te
plus souvent l'erreur vient de ce qu'on n'a pas déter-
miné comment et de quelles choses on entend donner
le propre. § 4- ^^^ toujours on essaie de donner pour le
propre, ou ce qui est naturel , comme pour l'homme
d'être bipède; ou simplement ce qui est, comme pour
tel homme de n'avoir que quatre doigts; ou ce qui est
à l'espèce^ comme pour le feu d'être le corps composé
des parties les plus légères; ou on le donne absolument,
comme pour l'animal d'être animal; ou relativement à
une autre chose, comme la réflexion pour le propre de
l'âme ; ou, en remontant au primitif, comme la réflexion
pour la raison ; ou bienf, en s'arrêtant à ce que le sujet
possède , comme lorsqu'on dit que le propre du savant
c'est de n'être pas ébranlé par le raisonnement ; car
c'est uniquement parce qu'il possède certaines qualités
qu'il est inébranlable à la discussion ; ou bien, en s'arrê-
tant à la possession que donne le sujet, comme le propre
de la science c'est de rendre inébranlable à la discus-
sion; ou bien encore, en considérant la participation
que communique le sujet, comme le propre de l'animal
c'est de sentir; car quelque autre chose encore sent, et
l'homme, par exemple; mais il ne sent aussi que par
9 3. Comment et jU quelles toutes les nuances que le propre
ehosee, c'est ce qu'il fera dans le peut revêtir et il les parcourra
paragraphe suivant , en énonçant soigneusement une à une.
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188 TOPIQUES.
participation à ranimai ; ou enfin , eu cousidérant la
participation que reçoit le sujet, comme être animé est
le propre de Tanimal. § 5. Si l'on n'ajoute pas que le
propre est naturel on se trompe^ parce qu'il se peut que
le propre naturel ne soit pas réellement à la diose à
laquelle il appartient par nature, comme à l'homme
d'avoir deux pieds. § 6. Et l'on se trompe encore si
l'on ne spécifie pas qu^on donne simplement ce qui est,
parce que la chose n'est pas toujours comme elle est
maintenant : par exemple, qu'un homme n'ait que quatre
doigts; § 7, si l'on n'a point dit qu'on pose le terme
comme primitif ou comme relatif à un autre, parce
qu'alors le nom ne sera plus vrai pour la chose de
laquelle l'explication est vraie : par exemple^ être coloi*é,
soit qu'on i ait donné pour le propre de la surface ou
pour celui du corps. § 8. Si l'on n'a point dit à lavance
que l'on donne le propre parce que le sujet possède ou
qu'il est possédé, ou se trompe, parce qu'alors le terme
donné ne sera pas le propre; car si l'on donne le propre
parce que le terme est possédé, il sera aussi à ce qui
possède; et s'il est à ce qui possède, il sei*a aussi à ce
qui est possédé: par exemple, si l'on a posé pour propre
du savant ou de la science d'être inébranlable à la dis-
cussion. § Q.On se trompe encore, si l'on n'a point indique
9 s La pensée de oe paragraphe possède la science ; c^est la science
se trouve d^à dans le ft 1. qui est possédée par le savant ; il
8 6. SimpUmsfU ce qui Ml, sans faut distinguer cette nuance en don-
que ce soit esseniiellement de na- nant le propre.
lure. S 9. JKn ce quHl participe ou eel
9 7. De laqueUê VerpHeaiion eommuniqui , le texte dit : En ce
eir vraie, c*est fexerople du ft 9. qu*U participe ou est partidpi. —
% S. Pour propre du savarU ou En ce qu'il participe^ s'applique
de la ici9nce, c'est le savant qui aux espèces qui pariicipeni du
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LIVRE V, CHAPITRE V, 189
a Tavance qu'on donne le propre en ce qu'il participe
ou en ce qu'il est communiqué^ parce que le propre
alors sera aussi à quelques autres choses que le sujet;
car si on l'a donné en ce qu'il est communiqué, il sera
aux choses qui en participent ; si on Ta donné en ce
qu'il participe, il sera aux choses dont il participe: par
exemple, si l'on donne pour propre de tel animal ou de
Tanimal d'être animé. § lo. Enfin l'on se trompe, si l'on
n'a pas précisé qu'on donne le propre pour l'espèce,
parce qu'il pourra n'être qu'à une seule des choses
placées sous celle dont on donne le propre : ainsi, ce qui
est dit par excellence n'est qu'^ une seule chose, comme
le plus léger n'appartient qu'au feu.
S 1 1. Quelquefois on se trompe encore, même en ajou-
tant qu'on parle de l'espèce; car il faudra qu'il n'y ait
qu'une seule espèce pour les choses dont il est question,
si l'on ajoute qu'on entend parler de l'espèce. Parfois,
pourtant, cela n'a pas lieu pour certaines choses, et par
genre ; ou est eommuniquét s^ap-
plique au genre qui se communique
aux espèces.
.9 10. Qu^on donne U propre
pour VespèUy ou pour Tune des
choses placées sous l*espèce. — Ce
qui est dit par exeelleneej le propre
placé au superlalir, donné sous
forme de superlatif, ne peut appar-
tenir qu*à une seule chose ou à une
seule espèce relativement au genre.
S 11. Car il faudra qu'il n'y ait
qu^une seule espèce, parce que le
propre ne peut convenir à la fois à
plusieurs choses: il ne convient
qu*à celle dont 11 est le propre. —
Qwind le nom n'est pas plus af-
tribué à la ehose^ ainsi , le nom de
feo n*est pas plus attribué à la lu-
mière qu*à la flamme, et pourtant,
les parties de la lumière étant plus
ténues que eellefl du feu , Peiplica-
tion du propre donnée pour le feu
s*appUque plus à la lumière qu'à la
flamme.— £< nom ne sera pas plus
applicable, et il le ftiodrait, cepen-
dant, puisque le nom et le propre
doivent toujours être d'extension,
et, pourainsidire, d^lntensité égale.
— Et pour le feu pris absolument^
redit, de Berlin retranche ces mots,
ainsi que le font aussi quelques
autres éditions ; Je les ai conservés,
comme présenunl la pensée d*une
manière plus complète; mais Ils ne
sont pas indispensables.
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/90 TOPIQUES.
exemple cela if est pas pour le feu ; car il n'y a pas une
espèce unique du feu, puisque scientifiquement le char-
bon, la flamme, la lumière» sont choses difTérentes,
bien que chacune d'elles cependant soit du feu. C'est
pour cette raison qu'il ne faut pas j quand on ajoute
qu'on parle de l'espèce, que Tespèce du sujet en ques-
tion soit diverse, parce que le propre indiqué sera plus
à ces choses-ci et moins à celles-là: ainsi^ par exemple,
la ténuité extrême donnée pour le propre du feu; car la
lumière est plus ténue que le charbon et que la flamme.
Mais il ne faut pas que cela soit, quand le nom n'est pas
plus attribué à la chose pour laquelle l'explication est
plus vraie; autrement le nom ne sera pas plus appli-
cable à la chose pour laquelle l'explication est plus
exacte. En outre, il arrivera que le propre seralemêmp
et pour le terme qui est pris absolument, et pour celui
qui est le superlatif dans cet absolu. Par exemple, l'ex-
trême ténuité donnée pour le propre du feu ; car ce
propre sera le même et pour la lumière et pour le feu
pris absolument, la lumière étant aussi d'une extrême
ténuité. § iti. Quand c'est un autre qui donne ainsi le
propre, il faut l'attaquer; mais il ne faut pas lui laisser
le même moyeu de réfutation; il faut, dès qu*on donne
le propre, déterminer de quelle manière on entend le
donner.
§ i3. Ensuite^ quand on réfute, il faut voir si l'on
a donné pour propre la chose même à elle-même;
car le propre ne sera point alors ce qui a été donné
8 IS. D$ quêlU manière, de 8 13. Un tertne d^aUribution
rune des inaaières énumérées pins rieipraque, c'est-à-dire d*extension
haot, dans le 8 i. parfaîteinent égale.
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LIVRE V, CHAPITRE V. 191
pour tel; car toute chose attribuée à elle-même ne fait
qu'indiquer rexistence. Mais ce qui démontre Têtre u'est
pas un propre, mais une définition : par exemple, si en
disant que le propre du beau c'est d'être convenable, on
a donné la chose dle^même pour le propre de cette
chose , comme le beau et le convenable sont une même
chose, il s'ensuit que le convenable ne saurait être le
propre du beau. Quand on établit la proposition, il
fattt voir si, sans donner la chose même pour le propre
de cette chose, on n'a pas pris pour propre un terme
d'attribntion réciproque; car le propre sera précisé-
ment ce qu^on donne pour n'être point tel. Par exemple,
si en disant que le propre de l'animal c'est d'être une
substance animée, on n'a point donné pour propre de
la cboâe la chose même, mais si l'on a donné un terme
d'attribution réciproque, substance animée sera bien le
propre de l'animal .
§14. Ensuite, il faut examiner dans les choses à
parties semblables, quand on réfute, si le propre du tout
n'est pas vrai aussi pour la partie, ou bien si le propre
de la partie n'est pas dit aussi pour le fout; car alors oe
qui a été donné pour le propre né sera pas le propre.
Et cela peut fort bien arriver dans quelques cas ; car
pour les choses à parties semblables, on peut en donner
parfois le propre soit en regardant au tout, soit quel-
quefois aussi en regardant uniquement à la partie. De
l'une ni de l'autre façon ^ le pi*opre ne sera bien donné :
9 U' Dani les choses à parties Car telle mêr^ ia mer des Cyclades
semblables^ dans les choses dont comparée à la Médilemnée tout
les parties sont semblables au tout, entière; on la Méditerranée elle-
soQs le rapport qu'on étudie. — même comparée à la mer entière.
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192 TOPIQUES,
par exemple, si, en regardant au tout, on dit que le propre
de la mer c'est d'être la plus grande masse d'eau salée ,
on a donné cette définition pour le propre d'une chose
composée de parties similaires, et l'on a donné ainsi un
propre qui n'est pas vrai pour la partie; car, telle mer
n'est pas la plus grande quantité d'eau salée; le propre
de la mer n'est donc pas d'être la plus grande quantité
d'eau salée. D'autre part, on n'a regardé qu'à la par-
tie, par exemple, si l'on a donné pour le propre de l'air
d'être rcspirable. On a donné le propre d'une chose à
parties similaires, mais on a donné un propre vrai d'un
certain air, et qui ne s'applique pas à l'air tout entier;
car tout air n'est pas respirable : ainsi, être respirable
n'est pas le propre de l'air. Quand on établit la propo-
sition, il faut voir si l'on peut appliquer à chacune 4e8
choses à parties semblables, le propre qui s'applique au
tout; carie propre alors sera précisément ce qu'on aura
dit ne point l'être. Par exemple, s'il est vrai pour la
terre entière qu elle soit naturellement portée en bas ;
et que cela soit le propre aussi d'une certaine terre
relativement au tout, c est-à-dire relativement à la
terre, et en tant qu'elle est terre, le propre de la terre
sera bien alors d'être naturellement portée en bas.
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LIVRE V, CHAPITRE VI. 193
CHAPITRE VI.
Treize lieux tirés des opposés.
§ j . Ensuite il faut examiner les opposés, et d'abord
examiner les contraires. Quand on réfute, il faut voir si
le contraire n'est pas le propre du contraire; car alors
le contraire ne le sera pas non plus du contraire. Par
exemple, comme la justice est le contraire de Tinjustice,
et que le pire est le contraire du meilleur, si le propre
de la justice n'est pas le meilleur, le propre de l'injus-
tice ne sera pas non plus le pire.
§ 2. Quand on établit la proposition, il faut voir si
le contraire est le propre du contraire ; car le contraire
sera le propre du contraire : par exemple, le mal étant
le contraire du bien, et le désirable le contraire du haïs-
sable, si le désirable est le propre du bien , le haïssable
sera le propre du mal.
§ 3. En second lieu, il faut examiner les relatifs. Quand
on réfute , si le relatif n'est pas le propre du relatif, le
relatif en question ne sera pas non plus le propre du
relatif en question : par exemple , le double étant le re-
latif delà moitié, et le surpassant du surpassé, le sur-
passé ne sera pas le propre de la moitié, si le surpas-
sant n'est pas le propre du double. § 4- Quand on établit
$ 1. Examiner Us appoêés et g 8. Examiner les relatifs, se-
d*abard.., les contraires^ voir les conde espèce des opposés. Voiries
Catégories, ch. 10 et 11 . Catégories, ch. 10 et 11.
IV. IS
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194 TOPIQUES,
la proposîtioa , il faut voir si le relatif est le jxropre dj^
relatif; car le relatif en question sera le propre du relatif
en question : par exemple^ si le double est relativement
à la moitié comme ^en% «^'àkki, tepropre du double
ëtant d'être comme deux est à un, le propre de la moitié
sera d'être comme on est 11 deux«
§ 5« Troisièmement, au^nd on réfute, il faut voir si
le terme tiré de la possesion n*est pas 1è pro][>re de la
possession; car le terme tiré de la privation ne sera pas
non plus le propre de la privation. Et si ce qui est nommé
d'après la privation n'est pas le propre de la privation,
ce qui est nommé d'après la possession ne sera pas non
plus le propre de la possession. Par exemple^ puisqu'on
ne dit pas que le propre de la surdité soit l'insensibilité,
attendu que ce terme est commun aussi à d'autres dhoseis,
on ne dira pas non plus que le propre de Touie c'est la
sensibilité. § 6. Quand on établit la proposition, il faut
voir si le propre de la posses.<ion est le terme tiré de la
possession; car le propre de la privation sera le terme
tiré de la privation. Et si le propre de la privation est
ce qui est nommé d'après la privation, le propre de la
possession sera aussi ce qui est nommé d'après la pos-
session. Par exemple, puisque le propre de la vue t'e^
de voir, en tant que nous avons la vue, le propre de
l'aveuglement sera de ne pas voir en tant tjue nous
n'avons pas la vue, bien que par nature nous dussions
l'avoir.
S 5. £a firme tiré dêlapossu^ supprime , sans ciler d'aotoritégf
fion, autre espèce des opposés, cette phrase, que Sylburge avait
par possession et priTation.— Porca déjà miae entre crocbels. Je crois
que ce tertne ett commun au$H à qu*il vaut beaucoup mieux la co»-
d'autres choies^ TédiUon de Berlin server.
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LIVRE V, CHAPITRE VI. 195
^ 7« Ensuite, il faut examiner les affirmations et les
négations, et d'abord les choses mêmes attribuées. Ce
lieu n*est utile que quand on réfute. Par exemple, il
faut voir si l'affirmation ou ce qui est dit par affirma-
tion est le propre des choses; car alors ce ne sera ni la
négation ni ce qui est dit par négation qui en sera le
propre. Et si la négation ou ce qui est dit par négation
en est le propre, l'affirmation ou ce qui est dit par af-
jSrmatiou n'en sera pas le propre : par exemple, si l'a-
nimé est le propre de l'animal, le non animé ne sera
pas le propre de l'animal. § 8. En second lieu, il faut
examiner les choses attribuées ou non attribuées, et aussi
les choses auxquelles elles sont attribuées ou ne sont
pas attribuées. Quand on réfute, si l'affirmation n'est
pas le propre de l'affirmation, la négation alors ne sera
pas le propre de la négation ; et si la négation n'est pas
le propre de la négation, l'affirmation ne sera pas le
propre de l'affirmation. Par exemple, comme le propre
de l'homme n'est pas animal, le non-animal ne serait
pas non plus le propre du non-homme; et si le non-
animal ne parait pas le propre du non-homme, l'animal
ne sera pas non plus le propre de l'homme. § 9. Quand
on établit la proposition, si l'affirmation est le propre
de l'affirmation, la négation sera le propre de la néga-
tion ; et si la négation est le propre de la négation,
S 7. Les affirmatûmf et let n«- S 8. Les chotet attribuée$ ou,
gatiùm, autre espèce des opposés, non attribuées^ les attributs peu-
— Et d*abord les choses mêmes at- vent être différents : les sujets peu-
tribuées, regarder d'abord aux al- vent Tètre aussi. U y aura donc»
tributs qui peuvent être aflirmés et dans Texemple cité plus bas, deux
niés, d*un même sujet, comme Tin- sujets et deux attributs, tantôt niés
dique Texemple cité à la un de ce et laulM affirmés,
paragraphe.
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196 TOPIQUES,
l'affirmation sera le propre de Taffirmation. Par exemple
si le uon-vivre est le propre du non-animal, le propre
de l'animal sera de vivre ; et si vivre paraît le propre de
Tanimaly le non-vivre paraîtra aussi le propre du non-
animal. § lo. En troisième lieu, il faut examiner les su-
jets eux-mêmes. Quand on réfute, si le propre donné
est le propre de l'affirmation, le même terme ne sera
pas, en outre, le propre de la négation ; et si le terme
donné est le propre de la négation, il ne sera pas le
propre de l'affirmation : par exemple, si l'animé est le
propre de l'animal, l'animé ne sera pas le propre du
non-animal. § 1 1 • Quand on établit la proposition, si le
propre donné n'est pas celui de l'affirmation, il le sera
delà négation. Mais ce lieu est faux; car l'affirmation
n'est pas le propre de la négation, ni la négation le
propre de l'affirmation : l'affirmation, en effet, n'est
pas du tout dans la négation; ta négation est bien.de
son côté dans l'affirmation, mais elle n y est pas comme
propre.
§ 12. Ensuite il faut examiner les choses comprises
8 10. Bœaminêr l$â $ujei$ euan
mimes, raUribut peut être nié de
tel sujet et afflrmé de tel autre su-
jet différent.
8 11. lUàis e$ lieu est faux^
quand on veut remployer pour éta-
blir aflirmati?eroent la proposition.
•^Vagirmation n'est poa le propre
de la négation , ainsi , on ne peut
pas dire : la vertu n*est pas le propre
de ranimai ; donc elle est le propre
du non-animal.— iV< la négation le
propre de Vagirmation, on ne peut
pas dire davantage : la vertu n'est
pas le propre du non-animal ; donc
elle est le propre de ranimai.—
L'affirmation n*est pas du tout
dans la négation , la vertu n*est
pas du tout dans le non-animaL —
La négation est Hen de son eM
dans l'affirmation, la non-vertn
sera bien TaUribut de ranimai,
mais ce n*en sera pas le propre; car
il y a bien des choses qui ne sont
pas vertu, et le propre ne s'ap-
plique jamais qu*à une seule.
8. li Qui sont comprises dans
une mime division , qui forment
les deux membres opposés d*une
division , comme dans la méthode
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LIVRB V, CHAPITRE VI. 197
dans une même division. Quand on réfute, si aucune
des choses subdivisées n'ost le propre d'une des autres
choses subdivisées, c'est que le propre donné ne sera
pas le propre de ce dont on le donne pour propre. Par
exemple, si être sensible n'est le propre d'aucun des
êtres mortels, être intelligible ne sera pas le propre
de la divinité. § i3. Quand on établit la proposition,
si un terme quelconque indiqué est le propre du reste
des choses comprises sous la division, en admettant que
chacun des termes subdivisés ait un propre parmi les
autres termes, le reste sera le propre du reste dont on
prétend qu'il n'est pas le propre. Par exemple, si le
propre de la réflexion c'est d'être, par elle-même et
naturellement , la vertu de la partie raisonnable dans
l'homme, et qu'on prenne de même chacune des autres
vertus, le propre de la tempérance sera d'être par elle-
même et naturellement la vertu de la partie concu-
piscible.
platoaicienne : raoimal est mortel
oa immortel ; le mortel est raison-
nable ou inraisonnable, etc. — Au-
eunêdeseho$e$ subdivisées.., d'une
des autres choses subdivisées, il
faut supposer ici , comme le prouve
Texemple même qui suit, quatre
termes, qui sont deux à deux les
membres d^une division : si le pre-
mier n*est pas le propre du troi-
sième, le second ne le sera pas du
quatrième ; et réciproquement pour
la négation d*abord. -> Etre Mn-
sibh, les quatre termes sont ici :
sensible , intelligible , membres
d*une même division; mortel, di-
vinité , membres d'une autre divi-
sion.
S 13. Quand an établit la pro»
position , l'aflirmaUon après la né-
gation. ~ Les quatre termes sont
ici : la réflexion et la tempérance,
la partie raisonnable et la parUe
concupiscible.
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198 TOPIQUES.
CHAPITRE VII.
Six autres lieux*
$ I. Il faut ensuite voir aux cas. Quand on réfute, il
faut examiner si le cas n'est pas le propre du cas ; car
alors l'autre cas ne saurait être le propre de l'autre
cas : par exemple, si le bien n'est pas le propre du jus-
tement, le bon ne sera pas non plus le propre du juste.
^ a. Il faut voir, quand on établit la proposition, si le
cas est le propre du cas; car alors l'autre cas sera le
propre de l'autre cas: par exemple, si terrestre bipède
est le propre de l'homme, on peut dire que ce qui est
propre à l'homme c'est d'être dit terrestre bipède.
§ 3. Mais il ne faut pas seulement regarder aux cas
pour la chose en question, il faut aussi regarder aux
opposés, comme on l'a dit pour les lieux antérieurs.
§ 4* Quand on réfute, il faut donc voir si le cas de l'op-
posé n'est pas le propre du cas de l'opposé ; car le cas
de l'autre opposé ne sera pas non plus le propre du
cas de l'autre opposé. Par exemple, si bien n'est pas le
propre de justement, mal ne sera pas non plus le propre
8 1. Car aliOTê Vaustn e<u, U faut bord le génitif qui est employé,
supposer encore ici , comme plus pnis ensuite le datif. Le mot cas
liaut , quatre termes, qui sont les est donc pris dans son sens le plus
cas deux à deux run de Tautre : commun, comme dans notre langue,
bien, bon ; justement , juste. % 3. C<mm$ on Va dit pour les
i %. L» propre de V homme...» ce lieux antérieurs, comme, par
fui est propre à Vh4mune9 les cas exemple, liv. S, ch. 9, 8 % et pas-
oonsistent id en ce que c*est d*a- sim.
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LIVRE V, CHAPITRE VII. 199
d'iDJustenieat. § 5. Quand on établit la proposition, il
&ut voir si le cas de l'opposé est le propre du cas de
Topposé; car alors ie cas de l'autre opposé sera le
propre du cas de l'autre opposé : par exemple^ si le meil-
leur est le propre du bien, \e pire sera le propre du
œaL
^ 6. il faut regarder aussi aux choses semblables.
Quand on réfute, il faut voir si ce qui est semblable
n'est pas le propre du semblable; car alors le terme
semblable e» question ne sera pas le propre de l'autre
terme semblable. Par exemple, l'architecte étant dans
une position semblable relativement à la construction
d^ la maison que le médecin relativement au recou-
vrement de la santé, si le propre du médecin n'est pas
dé fiiîré t&cùuftev la s^atité^ le propre de l'architecte ne
sera pas de faire construire u^e maison. § 7. Quand on
AftbUt la fft^pomtltmf il faut voir si oe qui est semblable
est le propre de ce qui est semblable; car alors l'autre
fermé semblable sera le propre de l'autre terme sem-
blable. Pat exërtlplé, É\ U médecin est à celui qui fait
la aaaté comme le gymnaste est à celui qui fait lembon-
point, et que le propre du gymnaste soit d'être celui
qui fait lemboupoint^ le propre du médecin sera d'être
d^i quf fait la sauté.
§8. il faut étudier enfin les choses qui sont de même
$ 6. Au» ehoMêê MêmhlabUs^ ou qirici il y a Uroîs termes au lieu de
mieux, qui sont en proportion : ici quatre, comme ie montre Texemple
les quatre termes sont évidents dans ci té. Ai nsi , un même terme est at-
tous les exemples qui suivent. tribut de deux sujets, on sujet de
$ S. Xe« 'eko$es qui sont de la deux atlributs. — Il faut voir H ce
mèms façon , il faut distinguer ce qui est de la même façon , si le su-
lieu de celui qui précède, en ce Jet qui est dans le même rapport
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200 TOPIQUES.
façon. Quand on réfute, il faut voir si ce qui est de la même
façon n'est pas le propre de ce qui est de la même façon;
car alors l'autre terme qui est de la même façon ne sera
pas le propre de l'autre terme qui est de la même façon.
Et si ce qui est de la même façon est le propre de ce
qui est de la même façon , il ne sera pas le propre de ce
dont on le prétend le propre. Par exemple, si la pensée
est dans un même rapport au bien et au mal parce
qu'elle est la science de l'un et de l'autre, et que le
propre de la pensée ne soit pas d'être la science du bien,
le propre de la pensée ne sera pas non plus d'être la
science du mal. Si, au contraire, le propre de la pensée
est d'être la science du bien^ le propre de la pensée ne
avec deax attrilmtâ, oa ratkribut
qui est dans le même rapport avec
deux sujets.— 00 ee qui est de la
même façon, c'est là ce que dit
exactemeut le texte ; mais Texpres-
sion est trop concise, et par cela
même elle est obscure ; il faudrait
dire : De ce relativement à quoi il
est de la même façon. C^est dans
ce sens que traduit Niphus: et
il a raison. — Car cdors FatUre
tenne qui est de la métne façon y
Tautre sujet de l*autre attribut, qui
soutient le même rapport que le
premier. — Par exemple, Pacius
croit que cet exemple est une in-
terpolation, parce qu'il pense qu*A-
ristote, après avoir annoncé un at-
tribut en rapport avec deux sujets,
dans la règle posée, compare, dans
Texemple qui la doit confirmer,
deux attributs à un sujet. Pacius
allègue en sa faveur la très-grande
autorité d'Alexandre, qui croitaussi
que ce passage est altéré. Nos ma-
nuscrits ne nous donnent aucune
variante. H me semble que les ex-
pressions d*Aristote, vagues comme
elles le sont, prêtent également bien
à deux sens : on peut entendre qu'il
s'agit tout aussi bien de deux sujets
pour un attribut, comme leTeut
Pacius, que de deux attribuu pour
un sujet, comme le veut ou parait
le vouloir rexemple. Cet exemple,
pris au seus le plus simple, est fort
clair : La pensée est la science du
bien ; elle est la science du mal. Si
l'on dit que le propre de la pensée
n'est pas d'être la science du bien ,
il faudra dire aussi , puisque le rap-
port est le même, que le propre de
la pensée n'est pas non plus d'être la
science du mal ; et si , d*autre part,
on soutient qu'elle est la science du
bien , il s'ensuit qu'elle n'est pas la
science du mal , puisque le mal est
le contraire du bien. l\ faut donc
supposer ici que les attributs sont
contraires.
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LIVRE V, CHAPITRE VIL 201
sera pas d'être la science du mal; car il est impossible
qu'une même chose soit le propre de plusieurs. § 9. Mais
ce lieu n'est d'aucune utilité quand on établit la propo-
sition; car ce qui est de la même façon peut fort bien
se comparer lui tout seul à plusieurs choses.
§ 10. Ensuite, quand on réfute, il faut voir si ce qui
est dit pour l'être simple n'est pas le propre de ce qui est
dît pour l'être simple; carie périr ne sera pas non plus le
propre de ce qui est dit pour le périr, non plus que le
devenir de ce qui €St dit pour le devenir. Par exemple,
si être animal n'est pas lepropre deriiomme,devenirani-
mal ne sera pas le propre du devenir homme, et l'animal
périr ne sera pas non plus le propre de l'homme périr.
Il faut procéder de la même manière pour le devenir
relativement k l'être et au périr, et pour le périr rela-
tivement à l'être et au devenir, ainsi qu'on l'a dit ici
de l'être pour le devenir et le périr. $11. Quand on
établit la proposition, il faut voir si le propre du terme
relatif à l'être est bien aussi ce qui est relatif à l'être;
car alors le propre de ce qui est relatif au devenir sera
aussi ce qui est relatif au devenir, et au périr ce qui est
rapporté au périr. Par exemple, si le propre de l'homme
est d'être mortel, le propre du devenir homme sera de
devenir mortel, et de l'homme périr, le mortel périr. Il
faut, du reste, procéder de la même manière pour le de-
S 9. Car cê qui est de la mime $ 10. Pour rirrtfftmpltf, la simple
/bpaii,rattributqui se rapporte de doUod d^eiistence : le texte dit
la même façon à plusieurs sujets, seulement : Pour VUrt. Du reste.
On ne peut donc pas éublir qu*il Pexemple cité plus tMS éclaircil
est le propre ni de Tun ni de Taulre, fort bien la pensée,
puisque le propre ne doit jamais se % 11. AinH qu'an Va éU , dans
rapporter qu*à un seul terme. le paragraphe précédent.
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202 TOPIQUES,
venir et le périr retativement à l'être, et pour le» choses
qui deviennent les unes par les autres, ainsi qa'on Fa
dit pour le cas oii Ton rëAite.
§ ta. Il faut aussi regarder à Tidëe du sujet. Quand
on rëfute, il fiiut voir si lel propre n'est pas à l'idëe, ou
du moins S'il n'y est pas dans le sens applieabfe à Fobjet
dont on donne le propre; car ce qu'on donné pour le
propre ne* le sera pas. Par exemple, si être bH repos est
tion pas à l'homme lui-même, en tatit qu'il est homme,
mais seulement en tant qu'il est idée, te repos ne sera
pas le propre de l'homme. § 1 3. Quand on établit la
proposition, il faut voir si le propre est à l'idée, et s'il
y est de la fa^^on qu'H est dit être à cette choM dont cm
soutient qu'il n'est pas le propre; car, alors ce qu'on
donne pour n'être pas le propre sera le propre. Par
exemple, s'iA appartient h Fanimal en sot d'être com-
posé d'âme et de eorps, et que cela soit à l'ammal en
tant qu'animal, le propre de Farifniat serait alors d'être
composé d'âme et de corps.
§ 11. Il faut auiii ràffofdêr à
Fidie du tujei, Aristote semble ici
admettre rexisteoce des idées qu'il
a corabattiiès oependadt, dafts toat
le cours de rOrfanon, et particu-
lièrement dans les Tofnquêê, liv. 1,
di. 7, 9 ë. — bùHs le iénê appW-
eabie à Vobjei^ Pacios a, dans son
texte et sa traduction, cette va-
riante que fat adoptée el qui est
empruntée à bingrinius. L'édition
de Berlin donne cette antre leçon
un pea difKpeffoe : dans le sens eu
est dit robjet dont^etc
S 13. A ranimai en soi , c'est^
à-dire à Fidée d'animal. — L'an^
nuU en tant ful'amimal^ ranimai
léel.
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LIVRE V, CHAPITRE VIII. Î03
CHAPITRE VIIL
Sept antree yeux tirés du plus el du moins»
§ I. Il faut aussi regarder au plus et au moins. D'a-
bord on réfute y si plus n'est pas le propre de plus; car
alors moins ne sera pas non plus le propre.de moins,
ni le moins du moins, ni le plus du plus, ni le terme
absolu du terme absolu. Par exemple, si être plus co-
lore n'est pas le propre de ce qui est plus corps , être
moins coloré ne sera pas davantage le propre de ce qui
est moins corps, ni être coloré simplement ne le sera
point de ee qui est simplement corps. § a. On établit
la proposition, si plus est le propre de plus; car alors
moins sera le propre de moins, et le moins du moins, et
le plus du plus, et le terme absolu du terme absolu. Par
exemple, si plus sentir est le propre de ce qui est plus
vivant, moins sentir sera le propre de ce qui est moins
vivant, et le plus du plus, et le moins du moins, et sen-
tir absolument sera le propre de vivre absolument.
§ 3. Il faut comparer aussi les termes pris absolu-
S 1. Ni tê rnùinê du moins f c'est $ 1. Les règles de ce pangn^he
ici le superiaUr, tandis que, dans sont cellesda précédent; seulement
le membre de phrase précédent, elles sont affirmatives au lieu d'être
c'est le comparatif. — Nile terme négatives,
oftfoltf , c*esl-^-dire le terme sim- 9 3. Partir dn terme absolu , au
pie, le positif, sans idée d*accroi»- lieu de partir du terme modifié en
sèment ou de diminution. — Ni plus ou en moins, pour le ooropa-
êir9 coior4 timpkmêni ^ siMYèite rer aux quatre termes modifiés,
plus ou moins. plus, moins, le pins et le moins.
5
1 '
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204 TOPIQUES.
ment aine mêmes termes pris en plus et en moins. On
réfute si le terme absolu n'est pas le propre du terme
absolu ; car alors plus ne le sera pas de. plus^ ni moins
de moins, ni le plus du plus, ni le moins du moins. Par
exemple, si vertueux n'est pas le propre de Tliomme,
plus vertueux ne sera pas davantage le propre de ce qui
est plus homme. § 4- On établit la proposition, si le
tenne absolu est le propre du terme absolu ; car alors
plus sera le propre de plus, moins de moins, le moins
du moins, et le plus du plus. Par exemple, si le propre
du feu est d'élre naturellement porté en haut, le propre
de ce qui est plus feu sera d'être naturellement plus
porté en haut. § 5. Il faut, du reste, appliquer les mêmes
considérations de l'un de ces termes à tous les autres.
§ 6. En second lieu, on réfute si plus n'est pas le
propre de plus; car alors moins ne sera pas le propre
de moins: et si, par exemple, sentir est plus le propre
de l'animal , que savoir n'est le propre de l'bomuie , et
que sentir ne soit pas le propre de lanimal , le propre
de l'homme ne sera pas non plus de savoir. § 7. On éta-
blit la proposition, si moins est le propre de moins ; car
alors, plus sera le propre de plus. Par exemple, si doux
par nature est moins le propre de l'homme que vivre
n'est celui de l'animal, et que le propre de l'homme soit
d*être doux par nature, le propre de l'animal sera de
vivre.
S 5. 00 Ttifi de cêi termes à tous — Dans les lieux préoédenls, il s*a-
t$s autres , on pourrait prendre gît toujours de comparer un seul
moins, pour le comparer aux autres objet avec un seul attribut,
termes, comme il a d*abord pris 9 0. En second lieu^ la compa-
plus, puis le terme absolu : on pren- raison porte ici sur deux sujets et
drait également le moins ou le plus.- deux attributs.
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LIVRE V, CHAPITRE VIIL 205
$ 8. Troisièmement, on réfute si le propre ne s'ap-^
plique pas à la chose dont on dit qu'il est plus le propre ;
car alors le propre donné comme étant moins le propre
ne le sera pas davantage, et sHl est le propre de Vun des
termes, il ne le sera pas de Fautre. En effet, si être co-
loré est plus le propre de la surface que du corps, et
qu'il ne le soit pas de la surface, être coloré ne sera pas
le propre du corps; et si c'est le propre de la surface,
ce ne sera pas le propre du corps. § 9. Ce lieu, du
reste, n'est pas utile quand on établit la proposition;
car il est impossible qu'une même chose soit le propre
de plusieurs.
$ 10. En quatrième lieu, on réfute, si ce qu'on
donne pour être plus propre à la chose ne l'est pas ; car
alors ce qui est donné pour être moins propre ne sera
pas non plus le propre. Par exemple, sensible étant plus
le propre de l'animal que divisible, si sensible n'est pas
le propre de l'animal, divisible ne sera pas le propre
de l'animal. $ 1 1 ^ On établit la proposition , si ce qui
est dit moins propre à la chose en est le propre f car
alors, ce qui est plus propre à la chose sera le propre.
Par exemple, si sentir est moins propre à l'animal que
vivre, et que sentir soit le propre de l'animal, vivre
sera le propre de l'animal.
$ la. Ensuite, il faut étudier les propres qui sont
$ s. IVoitimiMiiMnt, oompani- établie ici est contraire à celle qui
son d*on attribut avec denx sujets, a été donnée par l'exemple cité au
S 10. En quatrième Ueu^ com- chapitre précédent, 8 S; et c'est,
paraison d*un sujet avec deux a ttri- pour lui, une raison de plus de
buts. — Le propre de Vanimalj qui caoire à Tinterpolation de ce para-
est le sujet, sensible et divisible graphe,
étant les attributs. 8 13. Par exemple, comparaison
9 11. Pacius prétend que la règle de deux sujets et de deux attributs.
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206 TOPIQUES.
également aux choses. On réfute si ce qui est dit égale-
ment propre n'est pas le propre de ce dont on le dit
également le propre; car ce qui est également le propre
ne sera pas le propre de ce dont il est dit ég£ilement le
propre. Par exemple, si le propre est également pour le
désir de désirer et pour la raison de raisonner, et que*
le propre du désir ne soit pas de désirer^ le propre de
la raison ne sera pas de raisonna. ^ t3* On établit la
proposition, si ce qui est dit également propre est bien
le propre de la chose dont on le dit également le propre ;
car alors , ce qui est également propre sera le propre
de ce dont on le dit également le propre. Par exemple,
si le principe raisonnant est 1^ propre de la raison tout
aussi bien que le principe sage Test du désir, et que le
principe raisonnant soit le propre de la raison, le prin-
cipe sage sera aussi le propre du désir.
§ i4- En second lieu, on réfute si ce qui est égale-
ment propre n'est pas le propre- de la chose; car
ce qui est également propre à l'autre terme n'en
sera pas le jpropre. Par exemple, si voir et entendre
sont également je propre de l'homme, et que voir ne
soit pas le propre de Thomme , entendre ne sera pas
non plus le propre de l'homme. § j5. On établit la pro-
position , si ce qui est également le propre de la chose
en est bien le propre; car alors, ce qui est également le
propre de l'autre chose en sera aussi le propre. Par
exemple, si le propre de Tâme est qu'une de ses
parties soit animée de désirs et que l'autre ait essen-
8 14. En êwand iU», deux a(- animée de déiirs, voir pour toule
tributs dans un même sujet. cette théorie le Traité de. l*&me,
8 15. Qu'ttm d$ S9i parties ioU liv. 3, ch. 9 et passim.
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LIVRE V, CHAPITRE VIII. 207
tiellement la raison, et qu il soit propre à Tâme qti^uiie
de ses parties soit animée de désirs, le propre de Tâme
sera qu'une de ses parties soit essentiellement raison-
nable.
$ i6. Troisièmement, on réfute, si le propre n'est
pas^ le propre de ce dont on le dit également le propre;
car alors il ne sera pas le propre de l'autre terme dont
on le dit également le propre. S'il est le propre de l'un,
il ne sera p^s le propre de l'autre : par exemple, si hui-
ler est également le propre de la flamme et d.u charbon,
et que brûler ne^oit pas le propre de la flamme, brû-
ler ne sera pas non plus le propre du pharbon ; et si
-c'est le propre ^e \à jQamme, ce ne pourra pas être le
propre du charbon. § 17* Quand ^n établit la proposi-
tion, ce Jieu n'a pas d'utilité.
§ 18. {^ lieu t^ré des prc^pres qui sont ds^ns 119 rap-
port égal , difîère fie celui qui est tiré dçs propres aui
sont également au sujet^ en ce que l'un est pris par
analogie san^ considération de ce qui est réellement
dans le sujet, tandis que l'autre tire sa cooi^ar^son de
quelque chose de réel dans le sujet.
$ 16. TrvîiUmêmBra y deux su- ptree que le propre ne peut être à
Jets powrao seul auribut — usai
pourra pat être 1$ propre du char»
bon^ cet exemple ne parait paa
très-bien choisi.
S n. Ce li9u n'a pa$ d'viOUi,
plusieiars si^ats.
% 18. Des proprei qui »oni égth
Ummt au ngêt , voir plus bant ,
ch. 7, t ^t des considésatiotts tout
i fait analogues.
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208 TOPIQUES.
CHAPITRE IX.
Deux derniers lieux du propre tirés : 'l'* de la puissance,
2* de l'excès.
$ I. Ensuite on réfute, si en donnant le propre ien
puissance , on a donné le propre en puissance même
pour le non-étre, la puissance ne pouvant être à ce qui
n*est pas; car ce qu'on donne pour le propre ne sera
pas le propre. Si, par exemple, en disant que le propre
de Tair c'est d*étre respirable, on a donné le propre en
puissance, car une chose qui est susceptible d'être res-
pirée est respirable, on a donné le propre, même pour
ce qui n'est pas; car, en l'absence de l'animal qui est Ëiit
naturellement pour respirer Fair, il peut y avoir de
l'air encore. Mais cependant, s'il n'y a pas d'animal, l'air
ne peut pas être respiré. Donc, le propre de l'air ne sera
pas d'être tel qu'il puisse être respiré, toutes les fois
qu'il n'y aura pas d'animal tel qu'il puisse le respirer :
donc, respirable ne sera pas le propre de l'air.
$ a. On établit la proposition, si en donnant le
S 1. Donc rêipirable ne $era pas tote, en supposant Pair antérieur ^
le proffre de Vair, ceci peut paraître Tanimal , s'accorde en cela avec les
un peu subtil. L*air n*est pas respi- théories nodernes les plus cer-
rable, ne peut pas être respiré, laines. Ces idées, d*aillears, sont
quand il n'y a pas d'animal pour le empruntées par Arislott*. à Técole
respirer ; mais il n'en est pas moins d'Ionie» et en particulier à Ânasi-
respirable, eu ce sens qu'il jwur- mène de Milet et à Diogène d'Apol-
rait être respiré s'il y avait un aui- lonie.
mal pour le respirer. II est, du % 9. Le propre dans Vexcis^
reste, assez remarquable qu'Aris- c'est-à-dire sous forme de superla-
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LIVRE V, .CHAPITRE IX. 209
propre en puissance on le donne, soit pour ce qui est ,
soit pour ce qui n'est pas, la puissance pouvant être
aussi à ce qui n'est pas; car le propre sera précisément
ce qu'on donne pour n'être pas le propre. Par exemple,
sî on a donné pour propre de ce qui est d'être capable
d'agio ou de souffrir, tout en ayant donné le propre en
puissance on a donné le propre pour l'être ; car du
moment que l'être existe , il sera capable aussi d'agir
ou de souffrir, de sorte que le propre de Têtre sera
d'être capable de souffrir ou d'agir.
§ 3. Ensuite on réfute, si l'on a placé le propre dans
l'excès; car ce qu'on a donné pour le propre ne le sera
point : il arrive en effet que quand on donne ainsi le
propre , le nom n'est pas vrai là oii l'explication l'est
cependant. Ainsi, ia chose étant détruite, l'explication
n'en subsistera pas moins; car elle est toujours en excès
à quelqu'une des choses existantes. Par exemple, si l'on
a donné pour propre du feu d'être le corps le plus léger,
le feu aura beau être détruit , il restera toujours quel-
que corps qui sera le plus léger de tous, de sorte que le
corps le plus léger ne serait pas le propre du feu. § 4-
On établit la proposition , si l'on n'a point placé le
propre dans Texcès; car le propre sera alors bien
donné à cet égard. Par exemple^ si ayant donné pour
propre de l'homme, animal doux par nature, on n'a
point donné le propre par excès, le propre sera du
moins à cet égard convenablement donné.
tif , comme le prouye Pexemple qui que, peat-^re, il n'a pas connu. La
sait. r^l«» d'ailleurs, ici donnée est
9 4. Pacius proposait de suppri- juste ; de plus, il iïàot la règle affir-
mer oe paragraphe, qu'Alexandre mative après la négative, comme
d'Apbrodise n*a pas commenté, et pour les lieux précédents.
rv. u
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TOPIQUES.
LIVRE SIXIÈME.
LIEUX COMMUNS DE LA DÉFINITION.
CHAPITRE PREMIER.
Division de Fétude des lieui de la définition en cinq
parties ; énumération de ces parties.
§ I . L'ëtude des définitions a cinq parties; ou bien il
n'est pas du tout vrai d'appliquer la définition à la chose
8 1. r étude dês définUians, U
définition est la seule des questions
dialectiques qui reste à étudier:
'elle sera traitée dans oe livre et
dans le suivant. Voir Uv. 1, ch. 5,
S 1. ^A einq parties, La définition
peut avoir cinq défauts. — Ou W«n
U fCeet pa$ du tout vrai , J*aî con-
servé fidèlement la forme du texte :
la pensée serait plus claire et plus
directe en disant : On ne peut pas,
avec vérité, appliquer la définition
à toute la chose qui reçoit le nom.
G*c^ ce que prouve Texemple même
cité par Aristote. — On n'a point
placé la chose dans le genre, on a
omis, dans la définition, dMndiquer
le genre du défini. — la dé0mMon
n'est pas spéciale au défini, j*al
mis spéciale i^wiv être plusdair;
le texte dit: propre; c*est4-dife,
la définition ne convient pas seule-
ment au défini. — Ainsi qu'on Va
dit auparawini, voir plus haut,
liv. 1, ch. 6, 8 1, etch. 8, 8 1; et
voir aussi le second livre des Osr-
niers Analytiques^ ou , comme le
dit Alexandre, de TApodictique,
passim , et particulièrement ch. 3
et 10. — Les cinq défiiiils de la dé-
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LIVRE VI, CHAPITRE I. 211
qui reçoit lenom;et, par exemple, il faut que la définition
de riiommc aille o tout homme sans exception; ou bien
quoiqu'il y ait un genre, on n'a point placé la chose
dans le genre, ou du moins on ne Ta point placée dans
le genre convenable; car il faut, quand on définit, pla-
cer la chose dans le genre, et n'y ajouter qu'ensuite les
différences qui s'y rapportent ; et de tous les éléments
qui entrent dans la définition, c'est surtout le genre qui
pourrait indiquer l'essence de la chose définie; ou bien
la définition n'est pas spéciale au défini ; car il faut que
la définition soit spéciale au défini, ainsi qu'on l'a dit
auparavant; ou bien, si ayant rempli toutes les condi-
tions indiquées, on n'a point dit ni déterminé l'essence
de la chose définie; ou bien enfin, outre tous ces dé-
fauts, on peut, tout en ayant défini la chose, l'avoir ce-
pendant mal définie.
§ 2. Si donc, pour hi chose à laquelle on applique le
nom, la définition n'est pas vraie, il faut regarder aux
lieux donnés pour l'accident; car, sur ce sujet, toute
recherche consiste à savoir si l'accident est vrai ou s'il
ne l'est pas. £n effet, lorsque nous prouvons que l'acci-
dent est à la chose, nous disons qu'il est vrai, et quand
nous prouvons qu'il n'y est pas, nous disons qu'il n'est
pas vk*ai* § 3. Si on n'a pas placé le défini dans le genre
flntiion peuvent donc se résumer § 3. Si donc, premier défau t.—
ainsi: 1» La définition ne s^applique Le nom y cVs(-à-dire le défini.—
pas à tout le défini ; 99 elle nMndi- Aux lieux donnée pour Vaeeident,
que pas le genre propre du défini ; liv. S et 3.
3» elle ne s^applique pas au seul S 3. 5< on n*a pae placé, second
défini; 4^ elle n'explique pas Tes- et troisième défauts. — Aux lieux
sence de la chose ; S» enfin, elle est expli^e pour le genre, liv. 4, et
irrégulière dans sa forme. pour le propre, liv. 5.
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212 TOPIQUES.
spëcialy ou bien si la définition donnée n'est pas la dé*
finition spéciale, il faut regarder aux lieux expliqués
pour le genre et pour le propre.
§ 4« Il nous reste donc à dire comment on peut re-
connaître si Ion a bien ou mal défini.
§ 5. Il faut voir d'abord si Ton na pas bien défini;
car il est plus facile de faire d'une façon quelconque que
de faire bien. Il est donc évident qu'en cela l'erreur est
plus fréquente, puisque la chose est plus difficile , en
sorte que l'argumentation pour le second point est
plus facile que pour le premier.
§ 6. La définition n'a pas été bien donnée pour deux
motifs: l'un, parce qu'on a employé une expression
obscure; or, il faut, quand on définit, prendre 1 ex-
pression la plus claire possible, puisque la définition
n'est donnée que pour faire comprendre les choses. En
second lieu, la définition peut être mauvaise, parce
qu'on a donné plus qu il ne fallait; car tout ce qui est
en trop dans la définition est inutile.
$ 7. Et, de plus, chacun des défauts que nous venons
de dire peut se diviser en plusieurs espèces.
§ 4. il nous reste donc, c*est le seulement,
quatrième et le cinquième dérauts, § i. Si Von fCa pas bien défini^
bien qu^on puisse croire (faboid c^est le cinquième défaut : il vieo-
qu'ilnes'agisseiciqaeducinquième dra plus lard au quatrième.
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LIVRE TI, CHAPITRE II. 213
CHAPITRE IL
Causes diverses de l'obscurité de la définition.
§ I. li y a donc un premier lieu sur l'obscurité de la
définition, si le mot employé est homonyme à quelque
^ autre. Par exemple, si l'on dit que la génération est
un acheminement à la substance, ou bien que la santé
est un juste équilibre des éléments chauds et froids ; car
raclieminement et le juste équilibre sont des mots ho-
monymes : on ne sait donc pas clairement lequel des
sens exprimés par le mot à significations multiples on
prétend désigner. $ i. Et de même, si Ton n'a point
fait de division dans le cas où le défini a plusieurs sens;
car alors on ne sait duquel de ces sens on a donné la
définition, et l'adversaire peut alors chicaner en disant
que l'explication ne s'applique pas à tout ce dont on a
donné la définition. § 3. C'est là surtout ce que l'ad-
versaire peut faire quand l'homonymie est cachée. Mais .
d'un autre côté, on peut faire soi-même le syllogisme
en ayant soiii d'indiquer en combien de sens est prise la
chose doift on donne la définition; car si l'on n'a rien
donné de suffisant pour aucun des sens divers, il est
évident qu'on n'aura point non plus défini d'une ma-
nière convenable.
9 1. Est Aomonytné d quelque Tbomony mie dans la déflnition, il
aiartf. Voir les Catégories , ch. 1 , la siguale aussi dans le déflni. —
S 1 . VexplieaiUn^ la déttni lion . — Tcmi
% 9. Dons le cas où ie défini a ce dont on a donné la définition^
pliMMtirt sens, Après avoir indiqué tout le déttni.
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214 TOPIQUES.
§ 4* Un autre lieu, c'est quand on s'est servi de la mé-
taphore: par exemple, quand on a dit que la science était
inébranlable, que la terre était nourrice, que la sagesse
était une harmonie. En effet, tout ce qui est dit par
métaphore est obscur ; et l'on peut, quand l'adversaire
emploie une métaphore, le chicaner^ et prétendre qu'il
ne s'est pas servi des mots au propre; car la définition
donnée ne conviendra pas. Et, par exemple, celle de la
sagesse: ainsi, toute harmonie est dans les sons; de
plus, si l'harmonie est le genre de la sagesse, la même
chose sera tout à la fois dans deux genres qui ne se
comprennent pas l'un l'autre; car l'harmonie ne con-
tient pas la vertu, pas plus que la vertu ne contient
l'harmonie.
$ 5. Il faut voir encore si Tadversaire &it usage de mots
inusités : par exemple, Platon disant de Tœil qu*il est
ophryosquie, ou de la tarentule qu'elle est sepsidace, ou
de la moelle qu'elle est ostéogène. Tout mot qui n*est
pas habituel est obscur.
§ 6. Il y a d autres expressions qui ne sont prises ni par
homonymie, ni par métaphore, ni au propre : par exem-
ple, quand on dit de la loi qu elle est i'image ou la mesure
des choses jusies par nature. Tout ceci, du reste, est plus
S 4. £a science était inéhran- comprendre la pensée da texte. —
Ia5l«, Cette définition et les deux Septidoce^dontla morsure oorrmnpt
qui suivent sont platoniciennes. — les chairs. — Oiteogéne, d*après la
Qu'U ne $*e$t pas eervi des mots théorie du Timée , il faut entendre
au propre, L^édition de Berlin ne que ce mot signifie plutdt : qui pro-
donne pas la négation : c'est sans duit le9 05, que produite par les os.
doute une ftinte d'impression. % t. La mesure ou rimage des
S 5. Ophryosfuie, ombragé par choses justes^ Je crois qu'on pour-
ie sourcil : ]*ai conservé le mot grec rait trouver dans Platon des défini-
avec intention, pour que, par sa bi- tiens analogues , et cette critique ,
zarrerie même, il fit d'autant mieux sans doute, s'adresse encore à lui.
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LIVRE VI, CHAPITRE 11. 215
clcfectueux que la métaphore. Jm niëtaphore, du moins,
rend un peu notoire la chose quelle désigne par la
ressemblance qu'elle établit; car toutes les fois qu'on
se sert de la métaphore , on la fait toujours en vue de
quel^UD ressemblance. Mais cette autre forme d'ex-
pression ne fait ries roBOAiIre : car il n'y a point ici de
ressemblance d*après laquelle la loi est mesure ou
image, pas plus qu'elle n'est prise proprement et ordi-
nairement en ce sens, de sorte que si l'on dit absolu-
ment que la loi est mesure ou image, l'on se trompe :
l'image, en effet, est ce dont la production a lieu par
imitation ; et cela n'est pas du tout le cas de la loi. Si on
ne prend pas cette expression absolument, il est évident
qu'on s'est expliqué obscurément, et qu'on emploie une
expression moins bonne que toutes 1rs métaphores.
§ 7. Il faut voir en outre si la définition du con-
traire n'est pas parfaitement claire d'après ce qui est
dit; car les définitions bien données expliquent aussi
les contraires. § K. Il faut voir enfin si la définition don-
née n'indique pas avec évidence de quel objet elle est
la définition; mais si comme pour les peintures des an-
ciens artistes, il est impossible d*y rien connaître si
Ton n'a le soin d'écrire au-dessous ce que ce peut être.
§ 9. Si donc on n'a pas défini clairement, voilà com-
ment on peut le reconnaître.
8 9. Si donc on n'a pas défini elairemêni. Voir plus haut, cb. 1 , 1 6.
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216 TOPIQUES.
CHAPITRE III.
La diSflnition peut être trop étendue pour diverses causes :
éuumératioQ de ces causes.
§ I, Si l'on a donné une définition trop étendue, il
faut voir, d'abord, si Ton s'est servi d'un terme qui s'ap-
plique à tout, soit à tous les êtres absolument, soit à
des choses qui sont comprises sous le même genre que
le défini ; car nécessairement ce terme sera trop étendu.
C'est, qu'en effet, il faut que le genre sépare le défini
des autres choses, et que la différence le sépare de
l'une des autres choses comprises dans le même genre.
Mais l'attribut qui est à tout ce qui est simplement ne
sépare de rien ; et celui qui s'applique à tout ce qui est
du même genre, ne sépare pas de ce qui est dans le
genre, de sorte que l'addition de cet attribut est tout
à fait inutile.
§ a. Ou bien, il faut voir si l'attribut ajouté est propre
au défini, de telle façon que si on l'enlève, la définition
n'en reste pas moins propre, et n'exprime pas moins
g 1. Si Ton a donné une défini- toujours une limite, c*est-à-diie
tian trop étendue^ Voir plus haut, une séparation,
ch. 1, S S.— Que le défini^ La plu- fi S. Qu'elle ett un nombre se
part des éditions , Sylburge, Pa- numvant lui-même. C'est la défini-
cius, etc., ont le pluriel: que les tiun donnée par Platon et surtout
définis. Je préfère le singulier que par Xénocrate. Voir le premier li?re
donne Tédition de Berlin , sans du Traité de Tàme, p. iOJ, a, b, et
doute d'après Tautorité de quelques suiv. — V humide primitif prove-
manuscrits.^5epare,C'estcequ'in- nani de la nourriture. C'est sans
dique le mot même de définition, doute une définition empruntée à
dans toutes les langues : il exprime Técole d'Hippocrate.
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LIVBE VI, GHAPITBE III. 217
Tessence de la chose. Par exemple, dans la définition de
Thomnie, la qualité ajoutée : susceptible de science, est
inutile; car en Tenlevant, le reste de la définition est
encore propre à rhomme et exprime son essence. En
un mot, on doit regarder comme inutile tout ce qui,
étant enlevé, n'en laisse pas moins le défini parfaitement
clair. Telle est la définition de Tâme, si Ton dit qu'elle
est un nombre se mouvant de lui-même; car ce qui se
meut soi-même est précisément la même chose que l'âme,
comme l'a défini Platon. Est-ce que le terme indiqué ici
est tellement propre que la définition cesse d'exprimer
l'essence si le mot de nombre est enlevé? Il est difficile
d'expliquer nettement ce qui en est. Il faut, du reste,
se servir de ce lieu dans tous les cas analogues, selon
que cela est utile. Par exemple, supposons que la d飫
nition du phlegme soit l'humide primitif, venant de la
nourriture sans coction. Or, le primitif est unique et ne
peut être plusieurs, ainsi cette addition de mot : sans
coction, est inutile ; et en l'ôtant, le reste de la définition
n'en sera pas moins propre au défini. En effet, il ne
peut pas provenir de la nourriture primitivement ce
produit et un autre encore. Ou bien, est-ce que le
phlegme n'est pas absolument le primitif provenant de
la nourriture? est-ce qu'il est seulement le primitif des
produits sans coction, de telle sorte quil faille ajouter
sans coction? En s'exprimant de cette façon, la défini-
tion n'est pas vraie ; car le phlegme n'est pas le primitif
de tous les produits venus de la nourriture.
§ 3. U faut voir de plus si l'un des éléments mis dans
§ 8. Sau$ la même upèee que être prise rtfctprogiMiMfil, parce
Ton définit. — Elle ne powra pa$ qa*elle ne sera pas d*égale esteo-
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218 TOPIQUES,
la dëfinilioB cesse d*étre à tous les objets compris sous la
même espèce; car alors on défioit encore plus mal qu'en
prenant un attribut applicable à toua les ilîret^ existants*
En effet, de cette façon, si le reste de la définition es(
propre au défini, la définition tout entière lui s^a
propre aussi, parce qu'en ajoutant au propre un attri-
but vrai, quel qu'il soit, la totalité de la définition n'eu
reste pas moins propre. Mais du moroenjt que l'un des
éléments admis dans la définition n'est pas applicable à
tout ce qui est sous la même espèce, il est impossible que
la définition tout entière soit propre au défini ; C9r elle
ne pourra pas être prise réciproquement pour la cliose.
Par exemple, si la définition de l'bomme est animal ter-
restn^ bipède haut de quatre coudées, cette définition
ne peut être prise réciproquement pour la cliose, parce
que cet attribut : baut de quatre coudées, n'est pas à
tons les êtres placées sous la même espèce.
§ 4- U faut voir, en outre, si l'on n'a point répété la
même cbose plusieurs fois : par exempte, en disant que
le désir est Tappétit de ce qui est agréable ; car tout
8k>D. — Que la chote, que le dé(ini
qui est en discussion.
S 4. Vappétit dé ffagréabU dé
VagréabU^ Sylbuive el Pacius sup-
priment le second : de l'agréable ;
quelques manuscrit^ ont aussi cette
omission que n*a point admise Té-
dition de Beriin ; je Pai suivie. La
Tépélition est indispensable. Niphus
ne Ta pas, et il pense qu'elle con-
siste ici en ce que Tidée de désir
renferme déjà celle d*agréable. La
leçon de rédition de Berlin» sans
doute empruatée à l'autorité de
quelques manuscrits» me semble
très-préférable. — Mais peut-^tre
n*y a-^-il rien là d^absurde^ En
effets robjeetîon faite coatre ladè-
fiiitUon pi^dente est un peu sub-
tile et fausse. — N*%it pets attribué
deux foiê^ L*éditinn de Beriin sup-
prime : deux fois, qu'on peut laisser
cependant. — La définition, c'e^t-
à-dire, la faculté de définir. —Omuc
qui prétendent. Il est difficile de
savoir à qui s'adresse précisément
cette critique. — Toute privation
s'applique à ce qui est naturel.
Voir la MéUpbysique, liv. ft, ch. 8S,
p. lOtt, b» IS.
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LIVRE V.I, CHAPITRE III. 219
désir s'applique à ce qui est agréable. Il s'ensuit que ce
qui est identique au désir s*apptique aussi à l'agréable,
et par là , la définition du désir devient l'appétit de ^
Tagréable de l'agréable ; car il n'y a pas de diffé-
rence à dire le désir ou l'appétit de l'agréable; et cha-.
cune de ces expressions s'applique également à l'a-'
gréable. Mais peut-être n'y a-t-il rien là d'absurde.
L'homme, en effet, est bipède, et ce qui est identique à
l'homme est bipède : or, animal terrestre bipède est
ideatique à l'homme : donc l'animal terrestre bipède est
bipède* Mais il n'y a rien là d'absurde; et le bipède
n'est pas attribué deux fois à lanimal terrestre; car
alors bipède serait attribué deux fois à la même chose;
mais le bipède est dit de l'animal terrestre bipède, de
sorte que le bipède n'est attribué qu'une seule fois. Et
de même pour le désir; car s'appliquer à l'agréable
n'est pas atlrîbué à l'appétit, mais à la totalité; de sorte
que l'attribution ne vient ici qu'une seule fois. Ce n'est
pas une absurdité'du reste de répéter deux fois le même
mol; mais seulement il est absurde d'attribuer la même
chose plusieurs fois à une même chose. C'est ainsi que
Xénocrate prétend que la réflexion est la faculté qui
définit et qui observe les êtres. La définition ici est déjà
une sorte d'observation , de sorte qu'en ajoutant : Et
qui observe, il dit deux fois la même chose. Et de même
encore, ceux qui prétendent que le refroidissement est
la privation de la chaleur naturelle ; car toute privation
s'applique à ce qui est naturel, donc il est inutile d ajou-
ter: naturelle; mais il sufHt de dire privation dv. la
chaleur, puisque la privation elle-même indique assez
qu'il s'agit d'une chose naturelle.
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220 TOPIQUES.
§ 5. Il faut voir, d'autre part, si, le terme étant uni*
versel, on n'y ajoute point aussi un ternie particulier : et,
par exemple , si on appelle la modération une concession
sur des choses utiles et justes; car le juste est quelque
chose d'utile, de sorte qu'il est compris dans l'utile. Ainsi
le juste est ici superflu, parce qu'on a ajouté un terme
particulier tout en employant le terme universel. Par
exemple encore, si l'on a dit que la science médicale est
la science de ce qui est sain pour l'animal et pour
l'homme, ou bien que la loi est l'image des choses belles
et justes par nature; car le juste déjà est quelque chose
de beau; de sorle que la même chose est ici répétée
plusieurs fois.
§ 6. C'est donc par ces moyens ou des moyens ana-
logues qu'on verra si l'on a bien ou mal défini.
CHAPITRE IV.
Deux lieux pour savoir si l'on a réellement défini.
§ I . Voici maintenant comment Ton verra si l'on
a ou si Ion n'a pas indiqué et défini l'essence de la chose:
§ a. D abord, il faut voir si l'on a fait la définition
S 5. LaUdett Vimagê^ U a déjà monstraiions, D&miert Anaiyti^
critiqué cette déûnition, plus haut, ques^ liv. 1, ch. S, g 6 et suiv. —
ch. a , 8 i. — BUn ùu mal défini. Tout enteigntment , tùuie seienu.
Voir pins haut, cb. 1, g i. C^est Paxiôme par lequel débute le
S t. Indiqué et défini Veuenee traité même de la DémonstràUon.
de tocAofé, Voir plus baut, cb. 1, Voir les Demien Anaiytiquêê,
S i. liv. 1 , cb. 1 , g 1 , les expressions
g i. 00 même que dan* 1$$ dé- sont presque identiques.
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LIVRE Vl> CHAPITRE IV. 221
par les choses antérieures et plus connues. En effet ^
puisque la définition n'est donnée que pour faire con-
naître le défini, et que nous le connaissons, non par des
choses quelconques, mais par des choses antérieures et
plus connues, de même que dans les démonstrations,
car c'est ainsi que procède tout enseignement, toute
science, il est évident que quand on n'a point défini
avec des éléments de ce genre on n'a point défini:
sinon, il y aura plusieurs définitions d'une même chose.
Il est évident aussi qu'on définit mieux par les choses
antérieures et plus connues ; de sorte que les deux défi-
nitions s'appliqueraient à la même chose. Mais cela ne
saurait être; car chaque chose n'est uniquement que ce
qu'elle est; or, s'il y a plusieurs définitions d'une même
chose, il faudra que l'essence donnée dans chacune dés
définitions soit identique à l'essence de la chose défi-
nie. Mais ces essences ne sont pas identiques, puisque
les définitions sont diverses; donc il est évident qu'on
n'a point défini, quand on n'a point défini par des choses
antérieures au défini et plus connues que lui. § 3. On
peut comprendre de deux manières qu'on n'ait pas
donné la définition par les choses plus connues; car
c'est, ou par des choses plus inconnues en soi , ou plus
inconnues pour nous; et ces deux cas pourront se pré-
senter. L^antérieur est absolument plus connu que le
postérieur; et, par exemple, le point est plus connu que
%Z. On peut comprendre de deux connu que la ligne ^ le point est
numUrcê^ Voir, sur ces deux sens antérieur à te ligne puisque li (igné
de ranlérieur et du plus notoire , est composée de points. — Vumté
les Dernière Analytiques , liv. 1 » cet plue connue , absolument par-
eil. S, 8 11. — L» point est plue tant, comme pour le point.
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222 TOPIQUES.
la iigne^ la ligne que la surface, la surface que le solide;
de même que l'unité est plus connue que le nombre;
car elle est le principe de tout nombre et avant tout
nombre. Et de même la lettre est plus connue que la
syllabe. Mais, par rapport à nous, il arrive quelquefois
tout le contraire; car le solide tombe davantage sous la
sensation, la surface plus que la ligne, et la ligne plus
que le point. Ce sont ces choses-là même que le vul-
gaire connaît mieux ; car on peut apprendre les unes
avec une intelligence ordinaire, les autres en deman-
dent une qui soit exacte et distinguée.
§ 4* Eli général donc, il vaut mieux essayer de con-
naître les choses postérieures par celles qui précèdent ;
car cela fait plus apprendre. Toutefois, quand les gens
ne peuvent connaître par ces moyens, il faut essayer
de donner la définition par les choses mêmes qui leur
sont connues. Telles sont, par exemple, les définitions
du point, de la ligue, de la surfaee;car toutes expliquent
les choses antérieures par les postérieures, et le point
est, dit-on, la limite de la ligue, celle-ci de la surface,
et celle-ci du solide.
§ 5. Il ne faut pas perdre de vue que quand on dé-
finit de la sorte, on ne peut montrer pour la chose dé-
finie ce qu'est son essence, qu'à la condition que la même
chose soit à la fois, et plus connue de nous^ et plus con-
nue en soi^ puisqu'il faut, pour bien définir, défiûir par
t l. Le paini e#f , dit'-cn , C*e8t tion de Pespèoe, tandis que la réci-
ta définition vulgaire que donne id proque n*e8t pas vraie — La diffé-
Aristole. rence m fait autant, puisque c*esi
g 5. La genre détruit avec lui elle qui dislingue Tespëce. — Est
T espèce , la destrucUon du genre plus ^ncoiimM que le genre et que
entraîne nécessairement la destruo- la différance.
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LIVRE VI, CHAPITRE IV. 223
le genre et les différences. Or, ce sont là des éléments
plus connus queTespèce et antérieurs à Tespèce; car le
genre détruit avec lui l'espèce; la différence en fait au-
tant, (le sorte ipie ces deux choses sont antérieures à
Tespèce. £n outre, elles sont plus connues qu'elle; car
lorsqu'on connaît l'espèce, il y a nécessité de connaître
aussi le genre et la différence. Ainsi , lorsqu'on connaît
lliomine, on connaît aussi l'animal et le terrestre; mais
quand on connaît le genre et la différence, il n'y a pas
nécessité de connaître l'espèce, de sorte que l'espèce est
plus inconnue.
§ 6. De plus, quand on prétend que les véritables dé-
finitions sont les définitions composées d'éléments con-
nus de chacun, on se trouve exposé à faire plusieurs
définitions d'une même chose ; car telles dioses sootplus
connues à telles personnes, et ce ne sont pas les mêmes
qui sont plus connues pour tout le monde. Ainsi donc,
il faudi*ait donner une définition autre pour chacun,, si
l'on devait faire la définition par les dioses plus connues
à chacun. Il y a plus : pour les mêmes individus, ce sont,
à diverses époques, d'autres choses qui leur sont plus
connues. Ainsi, d'abord ce sont les choses sensibles qui
leur sont plus connues; mais devenant ensuite plus in-
truits, c'est le contraire; de sorte qu'il ne faudra pas
toujours, pour la même personne, <ionnerla même dé-
finition, si l'on prétend qu'elle doit être donnée par les
choses plus connues à chacun. 11 est donc évident qu'il
ne faut pas définir par ces choses, mais par les choses
g 6. Quand on prétend , Cette parlant, plus connues en soi , plus
critique s^adrease sans doute à l'é- connues par nature et non pas seu-
oole plalsnictenne. — > Abtolument lement relativement à nous.
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224 TOPIQUES,
plus connues absolument parlant; car c'est ainsi seule-
ment qu'on donne une définition une et toujours la
même. § 7. Mais peut-être aussi l'on peut dire que ce
qui est absolument connu n'est pas ce qui Test de tous,
mais ce qui est connu seulement de ceux qui sont bien
disposes d'intelligence ; de même que le sain, pris absobi-
menty se rapporte à ceux qui ont une bonne organisation
corporelle. § 8. Il faut donc bien fixer cliacun de ces
points, et s'en servir selon le besoin en discutant. § 9. On
peut aussi repousser la définition, et. chacun en con-
vient, si on ne l'a faite ni par les choses absolument
plus connues, ni par les choses plus connues pour
nous.
§ 10. Voilà donc un premier lieu sur la définition
donnée par les choses moins connues; c'est quand on a
défini les antérieures par les postérieures, comme nous
venons de le dire.
§ 1 1 . En voici un autre : c'est de donner la définition
de ce qui est en repos et de ce qui est fini par le mou*
vement et par l'indéfini ; car ce qui demeure est an-
térieur à ce qui est en mouvement et est plus connu;
de même que le déterminé est antérieur h l'indéter-
miné.
§. I a. Il y a trois lieux pour prouver qu'on n'a pas
défini par les choses antérieures. § 1 3. Le premier, si
8 10. Comme noui iMfiofu de U général indiqué au g S ci-dessus.
dire, depuis le 8 i jusqu'à oelui-d. 8 18. Le pnmier est tiré des
8 1S. Hy a trois lieux, ou plu- choses simultanées, dont Tune ne
tôt trois nuances d*un même lieu peut senrir à définir l'autre : car
exposées dans les paragraphes sui- Tune n*est pas antérieure à Tautre,
y^nts.— Par Ui choies amérieuresy Tune n*est pas plus connue que
Cétait la seconde portion du lieu Tautre. Voir les Catégortêê, ch. 10,
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LIVRE VI, CHAPITRE IV. 225
Ton défiait Topposé par Toppose : par exemple, le bien
par le mal ; car les opposés sont simultanés en nature.
Pour quelques-uns même, la notion des deux paraît
être la même ; de sorte que Tun n est pas plus connu
que lautre. Il ne faut pas, du reste, oublier que peut-
être quelques termes ne peuvent pas être définis au-
trement: par exemple, le double ne peut être défini
sans la moitié, et tous les termes qui par eux-mêmes
sont des relatifs; car pour tous ces termes, Texistence
se confond avec la relation qu'ils soutiennent de quel*
que façon que ce soit. Ainsi, il est impossible de con-
naît re l'un sans Tautre; et par conséquent, il est néces-
saire que l'un soit renfermé aussi dans la définition de
l'autre. H faut donc connaître aussi tous les termes de
ce genre, et se servir des lieux qui les concernent selon
les cas où ils peuvent être utiles.
§ i4. Un autre lieu, c'est quand on se sert dans la
définition du défini lui-même. On ne s'en aperçoit pas, du
reste, quand on ne se sert pas du nom même du défini.
C'est, par exemple, si l'on a défini le soleil, un astre qui
parait dans le jour; car si on se sert du jour, c'est se
servir aussi du soleil. Il faut, pour découvrir cette er-
reur, substituer la définition au nom même; et ici, par
exemple, dire que le jour est le mouvement du soleil
au dessus de la terre. Alors il est évident que, quand on
11, IS et 13. — Car pour ces termes sert du jour, si Ton emploie le mol
Veétstence se confond, Cesi la doo- Jour, c*esl employer aussi, implici-
trlne, ei ce sont les expressions tement il est vrai, le mot soleil. —
mêmes des Catégories. Voir tout le Le mouvement du soleil. Voir plas
cb. 7, et particulièrement le 8 M. haut, liv. 5, cb. 3, g 5. Ici Aristoie
8 li. Un autre lieu, Une seconde admet sans bésiution Topinion vul-
naance du mèmte lieu. ^ Si Ton se gaire sur le mott?ement do soleil.
IV. IB
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22fi TOPIQUES,
a dît le iROUvemeiit du soleil au-dessus de la terre, on
a aommé le soleil; de sorte qu^ea se servant du jour^
ou s'est servi aussi du soleil.
§ i 5. Encore, si l'ou a dëBiii un terme de la division
par un terme de la division même : par exemple, si Ton
a, dè&^ l'impair par ce qui esjt plus grand que le pair
jd'une unité; car les choses divisées dans le même genre
coexistent naturellement. Or l'impair et le pair sont
pj^éciscment dans des divisions semblables, puisque tous
deux sont des différenpes du nombre.
§ 16. Et de même encore, si les choses supérieures
sont définies p%r les inférieures : par exemple, si Ton a
.défini le pair par le nombre partagé eu deux, et le bien
par la possession delayertu;carendeuxestprisdcdi*ux,
qui est un nombre pair aussi : et la vertu par elle-même est
bien déjà un bien ; de sorte que ces deux choses so|it infé-
rieures aux autres. § 17. Il y a encore obligation, quand
op s^ se^l du teripe inférieur, de se servir aussi du dé-
fini lui-même; car si Ton pi;end la vertu, on prend aussi
le bien, puisque la vertu est un certain bien. Et d.e même
quand on se sert de: en deux, on se sert du pair,
puisque en deux indique un partage en deux, et que
deux est pair.
§ 18. En résumé, il n'y a qu'un seul lieu relatif à la
la définition qui n'est pas faite par des choses anté-
rieures et plus notoires; et ce lieu a toutes les parties
que l'on a énmnérées.
% 15. Sneon, Troisième nuance % IS. il n'y a qu^un ieul Heuy
du Heu indiquj^ au § %%. indiqué au fi 1 , «t ce lieu a toutes
§ 16. Et de même encore, La dé- lee parties, toutes les nuances qui
finition a été mal donnée , Si Ue forment comme autant de lieux
ehoeee eupirieurûif elc. dialincts.
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LIVRE VJ, CHAPITRE V. 427
CHAPITRE V.
Secoud lie\i de la déflniUo|i : caiiseï; diverses qui fpQt
que Ton n'a point défini.
§ j. Un second Heu, c'est si la chose <^tant dans
un genre, on ne la place pas dans c^ genre. Cette
erreur se produit toutes les fois qu'on n'a point dit
dans la définition ce qu'est le défini. Par exemple, si
Ton donne pour la définition du corps ce qui a trois
dimensions; ou bien si on définit Thoinine, . ce qui sait
compter ; car on n'a point dit ce qu'est le corps pour
avoir trois dimensions, ou ce qu*est Tliomme pour savoir
compter. Mais le genre vise à exprimer ce qu'est la
chose, et c'est le premier des éléments à po»er dans la
définition.
§ n. Un autre lieu, c'est si la chose définie, étant ap-
plicable à plusieurs, on ne Ta pas rapportée à toutes:
par exemple, si Ton définit la grammaire lu science
d'écrire ce qui est énoncé; car il faut encore ajouter:
et de lire. En effet, l'on n'a pas plus défini la grammaire
par la science d'écrire que par celle de lire. Donc, ce
t 1. Un second liiu, Voir plas ch. 5, g 6.
haut, cb. 1, i, el ch. i, g t. — On g a. Vnauirê li'm, Uoe seconde
«M la place pae ianê ce genre , on nuance du ndroe lien. -^ Où le
néglige d*énoncer le genre dans la terme n*eet pae d<f en «o^ , où les
délinitîou. •* Ce qui^.,, ce quiy sans relaUons que soutient le défini , ne
indiquerde genre précis.— te yenre sonl pas toutes essenlIeUes; mais
viee à exprimer ee qu^eet la cAoea, que Tune est essentielle, tandis que
Voir la définition du genre, H?. 1 , Fautre est accidentelle.
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228 TOPIQUES.
n*est pas en disant Tun ou ratilre, c'est en disant les
deux, qu'on définit vraiment, puisqu'il ne peut y avoir
plusieurs définitions d'une même chose. Pour quelques
cas, il en est réellement ainsi qu'on vient de dire, mais
pour quelques autres il n'en est rien; c'est, par exemple,
dans tous les cas où le terme n'est pas dit en soi pour
les deux relations : comme la médecine n'est pas la
science de faire la santé et la maladie; car en soi, elle
s'applique à l'une, et olle ne s'applique à l'autre que par
accident. En effet, absolument parlant, c'est chose étran-
gère à la médecine de faire la maladie; de sorte qu'en
rapportant la définition à ces deux choses, on n'a pas
plus défini la médecine qu'en la rapportant à une seule :
et peut-être même l'a-t-on plus mal définie, puisque le
premier venu est capable aussi, quel qu'il soit, de faire
la maladie.
§3. Unautrelieu,c'estsi l'on a rapportéle défini nonau
meilleur mais au plus mauvais, lorsque les choses aux-
quelles est applicable le défini sont plusieurs; car toute
activité, toute science, ne paraissent devoir s'appliquer
qu'au meilleur.
§ 4* D'autre part, si la chose définie n'est pas placée
dans le genre qui lui est propre, il faut puiser dans les
éléments relatifs au genre, ainsi qu'on l'a dit plus haut.
§ 5. Un autre lieu, c'est si l'on a sauté des gf nres :
8 8. Vn autre liêu. Une troisième haui^ dans ce livre , cb. 1, 8 9.
Duaooe du même lieu. — Cor lottle 8 5. Un autre lieu^ Uoe <iuft-
octMté, Le texte dit : Toute puisF- trième nuauce du même lieu. ^
Muce; i*ai pris en Trançais uu mot Si Van a sauté de$ genres ^ Cest
qui est aussi vague dans ce cas que qu*il faut toHjours délinir par le
le mot grec. genre le plus prochain, comme
8 i. Ainsi qu'on Ta dit plus Arisioie le dit IttWnème quelques
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LIVRE VI, CHAPITRE VI. 229
par exemple, si Ion dit que la justice est la faculté qui
produit l'égalité ou qui répartit l'égal ; car en définissant
ainsi, on passe la vertu. En négligeant donc le genre
de la justice on ne dit pas ce qu'elle est; car l'essence de
chaque chose est dans son genre. Cette erreur est la
même, du reste, que de ne pas placer le défini dans le
genre le plus voisin ; car en le plaçant dans le genre le
plus voisin, on comprend aussi tous les genres supé-
rieurs, puisque tous les genres supérieurs sont attribués
aux inférieurs; de sorte que, de deux choses Tune : ou
il faut placer le défini dans le genre le plus voisin, ou
rattacher au genre supérieur toutes les différences par
lesquelles est défini le genre le plus voisin. De cette
façon, on n'aura rien omis; et au lieu du nom, on
aura déterminé le genre inférieur par une définition;
mais quand ou a désigné seulement le genre supérieur,
on n*a point nommé en même temps le genre inférieur.
Et par exemple, si l'on dit le végétal, on n'a point pour
cela dit Farbre.
CHAPITRE VI.
Vingt-trois lieux tirés des différences pour prouver
que la définition n'est pas fiiite.
§ I. Il faut voir aussi, en considérant le^ différences,
lignes plus bas. — Battaeher au donner directement lui-même. —
genre supérieur toutes les diffé- Détermine le genre inférieur, dé-
renees, Parce qu'ainsi on définit le finit le genre le plus voisin,
genre le pins voisin au lieu de le g 1. BtparexempU ranimai au
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280. TOPIQUES.
sî l'on à bien donné les différences du genre; car hi-
Yp\\ n'a point défini par les difTérenccs propres de la
chose, ou bien si Ton a même donné quelque terme qui
ne puisse être la différence de rien, et, par exemple,
l'ahimalou la substance, il est clair qu^ l'on n'a point dé-
fini ; car tes termes employés ne sent les différences de
rien. § iÀ, Il faut voir en outre s'il y a quelque division
opposée h la différence exprimée ; car, s'il n'y en a pas,
il est clair que la différence indiquée n'est pas la dif*
fér(*nce du genre : c'est que tout genre est divise en
différences opposées, comme l'animal est divise en ter-
restre et volatile, aquatique et bipède. § 3. De plus, la
différence peut bien être réellement op|)bsée, sans être
vraie cependant .pour ^ genre. Alors il est évident
qu'aucune de ces deux différences ne serait la différenic
du genre; car toutes les différences opposées sont vraies
pour leur genre spécial. § 4* ^^j encore, elle peut être
vraie, sans qu'ajoutée au genre, elle fasse pourtant une
espèce : et alors il est évident que ce n'est pas une dif-
férence spécifique du genre; car toute différence spéci-
fique fait une espèce quand on l'applique au genre. Et
si ce n'est pas là une différence, c'est que la différence
indiquée n'en est pas une non plus, puisqu'elle lui est
opposée dans la division.
§ 5. On se trompe encoi'c si l'on divise le genre par
la iubftafwe* qui sont des gnnrr^s et % b. Le genre participe de Ves-
non pas des dilTérenceë. — iVe sont pécet e*est-à-<lire «4116 le genre .re-
let différences de rien, puisque ce çoil 1» définition de res|H.v<i, pI est
^nt des, genres. , compris dans Tespèce au lien de lu
^ § 3. Pour leur genre spécial, comiïrcnôrr. — Est nécessairement
p«iur le genre auquel elles appar- ctttribué au genre ^ puisque iiiH;.-b-
tiennent bieu réellemeaL sairement la longueur a ou n*a pas
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LIVRE VI, GHÀPltfiE VL 231
iiogatioii coiitiTie ceux qui définissent là ligne tine lon-
gueur sans largeur; car cela ne signifie rien autre
chose, sinon qu elle n'a pas de largeur. Il en résultera
donc que le genre participe de Fespèce; car t6ate lon-
gueur est ou avec ou sans largeur, puisque de toute
chose la négation ou raffirmàtion est nécessairement
vraie, de sorte que le genre de la ligne étant là lon-
gueur, il sera ayant ou ^n ayant pas de largeur. Mais lon-
gueur sans largeur est la définition de Tespèce, et de
même aussi longueur ayant largeur. C'est que sans lar*
geur et avec largeur sont des différences : or, la défi-
nition de l'espèce se compose de la différence et du
genre : et par conséquent le genre recevrait la définition
lie l'espèce et aussi la définition de la différence, puis-
que Tune des différences indiquées est nécessairement
attribuée au genre. Ce lieu, du reste, est utile contre
de largeur.
§ 6. Comment attribuera- t^on
au genre? Toutes les éditions or-
dinaires donnent cette phrase sons
forme d'interrogation : et alors elle
oiïn: quel [ue difficulté, qui dispa-
raît en mettant une négation dans
le premier membre, comme Ta fait
Sylburge, je ne sais d'après quelle
autorité. On pourrait avec Niplius
supprimer la forme interrogative,
Il alors la pensée serait parfaite-
ment clairp : si Ton admet une loii^
gtieiireij soi, il Rindra nécessaîn^
itient alors Ini attribuer a la. fois, et
de quelque façon qu*on s*y prenne,
les contr:iircs, on <]n^ f»<l absuTde.
Loin de là, dans le système d'Aris-
toie , le ^enre n'cxisunl point en
soi , mais seulement dans ses es-
pèces , reçoit logiquement les con-
traires puisque les espèces sont
contraires, comme le reconnaît le
platonisme luf-mème par la mé-
thode de division. Je préfère gar-
der Tinterrogation vulgairement
admise; et ceux qui l*ont prétendu
changer n*ont pas fait assez atten-
tion peut-être, qu^Aristote ne dit
pus : Comment attribuera-t-on au
genre qu'il est avec largeur et sans
largeur, comme il aurait ôt le dire
id Ton admettait rexplication de
Niphus ; mais qti*il dit : Avec lar-
geur ou sans laigenr. Dans la réa-
lité, mathémaUque s*entend, toute
longueur a on n*a pas de largeur ;
comment pourra-t-on appliquer ceci
à la longueur en soit— Car on «tip-
posê ici^ J'ai ajdttté ici , pour ren-
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232 TOPIQUES.
ceux qui admettent Texistence des idées. Eu effet ,
s'il y a une longueur en soi, comment attribuei*a-t-
on au genre qu'il est avec largeur ou sans largeur?
Car il faut pour toute largeur que Tune de ces deux
choses soit vraie, puisqu'elle doit être vraie pour le
genre : mais il n*en est rien, car l'on suppose ici des
longueurs sans largeur et avec largeur. Ainsi donc, ce
lieu n'est utile que contre ceux qui soutiennent que le
genre e^t un numériquement. Mais il n'y a de cette opi-
nion que ceux qui admettent les idées ; car ils disent
que la longueur en soi, l'animal en soi sont genres.
§ 7. Il faut bien aussi quelquefois, quand on définit,
se servir de la négation : par exemple, pour définir les
privations; aveugle est défini, en effet, ce qui n'a pas
la vue quand naturellement il devrait l'avoir. § 8. Il
n'importe pas, du reste, de diviser le genre par la né«
gatlon, ou par l'affirmation même à Inquelle doit néces-
sairement être opposée la négation. Par exemple, on
peut définir longueur qui a largeur; car qui a largeur
n'a d'opposé que qui n'en a pas, et n'a point d'autre op-
posé; et ainsi, le genre est encore divisé par négation.
§ 9. Autre erreur, si l'on a donné l'espèce pour la
différence, comme ceux qui définissent l'insulte, une
injure avec moquerie; car la moquerie est une sorte
dre la pensée plus claire. — Des polaie dire contre la théorie des
lanf/nêurê «mu largeur et avec Idéeà.'-^ Que U genre eeî un numé'
iargeur^ Aristote dit : St afec lar- riquêment^ C*est l'opinion piatoni-
geur, et non pins ou , comme dans cienne qui a toujours été combattue
la phrase précédente. Je crois par Aristote. Les genres pour lui
qu*avec cette disUnction le texte n*ont pas d*eiistence substantielle,
ordinaire est à Tabri de tout re- individuelle , comme pour son
proche, et il contient i*nne des ob- maître.
jecUons les plus fortes que Ton $ 9. Ceet une eepéee de rinjure.
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LIVRE VI, CHAPITRE VI. 233
dHnjure, de sorte que la moquerie n'est pas une diffé-
rence, c est une espèce.
§ lo. Il faut voir encore si Ton adonné le genre
comme différence : par exemple, pour la vertu, si on la
définit disposition bonne ou louable; car le bien est le
genre de la vertu. Ou plutôt le bien nVst-il pas, non le
genre , mais la différence , s'il est bien vrai qu'une
même chose ne peut être dans deux genres qui ne se
comprennent pas mutuellement? Car le bien ne com-
prend pns la disposition, et la disposition ne comprend
pas le bien. £n effet, toute disposition n'est pas un bien,
pas plus que tout bien n'est une disposition : ainsi, ni
l'un ni l'autre ne serait genre. Si donc la disposition
est le genre de la vertu, il est évident que le bien n'est
pas le genre, mais qu il est plutôt la différence. Ajou-
tez que la disposition exprime l'essence de la vertu, tan-
dis que le bien n'exprime pas ce qu'est la chose, mais sa
qualité; et la différence semble toujours exprimer quel-
que qualité de la chose. § 1 1. Aussi, faut-il voir égale-
ment si la différence donnée exprime, non pas telle
qualité de la chose, mais l'essence de la chose; car toute
différence semble devoir exprimer une certaine qua-
lité.
§ la. Il faut voir encore si la différence est un simple
accident de la chose définie ; car aucune différence ne
peut être classée parmi les accidents, non plus que le
genre, parce qu'il ne se peut pas que la différence puisse
§ 10. Ou piuîôt le bi9nn'est-U n*e$t pas 1$ genre de U disposition.
pas^ Objection qu^Aristotc Uïi lui- — Le bien n'exprime pas ce qu'eeî
même à sa propre critique de la fo cKoee^ comme il devrait le faire
déllnilion de la vertu. — Que ie bien s*il en éuit le geni».
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234 TOPIQUES.
îiiclifïéreinnieQt ^tre ou iiYtre pas à la chose. § i3. Si
la différence on l'espèce, ou bien mt'\ne quelqu'un des
termes au-dessous de l'espèce, est attribué au genre, on
n'a point défini ; car aucun de ces termes-là ne peut être
attribué augehre, puisque le genre est plus large qu'eux
tons. ' .
§ i4 f)^ plu^^ on n^a pas défini davantage si le
genre est attribué à la différence; car le genre paraît
devoir être attribué, non pas à la différence, mais aux
dioses auxquelles l'est la différente. Par exemple, Ta-
nimal doit être attribué à l'homme , au bœuf et aux
autres animaux terre^itres, et non pas à la différence
elle-même, qui est dite de l'espèce seulement; car si ra-
nimai est attribué h chacune des différences, beaucoup
d*animaux seraient attribués h l'espèce, puisque les dif-
férences sont attribuées a Tespèce. Il y a plus : toutes
les différences seront ou espèces ou individus si elles
sont animaux; car chacun des animaux est ou espèce
ou individu.
§ 1 5. Il fant voir de la n.ême mnnière si l'espèce, ou
quelqu'un des termes au-dessous de l'espèce, a été attri-
bué à la difFérem*eç car cela ire peut être, puisque la
différence est censée plus large que les espères. Il arri-
vera éonc encore que la différence sera espèce, si quel-
qu'une des espèces lui &>t attribuée; car si homme, par
exemple, est attribué, il est clair que la différence est
liomnie. § i6. il faut voir si la ditféreAce n'est pas an-
% il. Beaucoup d'animaux <6- toi-môme. auquel s^apptlquent toti-
raUnt altribuéê à Vespéee^ C*est- les ces difTrcnct's.
à^dire, toutes tes dilTéreneâS de ra- § 15. IH la même manière^ qo*oa
nimal, indépendamment dn g^nre vient de te faire iiuur te genre.
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LIVRE VI, CHAPITRE VI. 2»
lérieiirc à Fespèce ; car il faut que la diflféi'ence soit pos-
térieure au genre, et antérieure à l'espèce.
§ 17. Il faîit voir, de plus, si là ilifféi^ncé irtcliquée-
ue s'applique pas à un autre genre, qui h*èst ni' contenu
ni contenant; car la' même diffén^cé ne ()eut Pire à
deux genres qui ne se comprennent pas mutuellement.
Sinon, il arrivera qu« la même espèce sîèra dans deux
genres qui ne se comprennent pas mutnellemont ; car
chacmfie des différences implique son gem'e propre, dt*
même que le terrestre et le bipède impliquent avec énx '
lanimal; de sorte que chacun des genres est à ce à quoi
est la diflerence. II est donc clair que l'espèce sera dans
deux genres qui ne se comprennent pas mutnellement.
§ 18.. Ou bi^n, n'est-tl pas impossible que la même dif-
férence soit dans deux genres qui ne se comprennent pas
TÀutuellemeut, en ajoutaut toutefois, que tous les deux
ne sont pas compris sous un même genre supérieur?
car Tanimal tei*restre etTanimal volatile sont des genres
qui ne se comprennent pas mutuellement , et le bipède
est la différence de tous les dfeux; de sorte ^u'il faut
i^'outer: pourvu que tous deux ne soient pas compris
sous le même genre' supérieur; car ici torIS tes deux*
sont compris sous l'animal. § 1 g. Il est évid^irt entore
qu'il n'est pas nécessaire que toute différence hnpiiqite
son genre propre, parce qu'il se peut que la même dif-
férence soit dans deux genres qui ne se comprennent
pas mutuellement; mais il est nécessaire qu'elle implique
$ 19. n rCest p<u néceunire que D*est pas nécessaire que la diflTé-
toute différence, CeUiJ version me reoce implique son genre propre
IMratt la vraie. LVdilion de Berlin tout ender. L'édittOn de BerHn n*:i
comme Pacius, dans sa premièro pas cité, du reste, la divefgetioe des
édition , donnait celle variante : Il manuscrits.
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236 TOPIQUES,
seulement Tun des genres, ainsi que tous les termes au-
dessus de lui. Ainsi, bipède, ou volatile, ou terrestre,
impliquent avec eux animal.
§ ao. Il faut voir encore si Ton a donné l'existence
dans un lieu pour la différence de la substance ; car
une substance ne paraît pas différer d'une substance
par cela seul qu'elle est dans tel lieu. C'est pourquoi on
objecte à ceux qui divisent l'animal en terrestre et aqua-
tique, que le terrestre et l'aquatique ne désignent qu'un
lieu. Ou bien, peut-être, ce reproche n'est-il pas juste;
car aquatique et terrestre ne signifient pas l'existence
dans quelque chose ou dans quelque lieu; mais ils dé-
signent une chose qualifiée d'une certaine façon ; car si
l'être est à sec, il n'eu est pas moins aquatique ; et de
même pour le terresti*e, bien qu'il soit dans l'eau , il est
toujours terrestre et non pas aquatique. Toutefois, il
est clair que si la différence exprime la position dans
quelque chose, on se sera trompé pour la définition.
§ ai. On ne se trompe pas moins, si l'on a donné la
modification pour différence; car toute modification,
en s'augmentant, sort l'être de la substance, et la dif-
férence n'est jamais dans ce cas. I^a différence parait
plutôt conserver ce dont elle est la différence ; et il est
absolument impossible que chaque chose existe sans sa
différence propre. Et, ainsi, le terrestre n'étant pas, il
n'y a pas d'homme non plus. § aa. En un mot , toutes
les choses selon lesquelles se modifie l'être qui les a ne
sauraient être la différence de cet être; car toutes ces
$ SO. Aquatiftte et terrestre ^ $ti, SortV^redesaeubitanee,
L*édition de Berlin supprime et Cliange la nature de ia sulistaiice et
terrestre. ftnit par la détruire.
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LIVRE VI, CHAPITRE VI. 287
choses, en s augmentant sortent Tôtre de sa substance.
Si donc on a donne une diflerence de ce genre, on s'est
trompé, car nous ne changeons pas d'une manière ab-
solue avec les différences.
§ a3. On s'est encore trompé, si Fou a donné pour
différence de quelque relatif une différence qui ne soit
pas elle-même relative ; car les différences des relatifs
sont aussi des relatifs. Par exemple, pour la .science,
que Ton appelle théorique, et pratique, et active : et
chacun de ces termes exprime un relatif; car la science
est la théorie de quelque chose, la pratique de quelque
chose, Faction de quelque cliose.
$ a4. 11 faut voir encore si, en définissant, on a
bien rapporté chacun des relatifs à la chose à laquelle
il est naturellement; car on ne peut employer certains
relatifs qu'en les attribuant à ce à quoi ils sont naturel-
lement, et non point en les rapportant à aucune autre
chose. Par exemple, le relatif vue ne peut s'employer
que relativement à voir. D'autres relatifs, au contraire,
peuvent s^employer pour d'autres choses aussi, tout
comme on peut puiser de l'eau même avec une étrille ;
cependant, si l'on définit l'étrille instrument à puiser
de l'eau, l'on se trompe; car ce n'est pas pour cela
qu'elle est faite. Mais la définition de ce pourquoi une
chose est naturellement faite est ce à quoi l'emploie le
$ S3. Active, Ce mot ne rend quelquecbose, maisj'aidûconser-
pasbien le mot grec; mais notre ver Tanalogie.
langue ne m*en offre point d'autre. % iê^ A aucune autre choH ,
Je n*ai point pris le mot poétique , L'édition de Berlin met ici le ment-
ion Ta fait quelquefois, parce bre de phrase qui est plus bas:
que ce mot a déjà un sens tout dif- d'autres relatifs au contraire , etc.
téreui.'-Vaction de quelque choie. Je préfère conserver le. texte ynl-
Le vrai sens est : la production de gaire : la pensée se suit mieux.
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^m TOPIQUE».
^^ en tant que ^ge, çst ce à quoi remploie lascieooe
propre à chaque chose.
§.a5. On s*e$t encore trompé, si lou n'a point donné
la définition du primitif, dans le cas où Ea dëfinitiosi
s'applique à- plusieurs tennes. Par exemple, quand on
dit que la réflexion est la vertu de Thomme el de Time,
çt uoa d^- la pallie raisonnable de 1 ame ; cai* la rëflexsop
C$t la yertu du primitif raisonnable, puisque c'est reki-
tiveineQt à lui qu'on dit que Tâmc et Tliomnie réflé-
ckissent.
$ a6. Ou sest eucore trompé, si la chose, dont te
défini est dit la modification, ou la disposition, ou telte
auXie afCecUoj), ne la peut recevoir; car toute disposi-
tion, toutepassiôu est naturellement dans la chose dont
çlle est di^ppjsiUo^i ou passion ; de même que. la science
est ian^ Tâmç, pMrc0 qu'elle est une disposition del'ame.
Pajfois on se } rompe dans ces cas-là, comme quand on
dit que le spmmçii est une impuissance de sentir, et le
doute uijie ég^^ité de raisonnements contraires, et la
dpuleur iine sépai^ation violente des parties connexes. En
e|fet Ifi spmmeil n v^ pas à ï» seusalion , et il faudrait
qu'il y fût s'il était une impuissance de sentir; et, cte
memç, le doute n'vst pas davantage aux raisonnements
contraires, ni la douleur aux parties connexes ; car les
êtres inanimés eux-mêmes auront de la douleur, si la
douleur est à ces parties. Telle est encore la définition
de la santé, si l'on dit que c'est une juste mesure des
éléments chauds et froids ; car il est nécessaire abrs que
les éléments chauds et froids aient de la santé. En elTçt,
la juste âuesure de chaque chose est dans la chose
même dont elle est la juste mesure; de sorte que la santé
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LIVRE VI, CHAPITRT. VI, 339
serait Aussi à ces élcments^à. § 27. Il arrivera, en outre,
quand ou défiiiit de crtte façon , de placer la chose faîte
ckius ceUe qui fait , et roriproquement ; car la séparation
des parties connexes n'est pas la douleur, c'est ce qui
fiiit la douleur* Et l'impuissance de sensation n'est pas
le sommeil; mais l'un cause l'autre; car nous dormons
par impuissance de sentir, ou nous sommes impuissants
à sentir par le sommeil. Et de même régalité de raison-
nements contraires semblerait être ce qui fait le doute.
En effet , quand , en raisonnant , il nous semble que les
raisons sont égales de part et d'autre, nous doutons la-
quelle des deux nous devons adopter pour agir.
§ a8. Il faut regarder à tous les moments du temps
s'il n'y a pas rMscordance entre eux ; et, par exemple, si
l'on a défini l'être immortel, l'être maintenant impéris-
sable; car l 'être actuellement impérissable ne sera qu'ac-
tuellement immortel. Ou bien ne peut-on pas dire
•que ceci n'est pas vrai dans ce cas ? car il y a doute
dans cette expression : maintenant impérissable. ¥Me
exprime, en effet, on que Fêlre n'a pas maintenant
péri, ou qu'il ne peut être maintenant détruit, ou bion
qu'il est tel maintenant qu'il ne peut jamais être dé-
truit. Lors donc que nous disons que l'être est mainte-
nant impérissable, nous ne disons pas que l'être soit tel
maintenant, mais nous disons qu'il est de nature à n'être
$ S8. Nou$ né diioni pas que iiuiimenaiillel,qu*U ne peut jamais
t^éirê Moii t$l fMintenant , L*édJ- être détiuit Le sens est biea le
Uon de Berlin, au lieu de ceUe mdine; mais la première verâioD a
pbrue qui est dans toutes lesédi- ravanlage d'être plus explicite et
tiens, donne la suivante qu'elle ne de mieux rôpoiidfe aux développe-
JitttiAe pas par ruutorité det^ ma- menb qui précèdent : voilà ce qui
nuscrits : Nous disons que Tétie est me l'a lait conserver.
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240 TOPIQUES.
jaiuaU (léiruit. Or, ceci se coiifoiiii avec immortel : donc
ce n'est pas maintenant seulement qu1l est immortel.
Pourtant s'il arrive quo ce qui est donné dans la défini-
tion soit maintenant ou ait été auparavant, et que ce qui
est exprimé dans le nom ne soit pas ainsi , l'identité
n'existe plus. Il faut donc se setwir de ce lieu ainsi
qu'on l'a dit.
CHAPITRE VIL
Sept lieux pour attaquer la défloition.
§ I . Il faut voir encore si le défini ne serait pas d'une
autre chose plutôt que de la définition donnée : par
exemple, on se trompe si l'on dit que la justice est la
faculté distributrice de l'équité; car celui qui se résout à
donner l'équitable est plus juste que celui qui peut le
donner. Ainsi, la justice n'est pas précisément la faculté
distributrice de l'équité ; car alors celui-là serait le plus
juste qui peut répartir l'équité.
$ a. Et encore il faut voir si la chose reçoit le plus,
quand ce qui est donné dans la définition ne le reçoit
§ i. Bit la faculté distriMricê, à chacun ce que Téquitô réclame.
G*est dans le mot faculté qu*il faut Autrement, il s*ensuivraU , chose
chercher le vice de cette déttnllîon: absurde, que celui-là est le plus
la Justice consiste, non pas à pou- Juste qui peut rendre à chacun ce
foir rendre à chacun ce que veut qui est équitable, sans d*ailkîurs le
i*équité: la Justice n'est pas une rendre réellement: racteseulooo-
simple puissance, une simple fa- stitue vraiment la JusUce.
culte ; c*e8t la résoluUon bien ar- § 9. Si la chose y G*e8t:à-dire le
rètée, et passée en acte, de rendre déttni.
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LIVRE YI, CHAPITRE YII. 341
p«ft; ou réciproquement^ si ce qui est donné dans la dé>
finition le reçoit, et que la chose ne le reçoive pas; car
il faut que les deux termes le reçoivent, ou qu'aucun des
deux ne le reçoive, puisque ce qui a été donné dans la
définition est identique à la chose définie. $ 3. Il faut
voir, en outre, si les deux termes reçoivent le plus, sans
que tous deux prennent en même temps laccroissement.
Par exemple, c est une faute si Ton dit que Tamour est
un désir de cohabitation ; car celui qui aime plus ne
désire pas plus la cohabitation. Ainsi, les deux termes
ne reçoivent pas en même temps le plus, et il faudrait
qu'ils le reçussent, puisqu'ils sont une même chose.
$ 4* I' f^ut voir, deux termes étant donnés, si la dé-
finition n'est pas dite en moins de celui dont le défini
lui-même est dit en plus. Par exemple, si l'on dit que
le feu est le corps dont les parties sont les plus ténues;
car la flamme est plus feu que la lumière, et cependant
la flamme est un corps à parties moins ténues que la lu-
mière ; or, il faudrait que les deux termes fussent en
plus à la même chose, puisqu'ils sont identiques. $ 5«
De plus, il faut voir si, l'une des deux définitions étant
également aux deux termes avancés, l'autre est non pas
également aux deux, mais plus à Tun ou à l'autre.
§ 6. Regardez encore si la définition relative à deux
termes sfi rapporte bien à l'un et à l'autre : par exemple,
quand l'on appelle beau ce qui est doux à voir ou doux à
entendre ; et être, ce qui peut souffrir ou agir; car alors
le beau et le non beau seront la même chose. Et de même
S 6. £a définition relative à dêuœ ment, qui déSnit la chose par deux
firmef, Qnl renfermé deux termes termes compris dans une seule et
auxquels le défini s^applique égale- même définition.
IV. 16
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242 TOPIQUES.
pour r Atre et le ii6n être. Dis lort, tm effets TagrëtUe 1
entendre sera la même choie que le beauf ainsi, ce qui
n'est pas agréable à entendre sera identique à ce qui
uest pas bttiu; car pour des choses identiques» les op-
posés sont identiques» et à beau est oppose le non beau
el à agréable à entendre le non agréable à entendre;
mais il est évident que ce qui n'est pas doui à entendre
est identique à ce qui n est pas beau. Si donc» quelque
chose agréable à voir ne Test pas à entendre» ce sera
tout à la fon beau et non beau. Nous pourrions démon-
trer de même» qu'en ce sens» l'être et le non être sont
identiques.
§ 7. Enfin» il faut voir» si, quand au lieu de noms on
substitue les définitions des genres» des différences» et
de tous les autres éléments qu'on met dans les défini*
lions» il n'y a pas quelque discordance.
CHAPITRE Vin.
Cinq tntrss lient pour attaqner la dëlnition.
$ I. Si le défini est relatif» on en soi» ou par son
genre» il faut voir si dans la définition on a négligé de
f 7. Enfin U fmui 99^, U leas Bttfoi sinri fubsittuéê oss*aeeoids
de ce. paragnphe est on peu obs- pas a? ec ie aom aniérlenreaieiil
cor; le Tofcl sous forme plus clatre : posé , 00 peut alors attaquer sous
Pour attaquer la défioitiOD, il fiiut ce rapport la définition d*abord
psKois» à la plaoe des non» des donnés,
genres» des différences, etc., sub- f i. Pwtsqu'am a éiakU , (M
sUtuer la définition; st si la défi- is isppOM tamoUsaMat sas Ûk
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LIVRE VI, OflAPITBE VIII. 9«3
Je rapporter à la clK>9e dont il est le relatif, pu en soi ou
«par ion geiire* Par exemple, si Ton a défini la science
une conception irréfutable, ou la volonté un désir sao^
diOuleur ; or l'essence de tout relatif est de se rapporter à
une chose autre que lui, puisqu'on a établi que c'était
une même chose pour tous les relatifs d'être et d avoir
un certain rapport avec quelque chose : il fallait donc
dire que la science est la conception de cq qui est su,
et la volonté un désir du bien. Même faute encore, si
Ton a défini la grammaire la science de^ lettres ; car il
fallait indiquer dans la définition, ou la chose relative-
ment à laquelle la grammaire est dite, ou celle relative-
ment à laquelle est dit le genre. § u. Ou bien il faut voir
si un relatif étant indiqué, il n'est pas rapporté à sa fin
propre : la fin dans chaque chose est le meilleur, ou ce
pourquoi est fait tout le reste. Il faudra donc dire si
c'est le meilleur ou si c'est le terme final; comme, par
exemple, le désir n'est pas le désir de ce qui plaît, mais
du plaisir, puisque c'est pour le plaisir que nous re-
cherchons ce qui plaît.
§ 3, Il faut voir encore si c'est à la gjénération qu'on
a rapporté le défini, ou bien à l'acte; car rien de tout
cela n'est la fin : c'est > qu'en effet, avoir agi et avoir
été est bien plutôt la fin que être ou agir. Mais ne peut-
on pas dire que ceci n'est pas vrai pour tous les cas? car
taries, cb. 7, 8 ti : rexpression d'écrire, comme il Ta indiqué plus
même est idendqoe dans les deux haut, dans ce !!▼., ch. 5, 8 S.— On
ouvrages. ^ la wnl^9lpiio1^ de ce edUnlaiivemm^àlaqtMêutdiU
f[ui Bit jtf, La science est relative le genre ; c'est-à-dire la science ,
à ce qui est su. — BelativemMt à genre de la grammaire, et qui est
laquelle la grammaire est dite^ La relative à ce qui est su : fl faut fllire
grammaire étant rart de lire et Toir nettement la relation.
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244 TOPIQUES.
la plupart des hommes préfèrent jouir plutôt que
ser de jouir, de sorte qu'ils se font bien plutôt une fin
d*agir que d'avoir agi.
$ 4* I^ plusy il faut voir si pour quelques cas, le dé-
faut de la définition ne tient pas à ce qu'on n'a défini ni
la quantité/ ni la qualité, ni le lieu, ni selon les autres
différences. Par exemple, si l'on définit l'ambitieux
sans dire de quels honneurs et de combien d'honneurs il
est avide; car tous les hommes désirent les honneurs,
de sorte qu'il ne faut pas appeler ambitieux celui qui
les désire, mais il faut ajouter aussi les différences indi*
quées. Et de même pour l'avare : il faut dire combien
de richesses il désiré ; et pour l'intempérant, pour quels
plaisirs il l'est; car on n'appelle pas intempérant celui
qui se laisse aller à un plaisir quelconque, mais à cer-
tains plaisirs. C'est mal définir encore quand on définit
la nuit l'ombre de la terre, ou le tremblement de terre
le mouvement de la terre, ou le nuage Tépaiasissement
de l'air, ou le vent le mouvement de l'air. Dans tous ces
cas, il faut ajouter la quantité et la cause. Et de même
pour les cas analogues ; car si l'on néglige une seule
différence, on n'indique plus l'essence de la chose. Il
faut toujours attaquer ce qui manque à la définition;
car il n'y aura pas tremblement de terre pour le mouve-
ment d'une terre quelconque, ni pour un mouvement
quelconque de la terre, et il n'y aura pas non plus vent
pour le mouvement quelconque de l'air, en qualité ou
en quantité quelconque.
f 4. Selon les autru différences , faut toujours fiiire porter ses argu-
c*est*à-dire les autres Catégories, ments sur romission faite dans la
— B fami twjimrê tUtaquer, Il définition.
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LIVBE VI, CHAPITBE VIII. Î45
$ 5. Il faut voir encore, pour la définition des désirs,
si Ton n'ajoute pas Tidée d apparence, et pour celle de
toutes les choses où il convient de Tajouter. Par exem*
pie, si Ton dit que la volonté est un désir du bien,
et que le désir esl un appétit du plaisir, sans dire que
c'est du bien qui parait, du plaisir qui paratt; car sou-
vent, quand on désire, on ne sait si l'objet est bon ou
s'il est agréable; ainsi, il n'est pas besoin nécessaire-
ment que Tobjet soit bon ni qu'il soit agréable : il suf-
fit qu'il en ait seulement l'apparence. Il fallait donc faire
aussi la définition avec cette nuance. § 6. £t si l'on fait
l'addition que je viens d ^indiquer, il faut conduire aux
idées celui qui admet les idées ; car il n'y a pas d'j4ée
pour ce qui ne fait que paraître, mais l'idée doit se rap-
porter à une idée. Par exemple , le désir en soi se rap-
porte à l'agréable en soi , et la volonté en soi au bien en
soi. Ce n'est donc pas à un bien simplement apparent
que se rapporte la volonté en soi, ni le désir en soi à ce
qui ne fait que paraître agréable; car il est absurde que
le bien ou l'agréable soit en soi simplement apparent.
S i. IHi Wffi 9w< paraît i De ce
qui penlt bien, do bieo soit réel
loit appareot.
%€. Il faut eondmirê au» idéêij
n bat faire porter la discossIOD
sur les idées. — il n*y a pa$ Sidiê
pour eê qui ne fait fuê paraêtn^
Parce que l*idée est PeMence oiéme
de la chose, et, au sens platonideD,
toute sa réalité.
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246 TOPIQUES.
CHAPITRE IX,
Huit autres lieux pcNir attaquer la dëBnition«
§ t. De plus, si la définition s'applique à uneposse^-
slon, il faut voir au sujet qui possède; si cW au sujet
qui possède, il faut voir à la possession. Et de même
pour toutes les autres choses de ce genre : par exemple,
si ce qui plaît est ce qui est utile, celui qui a du plaisir
est aussi celui qui retire de Futilité. En un mot, dans les
définitions de ce genre, il arrive que celui qui définit
définit plus d'une seule chose à la fois; car définir la
science, c'est bien définir aussi en quelque sorte figno-
rance. Et de même si Ton définit ce qui sait, on déBnit
aussi ce qui ne sait pas. Si l'on définit savoir, on définit
bien dé plus ignorer; car le premier terme étant expli-
qué, le reste devient, en quelque sorte, aussi évident. Il
faut donc voir dans toutes ces définitions, s'il n'y a
pas quelque discordance, en se servant des lieux pris
des contraires et des conjugués.
§ a. Il faut voir, dans les relatifs, si l'on peut rap-
porter aussi l'espèce à quelque partie de la chose à
laquelle est rapporté le genre. Par exemple, si la con-
ception est relative au sujet conçu, telle conception
devra être relative à tel sujet conçu; et si le multiple se
rapporte au sous-multiple, il faudra que tel multiple se
%\, Pour toutes les autre$ choses traires et des conjugués ^ comme
de ce genre. Les relatifs et les op- od l'a fait plus haut, liv. 8 , ch. 7,
posés. — Des lieux pris des con- 8, 9 ; liv. 4, ch. 8, i ; liv. 5, cb. 6.
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LIYBE lly CHAPITBE IX. 147
rapporte à tel M>tift«muhiple; car n on ne pe^t pas
établir ces rapporta , c est qu'évidemment on s'est
trompé.
$ 3. Il faut voir encore si la définition opposée est
bien celle du terme opposé : par exemple, si celle de la
moitié est Topposé de relie du double ; c^r si le double
est ce qui surpasse d'autant, ce qui est surpassé d'au-
tant est la moitié. $ 4* E^ àe même pour les contraires :
car la définition du contraire sera la définition du con-
traire , toutes les fois qu^il s'agit d'une combinaison
simple des contraires. Par exemple, si l'utile est ce qui
fait le bien, le nuisible sera ce qui fait le mal ou oe qui
détruit le bien. Il faut nécessairement que l'une des
deux définitions soit contraire à cdie qui a été posée
d'abord. Si donc ni Tune ni l'autre n'est contraire à
celle qui a été donnée d'abord, il est évident qu'aucune
de celles qui out été données à la suite ne sera la défi-
nition du contraire; et par conséquent, la définition
donnée d'abord n aura pas été bien donnée. § 5. Comme
certains contraires ne sont désignés que par la privation
de l'autre contraire, et, par exemple, l'inégalité paraît
être la privation d'égalité, puisqu'on appelle inhales
les choses qui ne sont pas égales , il est évident que le
contraire désigné par privation sera nécessairement
défini par l'autre; tandis que cet autre ne le sera pas par
relui qui est désigné privativement; car il arriverait alors
qu indifféremment l'un serait connu par l'autre. Il faut
donc, pour les contraires, bien prendre garde à cette
erreur. On la commettrait, par exemple, si l'on définis-
% 4. l>*ttfM eomMnaifon temple bîDaisoos direnes des oontrsires ,
dêi mmêrt/kmf Vsir,yeaf les csa»» livra t, oks^. T.
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948 TOPIQUES.
sait Tëgalitë le contraire de l'inégalité; car c'est définir
par le contraire qui est dénommé privativement. § 6. De
plus, quand on définit ainsi, on est forcé nécessairement
de se servir de la chose même qu'on définit, et cela est
de toute évidence, si l'on substitue la définition au dé-
fini; car il n'y a pas de différence à dire ou l'inégalité ou
la privation de l'égalité. Ainsi l'égalité sera le contraire
de la privation de l'égalité, et, par conséquent, on
aura employé l'égalité. § 7. Même erreur si aucun des
contraires n'est dénommé par privation, et que la défi-
nition soit semblablement donnée. Ainsi, comme le bien
est le contraire du mal, il est évident que le mal sera le
contraire du bien ; car pour les contraires de ce genre
il faut donner semblablement la définition; de sorte
qu*il faut se servir ici encore une fois de la chose définie.
Ainsi le bien est dans la définition du mal : et par consé-
quent, si le bien est le contraire du mal et que le mal
ne soit pas autre chose que le contraire du bien» le bien
sera le contraire du contraire du bien. Il est donc évi-
dent que pour définir la chose on se sert de la chose
elle-même.
§ 8. Il faut voir encore si en donnant le terme dit
par privation on n'a point donné aussi la chose dont il
est la privation : par exemple, de la possession, ou du
contraire, ou de telle autre chose dont il est la privation.
Et si l'on a oublié d'ajouter que ce terme est dans le
sujet, oii il doit être naturellement, soit d'une manière
absolue, soit primitivement : par exemple, si, disant que
Tignorance est privation, on n'a pas dit que cW priva-
S 7. Sofi HmbhhUmêtU dMiitff, Pour Tua et Vwaite oonliiins.
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LIVRE Yl, GHAI^ITBE X. 34»
tion de science; ou si Toa n*a pas ajouté le sujet dans
lequel elle est naturellement ; ou si, en ajoutant ce sujet,
on n'a pas donné le sujet où elle est primitivement : par
exemple, si Ton a dit qu'elle est, non pas dans la partie
raisonnable, mais dans Thorome ou bien dans l'âme, si,
dis-je, l'on ne prend pas toutes ces précautions, on s'est
trompé. De même encore si, en parlant de l'aveugle-
ment, on n'a pas dit qu'il était la privation de la vue
dans l'œil ; car il faut pour bien définir ici ce qu'est la
chose, dire et de quoi elle est la privation et quel est le
sujet qui en est privé.
§ g. U faut voir enfin si Ion a défini par privation
un terme qui n'est point dit par privation. C'est ainsi
que pour la définition de l'ignorance, cette faute sem-
blerait être commise aux yeux de ceux qui ne la défini»*
sent que par négation ; car celui qui n'a pas la science
ne parait pas ignorer; c'est bien plutôt celui qui se
trompe. Et voilà pourquoi nous ne disons pas que les
êtres inanimés, non plus que les enfants, sont ignorants.
Par conséquent, Tignorance n'est pas dite par privation
de la science.
CHAPITRE X.
Trois autres lieux pour attaquer la définition.
§ I . Il faut voir encore si les cas semblables de la dé*
finition s'accordent avec les cas semblables du défini :
par exemple, si ce qui £siit la santé est utile, utilement
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2M TOPIQUJBS.
•era m fiitsânt la 0taié| et ce qui a été utile sera ce qui
il &it la Maté.
5i* Il £itit voir de plut si la définition donnée s*accorde
a?ec l'idée; car cela n'est pas dans quelques cas; et, par
j«Kemple«t«4leest Terrrur de Platon quand il fiiit entrer le
jnoi*tel dans les définitions des animaux. En effot, Tidée ne
peut pas être mortelle^ et, par exempte, celle de Thomme
en soi; de sorte que la définition ne conviendra point
avec l'idée. £n général, pour toutes les choses auxquelles
est ajoutée la notion d'ai-tion ou de souffrance, il est ué^
cessaire que la définition soit en désaccord atec l'idée,
puisque pour ceux qui soutiennent qu'il y a des idées,
elles doivent paraître sans passion (*omme sans niouve-
4nent : et c'est contre ces théories que ces argumenls
peuvent éti"e utilement einpktyés.
§ 3. U faut voir aussi pour les eluises désignées par
bomonymîr, si Ton a donné une seule définition appli-
.cable à touirt; car ce sont les termes synonymes qui
.n'ont qu'aune seule et même définition pour le nom
.qui les désigne. Ainsi la définition donnée pour un ho-
monyme ne va bien à aucunedes choses placées sous le
mot^ tandis que le mot homonyme va bien à toutes.
§ 4* 1*^1 ^h P^t* exemple, le vice de la définition que
Denys a donnée de la vie, quand il dit qu'elle est le
mouvement inné et consécutif d'un genre nourrissable :
mais cotte définition n'est pas plus applicable aux ani-
maux qu'aux plantes. La vie, du reste, ne paraît pas
%% Si la dé/lnUian dwinéê (jfoWM, ehap. 1, ^1 etS.
/eMOnU MMe ViOiê , QrM|M ds g 4. iadé^hUUm quê^Benys a
It théorie plaloDioieiiae. donnée dé la «ti. Ce Deoys eii fort
I S. Cor U$ termes synanyrMs^ peu connu : on le croit un phiiosoptie
Veir pêm IssifaeÉyawlBi Cenê^ ésréeitoéoPtiiUMi..
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LIVRE VI, CHAPITRE X. 161
pouvoir être réduite à ooe seule Cftpèoe; unit elle eâtr
autre pour les aiiimauxi autre pour les plantes. $ 6. On
peut donc, même avec intention, donner la définition
de la rie comme si toute vie était synonjme, et qu'elle
s'appliquât à une espèce unique. Mais rien n empéchei
même quand on voit Thomonymie et qu'on veut donner
b définition de Fun des sens, qu'on ne donne sans le
savoir, non pas une définition spéciale, mais une défi-
nition commune aux deux. Néanmoins, que Ton prenne
lun.ou lautre, on se trompe également.
§ 6. Gomme on peut ne pas voir quelquefois les ho-
olQtfymes^ il faut, quand on interroge, s'en servir comme
s'ils étaient synonymes; car alors la défioîlion de l'un
»e concordera pas avec la définition de l'autre : et, par
conséquent, l'adversuira paraîtra n'avoir pas défini
comme il faut; car il faut que le mot synonyme s'ap-
plique à tout. Au contraire, il faut distinguer quud ou
répond. § 7. Mais comme quelques personnes, en ré-
% 5. Avec inUniiim, ei sans
s^ftpereevoir da rhouonyails.
i s. S*appl(que à tout, C*eii-à-
dire à tous les sigcts qui reçoivent
ceUe déoomioatioD. — Il faut dis-
IfnfiMr, Cesl-4-dlre <|«*il dut in*
diquer celui des sent qa'oa pré-
lead adopur pour l6 ludt lioaio-
ayuM.
• %T, Quand at^ ne pri9oUp»ê^
4>«tiid l'advenaira ne prévoit put
Ja eoBséqneDce > U est pius disposé
à accorder œ qu*oa lui deiuaudu»
-*- Kê i*app<ifus |Nif à tout os
qui est compris sous te nonn du
déQui. — Mais $% sans PMoêmtioH
prémMUf Voici le seat de ce pas-
sage, qui est alMcttf» paroa qu'Ar
ristoie ae cite pas d^exemple,
eomaie it le foit ordiasiraneat : U
faut avoir le soin en général , pour
éviter tout malentendu, dMndiquer
la nature du mot dont on se sert
al de diia s*U «si iMaMNqraia oa
tgraoniaia; raatoai roa a oaMIéda
la faire , et qu*à cet égsrd aii aS
soH eaaveau du riaa avaa l^advei^
atfre, aaluM paal, daas la cours
de la diseuasioa, sautanir fua la
Mot est hoawnyna , paice qac la
définition donnée ae conviant pas
à tel individu ou è telle aspèae oa»
prisa cependant sons la sma qu*aa
a piétcnda déttnir. A eatls ol^ao*
tloa, il teai répoadie aa i
dMai las div
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352 TOPIQUES,
poadaoty prennent un synonyme pour un homonyme ,
quand la définition donnée ne s applique pas à tout, ou
bien un homonyme pour un synonyme, quand elle s'ap-
plique également aux deux« il faut d'abord s'entendre sur
ces points-là 9 ou prouver, par syllogisme, que le terme
est homonyme ou synonyme, ou dire quel il est; car on
s'accorde mieux quand on ne prévoit pas quelle doit
être la conséquence. Mais si, sans convention préalable^
l'on appelle homonyme ce qui est synonyme, parce que
la définition donnée ne s'applique pas aussi au terme
qu'on désigne, il faut voir si la définition de ce terme
s'applique à tout le reste; car il est évident que, pour le
reste, il doit être synonyme; sinon, il y aurait plusieurs
définitions pour le reste ; et alors les deux définitions
nominales s'appliquent à ces termes restants, et la pre-
mière qui a été donnée, et celle qui a été donnée ensuite.
§ 8. D'autre part , si , en définissant un terme à plusieurs
sens et la définition ne s'appliquant pas à tous, l'adver*
saire dit, non pas que le terme soit homonyme, mais
qu'il nie que le nom s'applique à tout , parce que la dé-
finition ne s'y applique pas, on doit ré{>ondre à cette ob-
I le mol convient comme sy- de Tadvenslre. Tel est, Je crois, le
iionyme, en exceptant la seule que sens de ce passage,
radversaife a désignée ; car il est % S, Si l*adf ersalre prétend que
érldent que pooT tontes ces espèces, le nom défini ne convient pas à
le mol doit être synonyme. S*ll tontes les espèces qui sont corn*
n*était pas synonyme pour elles, il prises sons lui, parce que la déani*
tendrait alors convenir qo^il est tion ne leur convient pas , U tat
bomonyme; car le mot en disons- recourir à Tnsage qn*on Mt habi-
sion pourra recevoir deux défini- tnellement de ce nom pour dési-
Hons, purement nominales il est gner même les choses auxquelles
vrai, et celle qui a été d^abord la définition ne convient pas, et
donnée et celle qui aura été don» soutenir quMl ne faut rien changer
née ensoite, diaprés les remanpies à Texpression vulgaire.
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LIVRE VI, CHAPITRE XL 293
jection, qu'il faut se servir de la dénomination reçue et
suivie généralement, et ne pas la changer. Ce qui n'em-
pêche pas que, dans certains cas, il ne faille parler au-
trement que le vulgaire.
CHAPITRE XL
Cinq autres lieux peur attaquer la définition.
§ I . Quand l'on a donné la définition d'une chose
unie à d'autres, il &ut voir si, en retranchant la défini-
tion de l'une des deux choses unies, ce qui restera sera
bien encore la définition du reste; sinon, il est clair que
la définition totale n'est pas la définition du tout Par
exemple^ quand l'on a défini la ligne droite finie: la
limite d'une surface qui a des limites, et dont le milieu
est joint aux extrémités; si la définition de la ligne finie
est la limite d'une surface ayant des limites, le reste
de la définition doit s'appliquer à l'idée de droite, dont
le milieu est joint aux extrémités. Mais la ligne infinie
n'a ni milieu ni fin, et elle est droite pourtant; de sorte
que la partie de la définition qui reste n'est pas' ici la
définition du reste.
§ a. Il faut voir encore si , le défini étant composé,
S a. Qu^Upuitiêyavoir ehan^ qu^an n'a poini t^nié plm éê
§mmntt4Hproque des mots, Qu*on noms. Et ce changement n*ijoate
paisse pfendre les définilions ponr rien aux élémento intégnats de la
les mots dans le sens de la déSni- définition. — On n^aura pa$ défini^
Uon même , on substituer de sim- L'édition de Beriin» d'acoord avec
pies mots à des défiaitioos.— JPuif- une variante d^Istagriaios, dit sa
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SM T«PIQUII.
on t donné une définition à membres égaux à ceux du
défini. On appelle définition à membres égatix^ lorsque,
quels que soient les éléments composés du défini » il y f
dans la définition tout autant de noms.ei de verbes; car
il faut nécessairement , dans les cas de ce genre, qu'il
puisse y avoir changement réciproque des mots, soit de
tous, soit de quelques-uns au moins, puisqu'on n'a point
ajouté plus de noms qu'il n'y en avait auparavant. Mais
il faut, quand on détiuit, mettre la définition au lieu
des mots, et td;:ber de faire eeU pour tous, ce qui est le
mieux, ou sinon , pour la plupart au moins; car, de
cette façon , même pour les mots simples, en ne substi-
tuant qu'un mot pour un mot, on n'aura pas défini {
eomme, par exemple, quand au lieu de vêtement on
prend manteau. § 3. U y a encore une faute plus grave',
c'est de faire sobstitulion de mots plus inconnus. Par
egLei{i|iie, si, au lien d'honune blane, on dit mortel bla»-
obi; car on ne définit pas : et, de plus, on parle moins
clairement en s'exprimant ainsi.
§ 4* Il £>ut voir encore si, dans cette substitution de
Mots on n'exprime plus la même chose. Par exemple,
quand on appelle la science théorique une conception
théorique; car la conception n'est pas la même chose
que la scîenoe: et il le fiiudrait, puisqu'on veut que l'ex*
contraire : On aura défini. U suite vulgairement reçue et que j*ii cm
de la pensée exige ici la négation ; devoir garder. La définition à
mais il est certain qu 'en substituant membres égau z , c'est-à-d ire, com-
en BMiplas clair à ito mot obscur, posée préeisémeat d'imtaiit d*élé-
oa fiiit en quelque sorte une défi- mente que le défini, set muvtise ,
aiitoa, puisque le but de la défini- parce qu'elle ne fait que subsiitiiar
Itoa sst surioui de laire connalire des mou à des mots , tsodis qu*it
Its cbosM. Le psragrapbe suivant fout au contraire substituer des
aussi la Jeçoa déAnltions à des moto.
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LIVRE VI, CHAPITRE XI. 9M
pression totale soit aussi la même chose. Or, le mot
théorique est commun dans les deux définitions ; mais
le reste est diflerent, $ 5. Et encore il faut voir si,
en faisant la substitution de l'un des mots, on a fait la
substitution , non pas pour la différence, mais pour le
genre, comme dans Pexemple quon vient de citer; car
le mot théorique est plus inconnu que le mot science.
L'im , eu effet, est le genre; lau.tre est la différence, et
le genre est le plus connu de tous les termes, puisqu'il
est le plus commun. Donc il fallait appliquer la substitu-
tion, non pas au genre, mais à la différence, puisqu'elle
est plus inconnue. ^ 6. Ou bien ce reproche n*est-il pas
ridicule? car rien n*empéche que la différence ne soit
exprimée par le mot le plus connu, et que le genre ne le
soit pas. Dans ce cas, il est clair qu'il fallait faire la sub-
stitution nominale, non pour la différence, mais pour
le genre. Mais si Ton ne prend pas un mot pour un mot,
et qu on prenne une définition pour un mot , il est clair
qu'il faut plutôt donner la définition de la différence
que celle du genre, puisque la définition n'est donnée
que pour faire connaître, et que la différence est moins
connue que le genre.
S s. 11 fiat, quand on snbstlttte
«a oiot fc «n noi, rempltcer pluiM
la diflérenoe que le geore , parce
que le geare est ordinairement plus
«OBM , ai par conséquent a aïoliia
besoin qa*on l'explique. -* IHiit-
^'U $êt t$ plui eOMmtm, L'édition
de Bertia, d*apràa quelque édi*
leurs, supprime ce petit membre da
pbrase, sans d*ailleur8 citer d*au-
toriiéa de numasaHu; il oil |Mlle
delecoQsenrer.
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2â6 TOPIQUES.
CHAPITRE XII.
Cinq autres lieux pour attaquer la définition.
$ I. Quand Ton a donne la définition de la difFé-
rence, il faut voir si la définition donnée est commune
encore à quelque autre chose. Par exemple, quand on
a appelé nombre impair le nombre qui a un milieu , il
faut définir encore ce qu'on entend par : qui a un milieu;
car le mot nombre est commun dans ces deux défini-
tionsy et la définition de Timpair est substituée au défini.
Mais, et la ligne et le corps ont un milieu , sans être
pourtant impairs ; de sorte que ce n*est pas là la défini*
tion de Timpair. Si l'expression : ayant un milieu, a plu-
àieurs sens, il faut définir, en outre, dans quel sens on
prend : ayant un milieu. On pourra donc justement pré-
tendre, ou démontrer par syllogisme, que Ton n'a pas
défini.
§ a. De plus, il faut voir si ce dont on donne la dé-
finition est une chose réelle, tandis que ce qui est dans
la définition n'en est pas une. Par exemple, si l'on a dé-
fini le blanc une couleur mêlée de feu; comme il est
impossible qu'une chose incorporelle soit mêlée à une
corporelle, la couleur mêlée au feu n'est pas une chose
réelle | tandis que le blanc en est une.
S 1. Ce paragraphe semble de- % S. Si ce dont an danm la di»
foir appartenir plutôt aa chapitre ^ fMtian , Le déBni: — Ce quiut
précédent, comme le remarqae dam la dé/initUm t Le% éléments
Fadas a?ec grande raison. de la définiUon.
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LIVRE VI, CHAPITRE XII. 257
§ 3. De plus, quand on n'indique pas clairement
par division, pour les relatif3, ce relativement à quoi la
chose est dite, mais qu'on les englobe parmi plusieurs
choses, on se trompe en totalité ou en partie. Q>mme,
par exemple, si Ton dit que la médecine est* la science
de ce qui est; car si la'médecine n'est la science de rien
de ce qui est, il est évident qu'on s'est totalement'
trompé ; mais si elle l'est de telle chose, et ne l'est pas
de telle autre, on s'est trompé en partie. C'est, qu'en
effet, elle doit être la science de tout, si l'on dit qu'elle
est en soi, et non par accident, la science de ce qui
est. Ainsi que cela est pour tous les autres relatifs, tout
ce qui est su doit être dit relativement à une science ;
et de même, pour tous les autres, puisque tous les rela-
tifs sont réciproques, et ce qui est su est toujours relatif*
§ 4- Si , en donnant l'attribution, non pas en soi , mais
par accident, on l'a bien donnée, c'est qu'alors chacun
des relatifs serait dit, non pour une seule chose, mais
pour plusieurs; car rien n'empêche que la même chose
ne soit à la fois et réelle, et bonne, et blanche. Par con-
séquent, en rapportant la définition à Tune de ces qua*
lités, on l'aura bien donnée, si , toutefois, en donnant la
définition par l'accident, on la donne bien. § 5. Il est
encore impossible que cette définition soit propre à la
%Z.La science de ce qui est, Dé- Voir les Catigoriee^ eh. 7.
llalUon qne Técole hippocratique % 4. Car rien tCcmpèch» çtt'um»
donnait sans don te de la médeciDe, même ehoee^ etc. , Et pa r conséquent
et qui est ambitieuse comme toutes la médecine peut être la science
celles que les sciences spéciales non-seulement de ce qui est, mais
donnent d^elles-mèmes, le droit, la deceqnlest bon,de ceqni est blanc,
physiologie, etc. — Âimi que eeia etc, car tout cela existe et rentre
0$t pour iaui Ui autreê reUUifif dans son domaine prétendu.
IV. %7
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9M TOPIQUBS.
cbote dont il s'agit; car non^seulemeat la médecine,
iDaî$ la plupart des auti^es sciences, sont dites relative*
ment à ce qui est; de sorte que chacune des sciences est
la science de ce qui est. Il est donc évident que ce n'est
là la définition d'aucune science; car il faut que la dé»
finition soit spéciale et non commune. § 6. Quelquefois
on définit, non la chose, mais la chose bien faite et par-
achevée; c'est là la définition du rhéteur et du voleur,
quand on dit que le rhéteur est celui qui peut voir ce
qu'il y a d'acceptable à soutenir dans chaque question ,
et n'en rien omettre, et que le voleur est celui qui
prend en secret ; car il est évident que tous deux étant
ainsi , tous deux seront bons, chacun dans leur genre :
l'un sera un bon rhéteur, l'autre un bon voleur, puisque
le voleur n'est pas tant celui qui prend en secret que ce-
lui qui veut prendre de cette façon.
§ 7. £n outre, on s'est trompé si l'on a donné ce
qui est désirable par soi-même comme capable de faire
ou capable d'agir, en un mot, comme désirable en vue
d'un autre objet quelconque : par exemple, si Ion dit
que la justice est la conservatrice des lois, ou que la sa-
gesse est la cause du bonheur; car ce qui fait une chose,
ce qui conserve, est une chose désirable pour une autre
que soi. $ 8. Ou bien rien n'empêche qu'une chose dé-
sirable en soi ne le soit aussi en vue d'une autre. § 9.
Cependant on ne s'est pas moins trompé en définissant
ainsi une chose désirable en soi ; car le meilleur de
i s. Car te volmr n*tfl jmw ànlife» oonaw dèsiitble en vue
tmu,,., Ceei semble ooDtredire ua d*aae auue chose ei non en sol.
peu oe qui préeède. ^ SwrUmi cela , C*esi<-à-dire
6«. Jte4tf/lmi«oiKalnfi,Cefl- aaelschoieMMinbleeasoU
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LIVRE YI, CHAPITRE XIII. 96»
cliaque chose est surtout dans son essence, et une chose
désirable en soi est meilleure qu'une chose désirahle en
vue d'une autre. Ainsi donc, il fallait que la définition
.indiquât surtout cela.
CHAPITRE XIIL
Trois autres l'ieui pour attaquer ladéfinition^ si Ton a dit que le
déûni est telles et telles choses , ou qu'il est composé de telles
choses y ou qu'il est avec telles choses.
§ I • II faut voir encore si en donnant la définition
d'une seule chose, on n'a point dit que le défini est plu-
sieurs choses^ ou qu'il est composé de telles choses, ou
qu il est accompagné de telles choses. § 2. Si l'on a dé-
fini plusieurs choses, il arrivera que la définition pourra
être auK deux à la fois, et n'être à aucune à part : ainsi,
par exemple, si l'on définit la justice, prudence et cou-
t^ge; car, en supposant ici deux hommes, si chacun
d'eux a l'une des deux qualités, tous les deux seront
justes, et aucun ne le sera, puisque tous deux réunis ont
la justice, et que chacun d'eux à part ne l'a pas. § 3. Du
reste, ceci même n'est pas encore complètement absurde,
attendu que quelque chose d'analogue se présente aussi
dans d'autres cas, et que, par exemple, rien n'empêche
i t. E$t pluiieurt cAoMi, Au ehot$$^ Le texte dit rioiplemeDt:
lieu de dire la seule cboee qu*U Si ces choses ^ Si Ton a dit que le
est, ce qui est le but de la déliai- défini est tejles et telles choses, au
Uon. lieu de dire uniquettent qu'il est
8 i. Si Vim a déf^ pluêiêun teUe chose spéciale.
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2fl0 TOPIQUES.
que deux hommes niaient à deux une science , bien
qu'aucun d'eux ne l'ait séparément. Toujours est-ii qu'il
serait tout à fait absurde que les contraires fussent aux
mêmes choses; et c'est ce qui arrivera , si l'un d'eux, par
exemple, a la prudence et la lâcheté, et l'autre le cou-
rage et l'imprudence : dans ce cas, tous les deux auront
à la fois la justice et l'injustice ; car si la justice est pru-
dence et courage, l'injustice sera lâcheté et imprudence.
§ 4* Ainsi , tous les arguments qu'on peut employer
pour prouver que les parties et le tout ne sont pas la
même chose, sont aussi d'un bon usage pour le point
qui maintenant nous occupe. En efïet, quand on définit
ainsi, on a l'air de prétendre que les parties sont iden-
tiques au tout. § 5. Ces objections trouvent surtout
leur place, quand la composition des parties est aussi
évidente qu'elle l'est pour une maison ou telle autre
chose pareille. Là, il est clair, en effet, que les parties
peuvent exister sans que le tout existe : et ainsi les par-
ties ne sont pas la même chose que le tout.
§ 6. Si l'on a dit, non pas que la chose définie soit
plusieurs choses, mais si l'on a dit qu'elle vient de plu-
sieurs choses, il faut voir d'abord si naturellement il
ne peut pas ressortir un tout de ce qui a été dit ; car
certaines choses sont entre elles dans un tel rapport que
aucun tout ne se forme de leur réunion : par exemple^
S i. Tous Us arguments qu'on choses^ Si Toa dit dans la définition
peut tmplayerf Ces arguments se- que le défini est un composé de
ront indiqués tout an long dans le choses diyerses. -~ll ne peut pas
livre suivant. ressortir un tout de ee qui a été
t S. Si ton a dit, C'est la se- dit, 11 est possible que lesélémcoU
«onde partie dn Heu général énoncé divers introduite dans la définition
sa S 1 .— 0y>/20 vient de plusieurs ne puissent jamais forafer un tout.
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LIVRE YIj CHÀPITBE XIIL 261
la ligne et le oombre. § 7. De plus, il faut voir si le de*
fini est iiaturelletnent daos quelque primitif, et que les
choses d'où Ton dit qu'il vient, ne soient pas dans un
seul primitif, mais qu'elles soient Tune et l'autre dans
des primitifs différents ; car alors, il est évident que le
défini ne vient pas de ces choses-là, puisque là où sont
les parties, il est nécessaire que là soit aussi le tout, de
sorte que le tout n'est pas dans un seul primitif, mais
qu'il est dans plusieurs. § 8. Et si les parties et le tout
sont dans un seul primitif, il faut voir si les parties et le
tout ne sont pas dans le même, ou si les parties ne sont
pas dans l'un et le tout dans un autre. § 9. De plus , il
faut examiner si les parties disparaissent avec le tout;
car il faut à l'inverse, quand les parties sont détruites,
que le tout le soit aussi; mais le tout étant détruit, il
n'est pas nécessaire que les parties le soient. § lo. Ou
bien il faut voir si le tout est bon ou mauvais , et que
les parties ne soient ni l'un ni l'autre : ou à l'inverse,
que les parties soient bonnes ou mauvaises, et que le
tout ne soit ni l'un ni l'autre; car il n'est pas possible
que de ce qui n'est ni l'un ni l'autre vienne quelque
chose de bon ou de mauvais, et que du bon ou du mau.
vais ne vienne ni lun ni l'autre. § 1 1 . Ou bien il faut
voir si l'un étant bon plus que l'autre n'est mauvais, le
défini qu'on dit en venir n'est pas aussi plutôt bon que
mauvais. Par exemple , si l'impudeur vient du courage
et d'une opinion fausse, comme le courage est bon plus
S s. Saht iiaiif un $êul primiUf, dans on teal primiUf ; mais il est
Toutes les parties de la déflnilioa possible qae ce primitif ne soit pas
poorronlètiedaiisoD seul primitif: le même et pour la déSsiUou et
le défini Ini-mèoie peut être aussi pour le défini.
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262 TOPIQUES.
que l'opinion fausse n'est mauvaise, il fallait que le com-
posé des deux suivît le plus, et qu'il fut ou absolument
bon^oudu moins plutôt bon que mauvais. § r^. Ou bien
ne]>eut-onpasdireqnecela n'est pa&nëcessaire, si ni l'un
ni l'autre ne sont bons ou mauvais en soi ? car beaucoup
de choses qui en produisent d'autres ne sont pas bonnes
en soi, mais elles le deviennent étant mêlées à d'autres.
Et réciproquement , chacune peut être bonne à part,
et, mêlées, elles sont mauvaises, ou du moins ne sont ni
bonnes ni mauvaise. Etcela est parfaitement évident
pour les choses salubres et les choses malsaines ; car cer-
tains remèdes sont de telle façon que Tun et l'autre à
part sont bons , mais que si on les administre tous deux
mélangés, ils sont mauvais.
§ i3. 11 faut voir encore si le défini est composé
d'une chose meilleure et d'une pire, sans que le tout
qu'elles forment soit pire que la meilleure et meilleur que
la pire. § t4« Ou bien ne peut-on pas dire que cela
n'est pas nécessaire, quand les choses dont le défini se
compose ne sont pas bonnes par elles-mêmes? Mais rien
n'empêche que le tout ne soit pas bon pour les choses
qui ne sont pas bonnes par elles-mêmes, comme dans
les cas que nous venons de citer.
§ ]5. Il faut voir encore si le tout est synonyme de
l'une des parties; car il uele faut pas, non plus que pour
les syllabes. Et en effet, une syllabe n'est jamais syno<*
nyme d'aucune des lettres qui la composent.
S 14. Pour Ut choses qui ne dans les variantes. I*ai cru devoir
ami pas bonnes par eUes-mêiMS^ la conserver à rimitalion des édi-
L*édition de Berlin ne donne pas Uons ordinaires. — Comme dans le
ixue phrase qui sert à rendre le cae que nous venons âeoUefj plus
sens plQsJprccis; mais elle la cite haut au S ts.
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LIVRE VI, CHAPITRE XITI.
^ t6* Od ft'esl trompe encore si l'on n*a point indi-
qué le mode de la composition ; car il ne suffit pas pour
bien connaître la chose, de dire qu'elle vient de telle
autre. L'essence des composés consiste, non pas seule*
ment en ce qu'ils sont formés de tels éléments, mais en
ce qu'ils en sont formés de telle façon , comme pour la
maison ; car ce n'est pas une maison quelle que soit la
façon dont les parties en sont assemblées.
§ 1 7. Si l'on a donné le défini avec telle auti*e cbose^
il faut dire d'abord, si en disant que telle chose est avec
telle autre, on entend, ou qu'il y a telle et telle dioae,
ou bien que Tune est formée de l'autre : par exemple ,
quand on dit du miel avec de l'eau, on veut dire soit
chi miel et de l'eau, soit le mélange qui est fait de miel
et d*eaii. Il en résulte, que selon que Ton identifiera
cette expression : Ceci avec cela, à l'une des nuances in-
diquées, il conviendra de dire précisément ce qu'on a
dit plus haut pour l'une ou pour Tautre. § 18. De plus,
après avoir dit en combien de sens, on peut comprendre
qu'une chose est avec une autre, il faut voir si l'une
uest pas du tout avec l'autre. Par exemple, si Ton dit
qu*uuL- t-hose avec une autre signifie qu'elles seront
toutes deux dans un même sujet qui les reçoit, comme
la justice et le courage sont dans Tâme, ou bien qu'elles
sont dans le même temps ou le même lieu, et que ce
S 17. Si Fan a âoimi U défini séparées ou bien deux choses anies
av^e têUê autre chose, Cest h trol- et mélangées. — Ceci avec evio, Le
sfèflM partie du lieu i^énéral indl- déflni est telle chose aoeompagnée
({oé au i t : si ron a dit que le dé- de telle autre.— €• pê'ima diiphu
iai est telle chose aoeompagnée de haut^ dans plosienrs des paragrt-
telle antre. ^ Q^U y a f «Ile H phes qui précèdent, d'abord de 1 à
tMe ckoêê, qu'ily ade»! cbosea «»p«lsdeSàl7
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264 TOPIQUES.
dont il s*agit ne soit pas du tout vrai à ces difFérents
égards^ il est clair qu^on n'a donné la définition de
rien, puisque cette chose n est pas du tout avec celte
autre.
§ 19. Si pour les choses dont on a dit distinctement
en combien de sens on prend cette expression : être
avec une autre^ il est vrai que Tune et l'autre puissent
être dans le même temps, il faut voir si Tune et l'autre
peuvent ne pas se dire du même sujet; et Ton se trompe,
par exemple, si l'on a défini le courage une audace avec
une pensée juste. En effet, il se peut qu'on ait l'audace
pour dérober, et que la pensée juste s'applique aux
choses salubres; et cependant celui-là n'est pas encore
courageux qui a l'une avec l'autre dans le même temps.
Il ne l'est pas davantage, si les deux qualités sont rela-
tives à un même objet, à des objets médicaux , par
exemple; car rien n'empêche qu'on n'ait à la fois, en mé-
decine, et de l'audace et une pensée juste,: mais cepen-
dant, celui-là n'est pas davantage courageux qui a l'une
de ces qualités avec l'autre. C'est qu'il ne faut pas que
l'une et l'autre soient dites relativement à une chose
différente, pas plus que le sujet commun auquel elles se
rapportent toutes deux, ne peut être le premier sujet
venu : elles doivent se rapporter toutes deux au but
même du courage, comme, par exemple , aux dangers
de la guerre, ou à tel autre but s'il y en a encore un
S 19. Sipwtr l9t ehoses dont an diviêées , il êst vrai qu9 Vunê et
a dtï,... L^éditiOQ de Berlin laisse Vautnj eic Le membre de phrase
aux variantes celle phrase tel le que supprimé esi presquMndispensable
je rai traduite et telle qu^elle est au sens et il vaut mieux le con-
d^BS toutes les édilious , et elle seryer. La pensée est alors beau-
donne celle-ci : Si pour Ut ehoHt coup plus claire.
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LIYBE YI, CHÂPITBE XIY. 265
autre qui soit plus spécialement celui du courage.
§ 20. Quelques-uoes des choses ainsi défioies ne
reotrent pas du tout sous la division indiquée. Par
exemple, si Ton dit que la colère est une peine avec le
soupçon qu*on estdédaigné, cela veut dire que la peine
qu'on ressent se produit par ce soupçon même. Mais
dire qu'une chose se produit par une autre, ce n'est
pas du tout la même chose que de dire que Tune soit
avec l'autre , dans aucun des sens indiqués plus haut.
CHAPITRE XIV.
Six autres lieux pour attaquer la définition.
§ I. Si Ton a dit encore que le défini total est la
composition de tdles choses, par exemple, que Tani-
mal est la composition d'âme et de corps, il faut voir
d'abord si Ton a négligé de dire quelle est l'espèce de
cette composition. Par exemple, si définissant la chair
ou l'os, on a dit que c'est une composition de feu, de
terre et d'air; car il ne suffit pas de dire que c'est une
composition, il faut déterminer de plus que! genre de
composition cela est. £n effet, ce n'est pas par une
S 90. Aimi déHniêi, Cest-à- ât wh» inâiqiàiM plu$ hâta, ilM.
dire dont on ditque i*uneestaocoiii- %\éE$îla eompoHiiom âê têllêê
pagnée de i*aatre.<*llafi« la dM^ choses^ Aristole emploie ici à des-
fion indiquée j dans les sens divers sein le mot abstrait au Heu du con-
que peut recevoir cette expression: cret, parce qu'il bllme précisément
être avec une antre, comme on Ta cette manière peu exacte de don-
dit plus haut, S 17. — l>aiii omoimi ner la déflniUon.
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S66 TOPIQUES,
composition quelconque de cet éléments que la chair se
Corme ; mais c'est par une certaine composition qu'ici
c'est de la chairt et là un os. Du reste, aucune des deux
choses que }e viens de citer ne. parait être du tout iden^
tique i une composition ; car la dissolution est le con-
traire de toute romposilion et aucune des choses indi-
quées n'a de coutraire. Si d ailleurs il est également
croyable que tout composé, ou aucun composé n'est
une composition, comme chacun des animaux toutcom»
posé qu'il est n'est pas une composition, il faut conclure
qu'aucun autre composé ne saurait être non plus une
composition.
§ 2. £n outre, û les contraires peuvent être égale-
ment dans quelque sujet et qu'on ait défini par un des
deux seulement, il est évident qu'on n'a point défini.
Autrement il y aurait plusieurs définitions d'une même
chose; car, a«t-on plutôt défini en prenant celui-ci
qu'en prenant celui-là, puisque les deux sont naturel*
meut et également dans le sujet? Telle est la définition
de l'âme, quand l'on dit que c est une substance capable
de science, puisqu'elle est tout aussi bien capable
d'ignorance.
^ 3. U faut encore, quand on ne peut pas pas atta-
quer la définition dans sa totalité, en disant que le tout
n'est pas connu, en attaquer au moins une partie, si elle
n'est pas connue et qu'elle ne paraisse pas bien don-
née; caria partie étant détruite, toute la définition est
détruite aussi* Toutes les fois que les définitions ne
S s. Telle eêt la difiinUixm de oomme U le remarque » mais iori
i'âme, Aristote ne dit pas à qui af^ iNslk» œpeadanl : ii est probable
partieut cette déftnium , ioeiacte «m'eUe enL de réoole ptotonloianae-
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LIVRE VI, CHAPITBE XIV. 267
soat pas claires, il faut, après les avoir rectifiées et les
avoir corrigées, pour qu'elles expriment quelque chose
et fournissent des arguments, procéder k les attaquer;
car alors, il faut nécessairement que celui qui répond
ou accepte ce qui est ajouté par celui qui Tinterroge,
ou bien qu'il explique lui-même ce que peut signifier
la définition donnée par lui.
§ 5. Ajoutons que, comme dans les assemblées poli-
tiques, si une loi nouvelle qu'on propose vaut mieux,
on abroge la précédente, de même pour les définitions,
il faut en proposer une autre à Tadversaire; car si elle
paraît meilleure, si elle paraît expliquer mieux la chose
à définir, il est évident qu'on fera disparaître ainsi celle
qui avait été d'abord donnée , puisqu'il n'y a pas plu-
sieurs définitions d'une même chose.
§ 6. Ce n'est pas, du reste, un petit élément de suc-
cès, pour attaquer les définitions, que de bien se déter-
miner à soi-même l'objet en question, ou de reprendre
à part soi la définition même quand elle est bien
donnée; car nécessairement en y recourant comme à
un modèle, on découvre et oe qui manque parmi les
éléments que devrait avoir la définition et ce qu'il y a
d'inutilement ajouté, de sorte qu'on est dautant plus
riche en arguments.
§ 7. Voilà tout ce qu'il y avait à dire sur les défi*
nitions.
S 7. Tmêi CB fu'U y a»aU à dire nÎTsat , cb. S al shIt., psr qaels
êm tof déiinUion$^ Poar U» atls- procédés 00 doit défeadro h défr"
qoer; csr il owalren dans le livre Bitioa donaéo.
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TOPIQUES.
LIVRE SEPTIÈME.
QUESTION DB L*IDBNTITÉ.
nknoDE POUR dAfshdeb la DiFonruMi.
CHAPITRE PREMIER.
Seiie Ueni de Fidentilé.
§ I. Il faut traiter maintenant la question de savoir
si le sujet dont il s*agit est identique à un autre, ou
s'il est différent^ dans le sens le plus spécial de lous ceux
que Ton a indiques du mot identique. L'identité pro-
prement dite^ comme on s'en souvient, est celle de
l'unité numérique.
§ a. Il faut regarder aux cas, aux conjugués, aux
S t • il faut traUêr maMMaftl, êdwiêni^ Tai cm deToiriendre^ptr
L*éditloD de Berlin supprioie cm radditfon de cet mois, la nnaioe
mots sans citer d'aatorité. — JM da temps passé dODDée au verbe
Hmm ceuœ que Van a indiquiê du qa*emploie Aristole. Voir llTre 1 «
mol idmUipiê, Voir liv. 1» ch. 7. cbap. 7, % y
S 1 et soiv. » Cornais on fm S >• Aux9a$f ûum wi^ugués »
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LIVRE VU, CHAPITRE I. 269
opposés ; car si la justice est la même chose que le cou-
rage, le juste est identique au courageux, justement à
courageusement. £t de mc^me pour les opposés; car
si telles choses sont les mêmes, les opposés de ces choses
seront aussi les mêmes, de quelque espèce d'opposition
qu'on entende parler. En effet, il n'importe pas qu'on
iasse le sujet opposé à ceci ou opposé à cela, puisque
les choses sont identiques.
§ 3. 11 faut regarder aussi aux choses qui produisent
les sujets ou les détruisent, aux générations et aux des-
tructions, et en général, aux choses qui sont d'une
façon semhlable relativement à l'un et à rauti*e sujet ;
car lorsque les choses sont absolument les mêmes^ les
générations et les destructions de ces choses^là sont
les mêmes, et ce qui les fait est le même, ce qui les
détruit est le même aussi. § 4* I' f^ttt voir encore
pour les choses où l'une des deux est dite au super*
latif, si lautre de ces deux mêmes choses est dite
aussi au superlatif pour le même sujet. Ainsi, par
exemple, Xénocrate prétend que la vie vertueuse est
la même que la vie heureuse^ parce que de toutes les
vies la plus désirable est la vie vertueuse et la vie
muD i^pjpoUê^ Voir, poo r le sens de tifi^^tie ehoity Donc la Tie Tertœoae
ees mou qui se présentent si sou- et Is ?ie heureuse se confondent;
imA dans les Topiques, ce qu'on a donc le bonheur el la Tertu ne foal
dit plus haut, li?. 1, ch. 15, % 10, et qu*nn. C'est ce qn'Aristote semble
Ut. s , ch. 9. — De quelque espèce dire implicitement au paragraphe
d'opiNMitfofi, Voir les Catégories , qui suit ; mais il le nie, et avec une
cbap. to. sorte de raison, au S 5. ,
%Z.Xénocratepriiend^yo\T{i\us S i. Seront réeiprùqtmnêtU
haut, Ht. i , ch. 6 , S i . où cette meilleurs les uns que les autres ,
opinion de Xénocrate est déjà rap- Ce qui est absurde, et résulte pour*
pelée. — il n*y a qu'une seule ei Unt de a proposition.
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370 TOPIQUES.
heureuse. Mais il a*y a qu'une seule et uaîque chose
qui s6it la plus désirable et la plus importante* Et
de même pour toutes les autres définitions de ce
genre. $ 5* Il faut donc que Tune et Tautre des choses
présentées, ou comme la plus désirable, ou comme la
plus importante, soit numériquement une. Si non, il
ne sera pas démontré qu'elle est la même; car il n'est
pas nécessaire, si les Péloponnésiens et les Lacédémo*
niens sont les plus braves des Grecs, que les Pélopon-
nésiens et lesLacédémoniens soient les mêmes, puisque
Péloponnésien et Lacédéroonién ne sont pas numéri*
quement un ; mab il &ut nécessairement que l'un soit
compris dans l'autre, comme les Lacédémonîens le sont
dans les Péloponnésiens. Sinon, il arrivera que les
uns seront réciproquement meilleurs que les autres, si
les uns ne sont pas compris dans les autres. Ainsi, il
faudra oécessaireineut que les Pélopouuésiens soient
plus liraves que les Lact*dénioiiieos, si les uns ne sont
pas compris dans les autres, puisque les Péloponné-
siens sont plus braves que tous les autres peuples. £t
de même, il est nécessaire aussi que les iâcédémoniens
soient plus braves que les Péloponnésiens; car, eux
aussi, ils sont plus braves que le reste ; de sorte qu'ils
sont réciproquement plus braves les uns que les au-
tres. Il est donc évident qu'il faut que la chose la plus
désirable, la plua importante, soit numériquement
unique, si l'on veut démontrer l'identité. Aussi Xéno-
S s. /I fàui que Vune $oit eom- de bonheur sans vertu, Uindis qull
prift dan$ fouirê. Que la vie heu* semble qu*il y a souvent vertu sans
rease soit comprise dans la vie ver- bonheur, du moins sans bonheur
tueuse; c*estp4-<lire qu*il n*y a pas eitéricor et apparent.
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LIVRE YII, CHAPITRE I. 571
trste ne dëmontre-t-il pas sa proposition ; car la vie
heureuse et la vie vertueuse ne forment pas num^rr^
quement une unité, et par conséquent il n'est pas né*
oetsaire qu'elles soient la même vie, puisque toutes les
deux sont les plus désirables: mais il faut que Tune soit
comprise dans Tautre.
§ 6. Il faut voir encore si Tune des choses est iden->
tique à ce à quoi l'autre est ideulique; car si toutes deux
ne sont pas identiques à un même sujer, il est clair
qu'elfes ne le sont pas non plus l'une à l'autre.
§ 7* Il faut voir en outre aux accidents de ces choses
et aux choses dont elles sont les accidents; car tous tes
accidents qui sont à l'un devront aussi être à l'autre,
et les choses auxquelles l'un est comme accident auront
aussi l'autre pour accident. Si Tune de ces relations ne
s'accorde pas, il est clair que les choses en question ne
sont pas identiques.
§ 8. Il faut voir de plus si les deux choses, au lieu
d*étre dans un seul genre de catégorie n'expriment pas,
Fune la quantité, lautre la qualité ou la relation. § 9. De
plusencore, si le genre des deux n'est pas le même, mais
que l'une soit mauvaise et l'autre bonne, ou que Tune
soit vertu et l'autre science. § 10. Ou bien, quand le
genre est le même, il faut voir si les mêmes différences
S 6. Denx cliûses idenUqœs i % 10. Mt théorique ^ aqu'eiU
une troisième sont identiques entre sait pratique , On sait qu'Aristote
elles. Ce principe, dont li géomé- divisait la science en ttiéoriqae,
triefaittantd'usa9e»tt*estemplojfé pratique et poétiqne, en pienani
id que dans nne de ces applications ce dernier mol dans son sens le plus
indirectes, et à Tinverse. lar^e. Voir, sur ce point, la discus-
i S. teiM «n ê9ul genre de ea- don de M. P. Rafaisaon, Essai sur
Mfor<i, Dut i*iine qaeleoaqiie des la MAoïpbysique, tome i, page ISO
dix catégories. et plus haut» Ut. S, cb. S, $ as.
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272 TOPIQUES.
ne peuvent pas être attribuées aux deux: mais que pour
Tune la science soit ihéorique, et qu'elle soit pratique
pour l'autre. Et de même pour le resle.
§ 1 1 . 11 £aiut aussi regarder à l'expression du plus, si
Tune reçoit le plus et l'autre ne le reçoit pas; ou si les
deux le reçoivent, mais non en même temps; comme
celui qui aime plus ne désire pas plus la cohabitation,
de sorte que l'amour et le désir de cohabitation ne sont
pas du tout une même chose.
§ I2à. Il faut voir encore à l'addition, et examiner si
l'une et l'autre, ajoutées au même sujet, ne font pas le
tout identique. § 1 3. Ou bien, si le même terme étant
retranché des deux , le reste n'est pas différent. Par
exemple, si l'on a dit que le double de la moitié est
la même chose que le multiple de la moitié , il faut
qu'en retranchant la moitié de l'un et de l'autre coté, le
reste exprime la même chose ; mais il ne lexprime pas;
car le double et le multiple n'expriment pas la même
chose tous les deux.
§ i4« Il faut voir non«seulement s'il ressort quelque
chose d'impossible de la proposition, mais encore s'il
est possible que la chose soit selon l'hypothèse. Ainsi,
Ion dit que vide et plein d'air sont la même chose;
or, il est évident que si l'air sort, il n'y aura pas moins
vide, mais qu'il y en aura davantage, et que l'espace ne
sera plus plein d'air. Par conséquent, en supposant
ceci| que l'hypothèse d'ailleurs soit vraie ou fausse, ce
qui importe peu, l'un des deux sera détruit tandis que
S il. ramour «I le diHr d$la S 14. Vide 9t pMn d^air t<mi la
cokàbitaUan , Il a déjà cité cet mime choH, Erreur souteane par
exemple, liv. 6, cb. 7, S >• quelques phikMopbes.
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LIVRE Vil, CHAPITRE I. 273
r.'iutre ne le sera pas; donc ils ne sont pas la même
clio$e.
§ 1 5. En général, il faut voir s'il n'y a pas quelque
discordance dans les choses attribuées d'une façon
quelconque à Tune et à l'autre, et dans les choses aux-
quelles elles-mêmes sont attribuées; car tout ce qui
est attribué à Tune doit être aussi attribué il l'autre: et
les choses auxquelles l'une est attribuée, doivent aussi
recevoir l'autre pour attribut.
§ 16. De plus, comme le même a plusieurs sens, il faut
voir si les choses sont les mêmes suivant une façon
différente; car les choses qui sont les mêmes en espèce
ou en genre, ne sont pas nécessairement les mêmes nu-
mériquement : et nous devons voir encore si elles sont
les mêmes de cette façon, ou si elles ne le sont pas.
§ 17. 11 faut voir enfin s'il est possible que l'une soit
sans l'autre ; car alors elles ne seraient pas la même
chose.
§ 1 8. Voilà donc tous les lieux pour l'identité.
S 16. N9 #on^ poi nieêêsair&' riante. Tai suivi la leçon de Pleins
meni, L^édiiion de Beriin ajoute: autorisée par des manuscrite, et
Ou peuvent ne pas être les mêmes; qu'adopte également Sylburge: elle
ce qui ne semble guère qu*une va- est pràTérable.
IV. fi
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874
T0PIQUS8.
CHAPITRE ÏI.
Les lieax négatifs de l'identité peuvent être employés aussi pour
la définition : les lieui affînnatifs ne le peuvent pas.
^ I. II est clair, d'après ce qui a été dit plus haut,
que tous les lieux relatifs à Tidentité bons pour réfuter,
peuvent servir relativement à la définition, de la façon
qu'on a exposée précédemment; car si le mol défini et
la définition ne signifient pas la même chose, il est clair
que l'explication donnée ne serait pas une définition.
^a.Maisdetousleslieux qui établissent la proposition
d'identité, aucun nW utile pour la définition ; car il ne
suffit pas, pour établir qu*il y a définition réelle, de dé-
montrer l'identité du mot et de l'explication qui en
est donnée : mais il faut encore que toutes les conditions
dont on a parlé soient remplies par la définition.
S t. Vaprès eê^aété di$piu$
haui , Dans le chapitre précédent.
^ Tous lê$ lieux rtUUifê à l'idên'
titi. Ceux par lesquels ou Taitaque,
comme il rajoute au Si. — De la
façon qu'on a exposée prieéden^
msnH^ Ht. 1, eh. 5, g 4.
%%. De tous les Ueux qui itor
fdisseni , C*est«à^ire , qui sont aC-
firmaUfs. — Toutes les conditions
dont on a parlé. Voir le iiv. 6 tout
entier, et particulièrement les
chapitres i et 3.
S S. Cest donc toujours, Il sem-
ble qu*il eût été mieux de ftilre finir
ici le sixième livre et de commen-
cer le sepUème. Les expressions
d'Aristote sembleraient exiger cette
division. Tai dû suivre la division
reçue. Il est clair que la dissussion
contenue dans les chapitres 1 et S
de ce livre, continue et achève celle
du livre 6. Avec le ch. 3 commence
une discussion nouvelle et toute
différence: c*est comme raffirmation
après la négation.
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LIVRE VII, CHAPITRE III. 575
$ 3. Cest donc toujours de cette façon, et par ces
moyens, quil faut essayer de réfuter la définition.
CHAPITRE III.
Lienx poar défendre la définition.
§ I. Si nous voulons Tëtabir, au contraire, il faut
d'abord savoir que jamais, ou bien rarement du moins,
dans la discussion on ne conclut la définition. D'ordi-
naire on la pose comme principe, ainsi qu'on le fait
toujours en géométrie, en arithmétique, et dans toutes
les sciences de ce geni*e. §a. 11 faut remarquer, en outre.
S 1. Jamais..., on ne conclut la
âéfknUUm, C'est parce que la défi-
niUon doit faire conoattre Pessence
et que Tessence ne peut être la
conclusion d'un syllogisme; il en a
donné les raisons les plus fortes et
les plus développées, Dernier t Anor
lytiquei, liv. S, ch. i etsuiv. — On
la pon eournnt eomme principe ,
parce que la démonstration ne peut
vraiment s'appliquer qu'à Tattribut
et non point au sujet.
% S. Ceet à un autre traité, Les
Dernière Analytiquêe, où cette
théorie est exposée tout au long ,
liv. a. — ici... au beeoin actuel. Il
ne 8*agit que de dialectique, et non
plus de philosophie, de seienoe
proprement dite. — Qu'U est pos^
âUàê, Dans les Dernière Anatyti-
quesj liv. S, ch. S, Il a nontré con-
ment cela est possible. ^Siladé^
finition est Vexplieation,.. 11 s'agit
ici de la première espèce de dé»
monstration de l'essence qui n'est,
comme le dit Aristote lui-même ,
qu'une démonstraUon dialectique
de l'essence, le syllogisme logique
deVessence, Derniers Analytiques,
liv. a, cb. S , g S. — On peut par
conclusion de syllogisme. En met-
tant pour majeure, que la réunion
des attributs essentiels d'une chose
forme sa définition , et pour mi-
neure, que la réunion de tels attri-
buts est bien la réunion des a^-
tributs essentiels de telle chose ,
on en conclurait régulièrement que
la réunion de ces attributs est la
définition de cette chose. Mais déjà
la oonculsion se trouve Impliquée
dans la mineure, et voilà pourquoi
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276 TOPIQUES,
que c'est à un autre traité que celui-ci d'exposer avec
toute exactitude, et ce qu'est la définitioD , et le pro-
cédé de la définition. Ici on doit dire, en se bornant au
besoin actuel, qu'il est possible d'obtenir par la con-
clusion d'un syllogisme, et la définition et l'essence de
la chose. En effet, si la définition est l'explication de ce
qu'est la chose, et s'il faut que les choses attribuées
dans la définition soient seules aussi attribuées essen-
tiellement à la chose , et Ton sait qu'il n'y a que les genres
et les dijRérences qui soient attribuées essentiellement,
il est clair qu'en prenant seulement les attributs essen-
tiels de la chose, l'explication qui comprend ces attributs
est nécessairement une définition ; car il ne peut y avoir
une autre définition de la chose, puisqu'il n'y a pas un
seul auti*e attribut essentiel de la chose. Il est donc
clair qu'on peut, par conclusion de syllogisme, obtenir
la définition. § 3. Comment il faut l'établir, c'est ce qui
a été expliqué ailleurs plus rigoureusement ; et pour la
recherche actuelle, les mêmes lieux sont utiles. § 4* Ainsi
il faut voir et aux contraires et aux autres opposés, en
regardant, soit aux définitions entières, soit aux parties
des définitions. § 5. Si la définition opposée est la défi-
nition de l'opposé, nécessairement la définition donnée
ce n'68t qo*an syllogisme logique g i. Aux eonlrotrM eT aux m^
et non poiol un syllogisme vrai. trei oppoêés^ Voir Caiégaries^ cha-
g 8. Cêit ce q^i a été wpUqui pitre 10 où toute cette théorie se
tMUwrê^ ikmiers Analytiquei^ trouve déYCloppée.
dans les première et troisième sec^ g 5. Com$M ii y a plusieurs
tlons, et spécialement cb. i, 8, 13 eonUHnaisims possibles des eon-
et li. — Plus rig<mrûusement , traires , On peut voir ces comité*
parce qu'ici le philosophe se met au liaisons diverses, liv. 8, ch. 7. —
point de vue de la dialectique , du Comme on Ta ittf, Gomme on vient
probable et non du vrai. de le dire, g i.
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LIVRE VII, CHAPITRE III. 277
sera celle du sujet en question. Mais comme il y a plu-
sieurs combinaisons possibles des contraires, il faut
prendre parmi les définitions contraires celle qui pa-
raîtra la plus contraire. Il faut donc regarder aux défi-
nitions entières comme on Ta dit. § 6. On regardera
aux parties de la façon suivante : et d*abord, si le genre
donne a été bien donné ; car si le contraire est dans le
contraire, et que le sujet en question ne soit pas dans le
même, il est clair qu'il sera dans le contraire^ puisqu'il
faut nécessairement que les contraires soient dans le
même genre, ou dans des genres contraires. Et nous
pensons que des différences contraires sont attribuées
aux contraires, comme pour le blanc et le noir, dont
l'un recueille, l'autre disperse la vision. Si donc les dif-
férences contraires sont attribuées au contraire, les dif-
férences données seront attribuées aussi au sujet donné.
Par conséquent, puisque le genre et les différences sont
bien indiquées, il est clair que c'est vraiment la définition
qui aura été proposée. § 7. Ou bien, ne peut-on pas dire
qu'il n'est pas nécessaire que les différences contraires
soient atribuées aux contraires, si les contraires ne sont
pas dans le même genre? Pour les choses dont les genres
sont contraires, rien n'empêche qu'une même différence
ne soit dite des deux, par exemple , pour la justice et
et l'injustice : ainsi, l'une est une vertu, l'autre un vice
de l'âme; de sorte que la différence de l'âme est dite
pour les deux, puisque la vertu et le vice peuvent ap-
g 7. la vertu et h niée peuvent Vkme pour nous; mais dans la lan-
appartenir ausei au ecrpe , Ceci gue grecque ce mot a un sens plus
pourrait être contesté dans notre étendu , et il 8*entend du physique
langue : la vertu ne s^applique qu*à aussi bien que du moral.
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278 TOPIQUES.
partenir aussi au corps. § 8. Par conséquent , il esl
vrai que les difTërences des contraires sont ou con-
traires ou identiques. Si donc la différence contraire
est attribuée au contraire, et qu'elle ne le soit pas au
sujet en question , il est clair que la différence posée est
bien attribuée à ce sujet. § 9. En général, puisque la
définition se compose du genre et des différences, si la
définition'ducontraireestévidente, celle du sujeten ques-
tion ne le sera pas moins. En effet, comme le contraire
est oudans un même genre, ou dans un genre contraire, de
mêmeaussi que les différences attribuées aux contraires
sont contraires ou identiques, il est évident que le même
genre sera attribué au sujet et au contraire, et que les
différences seront contraires, soit toutes, soit quelques-
unes, et que les autres seront identiques. Ou bien , à
l'inverse, les différences seront les mêmes et les genres
contraires. Ou bien encore, tous deux seront contraires,
les genres et les différences; car tous deux ne sauraient
être les mêmes, puisqu'alors les contraires auraient une
même définition.
i 9. Sn générai Pour bien
comprendra oeci , il fout se repré-
senter qa*il s'agit ici de deux es-
pèces contraires dont il faut don-
ner la définiUon. Quatre cas alors
pourront être supposés, puisque la
définition de chaque esi)èce se com-
pose du genre et des différences :
1* Le genre est le même et les dif-
férences sont contraires; 2« le genre
est différent et les différences sont
les mêmes; S» ou le genre est con-
traire et les différences sont con»
tratres; 4» ou enfin le genre est le
même et les différoaceB sont les
mêmes. Ce quatrième cas n*est pas
possible ; car alors, les espèces sup-
posées contraires, ayant mémo
genre et mêmes différences, n'au-
raient qu'une seule et même défi-
nition ; ce qui esl absurde, puisque
les contraires ne peuvent avoir la
même définition. — Dans le même
genre^ I •*' cas. •» Ou dane un genre
contraire, «• cas. — Lee différences
sont contraires ou identiques ,
comme l*esi le genre* — Les diffé-
renées seront contraires^ i^' cas
complet. — Les différences seront
les mèmêê et (es genres contraires^
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LIVRE VII, CHAPITRE IIL 279
$ lo. Il faut regarder encore aux cas et aux cohju-
giiés ; rar il faut nécessairement que les genres suivent
lî's genres, et les définitions les définitions. Par exemple,
si Toubli est la perte de la science, oublier sera perdre la
science, avoir oublié, avoir perdu la science. En accor-
dant donc l'une quelconque de ces choses, il faut aussi
accorder toutes les autres. Et de m^me, si la destruction
esl la dissolution de la substance, être détruite sera être
dissoute pour la substance, destructif sera dissolutif; et
si destructif est dissolutif delà substance, la destruction
sera la dissolution de la substance. Et de même, poui'
les autres termes ; de sorte que Tune quelconque de ces
clioses étant admise, il faut aussi que tout le reste le
soit.
§11.1! faut voir en outrD aux clioses qui sont dans un
rapport de ressemblance entre elles; car si le sain est ce
qui fait la sanlc, le fortifiant sera ce qui fait Tembon-
point, et Tulile ce qui fait le bien; car chacune des
choses citées est, n^lativement à sa fin propre, dans un
rapport semblable; de sorte que si la définition de Tune
d'elles est d*accomplir sa fin spéciale, cette définition, à
cet égard , sera semblable pour les autres.
§ 12. Il faut voir aussi, pour le plus et le pareil, en
combien de sens on peut établir ces rapports, en coni-
payant ces choses deux h deux. Par exemple, si telle dé-*
fiuiliun est plus la définition de telle chosCi qu« telle
9* ras compilât — > Tou$ dtux nroni mêmes.
eonîrailTeêy %• CÊÈ,^Car toui éêum S < ^- H T > ^ qtoatre
ne latiralefal iirê Im mêmes, 4« cas d*abord Ime défiaitloa et un défini ,
déclaré absurde et Impossible. puis une autre déinition ifac im
g 10. Les gmrêê^U!SêéfÊÊlêe^%- autre défliil.
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280 TOPIQUES.
autre dëfinition ne l'est de telle autre chose, et que la dé-
finition qui semble le moins l'être le soit cependant, il
faudra que celle qui semble Têtre le plus le soit aussi.
Si Tune l'est également pour celle-ci, et l'autre pour
celle-là, et si l'autre convient à l'autre, il faudra que
la définition restante convienne à la chose qui reste.
§ 1 3. Quand il s'agit de comparer une seule définition
à deux choses, ou deux définitions à une seule, il n'y a
pas utilité à considérer le plus ; car il n'est pas possible
qu'il y ait une seule définition pour deux choses, non
plus que deux définitions pour la même chose.
CHAPITRE IV.
Indication générale des lieux les plus 4itiles.
§ I. Les plus commodes de tous ces lieux sont ceux
qui viennent d'être indiqués, et ceux qui se tirent des
cas et des conjugués. Aussi sont-cè ceux-là surtout qu'il
faut connaître et avoir à sa disposition; car ils sont
S IS. U n> a plas fci que trois
termes : une seule définition et deux
sujets, ou bien deux définitions et
un seul sujet
g 1. Qui viewMni d^iin indi^
qué$. Ceux de la comparaison des
définis et des définitions. — AinH
quan Va dit auparavani^ Voir
plus haut, liv. 6,ch.6, gS.—Pacius
semble croire que ce chapitre est
une tune de méthode générale
pour toutes les questions dialecti-
ques » bien qu*Aristote ait dit posi-
Uvement, liv. 1 , ch. 6, g a, qa*il
ne peut y avoir de méthode de ce
genre , ou bien qu'elle serait obs-
cure et d*un emploi presque impos-
sible. Il me semble qu'il ne s'agît
ici que de la définition et non point
des autres questions dialectiques.
Ces préceptes généraux ne se rap-
portent qu'à cette partie de hi dla-
lectiqueetnon pointa ladialecUque
umt entière.
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LIVRE Vil, CHAPITRE V. 281
utiles dans le plus d'occasions. Et parmi les autres, il
faut s'attacher aux plus communs; car ils sont plus
puissants que tous les autres. Et , par exemple, il faut
regarder en particulier à chaque cas individuel : mais
aussi il faut voir si la définition convient également aux
espèces, puisque l'espèce est synonynfe. Ce lieu est en«
corc utile contre ceux qui admettent les idées, ainsi
qu'on l'a dit auparavant. Il faut encore voir si l'on a
pris le mot par métaphore, ou si on l'attribue à lui-
même comme s'il était autre. Et s'il y a encore quelque
autre lieu commun et énergique, il faut s'en servir.
CHAPITRE V.
De la facilité et de la difCculté des argumentations.
§ I. On verra clairement, par ce qui sera dit plus
loin, qu'il est plus facile de renverser la définition que
de rétablir ; car il n'est pas aisé de découvrir soi-même,
et d'obtenir de ceux qu'on interroge, des propositions
du genre des suivantes : par exemple, que des choses
comprises dans la définition donnée. Tune est genre et
9 1. Dans ce chapiue, an con- mise; maisje ne la crois pas bonne,
traire , commencent des règles gé- et l'on sait qu'elle n*est pas d*Aris-
nénles qui s'appliquent à toute la tôle même. ^ Par ce qui nra dii
topique» âi toutes les questions dia- plus loin. Dans tout ce cbapitreet
lectiques; et il semble que Ton de- particulièrement g a. — If est tm-
vrait, sinon joindre tout ce qui va possible qu*il y ait tyUogismê de
suivre au huiUème livre, du moins la déjflnition, et encore syllogisme
en faire un livre à part. Jai dû res- logique comme il Ta dit plus haut,
pecler la division généralement ad- cb. 8, ft S.
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21» TOPtQU£â.
Tantré dlfFdfonce, et que le genre seul et les (lifTéi-ences
sont^attribiiés essentiellement <iii sujet. Or, sans ces pro*
positions, il est impossible qu'il y ait syllogisme de la
définition; caf si quelques autres clioscs encore sont at<^
tributs essentiellement ait sujet , ou ne sait plus si c'est
la définition dite oU une autre qui convient au sujet,
puisque la définition est Texpllcation qui exprime Tes-
sence de la chose. § ^. Voici ce qui le prouve : c est
qu'il est plus facile de conclure une seule chose que d'en
conclure plusieurs. 0^, il Suffit, quand on réPute, de
détruire un seul «Mëment de la définition; car en dé-
truisant une partie quelconque, nous aurons aussi dé-
truit toute la définition. Au contraire, quand ou établit
la définition, il faut démontrer la réalité de toutes les
chosrs qui sont mises dans la définition. § 3. Il faut
aussi, quand on éablit la définition , faire une conclu-
sion univetiselle; car il faut que la dcfinihon soit appli-
cable à tout ce à quoi Test le mot; et, en outre, qu'il y
ait rédprôcité, et que le mot s'applique à fout ce à quoi
s'applique la définition, s'il faut que la di*finitioa don-
née soit spéciale au défini. Quafid on réfute, au con-
traire, il n'est pas nécessaire de démontrer universelle*
%Z. BiquêUmot s'applique à défini n'êêê paê MrûnU, L'édiUoa
tout cê à quoi, etc., L'édiUon de de Berlin dU au contraire par 1*ar-
Berlin supprime cette phrase et la tirmation : que le détint est attri-
cile sealeinent dans les farltnies, hué, et elle cite le tette oMiaalre
d*après un manuscrit. Oeite paKie dans les variante. I*al préféré ecm-
de phrMe tt*e»t p«s indispelisabhi server la leçon reçue qui peut très^
au sens, mais ftito le 60B»plète l»ien, l)ii«n se justiBer ansal Les i
et elle doit être con^erfée. — Qu'U crita offretit d^ailleors ici des va-
y eût réHprotité, Au sens qui a été riftntes que les édileara, M Padiis
expliqué dans la phrase précédente^ entre autres, ont esnmies et dlaco-
et «omne d*iiileurs il Inexpliqué tt^. Le tsUuix qu'ils sot Ikit parait
de nouveau dans celle-ci. «- Q^iè M le méill«rur el J*al di m'y leoif <
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LIVRE VII, CHAPITRE V. %8
ment ; car il suffit de montrer que la définition n*est
pas vraie pour l'une des choses qui sont comprises sous
le nom. Et quand bien même il faudrait réfuter nniver*>
seliementy il ne serait pas nécessaire pour réfuter qu'il
y eût réciprocité ; car il suffit , pour réfuter universelle-
ment , de montrer que la définition n'est pa4 attribuable
à l'une des choses auxquellr s le défini est attribué. Mais
il n'est pas réciproquement nécessaire de montrer que
le défini n'est pas attribué aux choses auxquelles la dé**
finition ne l'est pas. § 4* ^^ ^^ p'tls, tout en s'appli*
quant à tout le défini, la définition, si elle ne s'applique
pas au défini seul , se trouve détruite par là même.
§ 5. Il en est encore ainsi pour le propre et pour le
genre; car pour les deux, il est plus facile aussi dé ren-
verser que d'établir. § fi. Cela est évident pour le propre,
d'après ce qui a été dit. En effet , comme le propre est
donné le plus souvent en combinaison avec d'autres
termes, on peut le réfuter en ne détruisant qu'un seul
élément ^ tandis que nécessairement , quand on établit
la proposition , on doit prouver tout par syllogisme.
§ 7. Du reste, on pourrait dire convenablement du
propre presque tout ce qui s'applique à la définition.
Ainsi il faut, quand on établit la thèse, montrer que la
chose est à tout ce qui est compris sous le mot, tandis
qu*il suffit, quand on réfute^ de montrer qu'elle n'est
pas à un seul terme quelconque. Et si le propre est bien
8 4. Ei de plui , Paclus trouve quls^en rapprochent mais ne se con-
lout ce $ iDQlile. fendent pas avec elle.
g 5. Pour U propre ei pour le ft 6. Diapré* ee qui a éii M , en
genre. Après la déOuItlon viennent traitant du propre, liv. 5.
deux noires questions dialeeUqoes • T. ÀkêH ^'om Vu M, i 4.
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284 TOPIQUES.
à tout le sujet , mais qu'il ne soit pas à ce sujet tout
seul 9 on a par cela même réfuté, ainsi qu'on Ta dit éga-
lement pour la (fefinition.
§ 8. Quant au genre, il n'y a nécessairement, quand
on a démontré qu'il est à tout le sujet, qu une seule
façon de l'établir. Mais quand on réfute, il y en a deux
manières ; car si l'on a démontré qu'il n'est à aucune
partie du sujet, ou qu'il n'est pas à quelque partie du
sujet , on a détruit le genre posé dans le principe. § 9. De
plus, quand on établit la proposition, il ne sufBt pas de
montrer que le genre est au défini : mais il faut aussi
montrer qu'il lui appartient comme genre. Quand on
réfute, il suffit de montrer qu'il n'appartient pas à quel-
que partie du sujet, ou qu'il n'est à aucune. § jo. Il
semble que, comme en toute autre chose il est plus
facile de détruire que de faire, ici aussi il soit plus facile
de réfuter que d'établir la thèse.
§ 1 1. Pour l'accident, il est plus facile de le réfuter
universellement que de l'établir. £t, en effet», quand on
l'établit, il faut montrer qu'il est à tout le sujet ; et quand
on réfute, il sufBt de montrer, pour un seul terme, que
l'accident ne lui appartient pas. Pour le discuter parti-
culièrement, c'est tout le contraire; car il est plus aisé
ici d'établir que de réfuter la proposition. Ainsi, quand
on l'établit, il suffit de montrer que l'accident est à
quelque terme; et quand on réfute, il faut montrer qu'il
n'est à aucun.
§ 12. On voit clairement pourquoi le plus aisé de
tout, c'est de réfuter la définition ; car le grand nombre
des éléments qui la forment fournit aussi plus de don-
nées pour la réfutation , et le syllogisme se forme d'au-
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LIVRE VU, CHAPITRE V. 285
tant plus vite qu'on a plus d'éléments. Il semble, en
effet, que l'erreur est d autant plus fréquente que le
nombre même des choses est plus grand. § 1 3. De plus,
pour la définition , on peut aussi la combattre par les
autres moyens indiqués; car, soit que l'explication qu'elle
donne ne soit pas propre au défini ^ soit que le terme
attribué ne soit pas le genre, soit que quelqu'une des
choses comprises dans la définition n'appartienne pas
au défini, la définition est détruite. Pour les autres
questions, au contraire, on ne peut les attaquer, ni par
les lieux relatifs aux définitions, ni par tous les autres.
En effet , il n'y a que les lieux relatifs à Taccident qui
soient communs à toutes les questions indiquées, puis-
qu'il faut que chacun de ces termes appartienne au
sujet. Quant au genre, il peut ne pas être au sujet
comme propre, sans pour cela être détruit. De même,
il n'est pas nécessaire que le propre soit au sujet comme
genre, et l'accident n'a pas besoin d'y être comme genre
ou comme propre ; mais il faut seulement qu'il y soit.
Ainsi donc, il n'est pas possible de se servir des argu-
ments d'une des questions contre les autres, si ce n'est
contre la définition; donc, il est évident que le plus
facile de tout, c'est de réfuter la définition. § i4* Et le
plus difficile, c'est de l'établir; car il faut prouver d'abord
tous ces éléments par syllogisme, c'est-à-dire que toutes
les parties énumérées appartiennent bien au sujet, et
S 18. lAi outrée moytni tful<- le caractèie le plus géoéral de Tto-
ijuis , Pour le propre , le genre et cident.
Taocideot , tandis que ces trois te^ S i^« Q^ touieê les parties érm-
mes ne sont pas réfutés par les mérées ^ L'édition de Berlin ne
moyens indiqués pour la définition, donne pas toutes dans le texte, elle
— Appartienne au sujet , Ce qui est le donne seulement en variante.
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380 TOPIQUEB.
que c'est la genre qui a été dooné, et que rczpHcation
est propre au défini ; et en outre, il fiiut prouver que
la définition exprime bien l'essence de la chose; ai il
&ut faire tout cela régulièrement.
$ i5, Parmi les autres questions^ le propre est le
plus semblable à la définition ; car il est plus facile de
le réfuter, parce qu'il se compose ordinairement de plu*
sieurs éléments; et le plus difficile, c'est de l'établir,
parce qu il faut réunir plusieurs clu)ses: et, qu'en outre,
il faut prouver qu'il n est qu'au seul terme en question,
et qu'il peut être pris réciproquement pour la chose
dont il est le propre.
§ 16* Le plus facile de tout c'est d'établir l'accident |
car pour las autres questions, il faut montrer non-seu-
lement que 1^ terme indiqué est au sujet, mais encore
qu'il y est de telle façon : pour l'accident, au contraire,
il suffit de montrer qu il y est d'une façon quelconque.
§ 17, Le plusdifticile est de réfuter lacoident, parcre
qu'on y donne le moins possible d éléments, puisqu'on
n'ajoute pas pour l'accident comment il est au sujet. Et
dès lors pour les autres questions , ou peut réfuter de
deux façons, en montrant que le terme n est pas au su-
jet, ou bien qu'il n'y est pas de telle manière, tandis que
pour l'accident on ne peut réfuter qu'en montrant qu'il
n'est pas au sujet.
§ i8. Nous avons donio à peu près énuméré tous les
lieux qui fournissent les moyens de traiter chacune des
questions indiquées.
t SS. Qu'il y ei( â^ufM façon diquéêi. Voir liv. 1, cb. 6. Id finU
qiêêleongue^ Voir plus baut, ft 13. la théorie; le Uvre buiUdme Irai»
t IS. Chacune dêê qu9êtiùn$ {n- lera ds Is pratique
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TOPIQUES.
LIVRE HUITIÈME.
DE LA mATIQUB DIALEGTIQCB.
CHAPITRE PREMIER.
Des règles de rinterrogation.
§ r. Après celai ii faut traiter de l'ordre c^ mettre
dans les arguments^ et dire commeot il faut interroger.
La première chose , quand ou doit faire une question,
c'est de trouver le lieu par oîi il faut s'y prendre ; c'est
ensuite^ d'interroger en soi-même et de disposer chaque
cliose à part soi ; et enfin, en troisième lieu, d'exposer
tout cela pour celui à qui l'on s'adresse. Jusqu'à ce
qu'on ait trouvé le lieu nécessaire, cette recherche ap-
partient tout aussi bien au philosophe qu'au dialecti-
D$ la praîiqut dialectique, et de Ii réponse*
Alexandre remarque que parfois on g 1. On a déjà dU ataérieurê*
intitulait œ livre : de la demande et meru^ dam le cours des six livrai
de la réponse ; ou bien : de Tordre précédents.
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288 TOPIQUES.
cien. Mais, disposer toutes ces choses, et ensuite inter-
roger, c'est I étude spéciale du dialecticien; car tout cela
ne s'adresse toujours qu'à autrui. Mais, quant au phi-
losophe et à celui qui étudie pour lui-même^ peu im-
porte, quand les choses par lesquelles il fait le syllogisme
sont vraies ou connues , que celui qui répond ne les ac-
corde pas, parce qu'elles seraient voisines du principe,
et qu'il pressentirait la conséquence que l'adversaire en
va tirer. Mais peut-être le philosophe prendra-t-il
soin que les axiomes soient les plus connus possible et les
plus proches de la question ; car c'est de là que viennent
les raisonnements qui apprennent réellement quelque
chose. On a déjà dit antérieurement d'où il faut tirer les
lieux propres à l'argumentation ; il faut maintenant par-
1er de l'ordre qu'on y doit mettre, et aussi de l'interroga-
tion, après avoir indiqué les propositions qui peuvent
être prises outre les propositions nécessaires. § a. On
appelle nécessaires celles dont on fait le syllogisme. § 3.
Celles qui sont admises outre celles-là sont de quatre
espèces: on les pose, ou en vue d'une induction, afin que
l'adversaire accorde l'universel, ou pour grandir l'ex-
pression^ ou pour dissimuler la conclusion, ou pour
éclaircir la discussion. Il n'y a point à prendre d'auti^e
proposition après celles-là : mais c'est par celles-là
seules qu'il faut essayer de développer la discussion et
d'interroger l'adversaire.
§ 4* Celles qui dissimulent ne sont faites que pour le
combat; mais puisque toute recherche du genre de
celle-ci n'est jamais faite que dans la supposition d un
S i. Celles dofU an fait le syllo- véritable syllogisme ou simplement
gUme^ que ce soit d*ailleurs uo une induciion.
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LIVRE VIII, CHAPITRE I.
interlocuteur , il est nécessaire de se servir aussi de
propositions qui né sont pas nécessaires.
§ 5. Il ne faut donc pas mettre aussitôt en avant les
propositions nécessaires par lesquelles se fait le syllo-
gisme, mais il faut les prendre d'aussi haut qu'on le
peut. Par exemple, si l'on pense que la notion des con-
traires soit la même, et que l'on veuille soutenir cette
thèse, il ne faut pas aller directement aux contraires;
il faut remonter jusqu'aux opposés ; car, ceci une fois
admis, on pourra conclure par syllogisme que la no-
tion des contraires est la même, puisque les contraires
sontaussides opposés. Si l'adversaire n'accorde pas cela,
il faut le prendre par induction en s'adressant à des con-
traires particuliers; car il faut prendre les propositions
nécessaires, soit par syllogisme, soit par induction, ou
bien les unes par induction et les autres par syllo«
gisme. Quant à celles qui sont de toute évidence, il ne
faut pas moins les produire ; car la conséquence à con-
clure est toujours plus obscure, quand on la laisse à l'é-
cart et dans l'induction. Et il n'est pas moins conve-
nable d'avancer ces propositions utiles au syllogisme,
même quand on ne pourrait les obtenir de l'adversaire.
§ 6. Cest pour ces propositions nécessaires elles-mêmes
quïl faut aussi poser les propositions subsidiaires, et
voilà conmaent Ton doit se servir de chacune. § 7. Par
l'induction, l'on passe du particulier au général, et du
connu à l'inconnu. Les choses de sensation sont plus
connues, ou absolument parlant, ou du moins pour le
vulgaire. § 8. Il faul, quand on veut dissimuler sa con-
• 5. B0monUrJu$qu^muD oppoiéif Voir les Catig^ries, ch. 10.
IV. 19
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290 TOPIQDBS.
dusion, chercher à établir par des prosyliogismes les
propositions au moyen desquelles on prouvera le priu-
cipe: et il faudra multiplier ces propositions le plus
possible. On le fera, si Ton prouve par syllogisme, non
pas seulement les propositions nécessaires, mais aussi
quelques-unes des propositions subsidiaires qui leur
sont utiles.
$ 9. Il ne faut pas non plus énoncer les conclusions
des prosyllogismes, mais il faut ensuite les donner en
masse; car c'est ainsi qu'on s'éloignera le plus de la
proposition primitive. $ 10. En général, il faut inter-
roger, quand on veut cacher sa pensée, de manière que,
toute l'interrogation étant faite, et la conclusion même
étant donnée , l'interlocuteur en soit encore à deman-
der le pourquoi : et Ton atteindra surtout ce résultat
par la méthode qui vient d'être indiquée. En effet, ei^
n'énonçant que la conclusion extrême , l'interlocuteur
ne pourra savoir comment on l'obtient, parce qu'il n'a
pas vu préalablement comment on y arrive, les syllo-
gismes antérieurs n'ayant pas ^t^ posés piem^ifes à
membres. Le syllogisme de la conclusjon extrême a en-
core bien moins ses membres réguliers, puisque nous
en avons donné, non pas les éléments initiaux, mais
seulement les principes, par lesquels le syllogisme de
ceux4à se produit. ^ 11. Il est utile aussi de ne pas
prendre d'une manière toute continue les assertions
dont on forme les syllogismes. Il faut prendre successi-
vement des assertions qui se rapportent à des conclu-
sions différentes; car, en plaçant les assertions spéciales
les unes auprès des autres, la conclusion qui en doit ré-
sultersera plus évidente.
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LIVRE VIII, CHAPITRE I. 291
.$ 1 3. U faut aussi, pour la définition, prendre, quand
on le peut, la proposition universelle, non dans les
choses même, mais dans les choses de même ordre; car
les adversaires se réfutent eux-mêmes quand on tire la
définition d'une chose de même ordre, parce qu'ils ne
l'accordent pas universellement. Par exemple, s'il fal«
lait faire accorder cette proposition que l'homme en co-
lère désire la vengeance à cause du mépris qu'on a fait
de lui, et que l'on se fit accorder celle-ci que la colère
est un désir de vengeance à cause du mépris manifesté,
il est évident que, cette proposition une fois accordée, on
aurait la proposition universelle qu'on cherche» Mais
quand on s'arrête aux choses même dont il s'agit, il ar-
rive souvent que celui qui répond refuse les propositions,
parce que la réfutation lui est plus facile sur ce point : et
il soutient, par exemple, que, quand on est en colère, on
ne désire pastoujoqrs la vengeance : ainsi, nous pouvons
bien nous emporter contre nos parents, et, cependant,
nous ne désirons pas les punir. I^Iais peut-être cette ré-
futation n'est pas très- vraie ; car, dansi certains cas,
c'est une vengeance suffisante quand on a fait du cha-
grin aux gens, et qu'on les fait repentir de leur action»
Cependant , il y a dans cette objection i^ne apparence
de vérité, qui fait que ladversaire qe pai'iiîtra pas dérai-
sonnable de repousser la proposition d'abord avancée.
Mais, quant à la définition de la colère, il n'est pas aussi
facile d'en trouver la réfutation.
§ i3. U faut, du reste, avancer ces propositions
comme si c'était, non pour la chose même, mais pour
une autre chose; car l'adversaire est toujours sur ses
gardes pour les concessions qui peuvent être utiles à la
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292 TOPIQUES.
proposition. $ i4- En un mot, il faut rendre aussi obs«
cur que possible, le point de savoir si l'on veut prendre
ou la chose en question ou l'opposée ; car lorsque ce qui
peut être utile à la discussion reste obscur, on se laisse
aller davantage à sa véritable opinion. $ i5. Il faut in-
terroger aussi par la ressemblance ; car elle peut sufBre
à persuader, et cache plus les choses que la proposition
universelle. Par exemple, on peut dire que, de même
que la notion ou l'ignorance des contraires est unique,
de même aussi la' sensation des contraires est unique:
ou réciproquement, puisque la sensation des contraires
est la même, la science Test aussi. Cela ressemble à Tin*
duction, mais cependant ne lui est pas identique ; car,
pour l'induction, on tire le général du particulier : et,
pour les semblables, on ne prend pas le terme général
sous lequel sont compris tous les semblables ensemble.
§ 16. Il faut aussi faire parfois la réfutation contre
soi-même ; car ceux qui répondent sont tout à fait sans
défiance, quand on paraît présenter les arguments avec
loyauté. $ 1 7. U est utile encore d'ajouter que ce que
l'on soutient est habituel ; car on répugne à ébranler
une opinion reçue, quand on n'a pas de réfutation toute
prête : et précisément parce qu'on est bien obligé de
se servir soi-même d'arguments dé ce genre, on se
garde de les repousser. § 18. Il ne faut pas non plus
montrer trop d'ardeur pour un argument tout utile
qu'il peut être; car l'adversaire résiste davantage quand
S 15. Quê la propo$U(an uni- de sens n^est causée que par le
veriéUe, L^éditîon de Berlin donne changement d*une lettre ; et je crois
un sens tout contraire à oelui-tii : que ce n^est qu*uDe fonte d'iropres-
ia proposition universelle cache sion. La pensée ne peut d^allleun
mieux les choses. Cette différence offrir de doute.
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LIVRE YIII, CHAPITRE I. 293
il remarque un si vif empressement. § 19. Il faut en-
core n avancer son opinion que comme une compa-
raison ; car on accorde plus aisément ce qui est avancé
non pour soi, mais pour autre chose. § 20. Il ne faut
pas non plus avancer directement la chose qui doit
être posée, mais ce dont celle-là est la conséquence né-
cessaire. L'adversaire accorde plus facilement ce qu'on
lui demande, parce que la conséquence qui doit en ré-
sulter n'est pas alors aussi évidente : et en prenant
l'un, on prend aussi l'autre. § ai. Ce n'est qu'en der-
nier lieu qu'il faut demander ce qu'on veut par-dessus
tout obtenir; car l'adversaire repousse surtout les
premières choses qu'on lui demande, parce que la plu-
part de ceux qui interrogent énoncent tout d'abord les
choses qui les préoccupent le plus. § aa. A vesc certains
interlocuteurs, il faut tout d'abord avancer ces choses-là
précisément; car les gens à difficultés accordent sur-
tout les premières choses, quand la conclusion qui doit
résulter n'est pas fort évidente : mais ils fout des diffi-
cultés à la fin. Et de même font ceux qui se piquent
d'être fins dans leurs réponses; car, après avoir fait de
nombreuses concessions, ils élèvent des arguties vers la
fin, en prétendant que la conclusion ne sort pas des don-
nées admises. Us concèdent au contraire sans peine,
se fiant à leur talent, et supposant toujours qu'il ne leur
arrivera rien de fâcheux. § a3. Il faut encore allonger
la discussion, et ajouter bien des choses qui ne sont pas
utiles au sujet, comme ceux qui tracent de faux dessins;
car, lorsque les choses sont si nombreuses, on ne sait
pas au juste dans laquelle est l'erreur. Aussi parfois ceux
qui interrogent ne s'aperçoivent pas qu'ils ont avancé
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294 TOPIQUES,
dans cette obscurité des choses , qui, présentées en soi,
n'auraient pas été accordées certainement. § 24- li faut
donc se servir des moyens qui viennent d'être indiqués
pour cacher sa peiisée.
$ a5. Pour l'orner, au contraire, il faudra recourir
à l'induction, et à la division des choses de même genre.
On voit clairement ce qu'est l'induction. La division
c'est, par exemple , de dire que telle science est meilleure
que telle autre science, ou parce qu'elle est plus exacte,
ou parce que le sujet en est plus élevé; c'est-à-dire que
parmi les sciences les unes sont théoriques, les autres
pratiques, et d'autres productives. Giacune de ces
choses, en effet , embellit le discours , mais elles ne
sont pas nécessaires à dire pour la conclusion qu'on
poursuit.
§ !i6. Pour éclairer la discussion, ce sont des exem-
ples et des comparaisons qu'il faut prendre. Il faut
choisir des exemples familiers, tirés de choses que nous
connaissons, comme fait Homère, et non comme fait
Chœrile ; car de cette façon ce qu'on a avancé devient
plus clair.
$ ai. Pour cacher ca pcniéCf $ M. Pour éclairer kt êiccfiê^
voir plus haut , S 3. i toi», voir plus haut ,$$.—£< fion
$ as. Le$ unes sont théoriqueSf comme Chœrile ^ mauvais poète du
voir plus haut , liv. 7, ch. 1 , 8 10. rf siècle av. J.-G.
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LIVRE VIII, CHAPITBE II. 295
CHAPITRE II.
Suite des rè^es de rinterrogation : de remploi du syllogisme
et de riûdactioQ suivant les interlocuteurs.
§ I. U faut quand on discute se servir du syllogisme
plutôt avec les dialecticiens qu'avec le vulgaire; et au
contraire, il faut se servir plutôt de Tinduction avec le
vulgaire. On a déjà parlé de cela précédemment. § n.
Dans certains cas, il est possible en interrogeant de de-
mander l'universel par voie d'induction ; dans certains
cas, cela n'est pas facile parce qu'il n'y a pas un nom
commun pour toutes les ressemblances. Mais quand il
faut obtenir l'universel, c'est de cette façon, dit-on,
qu'il faut procéder pour toutes les choses de ce genre ;
or il est extrêmement difficile de déterminer quelles
sont, parmi les choses avancées, celles qui sont telles
qu'on le dit, et celles qui ne le sont pas : et c'est là ce
qui fait souvent qu'on se querelle dans les discussions,
les uns soutenant que des choses qui ne sont pas sem-
blables le sont, d'autres doutant que des choses sembla-
bles le soient. Il faut, pour éviter ces embarras, essayer
de forger soi-même des mots, afin que celui qui répond
ne conteste pas que ce qui est énoncé soit dit sembla -
g 1 . On a d4Jà parlé de cela pré- «oi-m^« dêi moli, expédient qu'il
eédemmeni , voir plus haut, liv. i, a d^ recommandé pour bien com-
ch. la, g S ei passim. prendre la nature des relatife, Caié
% jt. C9êi de etiU façon, c'est^ gwriêM, cb. 7, g 11, etdontil a faU
à-dire par l'induction, — Forger lui-même usage plusieurs fois.
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296 TOPIQUES,
blementy ni que celui qui interroge puisse chicaner
sur la ressemblance, attendu que beaucoup de choses
paraissent dites seniblablement qui cependant ne le
sont pas.
$ 3. Lorsque, après une induction faite pour plusieurs
termes, l'adversaire ne donne pas Tuniversel, il est juste
alors de demander à l'adversaire son objection. Si Ton
n'a pas désigné soi-même pour quels termes il en est
ainsi, il n est pas juste de demander pour quels termes
il n'en est pas ainsi; car ce n'est qu'après avoir fait
d'abord cette induction, qu'on peut réclamer l'objec*
tion de l'adversaire. $ 4- ^^ ^^^^ P^ut demander qu'on
ne fasse porter les objections sur le sujet lui-même,
que dans le cas où ce sujet serait le seul de cette façon,
comme la dyade qui est le seul nombre premier parmi
les nombres pairs; car il faut que celui qui fait l'ob-
jection la fasse porter sur une autre chose, ou qu'il pré-
tende que le sujet en question est le seul qui soit de
cette façon.
§ 5. Quant à ceux qui réfutent en faisant porter
l'objection non sur la chose même, mais sur un homo-
nyme, et par exemple, qui soutiennent qu'on peut avoir
une couleur qui n'est pas la sienne, ou le pied, ou la
main, comme le peintre pourrait avoir une couleur qui
n'est pas à lui, et le cuisinier un pied qui ne lui appar-
tient pas, il faut pour interroger ces gens-là faire la
division; car tant que Thomonymie reste cachée, l'ob-
$ 3. FaUê pour plusiêurê termes^ n*étan t divisible que par lui-même
et qu'il serait inutile de foire pour et ruuité.
tous , l'induction ne parcourant ja- § 5. Qui n^est poi »iêrm$f qui
mais la totalité des cas particuliers, n'appartient pas à Tindividu dont
$ A. Le $eul nombre premier , on parle, et qu'il a cependant
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LIVRE VllI, CHAPITRE IL 297
jection à la proposition paraîtra bonne. $ 6. Si au con-
traire l'objection faite, non plus sur un homonyme
mais bien sur la chose même, est de nature à empêcher
toute question, il faut, en retranchant la partie atteinte
par la réfutation, soutenir le reste de la proposition
en la faisant générale, jusqu'à ce qu'on ait obtenu un
terme qui puisse servir, comme dans cet exemple :
L'oubli, et avoir oublié ; car, les adversaires n'accor-
dent pas que celui qui a perdu la science ait oublié,
parce que, disent-ils, la chose étant disparue, on a bien
perdu la science, mais on ne l'a pas oubliée. Il faut dans
ce cas soutenir le reste de la proposition, en retran-
chant ce sur quoi porte la réfutation : et par exemph^ dire
que si la chose subsistant on en a perdu la science, c'est
qu'alors on Ta oubliée. Et de même encore pour ceux
qui réfutent cette proposition que le mal plus grand
est opposé au bien plus grand; car ils soutiennent qu'à
la santé qui est un moindre bien que la force, un mal
plus grand est opposé, attendu que la maladie est un
mal plus grand que la faiblesse de constitution. Il faut
donc faire disparaître ici aussi ce sur quoi porte la ré-
futation; car, ceci retranché, l'adversaire accordera
mieux la proposition : et dans l'exemple cité, il faudra
dire qu'un mal plus grand est opposé à un plus grand
bien, quand l'un n'implique pas l'autre, comme la force
de constitution implique la santé. § 7 . Non seulement
t 6. VcMi et awfir oublié , tre lui , oommo la restriction de la
foir plus haut, lin. 7, ch. 3 , ft 10, fin du ft 6. — la propo9iHon dia-
et surtout , Demiert Analyiiqueê, leetique est c«ito,.... il en a donné
liv. 1, cb. 6, S 7. une définition beaucoup plus Juste
g 7. Queiqm ehoie dé pareil ^ etbeaucoup plus spéciale, voir plus
une oonséquenoe qui tournera con- haut , liv. 1, cb. 10, § S.
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298 TOPIQUES.
il faut faire cela quand Tadversaire oppose des objec-
tions, mais même lorsque, sans élever d objection, il
nie la proposition avancée, prévoyant bien quelque
chose de pareil. En effet, quand on a fait disparaître
ce sur quoi porte ^objection, l'adversaire sera forcé
d'admettre la proposition initiale, parce qu'il n'aura pas
découvert dans le reste une partie qui ne serait pas
ainsi qu'on l'a dit : et s'il ne l'admet pas^ il sera hors
d*état, quand on lui demandera son objection, de pouvoir
en donner une. Ces propositions, du reste, sont celles
qui sont à moitié vraies et à moitié fausses; car on peut,
en enlevant une partie, ne laisser que ce qui est vrai
dans ces propositions. Que si , lorsqu'on étend son as-
sertion à plusieurs choses, l'adversaire n'élève pas d'ob-
jection, il faut penser qu il l'a admise ; car la propo-
sition dialectique est celle qui, s'appliquanl ainsi à
plusieurs choses, n'a point subi d'objection.
§ 8. Quand on peut conclure syllogistiqucment une
même chose, soit sans la réduction à l'absurde, soit par
réduction à l'absurde, peu importe, si l'on démontre et
qu'on ne discute pas dialectiquement, de faire le syllo-
gisme de Tune ou l'autre façon. Mais quand on discute
contre quelqu'un, il ne faut pas se servir du syllogisme
par l'absurde; car l'adversaire ne peut contester, quand
on conclut sans réduction à l'impossible. Mais quand,
% s. Réduction à rabiwrâê,Yo\T posée tout au long dans le Traité
toute cette théorie, PrwiierM Ana- de la Démonstration, dans les Der-
lytiqueêf llv. 1 ch. 8, §0; ch. S3, g S; nier$ Analytiquêi -^ Canire quel-
ch. 44,§S, llv.S,cb.lS,etll0rn<ar< qu^un, les éditions ordinaires ne
Analytiquet,\\y. i,ch,%^.^SiV(m donnent pas ces roots que J*em-
démamre , si Ton travaille phitoso- pninte à Tédition de Berlin , et qui
pbiquement, c'est-à-dire, en cber- complètent le sens , bien qu'ils n'y
chaut le vrai d'après la méthode soient pas indispensables.
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LIVRE Vin, GHAI^ITRE II. 299
aa contraire y on a conclu par Tabsurde, si Terreur
n'est pas parfaitement manifeste, l'adversaire soutient
qu'il n'y a pas d'absurdité: et alors ceux qui interrogent
n'en viennent pas du tout oii ils veulent.
§ 9. Il faut avancer les assertions qui sont le plus
ordinairement de la façon qu'on dit; car alors, ou la ré-
futation n'est pas du tout possible, ou bien il n'est pas
facile de la découvrir à première vue. En effet, ne pou-
vant pas voir les choses pour lesquelles il n'en est pas
ainsi, l'adversaire accepte l'assertion comme étant vraie.
§ 10. Du reste il ne faut pas de la conclusion faire
une question : sinon, dans le cas 011 l'adversaire la nie,
il semble ne plus y avoir de syllogisme; car souvent
même, sans qu'on fasse d'interrogation, et en présen-
tant la proposition comme conséquence de ce qui pré-
cède, les adversaires la nient; et en faisant cela, ils ne
paraissent même pas être réfutés, pour ceux qui n*ont
pas pressenti la conclusion des données admises. Loi*s
donc que, même sans avoir dit que c'est la conclusion ,
on interroge, et que l'adversaire répond négativement,
il semble qu'il n'y ait pas du tout de syllogisme.
§ II. Toute proposition universelle ne semble pas'
toujours être une proposition dialectique : par exemple,
qu'est-ce que l'homme? En combien de sens entend-on
le bien? La pi*oposition dialectique est celle h laquelle
on peut répondre oui ou non; maison ne le peut pour
celles qu'on vient d'énoncer. Aussi ces questions-là ne
sont-elles pas dialectiques, si l'on n'a point soi-même
défini ou divisé en disant, par exemple : Le bien est-il
S 11. Un» prapoiitUm diaiêoii- passages cités en noie sur les dé-
quBj voir Hv. 1, eh. 10 et tons les finitions qu'en a données Aristote-
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300 TOPIQUES.
dit dans tel ou tel sens? car la réponse, dans ce cas, est
très^facile, soit qu'on affirme, soit qu'on nie. Aussi est*'ce
sous cette forme qu'il faut tâcher d avancer les propo-
sitions de ce genre. Il est peut-être aussi également
loyal de ne demander en combien de sens on entend le
bien, que lorsque, ayant fait une division et avancé une
proposition, l'adversaire ne Taccorde pas.
§ la. Celui qui pendant longtemps se borne à faire
une seule question interroge mal; car une fois que
celui qui a interrogé a répondu à ce quon lui deman-
dait, il est clair, ou qu'on lui demande plusieurs choses
à la fois, ou plusieurs fois les mêmes choses, de sorte
que, ou c'est une vaine plaisanterie , ou bien l'on ne
fait pas de syllogisme; car le syllogisme se compose
toujours de peu d'éléments. Si l'adversaire ne répond
pas, pourquoi alors ne pas le reprendre et ne pas cesser
la discussion ?
CHAPITRE 111.
De la facilité ou de la difficulté des argumentations.
$ I • Il est difiicile d'attaquer et facile de défendre
les mêmes suppositions ; et ces suppositions sont celles
S IS. Pourquoi alari ne pas h celui qui précède et modifier un
reprendre ^yà\ préféré avec Pacius pea le sens comme il suit : il esl
et Sjflborge, la forme InterrogailTe. clair.... que l'adversaire n'est point
L'édition de Berlin conserve la arrêté et qu'il continue la discus-
forme simple^ et alors il font Aire sion.
dépendre ce membre de pbrase de i t. il eit impossible de rien
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LIVRE y III, CHAPITRE IIL SOI
qui naturellement sont les premières et les dernières.
Les propositions premières ont besoin de définition ; et
les dernières sont conclues après beaucoup d'autres,
quand on veut prendre la série continue des arguments
à partir des premières: ou bien les arguments paraissent
sophistiques, puisqu'il est impossible de rien démontrer
si l'on ne commence par les principes propres au sujet,
et si l'on ne va jusqu'aux detniers termes. Ceux donc
qui répondent ne croient pas devoir définir, et ils n'é«
coûtent pas celui qui interroge quand il définit. Or,
lorsqu'on ne voit pas clairement ce qu'est le sujet, il
n'est pas facile d'attaquer la proposition, et cela sepré«
sente surtout pour les principes; car c'est au moyen
des principes que le reste est démontré, tandis qu'eux
ne peuvent l'être par d'autres termes. H faut donc né-
cessairement qu'on ne connaisse chacun d'eux que
par la définition.
$ a. liCS propositions qui sont très-rapprochées du
principe sont aussi difficiles à attaquer; car on ne
peut pas trouver beaucoup d'ai^uments contre elles,
parce qu'il y a peu de termes entre elles et le principe;
et c'est par ces termes qu'il faut nécessairement démon-
trer tout ce qui vient ensuite. § 3. Les plus difficiles à
attaquer de toutes les définitions, sont précisément celles
qui se servent de mots dont il est incertain de dire tout
d'abord, s'ils sont pris dans un sens absolu ou dans plu-
sieurs sens, et dont, en outre, on ne sait s'ils sont em-
ployés par celui qui définit , soit absolument, soit par
métaphore. Précisément par ce q'uils sont obscurs, il n'y
difhoninr^ c'est tonte It docuine cb. 6 et sul?. Bile peal trouver st
des Oaffiieff inolyriguM, IW. 1 , place iiK^me en dialectique.
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302: . TOPIQUBS.
a pas d'argument contre eux, et Ton ne saurait les atta-
quer à ce titre, parce qu'on ignore si ces mots sont
obscurs uniquement parce qu'ils sont pris par méta-
phore.
§ 4* £n général, pour toute question qui est difficile
à attaquer, il faut supposer, ou qu'elle a besoin d'être
déBnîe, ou que c'est une des choses à plusieurs sens ou
une des choses à sens métaphorique, ou bien qu'elle
n'est pas loin des principes, ou bien enfin que notre
doute vient uniquement de ce que nous ne savons pas
à quel de tous les titres énumérés ici, cet objet nous l'ins-
pire. En effet, une fois fixés sur la manière dont cette
question est difficile, il est évident qu'il faut ou définir^
ou diviser, ou rétablir les propositions intermédiaires;
car c'est par elles qu'on démontre les plus reculées.
§ 5. Quand la définition n'a pas été bien donnée^ il
y a bien des thèses qu'il n'est pas facile de discuter 9U
d'attaquer , celle-ci , par exemple : Une seule chose
a-t-elle un ou plusieurs contraires? Mais une fois que
les contraire^ sont déBnis comme il faut^ il est &cile
d'eu conclure si une même chose peut ou non avoir un
ou plusieurs contraires. Et de même pour toutes les
propositions qui ont besoin de définition. ^ 6. Dans les
mathénoatiques même, il y a aussi certaines choses qui
$ y ai mm même e^M, Pidtts çttieoujM,... la flgare?flenit un qiift-
a le pluriel : les mêmes choses. Le drilatèie recuagle partagé par une
singulier que doDue l'édUion de ligne parallèle à Tun des côtés. Le
Berlin est préférable ; elle ne semble eélé et Taire du rectangle seraient
pas d'ailleurs connaître l'autre va- divisés proportionuellenent , ou
riante que donnent cependant des même également Si la ligne coupe
manuscrits. le côté au quart, Taire partielle
S 6. C0 théorème : que la droite sera le quart de Taire totale.
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LIVRE VIII, CHAPITRE III. 303
ne paraissent difficiles à démontrer que parle défaut de
définition : par exemple, ce théorème : que la droite qui
coupe par le côté la surface, divise également la ligne
et Taire de la figure. Mais, la définition une fois donnée,
la chose est sur-le-champ évidente; car les lignes et les
aires éprouvent la même soustraction, et cette défini-
tion s'applique de part et d'autre à la même idée. En
général, les premiers éléments, quand les définitions
ont été données, comme celle de la ligne et du cercle,
sont faciles à démontrer, sans compter qu'il n'y a pas
beaucoup d'arguments possibles contre chacun d'eux,
parce qu'il n'y a pas beaucoup d'intermédiaires. Mais si
l'on ne donne pas les définitions des principes, les atta-
quer devient difficile et même tout à fait impossible ;
et il en est de même pour les termes qu'on fait entrer
dans les définitions.
§ 7« Il ne faut donc pas oublier, quand la proposition
est difficile à attaquer, qu'elle présente Tun des défauts
qui viennent d'être indiqués. § 8. Quand il est plus dif-
ficile de discuter contre l'axiome et contre la proposi-
tion que contre la thèse, on peut douter s'il faut ou non
poser les choses mêmes; car si on ne les pose pas , et
qu'on prétende les discuter, ce sera plus difficile que ce
qui avait d'abord été donné ; et si on les pose , on tirera
sa croyance de choses moins croyables. Si donc on ne
veut pas rendre la question plus difficile, il faut poser
la thèse, et si l'on peut raisonner par des principes plus
connus, il ne faut pas la poser. Ou bien ne doit-on pas
t s. Qvand on OfqmiMi, quand die pour sMnstraire, on bien qu*on
on étudie phiioBophiquement par la enseigne à un autre , en ne recher-*
méthode analiUque» soit qu*oa étu- chant que les principes vrais.
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i
304 TOPIQUES,
dire qu'il ne faut pas la poser quand on apprend, si la
thèse n'est pas plus connue, mais qu'il faut la poser
quand on s'exerce, pourvu qu'elle semble vraie? Il est
donc évident qu'il ne faut pas indifféremment poser la
thèse, selon qu'on interroge ou qu'on enseigne.
§ 9. Ce qu'on vient de dire suffit à peu près pour
montrer comment il faut faire les questions et les dis-
poser.
CHAPITRE IV.
Règles générales de la réponse et de Tinterrogation : devoirs
et bat des deux adversaires.
§ I. Quant à la réponse, il faut fixer d'abord ce que
doit faire celui qui répond bien, de même que ce que
doit faire celui qui interroge bien. $ 2. Il faut que ce-
lui qui interroge pousse la discussion, de manière que
celui qui répond lui réponde les choses les plus insou-
tenables possible, d'après les données nécessaires de la
question. § 3. Et celui qui répond doit faire en sorte
que ce qu'il dit d'impossible ou de paradoxal paraisse
venir, non pas de lui, mais de la question même; car
c'est peut-être une erreur toute différente de poser d'a-
bord ce qui ne doit pas être posé, et de ne pas défendre
comme il faut ce qui a été posé.
S 0. Comment U faut faire lê$ ft 1. Quant à la réponM^ le-
queitioM et l^ diipoier, c^est la oonde partie de ce livre,
première partie de ce livre. t S. jyimpot9iM$ , d'absurde.
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IIYRE Ytll, CHAPITRE Y. 305
CHAPITRE V.
Manque de toute théorie pour régler les discussions qui n'ont
pour but qu'uu simple exercice de paroles.
§ I. On n'a point encore déteiminé la marche que
doivent suivre ceux qui ne discutent que par manière
d'exercice et d'essai. C'est, qu'en effet , le but n'est pas
du tout le même, quand on enseigne ou quand on in*
struit, que quand on combat, non plus qu'il n'est pas le
même quand on combat que lorsqu'on ne conveirse entre
soi, que par simple curiosité théorique. Avec un dis-
ciple, il faut toujours poser des principes qui semblent
vrais; et, en effet, personne ne pense à enseigner ce qui
est faux. Quand on lutte dans la discussion, il faut que
celui qui interroge semble toujours faire ce qui est con-
venable, el que celui qui répond ne paraisse absolument
point succomber. Ainsi donc pour les rencontres dialec-
tiques où l'on discute, non pour se combattre, mais
pour s'essayer el s*éclairer, personne n'a encore fixé net-
tement le but que doit se proposer celui qui répond, et
ce qu'il doit accorder ou ne pas accorder, pour défendre
bien ou mal la thèse posée. Dans cette absence de toute
méthode transmise à nous parles autres, essayons nous-
même d'en dire quelque chose.
S 1. Personne n'a encore fixé Dam cette àbeenee de toute mi"
nettement^ il est probable que les thode^ïi faut rapprocher ce pas-
sophistes s*étaieDt occupés de ces sage de celui qui termine les Réfu-
matières , mais, incomplètement.— talions des sophistes.
IV. M
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306 TOPIQUES.
§ a. Il 7 a donc nécessité que celui qui répond sou-
tienne la discussion en posant une thèse quelconque,
qu'elle soit probable ou improbable, ou qu'elle ne soit
ni l'un ni l'autre: je veux dire absolument probable ou
improbable, ou limitativement , par exemple, pour
telle ou telle personne, pour soi-même ou pour td
autre. § 3. Peu importe, du reste, comment elle est
probable ou improbable ; car la manière de bien répon-
dre sera toujours la même, ainsi que d'accoiVler ou de
ne pas accorder ce qui est demandé. § 4* La proposi-
tion étant improbable, il est nécessaire que la conclu-
sion soit probable, comme elle est improbable pour une
proposition probable; car celui qui interroge conclut
toujours l'opposé de la thèse. Si le sujet en question
n^est ni probable ni improbable, la conclusion sera aussi
de ce genre. Puisque celui qui raisonne bien démontre
la question par des principes plus probables et plus
connus qu'elle, il est clair que le sujet étant tout à fait
improbable, il ne faut pas que celui qui répond ac-
corde ni ce qui lui semble faux absolument, ni ce qui
lui paraît vrai, mais cependant borins vrai que la
conclusion. En effet, quand la proposition est impro-
bable, la conclusion est probable , de sorte qu'il faut
que toutes les données admises soient probables et plus
probables que la thèse, puisqu'il Ihut conclure le moins
8 s. J5«oIicnian(,eteii8ol,liidé- 8 4. Stràauêsi déhe genrê^Bkns
peDdamment de ropiDioo psrticn- canelère biai distiiict de pntelil-
lière de tel ou tel philosophe oon- liié ou d'improbabilité. — Par dês
sidérable. — LinUtativement , il ^ncipes plui probables et piuê
explique luinnême ce qu*il entend connue, c'est là évidemment tonte
par ce mot : pour telle ou telle la doctrine des Demien AnalytP'
personne, etc. ^ficei, liv. 1, ch. 6.
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LIVRE VIII, CHAPITRE V- 307
connu par le plus connu. Ainsi donc, si rien parmi les
choses demandées n'est tel^ il ne faut pas que celui qui
répond raccorde.
§ 6. Si la proposition est absolument probable ^ il
est clair que la conclusion sera absolument improbable.
U faut donc accorder tout ce qui semble vrai, et parmi
ce qui ne semble pas yrai^ tout ce qui est moins impro-
bable que la conclusion; car ainsi Ton parait avoir
bien discuté. § 7. Et de même encore, si la proposition
n'est ni probable ni improbable ; car, dans ce cas aussi,
il faut accoi*der tout ce qui parait vrai, et de ce qui ne
parait pas vrai, tout ce qui est plus probable que la
conclusion ; car, de cette façon , les arguments devien-
dront plus probables. § 8. Si donc le sujet est absolu-
ment probable ou improbable, il faut faire la compa-
raison des arguments avec ce qui semble absolument
^^î* S 9« Si 1^ sujet n'est pas absolument probable ou
improbable, mais qu il le soit seulement pour celui qui
répond, il faut, pour accorder ou ne pas accorder^ s'en
référer à ce qui lui parait vrai et à ce qui ne le lui parait
pas. § 10. Si celui qui répond défend la pensée d'un
autre, il est évident qu'il faut accordei* ou rejeter chaque
proposition , en se reportant à la pensée de cet autre.
Ainsi, cenx mêmes qui soutiennent des opinions autres
que les leurs, par exemple que le bien et le mal ^nt
identiques, comme le dit Heraclite, repoussent cepen-
dant cette opinion que les contraires ne peuvent être
à la fois à une même chose, non pas comme une opinion
qui leur parait fausse, mais seulement parce qu'il faut se
S 10. le kUn et le mal sont iden- pourquoi Sexios réclame Heraclite
tiquee^ c*e8t le floepUdsme. Voilà parmi les siens.
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S08 TOPIQUES.
prononcer ainsi^ d'après Heraclite. C'est encore ce que
font les interlocuteurs qui reçoivent mutuellement Tun
de l'autre les données de la discussion ; car alors ils
visent à raisonner comme aurait fait celui qui les a po*
sëes.
§ 1 1. On voit donc clairement quelles choses celui
qui rëpond doit avoir en vue^ soit que le sujet soit ab-
solument probable, ou qu'il le soit pour certains inter-
locuteurs.
CHAPITRE VI.
Cas divers où il Csiut accorder la proposition demandée par l'ad-
versaire, selon qu'elle tient ou ne tient pas nécessairement an
sujet en discussion j selon qu'on l'approuve ou qu'on ne l'ap-
prouve pas.
§ f . Comme il faut nécessairement que toute chose
demandée par l'interlocuteur soit ou probable ou im-
probable, ou ni l'un ni l'autre, et qu'elle soit relative
au sujet ou n'y soit pas relative, si elle paraît vraie sans
tenir au sujet , il faut l'accorder en disant qu'on la
S 1. Car^ an VadmêitfuU , on na beauooop moins bonne qne le texte
ditndi pas.,.. L'édition de BerUn vulgaire : il fandralt traduire d*a-
supprine cette phrase tont entière près cette variante : Car cette pro-
sans d^ailleurs cUer ancune auto- position n*est pas détruite en ad-
rité. Le sens le plus naturel et le mettant le principe d*abord posé,
plus simple est celui que Je donne. Évidemment Tantre sens est l>eaa-
et que Pacius donne aussi; mais coup plus d*acoord avec la suite na-
Sylburge fournit une variante dont turelle de la pensée, et c*est celui-
il n'indique pas la source et qui est là ceruinement qu'il Diut garder.
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LIVRE VIII, CHAPITRE VI. 309
trouve vraie; car, en Tadmettant, on ne détruit pas le
principe qu'on a d*abord posé.
§ a. Si elle ue paraît pas vraie, et qu'elle ne soit pas
contraire au sujet, il faut l'accorder encore, mais ajou-
ter aussi qu'on l'accorde quoiqu*on ne la trouve pas
vraie, afin de se donner l'avantagé de la condescen-
dance. § 3. Quand cette nouvelle opinion est contre le
sujet et qu'elle paraît vraie, il faut dire qu'on la trouve
vraie, mais qu'elle est trop près du principe, et que,
si on l'admet, le sujet d'abord posé est détruit,
§ 4- Si la proposition , tout en étant relative à la
discussion, paraît trop improbable, il faut reconnaître
que, ceci posé, la conclusion posée en sort; mais il faut
ajouter que la proposition avancée est par trop
simple.
§ 5. Si la proposition n'est ni probable ni impro-
bable, dans le cas où elle ne contredit pas la discussion,
il faut l'accorder sans rien ajouter. § 6. Si elle la con-
tredit, il faut ajouter que, ceci admis, le principe d'a-
bord posé est détruit; § 6. car c'est ainsi que celui qui
répond paraîtra n'être pour rien dans la défaite, s'il sait
prévoir à Tavance la suite des données qu'il va con-
céder : et celui qui interroge pourra former son syllo-
gisme, puisqu'on lui aura donné toutes les propositions
qui sont plus probables que la conclusion. Mais tous
ceiix qui es^yent de raisonner en parlant de choses
moins probables que la conclusion, raisonnent évidem-
S 9. L'avania§$ d$ la eond$$- néral un pea dénatoré en prenant
eendanee , c'est là , je crois , le vrai les mots da texte dans une accep-
sens d'après tout ce qui précède ; tion un peu trop générale, ci qui
les traducteofs laUiia ront en gé- n'esl pas assez claire.
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310 TOPIQUES-
ment mal : aussi ne faut-il pas accorder ces propositions
à ceux qui interrogent.
CHAPITRE VIL
Suite des règles de la réponse quand la question est obscure.
§ I,. Il faut traiter par la même méthode les cas où
les propositions sont obscures ou ont plusieurs sens.
Comme il est toujours permis à celui qui répond, s'il
ne comprend pas, de dire : Je ne comprends pas, et
quand une chose a plusieurs sens, comme il n'est pas
dans la nécessité de l'accorder ou de la refuser, il est
évident d'abord que, si l'expression employée n'est pas
claire, il ne faut pas hésiter à dire qu'on ne la comprend
pas ; car souvent il résulte des difficultés de ce qu'on
a répondu à une question qui n'a pas été faite claire-
ment. § a. Mais si la chose qui a plusieurs sens est bien
connue, selon qu'elle est vraie ou fausse de tous les
termes auxquels on veut l'appliquer, il faut l'accorder
ou la refuser absolument. § 3. Si la chose est en partie
vraie, en partie fausse, il faut ajouter qu'elle a plusieurs
sens, et pourquoi ceci est vrai et cela est faux ; car, si
Ton ne fait cette distinction que plus tard, il reste in-
certain qu'on ait vu l'ambiguité même qui est dans le
principe. § 4- ^^^ si l'on n'a pas vu cette ambiguilé et
qu'on ait admis la proposition , en songeant à l'un des
sens, il faut dire à celui qui mène la discussion à l'autre
sens, que c'est en regardant à l'autre et non pas à celui*
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LIVRE VIII, GHAPITBE VIIL 311
là qn*on admettait la proposition avancée. C'est qu*en
effet, du moment qu^il y a plusieurs choses comprises
sous le même mot ou la même dëfînition, le doute de-
vient très-facile. § 5. Si ce qu'on demande est clair et
simple, il faut répondre par oui ou par non.
CHAPITRE VIII.
Quand il 8*agit d'induction , il ne faut faire porter son objection
que sur Funiversel. — Il faut éviter l'apparence même de toute
chicane.
$ I. Toute propositioii ftyliogistique est une de ceUes
dapt o^ tire le ayllogisme, w une proposition faite en
vuç de l'une dfs c^llçs-là. Qu^nd donc c'est pour une
aiMre prapo^îtioQ qu'oa en demande une, la question
portant sur plusieurs choses pareilles, car c'est ou par
induction ou par ressemblance qu'on prend ordinai-
rement l'oniversei, il faut évidemment accorder toutes
les propositions particulières si elles sont vraies et pro-
bables. Et il ne faut essayer de faire porter l'objection
que sur l'universel; car, sans objection, qu'elle soit vraie
S I. Jottt« proposition tylio- quatreargnineDU de Zenon contre
gistique^ ¥oir les Premiert Analy- le mouYemeot sont rapportés. Voir
ti^uêê^ liv. 1 , cb. I, 5 S. » Zinon^ aussi dans les Nouveaux Fragments
d*Éiée. ^ Qu*U ut impossible qu'U philosophiques de M. Cousin toute
y ait du mouvement , toir dans le la discussion sur Zenon et s*^ so-
petit traité sur Xénopbane, Zenon phismes. ^Onne saurait parcou-
et Gorgias, le chapitre spécial à Hrle stade, c'en le second argu-
Zénon, et Physique, liv. S» cb. 9, ment de Zenon, appelé 1* Achille,
éd . de Berlin , p. 989, b , 5 , où les comme nous l'apprend Aristote.
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312 TOPIQUES.
ou qu'elle le paraisse être, empêcher la discussion ,
c*est faire de vaines difficultés. Si donc^ sans avoir
d'objection à faire, on n'accorde pas Tuniversel^ bien
qu'on ail accordé plusieurs propositions particulières,
il est évident qu'on ne cherche qu'à chicaner. Si l'oa
n'a pas même à objecter que la chose n'est pas vraie,
on paraîtra bien plus encore n'élever qu'une chicane.
Cependant, cette remarque même n'est pas très-juste :
car nous trouvons beaucoup d'assertions opposées à
nos opinions et qu'il nous serait très-difficile de réfu-
ter: par exemple, celles de Zenon quand il soutient qu'il
est impossible qu'il y ait du mouvement, qu'on ne sau-
rait parcourir le stade. Mais il ne faut pas à cause de cet
embarras accorder les assertions opposées h celles-là. Si
donc l'on repousse la proposition sans avoir rien à y
opposer, sans avoir d'objection à faire, il est clair qu'on
ne fiiit que chicaner ; car la chicane, en fait de discus-
sion, est une réponse qui est contre tous les modes in-
diqués plus haut et qui détruit le syllogisme. .
CHAPITRE ÏX.
Il fiint se faire d'abord k soi-même tontes les objections qoe Tad-
versaire pourrait ëlefer : il ne &ut pas surtout défendre une
thèse qui est moralement blftmable.
*'^ § I. Il faut, pour se bien préparer à soutenir sa thèse
et sa définition, se faire d'abord à soi-même toutes les
objections ; car il est clair qu'il faut pouvoir repousser
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LIVRE VIII, CHAPITRE X, 313
les arguments par lesquels ceux qui ioterrogent renver-
seront la proposition avancée.
§ 2. U faut aussi bien prendre garde de soutenir uue
proposition improbable. Or, elle peut être improbable
de plusieurs façons. D'abord, elle est improbable quand
les conséquences en sont absurdes : par exemple, si
l'on prétend que tout est en mouvement ou que rien
ne se meut. On peut regarder encore comme improba-
bles toutes les propositions qui ne peuvent être adop-
tées que par un cœur dépravé et qui sont contraires à
la conscience : par exemple, que le plaisir est le bien, et
que faire une injustice vaut mieux que la souffrir ; car
on déteste celui qui soutient ces maximes, parce qu'on
croit qu'il les soutient, non pas seulement pour le be-
soin de la discussion, mais par ooilviction.
CHAPITRE X.
Pour rectifier une conclusion fausse , il faut rectifier la proposi-
tion erronée d'oii elle résulte. —Il y a d'ailleurs quatre moyens
d'empêcher de conclure : énumération de ces moyens.
§ I. Tous les raisonnements dont la conclusion est
erronée peuvent être redressés en leur ôtant ce qui
constitue Terreur. Ce n'est pas, du reste^ en leur re-
tranchant une partie quelconque qu'on les rectifie, ni
S s. D0 pHutiews tàçant, Tédi- corde mieux , en effet , avec ce qui
Uon de Berlio doone cette leçon suit. J'ai cru devoir conserver le
dans les variantes , et met dans le texte vulgairement reçu, qui peut
texte : de deux façons, ce qui 8*ac- aussi très-bien se justifier.
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314 TOPIQUES.
même en retranchant une partie erronée ; car la pro-
position peut renfermer plus d'une erreur: par exem-
ple, si Ton suppose que celui qui est assis écrit, et que
Socrate soit assis, on peut se tromper en concluant que
Socrate écrit. En ôtant donc cette prbposition que So-
crate est assisy la rectification n*en est pfis faite davan-
tage, et cependant cette proposition était fausse. Mais
ce n'était pas elle précisément qui rendait le raisonne-
ment faux. En effet, si quelqu'un est assis, mais sans
écrire, la même rectification ne conviendra plus sur ce
point; de sorte, que ce n'est pas lii ce qu'il faut retran-
cher, mais c'est l'assertion que celui qui est assis écrit ;
car tout homme assis n'écrit pas en général. Donc, on
rectifie le raisonnement en ôtant ce qui donne nais-
sance à Terreur. § 2. Mais on sait faire cette rectifica-
tion en sachant que le raisonnement tient à ce point-là,
comme pour les figures fausses; car il ne suflSt pas de
faire une objection, ni même de retrancher la partie
erronée, mais il faut démontrer encore pourquoi c'est
une erreur; alors en effet, on verra clairement si Ton fait
l'objection parce qu'on a, ou non, prévu la conséquence
fausse.
§ 3. On peut pour empêcher de conclure s'y prendre
de quatre façons, § 4t ^^^^ ^^ ôtant ce en quoi consiste
l'erreur, § 5, soit en adressant l'objection à €«lui-là
même qui interroge; car souvent, sans même qu'il y
S s. Pour lei figures fausses , root doni se sert Aristole prête
Pacius pense qu*il s*agit ici des ii- beaucoup mieux à ce dernier sens
gures du syllogisme ; je crois, avec qu'à l*autre , et I*exemple est tout
la plupart des commentateurs, qu'il aussi fuste pris ainsi que comme
s*agit de figures géoméiriques. Le Pacius veut le prendre.
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LIVRE VIII, CHAPITRE XL 315
ait de solution, celui qui interroge ne peut pas aller
plus loin. § 6. En troisième lieu, on peut adresser l'ob-
jection à la question elle-même; car il peut se faire que
la question , telle qu'elle est posée, ne suffise pas pour
amener la conclusion que nous voulons, parce qu'on
nous a mal interroges, et qu'en ajoutant quelque chose
nous obtenions la conclusion désirée. Si donc celui qui
hiterroge ne peut aller plus loin, l'objection sera dirigée
contre l'interrogateur, et s'il le peut, contre les choses
qu'il demapde. § 7. La quatrième et la plus mauvaise
des objections est celle du temps ; car quelquefois Ton
fait cette objection qu'il faut plus de temps qu'on n'en a
dans le moment, pour discuter le sujet. § 8. Ainsi donc,
les objections sont comme nous venons de le dire de
quatre sortes : la première seulement peut servir de vé-
ritable solution ; quant aux autres, elles ne sont que des
empêchements et des obstacles à la conclusion.
CHAPITRE XL
Des critiques qu'on peut diriger contre le raisonnement ou contre
rinteriocntenr.
§ I. La critique du raisonnement n'est pas la même,
et quand elle s'adresse directement au raisonnement et
S I. la critique du raitanné- mis, au lieu de : est remis. ^ L*ei-
mentfVédition de Berlin supprime pression de la pensée d*Arislole
les deux derniers mots sans citer parait ol»rcure ici , bien qu*au fond
d*ânlorité ; et plus Ims, elle dit en- la pensée soil fort claire et fort
core, sans dier de manuscrit : est simple: Les fautes commises dans
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316 TOPIQUES.
quand il est remis en interrogation par Tinterioculeur;
car souvent celui qui est interroge ainsi, se trouve
cause que le raisonnement n'a pas été bien conduit,
parce qu'il n'accorde pas les propositions qui pouvaient
servir à bien discuter la question. En eflet, il ne sufBt
pas ici de la Tolonté d'un seul interlocuteur pour que
l'œuvre commune soit bien faite. U est donc parfois
nécessaire d'attaquer personnellement celui qui parle,
et non pas la thèse, quand en répondant, l'interlocuteur
cherche à présenter des choses tout à fait défavorables
à celui qui l'interroge; car alors, avec ces chicanes, ce
sont des discussions qui arrivent i la dispute, et qui ne
sont plus de la dialectique. § a. Du reste, comme les
discussions dont il s'agit ici ne sont plus qu'un exercice
et une épreuve, et ne sont plus un moyen d'instruc»
tion, il est clair qu'il faut conclure non plus seulement
le vrai, mais aussi le faux, et procéder, non pas seule-
ment par des propositions vraies, mais quelquefois aussi
par de fausses ; car souvent, en posant le vrai, il y a
nécessité en discutant de le détruire, de sorte qu'il faut
avancer des choses fausses. Et quelquefois, quand c'est
le faux qui est posé, il faut le réfuter par des proposi*
tions également fausses; car rien n'empêche que l'in-
terlocuteur ne croie ce qui n'est pas plus que ce qui
est réellement. Alors la discussion s'établissant d'après
des principes qu'il approuve, il peut en tirer plus de
persuasion que de profit. $ 3. U faut aussi, quand on
le raisonnement pourront tenir, on Tinterloculeur. Ce dernier cas
soit au raisonnement lui-même , représente notre argument ad Ao-
soit à rinterlocnteur qui ne se minem.
prête pas à la discussion. On peut S 3. On a dit pluê haut^ liv. 1,
donc critii|uer ou le raisonnement , cb . I , S 5.
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LIVRE VIII, CHAPITRE XL 317
^
veut déplacer convenablement la discussion, la déplacer
non pas en disputant, mais dialectiquement, que la
conclusion d'ailleurs soit vraie ou fausse. On a dit plus
baut ce que c'est que les syllogismes dialectiques.
§4* Puisque le compagnon est mauvais, qui empécbe
la besogne commune, il est clair que cela aussi s'ap-
plique tout aussi bien à la discussion ; car une œuvre
commune est aussi ce qu'on s'y propose, si ce n'est pour
ceux qui n'y cherchent qu'un combat. £n effet, dans ce
cas , les interlocuteurs ne sauraient atteindre tous les
deux le même but, puisqu'il est impossible que plusieurs
concurrents remportent un seul prix. Peu importe, du
reste, qu'on le fasse soit en interrogeant , soit en répon-
dant; car celui qui interroge pour disputer discute mal,
de même que celui qui, en répondant, n'accorde pas
ce qui lui semble vrai, et n'admet pas les questions que
celui qui interroge veut lui faire. U est donc clair,
d'après ce qu'on vient de dire, qu'il ne faut pas criti-
quer de la même façon et le raisonnement en lui-même
et celui qui interroge, parce que rien n'empêche que le
raisonnement ne soit mauvais, et que celui qui inter-
roge ne discute le mieux possible, relativement à celui
qui lui répond; car, contre ceux qui chicanent, il n'est
pas toujours possible de faire sur-le-champ les syllo-
gismes qu'on veut : on ne fait que ceux qu'on peut.
$ 5. Parfois on néglige de déterminer si les interlo-
cuteurs adoptent les contraires ou les principes d'abord
posés; car souvent, quand on parle de soi seul, on
admet les contraires; et, après avoir refusé certaines
propositions, on finit par les accorder ensuite. De là il
arrive souvent, quand on est interrogé, qu'on admet et
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318 TOPIQUES.
les contraires et les principes d'abord posés. U s'ensuit
nëcessairement que les discussions sont mauvaises, et
c'est celui qui répond qui en est cause, soit en ne don-
nant pas certaines choses, soit en les donnant d'une cer*
taine façon. Il est donc évident qu'il ne faut pas criti-
quer de la même manière ceux qui interrogent et leurs
raisonnements.
§ 6. Il y a cinq critiques possibles contre le raison-
nement même. § 7. D'abord, quand, d'après les inter-
rogations posées , il ne conclut pas pour le sujet en
question , ou ne conclut pas du tout ; ce qui a lieu du
moment qu'on a posé fausses et improbables, soit toutes^
soit la plupart des propositions dans lesquelles est con-
tenue la conclusion, et quand la conclusion ne peut
s'obtenir, ni en enlevant certaines choses ou en les ajou-
tant , ni en ôtant celles-ci et en ajoutant celles-là. § 8. La
seconde critique, c'est lorsque le syllogisme n'a pas lieu
contre ta thèse avec les propositions, et d'après les pro->
cédés indiqués auparavant. § 9. La troisième, c'est
lorsque le syllogisme a lieu en ajoutant certaines don-
nées, et que ces données sont moins bonnes que les
questions mêmes, et moins probables que la conclusion.
§ lo. £t, de plus, si cela se produit en ôtant certaines
paKies du raisonnement; car souvent on prend plus de
$l.nmHmélùipatp<hÊrlêtU' STee oe qui soit Oii reste , elle est
Jetmfuêstiony Véààûoû de Berlin mbs inporunoe, ptree qi'elle ne
donne ceUe leçon dans les va- change rien au i
rianres , et chan^ nn peu le texte : g s. Indiqués auparavani^ dans
il ne conclut pas le sujet proposé, le paragraphe qui précède : Her-
(Test aussi la leçon qu'ayait adop- minus , an rapport d'Aleiandre»
tée déjà Sylburge , et elle a peut- divisait cette seconde critique en
être cet avantage que , grammati- deux parties.
calement, eUe s*accorde mieux ( lO.^oftoffproMTySilesil-
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LIVRE YIII, CHAPITRE XL 319
données qu'il n'en faut; de sorte cjue le syllogisme n'a
pas du tout lieu parce que ces doiinées-*là y figurent.
§ la. Enfin y on peut critiquer le raisonnement, s'il part
de principes plus improbables et moins croyables que
la conclusion ; ou si l'on part de principes qui , tout en
étant plus vrais, exigent plus de peine que la question
même pour être démontrés.
$ i3. Il ne &ut pas vouloir, du reste, que, pour toutes
les questions, les syllogismes soient également pro-
bables et persuasifs; car dans les questions qu'on cherche
à résoudre, les unes sont naturellement plus faciles, lés
autres plus difficiles. Par conséquent, l'on a bien discuté
en prenant les propositions les plus probables qu'on
peut il s*ensuit évidemment que la critique ne doit pas
être la même et relativement à l'argumentation, et rela-
tivement au sujet en question ; car il se peut très-bien
que l'argumentation soit en elle-même fort attaquable,
et qu'elle soit fort bonne pour la question dont il
s'agit ; ou bien, tout à l'inverse, louable en soi et mau-
vaise pour la question posée , lorsqu'il est facile de
tirer la conclusion de plusieurs principes vrais et con-
nus. Quelquefois même, une argumentation concluante
pourrait être moins bonne qu'une argumentation sans
conclusion , quand la première, par exemple, est conclue
de propositions très-faibles, sans que la question ait ce
caractère, tandis que l'autre a besoin, outre ses prin*
cipes propres, d'autres principes vrais et connus, et que
l'argumentation ne consiste pas dans les données qui
sont ajoutées. § i4* On ne peut attaquer en rien ceux
logisme a lieu. Tant Alexandre , quelques mano-
S 14. On nepiut oKo^uar, sut- scriis donnaient : on peut. — Air
Digitized by
Google
320 TOPIQUES,
qui concluent le vrai de données fausses; car s'il faut
toujours conclure nécessairement le ùlvol de données
fausses. Ton peut quelquefois conclure le vrai même de
données fausses; c'est ce qui a été prouvé clairement
par les Analytiques.
§ 1 5. Mais quand l'argumentation dont il s'agit est la
démonstration de quelque chose, s'il y a quelque autre
proposition qui ne se rapporte pas du tout à la conclu-
sion , ce n'est pas de cette proposition que viendra le
syllogisme; et s'il parait en venir^ c'est un sophisme et
non une démonstration. § 16. Le philosophème est un
syllogisme démonstratif; l'épichérème^ un syllogisme
dialectique; le sophisme, un syllogisme contentieux, et
le doute, un syllogisme dialectique de contradiction.
§ 17. Si l'on démontre quelque chose par deux pro»
positions qui paraissent probables, mais qui ne le pa-
raissent pas également, rien n'empêche que le démontré
ne paraisse plus vrai que l'une et l'autre. Mais si l'une
des propositions parait vraie et que l'autre ne paraisse
ni vraie ni fausse, ou bien que l'une paraisse vraie et
que l'autre ne le paraisse pas, dans le cas où les propo-
sitions sont égales, la conclusion sera vraie ou fausse
également; et si l'une est plus que l'autre vraie ou
fausse, la conclusion suivra celle qui est la plus forte.
§ 18. Il y a encore une faute qu'on peut commettre
Uê AntUytiquêêf Voir Première c^est peot-étre une interpolation.
Antaytiqueit liY. S» ch. 9, et sniY. $ 17. CélU qui ê$t la plut forint
Voir aussi pour celle citation des soit en Yérité, soiten erreur.
Analyti/quêê mon Mémoire $ur % 18. On roUotmaU ainsi; le
la Logique^ tom. 1, p. il7. raisonnement qui suit est fort ol»-
8 16. Tout ce paragraplie semble cur» mais c^eatà dessein « puisqu'il
une sorte de dif^ression inutile, s*agitdedémontier TolMCuritéque
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LIVRE YIII, CHAPITRE XL 321
dans les syllogismes, et qui consiste à démontrer par un
plus grand nombre de termes^ quand on pourrait dé-
montrer par un moindre, en ne prenant que des termes
qui se trouvent dans Targumentation même. Ainsi, par
exemple, ou commettrait cette faute si, voulant dé-
montrer que telle opinion est plus probable que telle
autre, on raisonnait ainsi.: Dans chaque genre, la chose
en soi est celle qui a le plus de réalité, et il existe bien
réellement une chose probable en soi, de sorte que la
chose en soi existe plus que les individus même. Or, ce
qui est dit plus doit se rapporter à ce qui est plus. Il y a
une opinion en soi qui est vraie, et qui est plus exacte
qu'aucune opinion particulière. On a posé aussi comme
principe, que cette opinion en soi est vraie, et que la
chose en soi est celle qui a le plus de réalité. On en con-
clut que cette opinion, qui est aussi la plus vraie, est
plus exacte que les autres. Où est ici le vice du raison-
nement? Ne consiste-t-il pas en ce qu il cache précisé-
ment la cause qui fait l'objet de l'argumentation?
jeue dans le raisonnement an
nombre eiagéré de données par-
foitement Inutiles. — La ehoté en
ioi^ an sens des idées platoni-
ciennes. -^ Vn$ chose probable 9n
êoi^ une idée de la probabilité « de
l'opinion. — Que Uê Hiâitfidut
que les opinions parUco*
Hères : Tidée de ropinion est plus
opinion qu'aucune opinion spéciale^
parlicnlière : donc elle est plus
e:^acte qu'aucune opinion particu-
lière. Voilà le raisonnement dans
sa forme la plus simple.
IV*
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m topiQUËS;
CHAPITRE ÎII.
De la elarté dd rtMoanemant i ut raisonnenieiit peut lire elâif
de deui façons. — Un raisonnement peot être fiuix de fnatre
manières.
' § 1. Un raisonnement est parfaitement dàiv d^uné
feçoil , et ttans le sens le plus vnlgairè^ qi/and la con-
èinsion est telle, (ju'fl n'y a pluji rien k demander après
elle. $ 1. Et d'nne autre Façon, et la plus spéciale, quand
lés donnëei adtfiises sont celles d'où Pan doit tirer la
èonclnsion nëct'ssairemenf , et qu'elles ont ëtë conclues
(10 moyen de conclusions anférreures. § 3. Le raisonne-
ment est clair encore, tnalgrë l'omission de quelque
ëiément , si la chode omise est tout à fait pi^obable.
$ 4- L^ raisonnement peut être faux de quatre façons f
l'une, qnand il paratt conclure bien qu'il ne conclue
pas, et alors il est appelë syllogisme contentieux. § 5. Une
antre, c'est quand il conclut, safîs conclure cependant
felativement au sujet donne, ce qui se présente surtout
quand on procède par réduction à Tabsurde. § 6. Ou
bien , quand il conclut relativement au sujet donné,
mais non cependant par la méttiode propre au snjet ; et
S 3. Malgré Vomiêtion de quêU ment le plus probable Tient à man-
qua élément, au lieu de toute cette quer ; et il cite dans les notes, en
phrase, Tédilion de Berlin dit seu- rempruntant à un manuscrit d*Isin-
lement : S'il manque un élément grioius, la leçon adoptée par Tédi-
tout à fait probable; elle ne cite pas tion de Berlin; J'ai préféré celle
même en variante le texie vulgai- de Pacius qui est plus complète et
rement reçu. Sylburge dit : Si Télé- plus claire.
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LIVRE YllI^ GfiAPtTBE XIL MS
fX déftibt « lièu^ pût Memplé, lorsqttè, n*étàût fiai itlri^
dical| le rAisdtitieincfnt paraît médical; où gëoirtétH^tlëy
tt'étàftk pM géomëtriqM f ou dialectique, îi'ëtattt pafc
tllftiectique} qM k réault^l d'ailleuN sait vrai m fiUJË.
9 7< Une atitt<e liiaDière^ cnifiti, c'&èt quatiil le Niébtiitë-
tnent CDilclut du Moyen de prdpositioifa fâiis^e» \ et blcirf%
la conclusion pourrait Are tantôt fausse et tantôt vraie;
car le faux est toujours conclu de propositions fatisses^
ie vrai peut Tétre aussi ^ même de données qui ofe le
sont pas, aiusi qu'du Ta dit plus hatftt
§ 8k Ainsi donc^ quand TargumeittAtlofl est feuiM^
c'est bien plutôt la faute de celui qui afgUnletite que de
Targuinentation mémei Ce n'est pas non plus tc^ujourt
Ift ftiute de cdiui qui argumente } mais, par exemple^
c'est sa faute, quand c'esl sané te savoir qu'il a fait quoi-
que raisonnement faux. C'est qu'eu effet nous admet-
tons pltis ^loiitiers qiie bien dés propositions vrsries,^
celle qui parvient à détruire la proposition qui nous
semblait la plus vraie^ pa^ce que si I argumentation est
telle, elle est par cela même la démonstration certaine
S 7. Àinti 9ti*on Va âU plu9 sion vraie de prémisses faosses^ou
haut, Voir dans le chapitre précé- de prémisses dont la Térité n*est
dent, S li, et Premiers Ànaly^ pas très- frappante, ta conclusion
tiques j liv. S, cb. S, 3 et 4. Traie ainsi Obtenue porte arec elle
g S. La pensée de ce paragraphe peu de conviction, et il vaudrait
est Dbseure vers la fin; la. voict certainement mieux avoir une eon-
sous une autre forme : Dans un syl- clnsion fausse dont Fabsurdilé se-
foi^sme par réduction à l'absurde, rait frappîante : elle settiitiit dri
BOUS admeltons Hi proposition ab-> moins comme on vient dc^ le diDQ,
surde plus volontiers que nous II se peut d'ailleurs , mais ce n'est
n*ad mettons bien des propositions pas le cas qu'on suppose ici, que la
vHies, parce que eette proposition fausseté de la conclusion absufde
même nous prouve la vérité èe^- soit aussi ped frappante qde la vé^
faine de fa contradictoire ; si, au rite de la conclusion vraie , dans te
contraire, on obtiebt iiKe eowAH^ cas qu'on supposall tout I rbetfre.
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3M TOPIQUES.
de la vëritë des autres choses. En effet , Fuae des pro*
positions est absolument fausse et elle le démontrera. Si
l'on conclut le vrai par des propositions fausses et par
trop faibles, le raisonnement sera plus mauvais que
beaucoup d'auKres qui concluraient le faux : ce qu'il
pourrait être aussi, tout en concluant le faux. § 9. Ainsi
donc, évidemment, ce qu'on doit examiner d'abord dans
un raisonnement^ c'est s'il conclut en soi ; en second
lieu, s'il conclut le vrai ou le faux, et en troisième, de
quelles données il part pour conclure. S'il part de don*
nées fausses, mais probables, il est logique; et il est
mauvais s'il part de données qui sont vraies, mais im-
probables ; et si elles sont fausses et trop improbables,
il est clair que le raisonnement est mauvais, ou absolu-
ment, ou du moins pour la chose en question.
CHAPITRE Xm.
De la pétition de principe et de la pétition des contraires.— Cinq
espèces de la pétition de principe. — Autant d'espèces de la
pétition des contraires que de la pétition de principe. —Diffé-
rence de l'une et de l'autre pétition.
$ I . Comment celui qui interroge fait une pétition
de principe et prend les contraires, c'est ce qu'on a dit
au point de vue de la vérité dans les Analytiques; c'est
8 s, 12 et t logiquô ou dialeo- FremUrê Ànalytiquet^ Ht. S, cb.
tique, puisqu'il repose simplement 16. — >2^ la HmpU opinion ^ de la
sur le probable. probabilité an delà de laquelle la
I 1. Dam Ui Àmdytiquw , dialectique ne prétend point aUer.
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LIYBE YIII, CHAPITRE XIIL 335
ce qu'il faut dire maintenant au point de vue de la
simple opinion.
§ a. On peut faire une pétition de principe de cinq
façons. § 3. La plus évidente et la première, c est quand
on prend la chose même qui est à démontrer* U n'est
pas facile de commettre cette erreur à son insu pour la
chose même en question; mais cette faute se cache bien
plutôt dans les synonymes, et pour tous les cas où le
nom et la définition expriment la même chose. § 4« La
seconde façon , c^est quand on prend universellement ce
qu'il faut démontrer au particulier. C'est, par exemple,
comme si , ayant à prouver que la notion des contraires
est unique, on supposait d'une manière générale qu'elle
est unique pour les opposés; car ce qu'il fallait démon-
trer à part et en soi, se trouve alors supposé implicite*
ment dans plusieurs autres choses. § 5. Troisièmement,
on fait une pétition de principe, si l'on prend au parti-
culier ce qui était à démontrer universellement. Par
exemple, si, ayant à prouver que la notion de tous les
contraires est unique, on suppose qu'elle l'est pour
quelques-uns d'entre eux; car alors, aussi, ce qu*il fallait
démontrer avec plusieurs autres paraît être supposé tout
seul et en soi. § 6. On commet encore une pétition de
principe si, dans la division qu'on fait, on suppose le
sujet en question. C'est, par exemple, si, devant dé-
montrer que la médecine s'occupe de la santé et de la
maladie, on suppose chacune de ces choses à part.
§ 7. Ou bien, l'on se trompe encore, si l'on suppose
l'une des choses qui se suivent mutuellement de toute
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3W Ï0PIQUE8,
iif(c«$silé. Piir ei^empK ^î l'^<^ suppose que 1^ cj^té e«t
incommeDSurable au diamètre^ pour déinoiitrer qufs le
4iam6tre est iocpmin^Qsurable au côté.
$ 8. Il y a tout juste autaut de pëtitiQm pour les coq-
truires que pour les principes, § 9. pr^mièreoieiity ai
V0n pose leff afKiriqatîops #t les négations opposées. § lo,
I^Q second lieu, si Von pp^ les coo trairas par antithèse:
et ii^F pjLample si Ipn pos^ qM*une même cbose ?s(
bpnqe ^t ip»ii|vaise, § ilt TrQisièfnement, si, aprè#
«voir ^dqiis l'ijnivpr^Pl, on §n pos§ e|i particulier I«
çQntraclii^tion : pareiL^mplei sîi tout eq admettant que L|
fiptipp f)e^ ooqtriilr^s est uniqMf^ on p^n^ qu'elle est
Hlltre poi)r la sapté et )a ipaMie : ou bien, fii, ayant
a4nais cette derniàro proposition, oi| essaie de preudr^
FeDtithps^ upivprsellementt S la. On se trompe eucorei
gi l*op pose Ip cpntraire de ce qpi résulte nécessaire*
n9ei|tde#4QPM^ft adipises. $ i3. Et epân, si, to|it en ne
prenant pj|s (ps pppo^éi^ mêmes, on preqd cependiint
1^ 4^^x termes dopt ^pfprn^ \^ contra4ii?tiop opposée,
§ 14. Il y fi difFér«îUçe à f^ire pdûtion def ppR^r^iirai
im \m ifc pétition de principe, ep cp qu'il y « fiiptiç
4*up potp rpl^livenient à 1^ popclysipp ; p^r ceft W rfh
g9rd4Pt k h cpnplusjpn que ppus dispp^ qp'on fait upp
pétitipp 4e principe} tandis que ppur lp§ çoptr^ires, U
fiinte pst 4aqs les proposippus, parpe qu'fUp^ sfuqt dffRd
HP certain rapport 1^ V^W^ à Tég^rd dps aqtref,
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LIVRE Vin, CHAPITRE XIY. |3f
CHAPITRE ÎIV
De la pratique des discussions dialectiques.
$ I . Pour s'eKereei» et se rendre habile à ces argu*
menlatbfls, il faut d'abord s'accoutumer à convertir
lesraisoanemenls; car, de cette fkçon, nous serons plus
à même de discuter le sujet en question, et de peu de
données noue saurons tirer beaucoup de raisonne-
ments. Convertir des raisonneroents, c'est en effet, en
transformant la conclusion, détruire, à Taide des pro*
positions qui restent, une de celles qui ont éié don-
nées; car il faut nécessairement, si la conclusion est
fausse, détruire Tune des propositions^ puisque, en ad*
mettant que toutes sont vraies, la conclusion qui en
sort est vraie de toute nécessité. § a. Quelle que soit la
illèse, il faut examiner l'argument qui soutient qu'elle
est ou qu'elle n'est pas ainsi, et dès qu'on a trouvé ce
qu'elle est, il faut chercher sur-le-cliamp la solution ;
car, de cette façon, on s'exerce à la fois et à bien inter-
roger et à bien répondre : et si I on n'a point d'interlo-
euteur, on s'exerce du moins sei-mâme. Il faut en outre
comparer les choses parallèles en choisissant les argu-
mentf propres à foraier l'antilhèse; car ceci donne
$ i. A eonoertir leê raisaruM- la défloition même quMl donne dans
fiMfift, Voir Premiers Anctlytiques, les Première Analytiques , liv. S ,
ll¥. 9, diap. 9t • 91 10. — C^f^vertir cb. S, fi l ,^J£st wruie de to^te né-
.4Mr0(fiinMiii«fil|,o'Mr... Ôpp^ut ceseité. Voir pour les dé?elopp^
voir iiue pVai k peu prte popr les menude oeue rè%\e Premiétr^ Am-
termes et tout à Mt pour la fond hf^fqtêes^ Uv. 9, cl>» 9, 1 1.
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A
328 TOPIQUES.
tout ensemble une grande facilite pour presser l'adver-
saire, et en même temps aide beaucoup à n^futer, quand
on peut soutenir à la fois que la chose est ou n'est pas
de telle façon. Par là Ton se met d'autant plus en
garde contre l'admission des contraires. Ce n'est pas,
du reste, pour la connaissance et la réflexion vraiment
philosophiques y un faible instrument que de pouvoir
embrasser, ou d'avoir embrasse déjà d'un coup d'œil,
tout ce qui résulte de l'une et l'autre hypothèse ; car
alors il ne reste plus qu'à bien choisir l'une ou l'autre.
§ 3. Mais il faut pour cela être favorisé de la nature :
et cette heureuse et naturelle disposition pour la vérité
consiste à pouvoir bien choisir le vrai et fuir le faux.
C'est ce que font aisément ceux qui sont naturellement
bien doués ; car ceux qui aiment ou qui repoussent
convenablement les sujets proposés, savent aussi fort
bien juger le meilleur.
§4-11 faut avoir des raisonnements tout prêts pour
celles des questions qui se présentent le plus fréquem-
ment. § 5. Et c'est surtout pour les propositions ini-
tiales qu'il faut être ainsi pourvu ; car ce sont celles-là
que repoussent souvent ceux qui répondent. Il faut encore
avoir provision de définitions, et être tout prêt à donner
les plus probables et les premières de toutes ; car c'est de
celles-là que se tirent les syllogismes. § 6. Et il fout
tâcher aussi de posséder les questions sur lesquelles
retombent le plus souvent les discussions. § 7. De même.
^%. Lêt diteutHwM f L^édition dire, les raisonnemenu autres que
de Berlin donne ceci en variante, et les syllogismes. J'ai préféré avec Pa-
met dans le texte d'après Sylburge : cius la leçon vulgaire qui me
les autres raisonnements, c*eslpà- ble plus simple.
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LIVRE VIII, CHAPITRE XIV. 329
en effet) qu'en géométrie il est très-utile de s'être exercé
sur les éléments , et qu'en arithmétique c'est un grand »
avantage que de bien posséder les produits des nombres
simples, pour se rendre compte d'un autre nombre mul-
tiplié, de même, dans les discussions, il n'est pas moins
utile d'être bien préparé sur les principes, et de savoir
toujours par cœur les propositions. En effet, de même
que les lieux communs suffisent dans la mémoire pour
qu'on se rappelle les choses sur-le-champ, de même
ces propositions feront raisonner le plus régulièrement
possible, parce qu'on pourra toujours les avoir sous les
yeux, limitées comme elles le sont numériquement.
§ 9. Il vaut mieux, du reste, placer dans sa mémoire
une proposition commune plutôt qu'un raisonnement.
§ 10. Il faut encore s'accoutumer à faire plusieurs
raisonnements d'un seul, en cachant ceci de la manière
la plus complète qu'on peut ; et l'on y parviendra en
a'élôignant le plus possible de tout ce qui ressemble
aux choses dont il est question. Les raisonnements les
plus généraux seront ceux qui pourront le mieux don-
ner ce résultat : et par exemple, l'on dira qu'il n'y a pas
une notion unique de plusieurs choses; car, de cette
façon, ceci s'applique et aux relatifs, et aux contraires,
et aux conjugués. § 1 1 • Il faut aussi, quand on rappelle
les raisonnements antérieurs , le faire toujours comme
s'ils étaient universels, bien que dans la discussion on
les ait présentés comme particuliers ; car, de celte façon,
c'est ainsi que d'un seul on en fait plusieurs. Il en est
d'ailleurs tout à fait ainsi en rhétorique pour les en-
$ s. IM produUi d$$ nom6f«f la ubie de Pjthagore , et qa*alors
iimpiUf G*e8t ce que nous appeloas on appienait d^ par coNir.
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•se ToeiQuiii.
Ihymémes. Il fiiut, du reste, U plus possible, tfvîter de
ppésepter soi-même les sytlogismes sous forme unive9«
selle. § la. Et il faut toujours regarder si les raisonne»
ments s'étendent à plusieurs choses communes. En effet,
tout ratsenneinent particulier est aussi prouvé d'une
nianièi*e universelle! ^t dans la déipoQstratioû particu^
lière est eomprise celle de l'universel, pan« qu'oq no
peut faire aucun syllogisme sans proposition univer*
selle.
^ iS. Il fbut ei|iployer, avee un débutant, Teieffciee
des inductions, et celpi des syllpgisnas avec l'hoainie
habile. | 14. Et ce sont des propositions qu'il faut
UMier de se Aiire aecor^ler par les interlocuteurs qui sf
servent des procédés .syllogi^tiques, et desoompfinûsonsi
pareeuf qui se bornent aux inductions $ car c'est sur
ces deux points-là que les uns et les autres se sont sun-
tout exercés. § i5 En général, de pes exercices de dis*'
eussJoni il faut savoir tirer eu un syllogisme sur quelque
sujet, ou une solution, ou une proposition, ou ime ob»
jeetion. Il faut voir si Ton a bien ou mal interregé|
qu'il s'agisse de soi»méme ou d'un ^utre, et se rendre
compte en quel consiste la biep eu le mal; car o'est de
Ik qu'on tire sa (opcBj et Ton ne s exerce que pour se
fortiQer surteut d^fis œ qui concerpe les propositions
et les objections. Celui-là seul qui sait faire les unes et
les autees est, à peopreipeni parler, un dialecticien.
f IS. À pItMiêurt fiho$$$ eam- Vy iidmet, et Je crois quMl a raisoa;
mtffMs, L*édU|on de Berlin ne II est probible quMI s po«r lui l'an-
doDoe : plusieurs, que dans les va- tortlêde quelque ma nnscril.— San*
NaaUMi» Bsciai as is lissas pas |v««efîiteii uMt»«r«ali«» Voir l»r»-
dans la loiss «omiliis { irlbaigs eitof4M'y^^fafiiiv.Mlir9é9ll.
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LIVRE YIII, CHAPITRE XIY. ||t
Faire i^ne prppQsitioni c>$t df. plusieurs proses divines
nVp faire qu'une seyle, puisqu'il faut prendre dans
toute son étendue le tenue doqt i| s'aigit, Faire uns
objection» p eU d'une seule chose en faire plusietip») eav
ou l'on divise y ou l'on détruit la thèse, en arccrdant ot)
^n refusant tplle ou telle des propositipqs ^vaqQéc«,
§ lô. Il ne fiiut pas discuter avec tout |e monde ni
s'exercer s^veç Ip premier venu} pjEur il est d(^ gens m Vf 9
lesquels nécessairement on ne peut faire que de tràs*
mauvais raisoqnemeots. Contre mp adversaire qui esss|ie
à» taus les moyens pouv éehappep, il est juste oMt»st
d'employer tous les moyens pour établir le syltogispiei
Pikm c^ o'i^st pas toi|joiir« trè^*hQPQrabIe» Et voilà pour^
quoi il ne faut pas se commettre aisément avec les
premiers v§uus; P4r alori /on. ^v^ forcé de iie faire qi|e
de mauvais- raisonnements ; et ceux qm s'exeiHient de
cette façon ne peuvent plus s'empêcher de discuter avec
les formes d'un combat.
§ 17. Il faut aussi avoir des argumentations toutes
prêtes pour ces sortes de questions, où, avec le moins de
ressources possible, on saura s'en servir le plus souvent
qu'on pourra. Telles sont les argumentations générales
et celles qu'il est difficile de tirer des circonstances les
plus habituelles.
S 16. On ura forcé dé ne fodrê^ bien réelteroent; c*esl un point qui
G*est une répéUUon de ce qui est aenit peut^tre contesuble, mais
quelques lippues plus haut dans ce sur lequel ]e n*ai point à élever ici
même paragraphe. de discussion. Le commentaire sur
g 17. Il 8eml)le qu*il manque ici les R4futaiion$ des Saphiêtes qui
un résumé général de la topique lui est également attribué, ne lui
On a pu remarquer que j*ai tou- appartient cerlainement pas. Voir
Jours parlé du commentaire d*A- plus loin ce traité, cliap. 1,| 1 en
leiandie comme s'il lui appartenait noie.
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332
TOPIQUES.
On a pu remarquer encore qne Je
n*ai fait aucun usage des Topiques
de Cicéron : cependant Cioéron lui-
même les donne pour un abrégé
des 7op<9tiMd*Aristote.lfaiseeui
qui connaissent Touvrage de Tora-
teur latin et TouTrage du philo-
sophe, savent qu'ils n*ont que bien
peu de rapports. D^abord, tonte
Tordonnance si simple et si régu-
lière de la composition a disparu.
Les grandes divisions de la dialee-
tique sont omises : tout est confon*
du. D*autre part, la pensée d'Aris-
tote, quand elle est rappelée , est
presque méconnaissable. Cicéron
ne l'a pas toujours bien comprise :
le plus souvent on ne peut pas
même dire qu'il la refasse : il j
substitue la sienne qui est tout i
fait différente. C'est dans une tra-
versée par mer, de mémoire, et
sans aucun li?re, que Cicéron écrit t
c'est pour son ami Trébatius, qui
désire connaître ces fameux Ti^
qties^ que si peu de rhéteurs, dit Ci-
céron, si peu de philosophes même,
sont en état de comprendre. Ainsi
donc, Cicéron se h&te de travailler
sans les secours nécessaires ; et de
plus, il est probable qu'il y a fort
longtemps qu'il n'a lu l'ouvrage
quMi veut analyser ; sa mémoire est
tout i fiit iniklèle. Toutes ces eau*
ses réunies font que cette analyse
prétendue des TopigtiM d'Aristote
n'a pu me servir à expliquer aucun
passage. Le témoignage de Cicéron
eût pu être précieux i bien des
égards, et par sa date, et par
l'homme lui-même. Ses Topiques
ne sont pas certainement sans im-
portance, mais ils ont été pour mol
8UI8 aucune utIUtô.
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RÉFUTATIONS
DES SOPHISTES.
PREMIÈRE SECTION.
ESPÈCES DIVERSES DBS PARALOGISHES.
CHAPITRE PREMIER.
Bat général de ce traité : différence da sylio^sme et de la réftata-
tion sophistique. — Définition du sophiste et de la sophistique.
$ I. Mais parlons des réfutations sophistiques, c'est*
à-dire des réfutations qui paraissent en être de vëri-
La rédaction de oe dernier tiaité
de rOrganoDy me semble de beau-
eoap inférieure à celle de coqs les
précédents. Les vépétUions y sont
très-fréquentes; le style en est fort
obscur ; des elUpses peu jastifiables
y rendent sooTent la pensée énig-
matiqoe; le sujet ne 8> développe
pas avec clarté» bien qu'il suive
très-régulièrement un plan tracé à
ravance dont il ne s*écarte pas. En
un mot, si la pensée est, sans aa-
cun doute, d*Aristote, la forme me
paraîtrait ne lui point appartenir,
du moins tout entière. Ou il n*aura
pu mettre la dernière main à oetoii«
▼rage, et iiranra laissé imparidt: ou
nous avons ici Toeuvre d^une main
étrangère, celle d*un disciple, par
exemple, rédigeant fidèlement les
leçons do mattre dans rensemblo
et dans les détails, mais substituant
un style un peu inexpérlmenlé au
style magistral du pbilosopbe. Je
ne saurais prononcer entre ces deux
hypothèses; mais Je ne
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334 BÉFUTATI0N8 DES SOPUJSTES.
tables, mais qui n'en sont pas rëellement et ne sont que
des paralogismes. Nous commencerons naturellement
par les «flncipAj
§ a. il est ^vidlent que, parmi les syllogismes, les uns
en sont de vërîtables« et que les autres le paraissent sans
en être. CoAitfië pou^ tàbt d'autres cihôses, cette con-
fusion se produit ici par une certaine ressemblance que
peuvent présenter aussi les discours. Ainsi, parmi les
hommes, les uns ont bien réellement la santé, les autres
n*eu ont que ra^pài*eilcè, de goirflant (lli- mêmes et
se parant, comme on gonfle et comme on pare les vie-
fjoies 0fimas par hs irtlMiSi Le» utis soin beaux par
leur propre beauté, les autres ne font que le paraître
pai*ce qu'ils se sont bien ornés eux-mêmes. On pourrait
appliquer cetteobservation même auxohoses inanimées:
ainsi, celles-ci sont véritablement Je ^argent, celles-là*
de lor, d autres ne le sont pas réellement et le parais-
sent à nos sensqu^etlcs trompent : par exemple, le ploqib
et la litharge paraissent de Targent, et les choses dorées
paraissent d« for» De même pour le syllogisme et la
céAitatioo I l'une est réelleinent syllogisme, l'autre ne
tftrtm |ttli«e , «Iffèë ttnft le«f if H! âC-i (teges on y efte Athénée et Procltis.
Kfiitlve i m pM MltaAdAf^ Is dlf- Voir l'édlUoik de Berlin , pige t96,
Mrenéè (fCi'offVi' ee defllfe^ (ta?nif(e à , e.
êMnfmfé ft lottS les «ftlre». le itt'é^ % 1. JftiCr.... eette conjonction
MMifleqii^aiMnffeëlnmeDMèiTf n'ait «emble Indiquer que ce llyre ne
IMi eetie reMsh)lie ivillft tffôi ; detnlt pas être séparé de cent qnf
«naië « af elle est tiont^tle ) Je cfoHr le pvéeédent
pMtmr Éfllrmêr qtf elle ii*eli M «t. OlfgrteÉ par M» ÎHèu$ ;
fié MMns Jaste*. Dans les sacrifices, les trilnis d'A^
Le ttmimenf^tfè sur lés JN/Viitt- f bènés ri? afisaient entre elles I qui
Héné OHSiOpMÉteii ÉltHbué à présenterait les pitts belles tictlmes;
âtonaiNlHi , n*efti êTldemment pas et Ton employait toute espèce d'iN
in im^ (NHa^ie i dès teft prenilètes ttllceé ponr les ptre^et les grottir.
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SECTION I) OHAPime II ttft
Tmi pàê^ mais elle paraît l'être à des yeux ineipëri*
metiléB) Car les gens sans expérience ne Voient les
dioses que ootnnie s'ils les regafdaieat à une grande
iistaocei
§ 3i Lesyllogisitie est nn raisonnement eiif cerlâiBes
données étant posées^ on tiré de ces données qiiriquë
conclusion^ qui en sort nécessairement ^ et qui est diflfé*
rente de ces donoéesi
$ 4* I^ réfutation^ au conthiire^ est uiî syllogisme
atee contradiction de la conclusion. § 5« Les sopbistea de
le font pas réellement , mais ils paraissent le faire à plus
d'un titre : et le lieu le plus naturel et le plus commun de
tous ceM par lesquels on produit cette apparence est ce-
lui qui ne tient qu'aux mots. En effet 9 comme on ne peut
discuter en Apportant les choses nlénlesy et qu il faut se
tertir des mots comme représentation^ Su lieu des choses
qu'ils remplacent^ nous croyons que Ce qui arrive aua
mots arrive également aux choses^ comme on conclut
des cailloux au compte que Ton teut faire. Or ici^ la
ressemblance n'est pas tont à fait complète | ft lei
t É. un tire,,, quelque éonclU^
9km , L'édUiofl ds Berllo t dtns le
te&ie:ofidil..., et donne en variante
la leçon ordinaire que ]*ai conser-
tSe , et qui me «emble meilleure.
Cette définition du lyllogisme est
d^allleurs identique à celle qui est
féfiélée dam les Tàpiquêi^ Ht. 1 ^
çb. i, S S «i dans les Première Ana-
lytiques, llv. i, ch. 1, S».
% I J«ee etmtradieiion de h
ûtmolueiên, Goatredisant la oontlii-
slon donnée antérieurement sur le
même sujei par l*sdtenBire ItlSilit
ftpprdehdt eetre (ièfitilit<»h âé éilte
des Ptemiere Ânai^tiqueê, Ut S|
cb. 1, S S.
$h. On éênelui étét eaiUbUic ;
M te semdt }idis poar compter ds
cailloux, comme on se sert encore
dans nos campagnes de moyëbâ
losi aaast grossiel». •« ihipée... âê
même pmtr let diseaurê, voir TEO'
tbydéme de t'iatun. — Qui seront
dUû* f Ml lard, toir s^eMieaieai
les cb. i et 5 plus loin, et l'on peut
ajouter d*une manière générale,
Ibot lé tnriié éHB JfS^aKbad.
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336 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
mots sont limités ainsi que le nombre des dcfinitionsy
mais les choses sont innombrables. Il est donc néces-
saire qu'une même définition et qu'un seul nom signifient
plusieurs choses. De même donc que ceux qui ne savent
pas bien se servir des cailloux sont dupés par ceux qui
le savent, de même, pour les discours: ceux qui ne con*
naissent pas la puissance des mots font de faux raison-
nements, soit en discutant eux-mêmes, soit en écoutant
les autres. Cette cause donc, et celles qui seront dites
plus tard, font qu'il y a le syllogisme apparent et la ré-
futation qui parait en être une, mais'qui^ cependant^
n'est pas véritablement une réfutation.
§ 6. G>mme il y a certaines gens qui s'occupent plus
de paraître sages que de l'être réellement sans le pa-
raître; car la sophistique n'est pas autre chose qu'une
sagesse apparente et qui n'est point réelle, et le sophiste
ne cherche qu'à tirer un lucre d'une sagesse apparente
qui n'a rien de vrai, il est clair que ces gens-là cher-
chent plutôt à sembler faire œuvre de sagesse qu'à le
faire réellement sans le paraître. Du reste, et pour
comparer les choses une à une, c'est l'œuvre en chaque
chose de celui qui sait, d'abord de ne pas se tromper
lui-même dans ce qu'il sait, et ensuite de pouvoir dé-
masquer celui qui trompe; et ces deux mérites con-
sistent, l'un k pouvoir donner la raison des choses, et
l'autre à l'apprécier quand un autre la donne. Il y a
donc nécessité que ceux qui veulent jouar le rôle de
sophistes cherchent des discours du genre que nous
venons de dire; car c'est là ce qu'il leur faut, puisque
c'est ce talent qui les fera paraître sages, et c'est préci*
sèment là ce qu'ils désirent et se proposent.
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SECTION I, CHAPITRE II. 337
$ 7. Qu'il y ait un tel genre de discours, et que ceux
que nous appelons sophistes recherchent ce talent, c'est
ce qui est évident.
CHAPITRE II.
Espëoes diverses des argumentations au nombre de quatre.
$ I • Combien il y a d'espèces d'argumentations so-
phistiques, quel est le nombre de celles par lesquelles
on peut former ce talent , et combien il y a de parties
dans cette étude, c'est ce que nous allons dire, en y ajou-
tant tout ce qui peut en outre compléter cet art.
§ a. Il y a quatre genres de raisonnements possibles
dans la discussion : l'instructif, le dialectique, l'cxerci-
tif et le contentieux. L'instructif part des principes
propres de chaque science, et non pas des opinions
particulières de celui qui répond ; car il faut que le dis-
ciple croie à ce qu'on lui dit. Le dialectique est celui
qui conclut syllogistiquement la contradiction, en par-
tant de principes probables. L'exercitif part de prin-
cipes posés par celui qui répond, et que doit nécessaire-
ment connaître celui qui se donne pour posséder la
science : quelle est ici la méthode à suivre^ c'est ce qu'on
a dit ailleurs. Enfin le raisonnement contentieux pro-
S i. Vinstruetif... Vêxêreitif^ pemeots qui suivent en font d*tfl«-
l*ai dû prendre œs mots quoique leurs bien comprendre le sens. ^
peu convenables, pour éviter de AUleyrêj Tofiiqm$f liv. 1, ch. Set
kmgues périplinses. Les dévelo|H surtout liv. 8^ ch. i, et suivants.
IT. ai
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33» RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
cède de principes qui paraissent probables et qui ne le
aont pas: il est syllogistique ou parak Tétre. § 3. Oa a
déjà parlé dans, les Analytiques du genre instructif et
démonstratif, et ailleurs, du dialectique et de Texerci-
tif : il &ut parleriei des arguments de contention et de
dispute.
CHAPITRE III.
Buts divers qu'on peut se proposer dans TstgamenUition
éristlque.
§ I. Il faut se rendre compte, d^abord, de ce que Se
proposent ceui qui aiment ainsi à lutter de paroles dans
des discussions. § a. 11 y a cinq choses qu'ils peu-
vent avoir en vue : la réfutation, Terreur, le paradoxe,
le solécisme, et, en cinquième lieu, de faire bavarder
celui qui discute avec eux : j'entends par bavarder, lui
faire répéter vainement ptusieui*s fois la même chose.
D*ailleurs, ils peuvent poursuivre ce qui n'est pas, mais
parait être pour chacune de ces choses. § 3. De ces cinq
objets, celui qu'ils préfèrent, c'est de paraître réfuter
leur antagoniste; en second lieu, c'est de montrer qu'il a
fait quelque erreur ; troisièmement, de le pousser au pa-
radoxe; quatrièmement, de le forcer à commettre un
§ 3. Dani Ut Analytiques, Les dre habituellenient adopté, ce qui
Derniers. — Du genre instructif et réfute TopinioD de ceux qui tou-
âémonMtroHf, L^éditlon de Berlin latent placer les Topiques et les
dtt seulement : démonstratif. — Et RéAitations des Sophistes avant les
éHinirf , dans les TopiffUês. On Toft Aerititfra A naly tiques, comme ron t
qu'ici rordre de rorsanoo est roi^ fiiU plusieurs éditeurs.
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SECTION I, CHAPITRE IV. 338
8olé€i&0>e, c'Jst-à-dire de- contraindre par leur raison-
nement celui qui répond, à pader comme un véritable
barbare; enfin^ en cinquième lieu, de lui faire redire
plusieurs fiois les mêmes choses.
CHAPITRE IV.
Deox espèces principales de réftitationt : 4* t'ue
Terbale ; 2f l'autre relative aui choses.
§ I . II y a deux manières de réfuter : Tune s'adresse
au mot, l'autre est en dehors du mot. § a. Les causes
qui font illusion relativement aux iribts, sont au nombre
de six : c'est l'homonymie, ramphibologie, b combinai-
son, la division, la prosodie et la forme même du mot.
On peut démontrer par la méthode d'induction et par
le syllogisme, ou telle autre méthode, que l'on peutexr
primer une chose qui n'est pas la même, d'autant de fa-
çons qu'on vient de dire , par les mêmes mots et les
mêmes paroles.
§ 3. Pour l'homonymie, il y a des raisonnements du
$ 3 CewD gui savent appren- qoivoque roule sur ces mots :—£«(
nenty Téquivoque porte sur le mot : astit et debout, qu'il est malade
apprenDent, qui signifie à la fois, et bien portant, Tbomonymie cou-
apprendre poar soi , s'instruire; et siste ici en ce qne le participe as-
apprendre aux autres , enseigner, sis , comme Tadjeetif malade pen-
L*éqnivoqueesilamtoe en français Tent être également pris soit an
qu'en grec. Voir dans rEulhydème présent soit au passé. Ged est e»-
de Platoo un sophisme à peu près pliqué plus bas : se portait bien.^
semblable, p. 37| et sviy., tnd. de ne se porte pas bien , par la diver-
M. Gowln. '^CofuidoU être^ Yé- sitémemedee tempik
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340 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
genre de celui-ci : Ceux qui savent, apprennent; car
les grammairiens apprennent les choses qu'ils font réci-
ter de mémoire. C'est qu^apprendre est un homonyme,
et signifie également faire comprendre en se servant de
la science et acquérir la science. On prouve encore que
les maux sont des biens ; car ce qui doit être est un
bien, et les maux doivent être. C'est que, devoir être a.
un double sens, et signifie, d'une part, le nécessaire, ce
qui se présente souvent même pour les maux; car il y a
tel mal qui est nécessaire; et, d'autre part, nous disons
que les biens sont aussi ce qui doit être. Autre homo-
nymie : ou prouve que le même individu est assis et de-
bout, qu'il est malade et bien portant; car celui qui
s'est levé , est debout , et celui qui s'est guéri est bien
portant. Or, c'était un individu assis qui se levait, un
malade qui se guérissait ; car cette expression, que le
malade fait ou souffre une chose quelconque, n'a pas
une signification unique, mais tantôt elle veut dire que,
telle personne est assise ou malade maintenant, et tan-
tôt il s'agit d'une personne qui l'était auparavant. Oui,
sans doute, le malade se portait bien même en étant
malade, mais il ne se porte pas bien étant malade; c'est
le malade qui se porte bien, mais ce n'est pas le malade
qui l'est maintenant, c'est celui qui Tétait auparavant.
§ 4* Quant à l'amphibologie, en voici un exemple:
% i. Vouê DouUt ma prit$ âêt langue, priTée de cas, ne peut faire
ennemie , J'ai cherché à rendre par comprendre ces amphibologies qoi
cette phrase fort peu correcte, Tam- ne reposent que sur la confusion
phibologie de la phrase grecque qui de deux régimes. l\ faut absolu-
signifle à la fois : vous voulez que je ment, pour comprendre les exem-
pienne les ennemis : et TOUS voulez pies qui suivent, avoir le tezte
que lesennemis me prennent. Notre grec sous les yeux. La traduction
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SECTION I, CHAPITRE lY. 341
Vous voulez ma prise des ennemis : Quelqu'un qui con-
naît connaît-il cela ? Car on peut entendre par cette
expression y el désigner ainsi comme connaissant, et ce*
lui qui connaît, et la chose qui est connue ? Est-ce que
ce quecelui-ci voit, voit cela? Il voit la colonne, de sorte
que c'est la colonne qui voit. Et encore, ce que tu dis
être est-ce que tu le dis être? Et tu dis que c'est une
pierre, tu dis donc que tu es une pierre? Enfin, est-ce
que celui qui se tait parle?Car cette expression, celui qui
qui se tait parle, a deux sens; d'abord, que celui qui
parle se tait, et que ce sont les choses mêmes qui se
taisent.
§ 5. Il y a trois espèces dans l'homonymie et dans
l'amphibologie; l'une, quand l'expression ou le mot a
proprement plusieurs sens, comme aigle, chien; l'autre
qui procède de l'usage où nous sommes d'employer ces
mots; la troisième, enfin, quaud le mot en' combinaison
a plusieurs sens, mais qu'il n'en a qu'un absolument
quand il est isolé. Par exemple, savoir les lettres; car
chacun de ces mots pris à part ne signifient qu'une
seule chose: savoir, et les lettres ; mais tous deux réu-
nis ont plusieurs sens; d'abord, que ce sont les lettres
française toute fidèle qu'elle est ne S 5. Comme aigle^ Aigle en giec
peut présenter que des obscurités sigoitte d*abord Toiseau de œ nom
inintelligibles. Notre langue est et un ornement en architecture,
trop claire pour se prêter à ces — Chien peut signifier en français
équivoques si &ciles en grec et en comme en grec , d*abord ranimai
latin. ^TU es une pUrre , Voir de ce nom , puis une constellation.
TEnUiydème de Platon, p. il7, — 5atx><r Im folfrM , L'édition de
trad. de M. Cousin. — Celui ^i êe Berlin donne cette leçon en va-
tait parlé, La phrase grecque peut riante, et dans le texte : Sait les
signifier aussi : Dire des choses qui lettres, ce qui en grec forme éga-
seui8ent.VoirrEuUiydème,p.4IO, ieraent une amphibologie, qoi
trad. de M. Cousin. n'existe point du tout en firançals.
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342 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
dles-méme qui ont la scieuoe, ou que c'est un autre qui
a la science des lettres.
L'homonymie et l'amphibologie ont donc ces diverses
espèces.
$ 6. Voici celles de la combinaison : par exemple,
que celui qui est assis peut marcher, et que celui qui
n'écrit pas peut écrire; car le sens n'est pas le même,
si l'on prétend ainsi, en séparant les idées , ou en les
réunissant, qu'il est possible que l'individu assis,
marche, et que celui qui n'écrit pas, écrive. Et de
même, si l'on réunit ces deux idées que celui qui n'é-
crit pas écrit; car cela signifie alors que celui qui n'é-
erit pas écrit; et si l'on ne réunit pas les îdéeS| cela vt*ut
dire qu'il a la faculté d'écrire même lorsqu'il n'écrit
pas. Et il apprend maintenant la grammaire, puisqu'il
apprenait ce qu'il tait. Et de même encore que celui
qui ne peut porter qu'une seule chose peut cependant
en porter plusieurs.
§ 7. Pour la division, c'est, par exemple, que cinq
sont deux et trois, et qu'ainsi ils sont pairs et impairs:
S 6. Celui qui ett atiis, La gram-
maire en grec permet également de
Joindre le mol qui signifie : Celui
qui est twit, ^ poovoiret à marcher.
Usas le premier cas raasertion est
vraie, dans le second elle esX Thmiso.
^EtU apprend metiniMOMU^ Ceci
est la oosdiisloD d*iin syllogisme
dit par les «ophislet: Celui qui sait
la grammaire malnleiMDt l'a a|>-
prlse : or «d lei sait la grammaire ,
donc il rapprend malnlenaot.
L^ampbtbologle porta sur le mot :
miinteoant, qui en grec peut ae
Joindra également aoitan mot : sait,
qui précède, soit aux mots : Ta ap-
prise, qui suivent. — P^ut «n pm^
ter plusieurs , Non pas ensemble»
mais suoœaaivemettt.
i 7. Je ftd faU Uhre, U phrase
grecque peut également signifier :
Je t*ai fliit libre d'eacla?e que ta
étais, ou esclave de libre que ta
étais. ^ U divin AehiUê,. . La
phrase grecque peut signifier éga-
lement : laissa cinquante hommes
•nr cent , ou cent hommes sur cin*
quante. Le firançals ne se prèle pas
k ces équivoques que sa clarté ne
permet pas de reproduire.
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SECTION I, CHAPITRE IV. 34S
et que le plus grami est ëgal ; car il est d'abord autant,
et, en outre, il a du plus. En eflet, la même expression
combinée ou divisée ne signifie plus la même chose.
Ainsi: Je t*ai fait libre d'esclave, et le divin Achille
laissa cinquante hommes de cent.
§ 8. Dans la prosodie, il n'est pas facile de se trom-
piT quand on ne fait que discuter en paroles sans écrire,
mais c'est bien plutôt dans les choses écrites et dans les
poésies. Par exemple, il y a des gens qui défendent
Homère contre ceux qui lui font un crime d'avoir dit :
Il n'est pas atteint par sa pluie. On défend cette exprès*
sion par une règle de prosodie, en disant que le mot en
discussion doit être marqué d'un accent aigu : et dans te
songe d'Agamemnon, que ce n^est pas Jupiter lui-même
qui dit : Nous lui accordons d'obtenir sa prière, mais
qu'il ordonne au songe de la lui accorder. Voilà donc
des observations relatives à la prosodie.
§ 9. Quant aux arguments tirés de la forme du mot,
ils ont lieu quand ce qui n'est pas la même chose est
exprimé de la même façon : paf exemple , le masculin
§ s. BûWièM , nitd. cbSDt IS,
V. 3SS , Le moi dont il s*agil peui
ftiguifter, avec un esprit doux et
tans âocent, It négation ne pas, ec
afeo raoceni aigu » il signiiie : dans
l*eadroit où. Nous lisons aujour-
d'hui ce mot sans accent dans le
passage dié et les meillauras édi-
tions le prennent pour la négation
et non pour Pad verbe. Ari^toie
nous apprend dans sa Poétique^
cà. M, Mit de Berlin, p. iiSt,
. a, tt, que e*esl Hippias de Tluaos
qui défeadait atai eeâ daas pas-
d'Homèfe. — SI âcms le
tonge d'Agamennum , La portion
de vers que cite Ârislote ne se re-
trouve plus dans nos édilioias d^Ho-
iBère, du moins au passage quMl
indique. Voir le début du second
ctiant de Tlliade : Bile se retrouve
aiUean» cbani ai, v. tST. On sail
qu'Âristole avait fait une édition
d'Homère pour Alexandre , la f!i-
mouse édition de la Cassette. —
ifout M acùûrimu... â$UtM ae~
cordtTy Le mot grec peut avoir les
deaii
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344 BÉFUTATICmS DES SOPHISTES.
pris au fëminin, ou le féminin au masculin : ou bien
lorsque le neutre est pris pour Tun ou pour l'autre : ou
bien la qualité pour la quantité; ou à l'inverse, la quan-
tité pour la qualité, ou l'action pour la souffrance, ou
l'action pour la disposition. Et ainsi du reste , contre
les divisions faites précédemment; car il est possible
d'exprimer par le mot , comme étant de la catégorie de
l'action, ce qui n'est pas de la catégorie de l'action :
ainsi, se bien porter, est, pour la simple forme du mot,
tout à fait la même chose que couper et construire; et,
cependant, l'un exprime que l'on a certaine qualité,
certaine disposition, et l'autre , que l'on fait certaine
chose. Et de même pour tout le reste.
§ lo. Les arguments tirés des mots sont donc de ces
différentes espèces.
CHAPITRE V.
Des paralogismes en deliors da mot : sept espèces.
§ I . Il y a sept espèces de paralogismes en dehors du
mot; l'une tirée de l'accideut, l'autre de ce que le terme
qui devrait être pris absolument ne l'est pas absolument,
mais est pris avec une restriction de lieu, ou de telle
autre relation : la troisième est relative à l'ignorance
de la réfutation, la quatrième à la conséquence, la cin*
quième à la pétition de principe; la sixième vient de ce
t s. Préeéâêmmmu, Voir les Gs- dii : iieox , nos d'ailleiin Jastifler
tégories. oetle leçon qui n'esl pas maimiae»
S 10. Etpècêi^ L'édition de Berlin mais que Je n'adopte pas.
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SECTION I, CHAPITRE Y. 345
qu'on a donné pour cause, ce qui ne l'est pas; la sep*
tième enfin, c'est de réunir plusieurs questions en une
seule.
§ !i. Les paralogismes relatifs à l'accident ont lieu,
quand on croit qu'une chose quelconque est aussi bien à
l'accident qu'à la chose même. En effet, de ce que plu-
sieurs choses peuvent être comme accidents à une même
chose, il n'est pas nécessaire que tous ces accidents
soient à tous les attributs de la chose et au sujet qui a
ces attributs; car de cette façon toutes choses seront
identiques, ainsi que le prétendent les sophistes. Par
exemple, si Coriscus est autre chose que homme, il sera
autre que lui-même ; car il est homme : ou s'il est autre
que Socrate, et que Socrate soit homme, les sophistes
soutiennent qu'on accorde par là qu'il est autre chose
que homme, attendu que l'être relativement auquel on
a dit qu'il était autre, a pour accident d'être homme.
§ 3. Les paralogismes qui tiennent à ce qu'une chose
qui devrait être dite absolument est prise avec restric-
tion, et non proprement, ont lieu, quand on prend ce
qui est dit au particulier comme absolu ; ainsi, par
exemple, au lieu de dire que le non être est concevaî>le
on dit que le non être est; car ce n'est pas du tout chose
identique d*être telle chose ou d'être absolument. Ou
encore si l'on dit que l'être n'est pas réellement, parce
qu'il n'est pas l'une des choses qui sont, et par exem-
ple qu'il n'est pas homme : car ce n'est pas une expres-
$%. Car de eett$ façon U$ thydèroe de Platon, pag. 410, trad.
Sophistes, L^édiUon de Berlin ne de M. Cousin,
donne oette phnse que dans les va- S S. C0 qui est dit au partieu^
rîanles, et non dans le texte. — H lier, avec restriction et avec une
sera autre fu$ lui-même, Voir TEu- relatî(« qui le limite.
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346 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
sîon ideolique de n'être pas quelque chose , et de n'être
pus absolument. L'erreur vient de la ressemblance de
lexpression, el il semble qu'il n'y a pas grande difierenoe
entre être tdie chose et être, et entre ne pas être telle
chose el ne pas être. On confond de même et la restric-
tion et ie sens absolu; par exemple, si Tlndien étant
tout à fait noir il est cependant blanc par les dents, il
est tout è la fois blanc et non blanc ; ou bien s'il est les
douX) en quelque façon à la fois, il tant donc que les
isontraires co-eaistent en lui. Tout le monde peut aisé*
ment iroir dans certains cas des paralo-^ismes de ce
genre; par exemple, si supposant que l'Ethiopien est
noir, en demande s'il est blanc par les dents. Si donc il
est blanc de cette façon, on pourra croire avoir prouvé
par syliogisine qu'il est noir et non noir tout à la fois,
quand on aura terminé sou interrogation. Mais cette
erreur reste souvent cachée: et c'est dans tous les cas
où lorsqu^oû dît la chose av«c une restriction, le sens
absolu semblerait devoir suivre, et dans tous ceux oh.
il n'est pas fiidle de voir lequel des deux sens on doit
prendre au propre. Et cela se présente toutes les fois
que lesi opposés sont également au sujet. Il paraît, en
eflEst, ou que les deux en même temps, ou que ni l'un
ai l'autre, ne doivent être attribués absolument! par
exemple^ si une moitié est blanche et l'autre moitié
noire, on demande si la chose est blandie ou noire?
• §4- D'AUtrea paralogismes ont lieu parce qu'on n'a
pas défini ce que c'est que le syllogisme ou la réfuta-
tion, et ils tieunent à l'oubli de la défiuition, La réfu-
I A. Sam «OflHfUtr 1$ pHndpê^ de principe, L*eipro8Bloa peei pa-
C*esi-i-dire saas àtlie <k péliOsa nfnn saws sii^îèie.
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SECTION I, CHAPITRE V. 34t
tation est la contradiction d'une seule et même choses
non pas d'un mot, mais d'une chose réelle : et si c*est
un mot, non pas d'un mot synonyme, mais du même
mot, restant le même nécessairement d après les don-
nées initiales, sans compter le principe, et restant le
même relativement au même rapport pour la même
chose , de ia même manière el dans le même temps. Et
de même quand on se trompe sur quelque point. Par*
fois en laissant de côté une partie des conditions qu'on
vient d'indiquer, on parait réfuter: et Ton dit, par
exemple, qu'une même chose est double et n'est pas
double ; car deux sont le double de un, mais ne sont pas
le double de trois. Et si la même chose est le double,
et n'est pas le double d'une même chose, c'egt que ce
n'est pas sous te même rapport; car elle est le donble
en longueur et ne l'est pas en largeur. Ou bien, si elle
est le double de la même chose sous le même rapport et
la même façon, ce ne sera pa» en même temps. Aussi
n'e8t«-ce une réfutation qu*en apparence. Du reste, on
pourrait ramener ce paralogisme à ceux qui sont rela-
tifs aux roots.
§ 5. Ceux qui ont Keu par pétition de principe «e font
de la même manière, et d'autant de fiiçons, qu'on petit
fiiire pétition de principe; ils semblent réfuter, parce
qu'on ne peut voir nettement le même et Tautre.
§ 6. La réfutation relative à hi conséquence a lieu
parce qu'on suppose que la consécution est réciproque*.
$ 5. jymUoHt de façont 911*01» cb. iS. — £« mimé êi Vautr*^ U»-
p$ui foin pétUion de principe^ Ungner les deiis formes «Uvenes
Voir Topiques, li v. S, cb. IS» el sy r- mus leiqnelleB • te pcéiOBle le pria>
loiit Pnmiêrê Analytiques, Uv. S, oi|te que Toa lépète*
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348 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
Ainsi| lorsque telle chose étant, telle autre est de toute
nécessité, ou pense en outre que cette dernière étant,
l'autre sera nécessairement aussi. C'est de là que se for-
ment encore même des erreurs de sensation dans la pen-
sée : car souvent on a pris de la bile pour du miel, parce
que la couleur jaunâtre est un conséquent du miel. Et
comme il arrive quand il pleut que la terre devient glis-
sante, si elle est glissante on suppose qu il a plu : mais
il n'y a rien là de nécessaire.
§ 7. Dans la rhétorique, les démonstrations tirées
d'un signe viennent aussi des conséquents. Si l'on veut
prouver que tel homme est débauché, on prend la con-
séquence, laquelle est qu'il se pare beaucoup , et qu'on
le voit errer la nuit. Or ces circonstances se présentent
pour bien des gens, mais l'attribut ne leur appartient
pas. § 8. £t de même dans les discussions par syllo-
gismes : par exemple, le mot de Mél issus qui soutient
que l'univers est infini parce qu'il suppose que l'uni-
vers est incréé ; car rien ne se fait de rien, mais ce qui
est a été dès le commencement. Si donc l'univers n'a
pas été créé, l'univers n'a pas de commencement, il est
donc infini. Mais il n'y a pas de nécessité à cela; car, de
ce que tout ce qui a été créé a un commencement, il
ne s'ensuit pas que si quelque chose a un commence-
ment il ait été ci*éé^ pas plus que si celui qui a la fièvre
a chaud, il n'y a pas nécessité que celui qui a chaud ait
la fièvre.
§ 9. Ceux qui tiennent à ce qu'on prend pour cause
g 5. On a prié y Cesi la leçon les enihymèmes , Voir Première
de réditioD de Berlin : les éditions Analytiquet, liv. % ch. S7, 8 S.
ordinaires donnent : on prend. § 9. Avant la eonelusion la pro-
S 7. Tirées de iign»Sf Ge sont pontion a5nircfo»L*édiUon de Ber-
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SECTION I, CHAPITRE V. 319
ce qui ne Test pas ont lieu, lorsquon prend ce qui n'est
pas cause comme si la réfutation en venait. C'est ce qui
se présente dans les syllogismes par réduction à l'ab-
surde ; car dans ces syllogismes , il faut nécessairement
détruire quelqu'une des données initiales. Si donc on
a compté dans les propositions nécessaires, avant la
conclusion, là proposition absurde , la réfutation sem-
blera tenir à cette proposition même. Et par exemple^
quand on soutient que Tâme et la vie ne sont pas la
même chose. En effet, si la génération est contraire à
la destruction, telle génération sera contraire à telle des-
truction, mais la mort est une sorte de destruction, et
elle est contraire à la vie : ainsi la vie est génération,
et vivre c'est être engendré. Or, ceci est absurde;
donc l'âme et la vie ne sont pas identiques. Ici Ton n'a
pas fait certainement de syllogisme ; car la conséquence
absurde se produit sans même avancer que l'âme et la
vie sont la même chose; mais il suffit de soutenir que
la vie est contraire à la mort^ qui est une destruction,
et que la génération est contraire à la destruction. Ces
raisonnements ne sont pas tout à fait incapables de
conclure, mais ils ne concluent pas pour l'objet en
question : et ce vice échappe souvent à ceux-là même
qui posent les questions.
§ lo. Tels sont donc les paralogismes relatifs à la
conséquence et à ce qui n'est pas cause.
§ 1 1. Ceux qui consistent à ne faire de deux ques-
liD dit seulement : Si donc on a serve la leçon ordinaire. ^ La vie
eompié dans les propositions rela- est génération, Proposition ab-
Uveinentà la conclusion absnrde...» surde.
oe qui n*a pas de sens. J*ai con- 8 11. Oudef, L'édition de Ber^
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m BÉFUTiTIONS DES SOPHISTES,
tîona qu'me aeole^ ont lien quand on m sait pas qa^îl y
a plusieurs dioaes^ et qu'on donne uneseole réponse,
evnme s*U n'y avait ^ en effet , qu'une chose en qncstioa.
Parfois^ U est facile de voir qu'il y a plnaienrs choses, et
qu'il M faut pas donner de réponse unique. Par exemple,
la terre eai-cUa mer ou ciel? Parfois cda est moins fa-
dla, ai Ton répond cooune s'il n'y avait qu'une seule
dmaa^ et alms ou ae trouve réfuté; ou bien l'on accorde
le si^ei en discussion en ne répondant pas à ce qu'on
demande^ et alors on parait élre réfuté. Par exemple,
oo demande si un td el un tel est homme? et on con-
clut que si l'on frappe tel et tel, on firappera un homme
et non pas des hommes. Ou encore si l'on demande,
de choses dont les unes sont bonnes et dont les autres
ne le sont pas, toutes ensemble sont*eUes bornas ou
ne le sool-elles pas ? Quoi qu'on dise, on risque de prê-
tera une réfutation, ou de paraître faire du moins une
erreur apparente ; car il y a une égale erreur à dire que,
, parmi des choaes qui ne sont pas bonnes, telle chose est
honne, et que, parmi des choses qui sont bonnes, telle
chose ne Test pas. Pariois aussi , en ajoutant certaines
données ) c'est une véi*i table réfutation qu'on se pré^
pare. AinsÂ, par exemple, si on suppose que une ou
plusieurs choses sont également dites blanches, et nues,
et aveugles; car si un élre est aveugle, qui n'a pas la vue
quand il est fait natureliement pour Tavoir, les choses
lin donne : ou le ciel, et alors on lin supprime ces deux phrases sans
pourrait entendre comme a fait citer d'autorité. C*est une leçon
. le csmmeulalre d* Alexandre ; la dé'jà adoptée par Sylbuige; J*al pré-
terre esfc-eUe U mer? le ciel esi-il ïéré suivre la leçon oïdinaife. -<-
la mer?— On rtfpofid, et alors on Uu Ul et un tel ut tomne, an
, H trouvé réfiU^ L'édition de lier- . lieu de : sont bonnes.
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SKGTIOR 1, CHAPITSE Tt S&l
qui WLoak pas b vue, quand etles sont faites par la na-
iure pour l'avoir, aérant aussi aveugles. Si donc, Tune a
la vue et que Tantre ne lait pas, les deux easemUese»
root en aveugles ou voyantes, ce qui est impossible»
CHAPITRE VI.
On peut rapporter tous les paralogismes k rigporance 4e la
définhioD vraie de la réfutation — Résumé.
$ I. Cest donc ainsi qu'il faut diviser les syllogismes
apparents et les réfutations apparentes r ou l'on peut
encore les ramener à Tignorance de la réfutation, et
partie de ce principe. £a effet , on peut très-bien rap-
porter toutes les nuances indiquées à la définition de
la réfutation. § a. D'abord, on le peut, si ces paraK>*
gismes ne sont pas concluants; car il faut que la con-
ehision sorte des données, dé telle sorte qu'on la tire
nécessairement, et que ce ne soit pas une simple àppa*
renée. ^ 3. Ensuite, on le peut même eu ne s*altachant
qu'aux parties de la d^nition. Ainsi, des paralogismes,
relatifs an mot, les uns viennent d'un double sens : par
exemple, Tbomonymie, l'amphibologie et la similitude
de forme. On admet habituellement que tous ces par»»
logismes signifient quelque chose d analogue. Quant à
la combinaison , la division et la prosodie, elles forment
des paralogismes parce que le sens n'est pas le même,
€Mi que le mot est différent. Or, il faudrait que le mot
fût identique, romrae il faudrait que la chose le fût, pour
qu'il y eût syllogisme ou réfutation. Par exemple^ s'il
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352 RÉFUTATIONS DBS SOPHISTES.
s'agit de vctemcnt, il faut conclure non pas manteau,
mais vêtement; car manteau peut être très-vrai, mais
on ne Ta pas mis dans le syllogisme. Il faut donc encore
se faire accorder, par une nouvelle interrogation, que
ce mot signifie la même chose que l'autre, si l'interlocu*
teur demande pourquoi on l'emploie.
5 4- Les paralogismes relatifs à l'accident sont de
toute évidence, quand ou déGnit le syllogisme. Ainsi» il
faut que la définition de la réfutation soit la même, si
ce n'est qu'on y ajoute la contradiction ; car la réfuta-
tion n'est que le syllogisme de la contradiction . Si donc
il n'y a pas de syllogisme de l'accident, il n'y a pas non
plus de réfutation.'En effet, si telles choses étant, il y a
nécessité que telle autre chose soit , il ne s'ensuit pas
que telle chose étant blanche il y ait nécessité que, par
syllogisme, telle autre chose soit blanche. Il n'y a pas
plus nécessité que le triangle ayant ses angles égaux à
deux droits, et ayant pour accident d'être une figure,
soit comme primitif, soit comme principe, la figure,
primitif ou principe, ait cette propriété du triangle. La
démonstration de cette propriété se fait du triangle,
non pas en tant qu'il est figure ou primitif, mais en tant
que triangle. Et de même pour tous les autres cas. Ainsi
donc, si la réfutation est une sorte de syllogisme, il n'y
aura pas de réfutation venant de l'accident. Mais pour-
tant c'est sur ce point-là que les artistes et les habiles,
en général, sont réfutés par les ignorants; car ils font
des syllogismes de l'accident contre ceux qui savent;
mais ceux qui ne peuvent diviser la question, ou accor»
dent ce qu'on leur demande, ou, sans l'avoir accordé,
paraissent pourtant l'avoir concédé.
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SECTION I, CHAPITRE VL 353
§ 5. Les réfutations par expression restrictive et ab-
solue, ont lieu parce que la négation et l'affirmation ne
s'appliquent pas à la même chose; car de ce qui est
blanc en partie^ la négation est ce qui n'est pas blanc
en partie; de ce qui est blanc absolument, la négation
est ce qui n'est pas blanc absolument. Si donc, lors-
qu'on accorde que la chose est blanche en partie, l'ad-
versaire suppose qu'elle l'est absolument , il ne fait pas
une réfutation véritable; mais s'il parait en faire une,
c'est seulement parce qu'on ignore ce que c'est que la
réfutation.
§ 6. Les plus évidents de tous les paralogismes sont
ceux dont on a parlé d*abord , et qui sont relatifs à la
définition de la réfutation. Voici pourquoi on les a
nommés ainsi : c'est que cette apparence de réfutation
se produit par l'absence même de la définition. Mais, en
divisant les paralogismes, ainsi que nous l'avons fait,
on peut dire qu'un vice commun à tous, c'est le dé&ut
de définition.
§ 7* Ceux qui viennent de pétition de principe, et
de ce qu'on prend pour cause ce qui ne l'est pas, ceux-
là sont évidents par la définition même de la réfutation;
car il faut que la conclusion ait lieu parce que telles
propositions sont vraies, ce qui ne peut se faire avec
des termes qui ne sont pas causes, et de plus en tenant
8 6. Dont on a parlé Sabwdy la conclasion se produise, parce
Pins baut, $ 1. — AinH ^tM fioff# que telles choses sont causes qu'elle
raoons fait, Ibid ., et plus haut, ch. a lieu.— En tenant compte du pn'fi-
i, $1. etjie, C'estp-à-dire en ne le répé-
8 7. // faut que la eonelueion.,, tant pas dans la conclusion, en ne
L*édiUon de Berlin dit : Il fautque Cuisant pas de pétition de principe.
IV. »
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m RÉtUfAtîOifS i)£8 S0t>Ht8TËS.
cdttipté du (Principe, ce (\ùe hé font pas les paf^albgisiiies
pâv petit Idh de pHilcipe.
§ 8; Ceut qui ont lieu par consëcuttob he totit qti'tiné
pëHie de ceux qui sont relatifil i l'dccident ; ca^ le èonsë-*
(fuent n'est qu'un décident. Mais il difïèré de l'accident
en té que l^accidënt fte d'applique qu'à ude seule ch6se:
pàfexetnplè, le btdrtd é( le niièl kiht la inètHe ehbse, stinsi
que le blandetle cygne; mais le Conséquent est toujours
dans plU^éUrs chômes. En effets pour les choseè qui sont
identiques k une seule et même chose^ nous admettons
qu'elles sont identiques entre elles, et voilà comment
à lieu la réfutation par cdnséciltion. Maië ce ri'est pas
absolument vrai, et par exen^ple, ceci est faux ai hi
chose n'est blanche que par accident. Ainsi la nrîgë et
le cygne sont identiques sous le rapport de la blancheur.-
On encore^ c'est comme dans la définition de Mélifeus;
qui suppose que naître et avoir nn coniniencement c'est
la nfénie chose. Ou bien^ c'est supposer qu'il y a identité
entre devenir égal et prendre la même grandeur; En effet,'
Mélissus pense que ce cpii est né a un commericeinént,
et que ce qui a un commencement doit être né; eomine
si le créé et le fini étaient tous déix% identiques, èH ce
qu'ils ont tous den^t tin commencement. Et de rilémé
pour les choses» qui deviennent égales^ si l'on supposé
que les choses qui prennent une seule et même gran-
deur deviennent égales, et que les choses devenues
égales reçoivent aussi une même grandeur. Ainsi Mélis-
sus prend ici le conséquent pour le sujet même. Puis
8 s. £è biond et le miel. Le cygne.— D'une oulrt mafit^. Voir
blond accident du mîel.— £e blanc plus loin, ch. S8, où celle auu« ma*
et le eyghe, le btaoc accident du oière sera indiquée.
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SKCTiOfï I, CHAPITRE TI: 3S5
rioiii; que la fëftitâtioh de l'accident vient de l'ignorance
de la réfutation^ il est évident qu'il en est de même
du paralogisme par consécution. On peut encore exa»
ftiirier ceci d'une autre mift^te.
§ 9. Les réfutations qui se font parce qu'on réunît
plusieurs questions en une seule^ ont lieu parce qu'on
ne démembre pas, et qu'on ne divise pas la définition de
la proposition. La proposition est une seule chose dite
pour une seule chose; car la même définition ne va qu'à
une seule chose et absolument à cette seule chose: par
exemple, là définitit>Ti de Tliomnie nfe ^h qu'à l'hbitlme
seul : et de ttièthe pour It^ autres cas; SI donc Uhë [)i*d^
[)Ositiori une et seule est celle qui ne pronohcé qu'tinfe
fchose d'une seille chose, une interrogsitiort dé ce gètirë
s^crà absolument auisi une propo^Uioii: Or,- les sjlld^
^iàthè âë ëompdsant de propositions; et la réftitâtiôh
étîiht un sjtlogiàme, la réfutation aussi se cbihposera &e
prH^ostitions. Si donc la proposition n'énoiice qu'uiiè
hbdsë d'iirie seule chose, il est évident que lé syllbgi^nië
fehtre dùâsl dans righorancè de la réfutation: Eil effet,
c'est alors urie proposition qui paraît être proposttioh
ihû9 l'être réellement. Si donc l'on donne la répôHse
cbrïimè {iour une éeule demande, il y aura réfhtatibn;
si ôii hè l'a pas dofanée, mais qu'oii paraisse l'avoh*
donnée, ee hk iérà qifiitte réfutation appareiite.
§ lo. Sri résuthé donc, toutes ces nuances reviehnentà
l'ignorance de la réfutation,* les unes relatives aà litdt
parce qu'il y a contradiction apparente, ce ^ui était le
S 9. tn$ et èèuth. L'édition de 8 10. Toutes ces nuance», L'é-
Berlin ne donné ^ùe une, et laisse dition de Berlin dit : liedx, confrri^e
«eu/e dans les tai^iahtes. elle Ta f^it pitis haut, bb. 4, 8 i^'
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356 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES,
propre de la réfutation, les autres parce qu'elles se
rapportent à la définition du syllogisme.
CHAPITRE VIL
Des causes de rerreur : elles sont identiques \ celles des
paralogismes.
§ I. L'erreur provient,.dans les paralogismes relatifs
à Thomonymie et à la définition, de ce qu'on ne peut
distinguer les sens divers dans lesquels la chose est prise.
C'est qu'il y a certaines choses qu'il n'est pas aisé de
diviser, comme Tun, l'être, l'identique. § a. Et pour
les paralogismes relatifs à la combinaison et à la divi-
sion, c'est parce qu'on croit qu'il n'y a pas de diffé-
rence entre lexpression combinée et l'expression divi-
sée, comme dans la plupart des cas. § 3* Et de même
pour ceux qui se rapportent à la prosodie; car l'intona-
tion affaiblie ou tendue ne parait point signifier une
chose différente dans aucun cas, ou du moins elle ne
paraît pas le signifier dans beaucoup de cas. § 4* Pour
ceux qui sont relatifs à la forme du mot^ c'est par la
ressemblance qu'ils se produisent. Eu effet, il est diffi-
cile de bien déterminer quels sont les mots qui se disent
de la même manière et ceux qui se disent autrement.
Mais celui qui peut faire cette distinction est bien près
SB. Vinionation affaiblie ou brèves et les longaes, etc.
tendue^ La prononciation diverse S i. /I «air Toceorder, A rinter-
suivant les esprits, les accents, les locuteur qui la lui demande.
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SECTION I, CHAPITRE VIL 357
de voirlavëritë, et surtout il sait l'accorder. C'est qu'en
effet nous supposons que tout attribut d'une chose est
quelque chose, et que nous l'identifioDs avec elle : et
c'est ainsi que l'individuel et l'être nous paraissent être
nécessairement la conséquence de l'un et de la sub*
stance.
§ 5. Ainsi donc, parmi les réfutations relatives au
mot y il faut placer cette espèce d'abord, parce que l'er-
reur a bien plus souvent lieu , quand on discute avec les
autres que quand on discute avec soi-même; car l'exa*
men avec un autre se fait par des discours, tandis que
l'examen à part soi se fait au moins autant par la chose
même. Il arrive, du reste, que l'on se trompe dans cet
examen personnel, même quand on fait porter son
étude sur le raisonnement. L'erreur vient encore ici de
la ressemblance ; et la ressemblance tient au mot. § 6.
Quant aux paralogismes de l'accident, ils ont lieu parce
qu'on ne peut distinguer le même et l'autre, l'unité et
la pluralité, et que les accidents ne sont pas toujours
identiques, et pour les attributs qualifiés et pour la chose
même. § 7. Et de même pour ceux qui sont relatifs à la
consécution; car le conséquent est une partie de Tacci-
dent. Dans la plupart des cas, il paraît, et l'on croit,
que si ceci n'est pas séparé de cela, l'une des choses ne
peut pas être séparée de l'autre. § 8. Pour ceux qui sont
relatifs au défaut de définition , et pour ceux qui ne tien-
nent qu'à une expression restrictive ou absolue, l'erreur
est presque insaisissable; car nous accordons la proposi-
tion universelle, comme si telle qualité, telle restriction,
telle expression absolue, telle indication de manière ou
de temps, n'ajoutaient rien à la proposition initiale.
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358 BÉFUTATI0N8 DE8 SOPHISTES.
§ g. Et de même pour ceux qui fout pétition de prin-
cipe, ou prennent pour cause ce qui n'est pas cause, et
tous ceux qui confondent plusieurs questions en une
seule. Dans tous, en effet, lerreitc a lieu, parce qu'elle
¥ient peu à peu ; car nous ne définissons exactement,
ni la proposition ni le syllogisme, par le motif que nous
avons dit antérieurement.
CHAPITRE VIIL
Les syllogisofes et les réfutations sophistiques sont aussi nom-
breuses que les sf l)ogjsfîies ^ les f éf^tation$ apparentes.
§ I . Puisque nqu§ savons tous jes cas où se prpd^ii-:
s^nt les sjllpgîstpes apparents, nous savons aiissi ceux
oïl se produisent les syllogismes sophistiques et les ré-
fiatations sophistique^. J'appelle syllogisme sophistique
e| réfutation sqphislique, non-$pnlement 1^ syllogismfî
on la rëfutatipq qui semblent l'être sans Têlfe réelle-
ment, niais^ encore, celui qui l'étant vraiment^ paraît
faussement spécial à la chose en question. T^ls soqt ceux
qui ne réfutent pas relativement à la chose même et
qui ne démontrent pas qu'on riguore; ce qui est le but
même de Part exercitif. Mais cet art est une partie de
la dialectique. Elle peut, elle aussi^ conclure le faux par
l'ignorance de celui qui donne la réponse. Quant aux
ré/utatiqns sciphistiques, même quand ellfs concluent
la contradiction, elles ne montrent pas évidemment Ti-
S •. Quê nous wo^t M anltfrimirtmenr, Plus liant, % 1.
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SECTION J, CBAPITRE YIII. m
gRQr^Q^^df^racIv^rsaire; car tout ce qu'elles ppétea^^nt,
c^s^ ({'^m^barras^^r p^r pes rai;$pnoerpeats celiii qui $$iit.
§ 3. Il est clair que noii3 les avpDs ap^si par U mêui^
ipétbode; car toutes les fois qu'il parait aux audit^upp
qu^ la cpi)cli|sioQ résulte des que^ious poçée^, (ogies
)es fois 4ussi cela ()oit psiraitrp également, même ^ cpluf
qpj répopdy de sprte que les syllogisme seront hw
par p^s qiiestiofis niême^ , ^i( tpift^s , soil qu^lqHes-
mies. £n ^fTet, pe qu'pn pens^ ^yoir ^cpf^rdp ^ps fiyoir
,été interroge, pi| | apporterait ^gs^lefpfi)^ ^i | pi| p^aj^
interrogé} si pp n'psf que daps pert^i^s pas , il arrive
qM^en demandant ce qui manque pour I9 ponclusipi)» op
dpvoilp ep ini^mp teii|p$ T^r^^^Pr, çomnfie d^ns Ips parfi?
Iqgismes r^iatifç ^i|x Q)Qt^ p( au ^plécisnap. 3i donc les
paralogisme^ d^ 1^ cpntraftic^iqp ne tiepppqtqu^à la rér
futation apparente, il est évident qu'il y £iura également
syllogisme du faui^ dans tous les cas oii jl y aura rëfu-
tatipp apparente. § 4* ^^'^ '^ réfutation apparente se
prpduit par rpvnission des partie f\p la véritable; car,
phaque parM^ venant à manqupr, )a réfutation n'es(
pl|)s quVpparepte : cQiqme pe|)p quj tient à ce que |a
ponçlHsion np sprt p^ df;s ^qqqpe^ initialeSi pelle qui
procède pfir ré()^çtiqn a labsiirde , ou pelle qui des
deu^ questions n'ep fai( qu'une seule et pècbp centre la
% k. Si pèehê contre la prùpo- metHtiuneDégailODqu^v^lenldéJà
fitiq% Ui suppressioo d*Mii ^f(icl^ dQRoéfî p{v.!^ieqrs édilioDs; le sens
daos rèdiiiuD de Berlin change lé- est également acceptable, et peat-
gërfraenlle«ens;j*aU(iivilaleçon êitf ménie seraU-U molllenr. |1
d^ Pacius. ^|b^r^ f la leçop d<i l'ë- fa|idi^it alors traduira : Quand 0(l
dilion de BerWn.^Quand on tient ne tient pas compte du principe,
ewnptêy C*«s( la leçon de Pacius et c*est-à-<lire qu*on le répèle dans la
de Sjfiburge. L*^{^9i)(lç.KQr^i^ad- çoapJ^sion.Y^r pla8battlf)|.S^ fï.
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360 BÉFUTÀTIONS DES SOPHISTES.
proposition; et celle qui vient de ce que l'argument, au
lieu de porter sur la même chose, ne porte que sur Fac
cident, et la réfutation qui n'est qu'une partie de celle-
là, et s'adresse au conséquent. Puis il y a encore la réfu-
tation qui consiste à montrer que l'argument vaut non
pour la chose, mais pour les mots seuls. Puis il y aurait
aussi la réfutation qui résulte de ce que, au lieu de l'u-
niversel, on a pris la contradiction, et pour le même ob-
jet et sous le même rapport, et de la même façon par-
ticulièrement, ou pour chacune de ces nuances. Reste,
enfin, la réfutation relative à la pétition de principe,
quand on tient compte de ce qui a été posé dans le prin-
cipe. Ainsi donc, nous savons tous les cas où se pro-
duisent les paralogismes, car ils ne peuvent se produire
de plus de manières; tous ils ont lieu dans les cas qui
ont été indiqués.
§ 5. La réfutation sophistique n'est point absolument
une réfutation^ c'est une réfutation seulement pour tel
interlocuteur. Il en est de même du syllogisme sophis-
tique. En effet, si la réfutation par homonymie ne pose
pas que le mot n'a qu'un seul sens, si la réfutation par
ressemblance des mots ne pose pas qu'elle ne s'attache
qu'à tel mot seulement, et si toutes les autres ne font
pas des réserves pareilles, elles ne sont plus des syllo-
gismes, ni absolument parlant, ni même relativement à
l'interlocuteur. Si elles font ces réserves, ce sont des
syllogismes bons pour l'interlocuteur: mais, absolument
parlant, elles n'en sont pas; car elles prennent, non pas
une expression qui n'ait qu'un sens, mais une expression
qui parait seulement n'avoir qu'un sens, et qui ne peut
être ainsi comprise que de l'interlocuteur*
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SECTION 1, GHAPITBE IX. 861
CHAPITRE IX.
Il faudrait posséder tontes les sciences , pour connaître toutes les
réfutations possibles, vraies ou fausses. Il faut donc se borner
ani réfutations dialectiques*
§ I. Pour savoir de combien ^e manières la réfuta*
tion vraie peut avoir lieu, il ne faudrait pas moins que
posséder la connaissance totale de toutes choses. Mais
il n'y a pas d'art qui puisse jamais enseigner rien de pa-
reil. En effet, les sciences sont peut-être infinies en
nombre, de sorte qu'il est évident que les démonstra-
lions le sont également. Mais il y a des réfutations aussi
qui sont vraies ; car tout ce qu'on peut démontrer, on
peut aussi le réfuter en posant la contradiction du vrai :
par exemple, si l'on a supposé que le diamètre est com-
mensurable, on réfutera en démontrant qu'il est in-
commensurable. Pour connaître toutes les réfutations,
il faudrait donc tout savoir; car les unes seront relatives
aux principes de géométrie et aux conclusions qu'on
en tire, les autres aux principes de médecine, et les
autres aux principes des autres sciences. § a. D'un autre
côté, les réfutations fausses ne seront pas moins infi-
nies: en effet, dans chaque art il y a le faux syllogisme;
en géométrie, le géométrique; en médecine, le médi-
cal. Quand je dis dans chaque art, j'entends toujours
que le syllogisme s'adresse aux principes de cet art.
§ 3. Il est donc clair qu'il ne faut pas vouloir rassem*
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i
m RÉVUTATIDltt DES SOPHISTES.
sembler les lieux de toutes les réfutations sans excep-
tion, mais cju'il faut se borner à celles de la dialectique;
car ces lieux-là s'étendent à tout art« à tout exercice de
l'esprit. §4' Quant t\ la fë(utatioq ^éciale dans chaque
science, c'est au savant de la connaître, de distinguer,
guand §l!g {l'est ^gg réelle, ^^'p\\p est «JDipleinpnt apr
P»l¥n^e:|iï, (l^fmd p\\p psiYfa']^, pPHfqHpi p\\p Test.
Quant à celle qui se tire de prioftipes cominaQ$,et qui
n'appartient spécialement à aucun art, c'est au dialecti-
j4«if ^u} dç réju^lî^c.
§ §. ]£o fifïe\^ SI o^i« s^yj^qs d\>v^ se tirant les ^y)-
rie'w ^m\ M «? M««n^ 1?^ r^fn^tiftVt cap k p^fma-:
\\9n nf^i fm k §yllpgi^? ^^ \^ cqntradiçtiop, de sort^
HM^i $flit PRi spj^ <)^u^ ullfigismcs (le (Qntradjctipq
fftrfflqïf HHfî véfMUtiftq : ej i)pii]( $^voi)$ iléjà tqps \fH
l'^"l d W VJpnRPRt |ps r^fqlfltjqai de ç^ gpnpp. § 6.
Upp fqjç arrJYg^ ^ ^ pojïiti «pus «m^PR^ PM^^i dp* Wr
!lU»qR8- § ?! ^9l^f «TORS fQU^ |p? PHS qi» on» Ijp^ p^l(^
9l»^?i RHi HS 8PBt flH'aBWrP*»*^; apparpntesf, np^ p^^
ÏRf W HPMc tQJU |P «RG^fe HI?i» PRHr *ç"es ppr^pnne;
parfjpq|ièf.eqî^Ht. ^f(^ pp IW^rf^jt trouver, si |'op y
rçg^f^^i^ dç BfèSî q^ il y « h"? ipP^it^ ^e *"?<^'s pq
8 §: fia «"^"Wt RB VP**^ d^RP cJuiraRient qu'il ^Pt
parliPRt S4 riiaiectijFipR de PftUYftir. ponnaîtrp ïpws |p*
f ft^i RM se BTpriHiï P^F rf?? FÎ^^^iP^ pomniqns, pu Iq rpr
fefftMRR i-PpIlp» pq 1» pefRlfUio» siiflplpfpept ^pparpnlç,
S 4. Cê$t au dialecticien, yé~ sans citer d^autorîlé; cette variante
dliion de BeElia danae |e idariei «usinsimixttUnce. " '^
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SECTION 1, GHÀBITBB X. 36S
oii la réfutation dialectique, ou la rëfîitation qui parait
dialectique, ou enfin la réfutation qqi n'a pour objet
que d'essayer les forces de l'adversaire.
Il n'y a pas, comme on Fa dit souyen}, raisqni^em^iiU dp inotS|
raisonnements de pensée : les nns et les ^ufres se confondent.
§ I. II n'y a pas cette différence entre les raisonne-
ments que Ton prétend parfois y trouver, raisonne-
ments de mots et raisonnements de pensée. Il est ab-
surde de croire que les raisonnements de mots soient
autres que les raisonnements de pensée, et que les uns
et les autres ne soient pas les mêmes. § a. Qu^est-ce, en
effet, que raisonner contre la pensée, si ce nest se
servir du mot qu^a accordé l'interlocuteur, dans un sens
où il n'a pas cru être interrogé? Mais cela même aussi
se rapporte au mot. Rester dans la pensée, c^cst com-
prendre la chose dans le sens où rinterlocutenr Va
donnée. Mais si, lorsque le mot a plusieurs sens^ on
s^imaginc qu'il n'en a qu un seul, aussi bien celui qui
interroge que celui qui est interrogé : par exemple ^
Têtre, Fun, ont plusieurs sens ; mais si Zenon qui tnïer-
rogQ et son interlocuteur ont supposé dans Finterro-
gation qu'il n'y avait qu'un sens unicpie, et que rt>n
arrive SI cette conclusion que tout est un ; si, dis*je, quel-
qu'un agit ainsi, il aura discuté npn pa| sçyjejgçi^t je
mot, mais 4ussi la pftnsée pouu rphjfit tw qnfiftlwfi- Qua
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364 BÉFUTATIONS DES SOPHISTES,
si Ton supposait au contraire que le mot a plusieurs
sens, il est clair que ce u'est pas à la peusée que lar-
gumeut s'adresse. § 3. En effet, c'est dans les raison-
nements qui ont plusieurs sens qu'il faut d'abord cher^
cher cette distinction du mot et de la pensée. § 4* Puis
ensuite, il faut voir à qui ils s'adressent ; car ce n'est
pas tant dans l'expression que consiste le raisonnement
relatif à la pensée; que dans la disposition particulière
où se trouve l'interlocuteur, relativement aux principes
accordés. § 5. Il se peut de plus que tous ces raisonne-
ments de pensée s'adressent aussi au mot, puisqu'ici ne
s'adresser qu au mot, c'est ne point s'adresser à la pen«
sée. £n effet, s'ils ne s'y rapportaient pas tous, il y en
aurait alors quelques uns qui seraient tout autres et
qui ne seraient ni de mot ni de pensée. Mais on pré-
tend que tous les raisonnements sont ainsi, et on les
divise tous en raisonnements de mot et raisonnements
de pensée, n'en voulant pas reconnaître d'autres. Pour-
tant, parmi tous les syllogismes qui tiennent aux sens
divers des mots, il y en a quelques uns qui ne sont
pas relatifs au mot. En effet, c'est à tort qu'on pré-
tend appeler tous les paralogismes d'expression pa-
ralogismès de mots. Mais il y a sûrement certains pa-
ralogismes qui ont lieu, non pas parce que celui qui
répond est à l'égard de la question disposé de telle
façon, mais parce que l'argumentation elle-même ren-
ferme une question qui peut présenter plusieurs signi-
fications.
S 5. QtU n$ iont pas relatifM au dople Sylburge. Ce qui sait me
mor, L^édition de Berlin ne donne semble exiger la leçon que je oon-
pts de oésaUon. G^est la leçon quV senre avec Padus et laingrlniiu.
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SECTION I, CHAPITBE X. 365
§ 6. Il est aussi tout à fait absurde de discuter sur la
réfutation sans avoir préalablement discuté sur le syl-
logisme; car la réfutation n'est qu'un syllogisme, de
sorte qu'il faut avoir discuté sur le syllogisme avant de
passer à la fausse réfutation. En effet, cette réfutation
n'est que le syllogisme apparent de la contradiction.
Ainsi, la cause de l'erreur est ou dans le syllogisme ou
dans la contradiction ; car il faut ajouter aussi la con-
tradiction, et tantôt elle est dans les deux, si c'est une
réfutation apparente. Ainsi, dans le cas de ce paralo-
gisme que celui qui se tait parle. Terreur est dans la
contradiction et non dans le syllogisme. Dans cet autre
que Ton peut donner ce que Ton n'a point, l'erreur est
dans les deux. Dans cet autre enfin, que la poésie
d'Homère est une figure parce qu'elle est un cycle, l'er-
reur est dans le syllogisme. Mais là où l'erreur n'est
ni de Fun ni de l'autre côté, le syllogisme est vrai.
§ 7. Mais pour revenir au point d'où la discussion
est partie, y a-t-il dans les mathématiques des raison-
nements qui s'adressent ou ne s'adressent pas à la
pensée? Et s'il parait à quelqu'un que triangle a plu-
sieurs sens, et si on Ta concédé, sans que ce soit d'ail-
leurs pour cette figure de laquelle on conclut qu'il a
ses angles égaux à deux droits, le raisonnement ainsi
obtenu répond-il, ou non, à la pensée de l'interlocuteur ?
§ 8. Si le mot a plusieurs sens, et qu'on ne le sache
pas, ou qu'on n^y pense pas, comment le raisonnement
% 6. Que Celui qui i$ tait parU^ Voir plas haut , cbap. i, et g 4, et
L*équivoqae coosiste en oe que la rBntbydème de Platon, p. 110, de la
phrase grecque peut également si- trad. de M. Cousin.— Cyéle^ signi-
gnifler : celui qui se tait parle ; ou lie également en grec cercle et une
bleo : dire des choees qui se taisent; espèce de poésie.
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866 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
|feul«il ne pdi répotidre à la pehsée? Ou biten fcoiilntenl
fkut-il poser Tinlërrogatiotif si ce n'est de demander de
douveatly après avoir obtenu la division,* s'il est possible
{{ue«'elui qui se tait parle^ du si ce n'est pas poissible; ou
bien si c'est en partie impossible et en partie fiossible?
Si r interlocuteur île fait aucune cdncession et que l'bn
continue de di^culer^ doit-on dire pour cela qu'on n'a
point argunienté bontre sa pensée? £t cependant le
raisonifenienli dans te cà9y parait un simple raisonné-
nlfeut de mots. Il a 9/ a donc pas un genre particulier
de raisonnements relativement à la pensée: § 9. Il j en
a quelques uns qui ne sont relatifs qu'aux înots ; mais
Ton ne saurait mettre dans cette classe^ je ne dis pas
st;ulemeilt toutes les réfutations, mais enccnre toutes lés
réfntations apparentes ) car il y a àtissi des réfutatloils
apparentes qui ne sbnt pas relatives à Tèxpréssion: par
exemple^ celles qui àbnt relatives à l'accident^ et bien
d'autres:
§ 10. Mais si l'oil prétend divitor ainsi : Quand je
dis que celui qui se tait parle..., la cbdse est en partie de
irette façon, est eu partie d'une autre. La première ob*
sertation à faire tout d'abord c'est qu'il est absurde de
penser ainsi ; car quelquefois la chose mise en ques-
tions ne parait pas dvoir plusieurs façons d'être,- et il
est impossible de diviser ce qu'on ne pense pas comme
multiple. De plus^ que sera-ce qu'expliquer la ch6se^
si ce n'est faire connaître évidemment ce qu'elle est à
i ^6. iei uhûii ionMiêidane deux dyades qui composent ee
ègalet avèdyadéi^ Les unités qui nombre ; mais les unités prises sé-
80 fit (fa ni le nombre quatre sont, parement ne sont pns égales aux
^tant prises ensemble, égales aux dyades prises séparément aussi.
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lÈGTlë^ 1; CHÂHt§Ë U: SUf
niMl^lHdetiteur i|ui n'a (ioint i-ecberfchë, qui ne sait si
elle f^ëut ét^e atttÉ^tnent; (Çt qiii rie le slippbsë ffiSiHë
|NHr £t ^Ùi «iri^êche hâm dft Faire ëfejil {foiif^ les Hii^ëâ
^tii Hè iKHit pu dtiuBlKèf L» tttiitgi ^odt-SlIëâ flbnë
égilesttt» Ayadës éàéi le mmhifé t[iiàtte? OP; tëàdjfrfdë^
soiit^ cëlles^ei de cette laçoit^ trëUé$-l^ fTuii^ Mufi^. if
a-t-il oii n'y «n^l pds itiie ntnibri tiHiquë dès êdiitFaii^ëS''
Mais parbil les ëoMtl^irbâ l«s tihi tofat êdfltiUS; Ifes àbi
très lncdhmi«i Aidiri d^c; W piiratt.igiiôfer (jtfttttcl 6t<
l^iise é6l«| q(i*«H9eigti0r ëA tdUi «U(H< tilidi6 qW flU--
ettteri et (jU'il f^tit qUe tifelOi qui è'tisëlgfle H'Kliefrttgd
pMf triais ^taii-cis^ tdi-iitlétiié iéi èlibs^ ,• fittidis qUè
FëUti^é doit rméff bgfer:
CHAPITRE XI.
Différences des divers arts qui coneernént le raisonoeméiil : rôle
de Ift démimstratten ; rdie de la dlsleet)()(re ; M^àctèfCf êe H
sophistique et dû Msonbériîènt èciiiteiidèui.
§ I. Ce n*est pas quand on détndfitte qu'il faut dé-
fvànder à l'ititèrlôcuteui' d'afBrihér ad de hier dés pro-
positions; cest seulement quand on veut essayer leè
forcer de radversriire. Eri efffet, Tàrt èxètfcHîf est tffrë
sorte de dialectique ; et il examine et observe en tout
sens, non pad celui qui Èàh^ ttiâh tèitA c(iii f^ndfè et
9 1. Si Ottérvé en iout iëfiè, prêtée liêbtisêHeî dans le teite,
L'Mtiori de ftèfltn tfe donne celte itêc tes éHMitihi ÔMinaires; ètie
phrase que darto fes tardantes ; J'^t ii*èst pii f ndlspensafteé.
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368 RÉFUTATIONS I>E8 SOPH ISTES.
qui feint dc^avoir. § a. Celui donc qui, dans une chose^
ne regarde que les principes communs, celui-là est dia-
lecticien 9 et celui qui ne le fait qu'en apparence est ua
sophiste. § 3. Le syliogisne contentieux et sophistique
est celui qui n'a que l'apparence d'un syllogisme, dans
les matières où la dialectique fait ses essais ordinaires,
bien que la conclusion soit vraie; car ce syllogisme
nous laisse dans Terreur sur la cause vëritable de la
conclusion. On pf ut encore ranger dans cette classe
tous les paralogismes qui, sans être conformes à la mé-
thode vraie de chaque chose, parussent être établis sui-
vant toutes les règles de l'art.. C'est qu'en effet les des^
criptions fausses des choses ne sont pas susceptibles de
dispute; car les paralogismes alors se rapportent i des
ctoses qui sont du domaine de la science. Et il n'y a pas
lieu davantage à discussion éristique, si la description
S 8. Comme eéUe dTHippoerate
de Géos, qui démonirait la quadra-
ture du cercle par la quadrature
des lunules faites sur les côtés du
carré. U ne se servait que de prin-
cipes géométriques, bien qu'il arri-
▼ftt à une conclusion erronée, et
c*est ce que Ton appelle ici descrip-
tion fausse. —j^ry «on, au con-
traire, démontrait la quadrature
du cercle, sans remonter à des
principes de géométrie, et en se
bornant à des principes communs.
Voir sur la méthode de Brjson et
son vice dans ce chapitre un peu
plus bas, % 5, mais surtout les
Derniers Analytiquee, liv. 1, ch.
9, % 1. — Data lei choies ds ee
genre, c'esi-à-dire ne prenant pas
des principes propres à la chose et
faisant comme Bryson. — Tout r»*
latif qu'il est à la chose en çtief-
(t'on, c'est-à-dire prenant les prin-
cipes propres à la chose, et faisant
jcomme HIppocrate de Céos. — Une
injustice contentieuse dans le com-
bat, J'ai suItI la leçon de Pacius.
Sylburge donne. Je ne sais d'après
quelle autorité: est un combat in-
juste ou contentieux. L'édition de
Berlin change encore davantage la
phrase, bien que le sens reste tou-
jours à peu près le même : dans la
contradiction, ia-dlscossion conten-
tieuse est un combat injuste.— JLet
lutteurs qui veulent vaincre à tout
priât j Les commenuteurs grecs
citent l'exemple d'Àntiloque, IZte-
de, chant S3, y. 490 et suiv», osant
de fraude pour vaincre.
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SECTION I, GHAPITBË XL
£ausse se rapporte à quelque chose de vrai, comme
celle d'Hippocrate et la quadrature par les luoules.
Mais un procédé tout éristique, c'est la méthode par
laquelle Bryson carrait le cercle , si toutefois le cercle
peut être carré; mais ce n*est point parce que ce pro-
cédé n'était pas propre à la chose qu'il était sophistique.
Ainsi donc, le syllogisme apparent , dans les choses de
ce genre, est un raisonnement contentieux; et le syllo-
gisme apparent, tout relatif qu'il est à la chose en ques-
tion, et tout syllogisme qu'il est, est aussi un raisonnement
contentieux. En effet, il ne fait que paraître s'appliquer
à la chose; mais au fond il est trompeur et injuste. C'est
que, de même que l'injustice peut se produire aussi dans
un combat, et qu'il y a telle sorte de lutte qui est tout
à fait injuste, de même, dans la discussion , la contra-
diction perpétuelle est une injustice contentieuse dans
le combat. D'une part , les lutteurs qui veulent vaincre
à tout prix emploient tous les moyens pour y parvenir;
d'autre part, les disputeurs en font autant. § 4- Ceux
donc qui , pour le seul plaisir de la victoire, se montrent
ainsi, sont des hommes passionnés de la dispute et de
la lutte contentieuse. Mais ceux qui ne pensent qu'à
cette réputation qui mène à la fortune , sont des so-
phistes; car la sophistique est, comme nous l'avons dit,
une sorte de spéculation d'argent, établie sur une sa-
gesse apparente; et voilà pourquoi ils ne recherchent
aussi (|u'une démonstration apparente. Les gens pas-
sionnés de disputes et les sophistes cultivent les mêmes
argumentations; mais ce n'est pas dans le même but.
% i. Cwnmê nmif Tavom dit^ Voir pins haftt, chap. I, S 6.
IV. s*
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370 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
Le même discours peut être sophistique et éristique
tout à la fois ; mais ce ne sera pas pour la même chose.
En tant qu'il recherche une victoire apparente, il est
ëristique; en tant qu'il vise à une sagesse appai'ente,
il est sophistique; car la sophistique n'est qu'une sorte
de sagesse apparente et non réelle. § 5. L'éristique est
au dialecticien à peu près ce que le faux dessinateur est
au géomètre; car c'est en partant des mêmes principes
que la dialectique, que l'un fait ses paralogismes. Et
c'est bien dans ce rapport que le faux dessinateur est
à l'égard du géomètre; seylement, ce dernier n'est pas
éristique par cela qu'il dessine mal , c'est en partant des
principes et des conclusions acquises à la science. Mais
celui qui se range sous la dialectique sera évidemment
éristique en une foule d'autres choses. Prenons , par
exemple, la quadrature : celle qui se fait par les lunules
n'est pas éristique ; mais celle de Bryson a ce caractère.
C'est que Tune ne peut être rapportée qu'à la géomé-
trie, parce qu^elle part de principes qui lut sont propres;
l'autre, ne s'adresse qu'au vulgaire, qui ne sait pas ce
qu'il y'a de possible et d'impossible dans chaque chose,
et qui s'accommode fort bien de cette démonstration. On
ne peut pas non plus traiter d'éristique la solution de
la quadrature d'Antiphon. Ou bien , si quelqu'un nie,
en s'appuyant sur l'opinion de Zenon , qu'il soit bon de
t y Le faux dMHnateurt Celui en nombre de manière k se con-
qul dessine des figures fausses eil fondre arec la ciroonférenœ. C*é-
géométrie. — Celle qui $e faU par tait une démonsu^tlon fausse, mais
les lunulee, voir plus tiaut, S 8. — elle éuit encore géoméirique. —
Celle de Bryeon^ ibid. — - La qwjh Vapinion de Zénon^ que le mon-
ârature d'Aniiphon , par les poly- Yement est impossible. Voir le petit
gones, dont les côtés augmentaient traité sur Xénopbane, eic.
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SECTION I, CHAPITRE XL 371
se promener après dîner, ce raisonnement n'est pas mé-
dical : il est commun. Si donc, Téristique était absolu-
ment au dialecticien comme le faux dessinateur est au
géomètre, il ne serait pas éristique dans tous ces cas.
§ 6. Mais le dialecticien n'est pas borné à une espèée
déterminée de choses : il ne démontre rien , et il n'est
point du tout comme le philosophe, qui s'occupe de
l'universel ; car toutes choses ne sont pas dans un même
genre, et, y fussent-elles, il ne serait pas possible que
tous les êtres fussent sous les mêmes principes.
§ 7. Ainsi donc aucune science, parmi celles qui dé-
montrent une certaine nature de choses, n'emploie l'in-
terrogation. En effet, il n'est pas possible ici de donner
indifféremment une quelconque des parties ; car le syl-
logisme ne se forme pas également avec les deux. La
dialectique, au contraire, procède par interrogation;
mais si elle démontrait, non pas tout, mais du moins
les éléments premiers et les principes spéciaux, elle n'in-
terrogerait pas, parce qu'en effet , si on ne lui accorde
rien^ il n'y a plus aucun moyen pour elle de discuter
contre l'objection qui lui est faite.
J8. Tel est aussi l'art exercitif. En effet, Texercitif
n'est pas comme la géométrie : mais on peut le posséder
sans même posséder la science; car il est possible que
même celui qui ne sait pas une chose, essaie sur cette
chose celui qui ne la sait pas. Il sufBt que l'interlocu-
teur accorde des propositions, non pas d'après ce qu'il
sait , non pas d'après les principes propres de la chose,
mais d'après ses conséquences naturelles, qu'on peut
% 6. Iféit pas borné à un gHire liv. 1, ch. 11, g g. C'est là ce qui
détnrnM^ ikmkri Analytiques^ fait rimporUnoe de la dialectique.
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372 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES,
fort bien savoir sans que pour cela on connaisse du
tout la science, et qu'on ne peut ignorer sans ignorer
aussi la science. Évidemment , donc, l'art exercitif n'est
la science d'aucun objet détermine, et voila pourquoi
il s'applique à tout ; car toutes les sciences ont à leur
usage quelques principes communs. $ 9. Voilà pourquoi
aussi tous les hommes, même peu édairés, se servent
en quelque façon de la dialectique et de l'exercitive;
car tous, jusqu'à un certain point, cherchent à juger
ceux qui leur parlent. Et ce sont là des dispositions
communes à tous; car les interlocuteurs ne le savent
pas moins, même lorsqu'ils paraissent s'égarer fort loin
du sujet. Ainsi y tout le monde fait des réfutations; mais
on fait sans art ce que fait la dialectique avec beaucoup
dart; et celui qui essaie les forces de son adversaire
avec l'art syllogistique est dialecticien. Comme ces règles
sont nombreuses et s'appliquent à tout, sans être telles
cependant qu'elles forment une espèce et un genre par-
ticuliers , mais qu'elles sont comme les négations, tandis
que d'autres ne sont pas du tout ainsi, mais sont spé*
ciales, on peut essayer d'établir une méthode pour tout
cela, et en tirer un art qui, d'ailleurs, ne sera point du
tout pareil aux sciences de démonstration. $ 10. Cest
là ce qui fait que l'éristique n'est pas de tout point
comme le faux dessinateur ; car il ne fait pas de para-
logismes pour un genre spécial de principes; mais l'éris-
tique s'occupe de tous les genres sans distinction.
S 9. Comme lei négatiom^ Le aœ espèce, ni un individn en pnr-
non-homme, le non-cheval sont Uculier.
des eipressions indéterminées : S 10. £0 faux d€i$inai$w^ Voir
elles ne désignent ni nn genre, ni plus haut, % 5.
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SECTION I, CHAPITBE Xll. 373
§ 1 1. Telles sont donc les diverses sortes de réfuta*
lions sophistiques. Il n'est pas difficile de voir que c'est
au dialecticien de les étudier, et de pouvoir les former;
car la méthode des propositions comprend aussi toute
cette étude. Voilà ce qu'on avait à dire sur les réfuta-
tions apparentes.
CHAPITRE XII.
Second et troisième objets de la sophistique : faire que Tadver-
saire se trompe et qu'il soutienne des paradoxes.
§ I . Quant à prouver que l'interlocuteur se trompe,
et à le mener à soutenir Timprobablc, et c était là le
second objet de la sophistique, ce résultat s'obtient sur-
tout en posant ses demandes d'une certaine manière, et
en dirigeant l'interrogation suivant certaine méthode.
Ainsi, c*est le i*echercher, que d'interroger sur un sujet
quelconque sans avoir rien déterminé à l'avance. En-
effet, en parlant au hasard , on se trompe bien davan-
tage; et Ton parle au hasard quand le sujet n'est pas
bien spécifié. § 2. Mais demander plusieurs choses con-
fusément, bien qu'on ait déterminé avec soin le sujet
en question , et laisser l'interlocuteur dire ce que bon
lui semble, ce sont des moyens qui donnent quelque fa-
cilité de le conduire h soutenir l'improbable ou le faux ;
$ 1. c était là le second o6J6f § 2. Ou le faux, c'est le terme
de la Mophittique^ voir plus haut, même dont il s'est servi , cb. 8, § 3,
cb. 3, g 8. et qu'il répète ici.
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374 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
et j soit qu'il réponde à Tune des questions par affirma-
tion ou par négation 9 de l'amener sur un sujet où Ton
aura des arguments en nombre. Ce sont, du reste, des
procédés dont il est aujourdliui moins aisé d'abuser
qu'il ne Tétait auparavant ; parce que les interlocuteurs
savent fort bien demander quel rapport tout ceci peut
avoir avec le principe. § 3. L'un des moyens d'arriver à
obtenir de l'adversaire quelque assertion fausse ou im-
probable, c'est de ne soutenir tout d'abord aucune thèse;
mais de prétendre qu'on n'interroge que par simple dé-
sir de savoir; car l'examen donne alors aisément place
à l'attaque.
§ 4- Le lieu spécialement sophistique pour montrer
que l'adversaire se trompe, c'est de conduire le raison-
nement sur un sujet oii l'on abonde en arguments. On
pourra, du reste, user bien ou mal de ce heu, ainsi
qu'on l'a dit précédemment.
§ 5. D'autre part, pour avancer des paradoxes, il faut
voir de quel genre de philosophes est l'interlocuteur,
et ensuite lui demander un paradoxe que les philo-
sophes de cette opinion soutiennent contre le vulgaire;
car il y a toujours dans chaque école quelque chose de
pareil; et le moyen ici, c'est de formuler les opinions
spéciales de chacune d'elles dans des propositions.
§ 6. La solution la plus convenable à opposer à ces
difficultés, c'est de faire voir que l'improbable ne vient
pas du raisonneutenl même; car c'est là ce que veut
toujours prouver celui qui vous combat. § 7. On peut
g i. AiriMi quon l'a dit précé- § 7. Quon le pousse à des pa--
demmcnt. Vuir duns les Topiques, uidoxes , lo luol paradoxe n*esl
liv. S, ch 5,8 1. lias pris ici dans son sens vnti puis-
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SECTION I, CHAPITRE XIL 375
encore en appeler aux intentions et aui opinions mani-
festées ; car on ne pense pas et on ne dit pas toujours la
même chose : mais Ton soutient souvent les choses les
plus honorables, et l'on ne veut au fond que ce qui
paraît utile. Ainsi l'on prétend hautement qu'il vaut
mieux mourir avec gloire que de vivre avec plaisir;
qu'il vaut mieux être pauvre avec honneur qu'être riche
avec honte; et cependant, au fond, on veut tout le con-
traire. Celui qui ne parle que d'après ses intentions, il
faut l'amener à exprimer ses opinions avec évidence : et
celui qui les exprime, il faut l'amener à produire ses
opinions cachées. De ces deux façons, il est nécessaire
qu'on le pousse à des paradoxes; car il dira le contraire,
soit dans ses opinions évidentes, soit dans ses opinions
cachées.
§ 8. Le lieu le plus ordinaire pour faire dire des pa-
radoxes, est celui qui est attribué à Calliclès dans le
Gorgias, et que tous les anciens ont cru pouvoir em-
ployer. On le tire de la nature et de la loi; car on pré-
tend que la nature et la loi sont contraires, et que la
justice est belle selon la loi, mais qu'elle ne l'est pas
selon la nature. U faut donc à celui qui parle suivant la
nature, lui répondre suivant la loi, et ramener à la na-
ture celui qui parle suivant la loi ; car de ces deux
façons, on arrive à des paradoxes. Ainsi, pour eux, ce
qui est selon la nature est le vrai, et c'est ce qui est
selon la loi qui le paraît an vulgaire. On voit donc
qu'il ne signifie que coniradiciion. anciens , ie mol est peui-èUe un
i B. Le Gorgias de Platun, peu exagéré puisqu*!! s*agit des
voir la traduction de H. Cousin, sophistes. — Cet gens^là^ les an-
p. S91 et suiv. — Et que tous les ciens sophistes.
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376 BÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
évidemment que ces gens-là, tout comme ceux d'aujour-
d'hui, essayaient de réfuter l'interlocuteur ou de lui
faire faire des paradoxes.
§ 9- Quelques questions sont de telle sorte, que la
réponse qu'on y fait est également improbable dans les
deux sens. Par exemple : Faut*il obéir aux sages ou à
son père? Faut-il agir dans son intérêt ou dans celui de
la justice ? Vaut-il mieux souffrir le mal que de le faire?
§ 10. Il faut mener la discussion sur des sujets où les
sages et le vulgaire soutiennent des opinions contraires.
Si l'interlocuteur parle comme les raisonneurs habiles,
on lui oppose l'opinion du vulgaire : et s'il parle comme
le vulgaire, on lui oppose les opinions des penseurs qui
ont beaucoup réfléchi. Ainsi, les uns soutiennent que
nécessairement l'homme heureux doit être juste; mais,
pour le vulgaire, ce serait chose incroyable qu'un roi
ne fât pas heureux. § ii. Mener ainsi à soutenir des
opinions improbables, c'est la même chose absolument
que de mener à l'opposition de la nature et de la loi ;
car la loi estTopinion du vulgaire, mais les sages parlent
selon la nature et selon la vérité.
§ I a. C'est donc de ces sortes de lieux qu'il faut cher-
cher à tirer des paradoxes.
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SECTION I, CHAPITRE XIII. 377
CHAPITRE XIII.
Cinquième objet de la sophistique : contraindre l'adversaire
a se répéter vainement.
§ !• Quant à faire bavarder Tadversaire, nous avons
déjà dit ce que nous entendions par faire bavarder. § a.
Tous les discours de ce genre n'ont pas d'autre but que
celui-ci : s'il n'y a aucune différence à prendre le mot
ou la définition, et que le double et le double de la
moitié soient la même chose , si le double est le double
de la moitié, on dira le double de la moitié de la moitié.
Et, de plus, si au lieu de double on prend le double de
la moitié, on répétera trois fois le double de la moitié
de la moitié de la moitié* Le désir se rapporte-t-il à ce
qui est agréable? Oui, c'est l'appétit de l'agréable; ainsi
donc, le désir est l'appétit de l'agréable de lagréable.
§ 3. Tous ces raisonnements ne s'adressent jamais
qu'à des relatifs, et , dans tous les cas, non seulement
ce sont les genres, mais encore les choses mêmes qui
sont des relatifs, et elles se rapportent à une seule et
même chose : par exemple, l'appétit est l'appétit de
quelque chose ; le désir, le désir de quelque chose ; et
le double est le double de quelque chose et le double de
la moitié. § 4* Et ceci se présente aussi pour toutes les
8 1. Nous avons déjà dit , plus celte leçon dans les variâmes; dans
haut, ch. 3, S 2. le texte elle dit seulement : Si le
g t. Si le double est le double de double est de la moitié, il faut d6-
la moitié^ Pédition de Berlin donne oessairement répéter : le double.
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378 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
choses dont Tessence n*est pas vraiment d'être des re-
latifs, mais qui ont des qualités , des modifications, ou
telle autre chose d'analogue, qui est exprimée dans la dé-
finition de ces choses, au milieu des attributs qui la com-
posent. Par exemple , on dit que l'impair est un nom-
bre qui a un milieu ; or, on dit aussi nombre impair,
ce qui revient à dire, nombre nombre ayant un milieu.
Et si le camus est la courbure du nez , comme on dit
aussi d'un nez qu'il est camus, on aura nez nez
courbe.
§ 5. Parfois, on paraît faire bavarder l'adversaire,
quand on ne le fait pas réellement, parce qu*on n'a pas
soin de demander si le mot en question, le double, si-
gnifie quelque chose à soi seul, ou ne signifie rien; et
quand il signifie quelque chose, si c'est lu même chose
ou une chose différente. Mais c'est parce que l'on veut
tirer sur-le-champ la conclusion , et que le mot étant le
même, la chose semble aussi être la même et avoir le
même sens.
CHAPITRE XIV.
Da solécisme : il peut n'en être un que pour une seule personne.
-^ En général il tient à la confusion des genres divers dans le
pronom cela^ qui s'applique au masculin, au féminin, au
neutre, indifféremment.
§ I. Ce qu'est le solécisme, c'est ce qu'on a dit pré-
S 1. Ce qu'est le tolécittM,.., cb. 3,g3. Seiilemcnl il plaçait le
precedemtitenr , voir plus haut, solêcisuie en quatrième lieu, tauU ta
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SECTION I, CHAPITRE XIY. 379
cédemment. § 2. Il est possible de faire un solécisme et
de paraître en faire un quand on n'en fait pas ; et, tout
en en faisant, de ne pas paraître en faire un. Ainsi,
Protagore soutient que colère et cuirasse sont mascu-
lins. Celui donc qui dit pernicieuse, en parlant de la
colère, fait un solécisme suivant Protagore :mais il ne
semble pas en faire un aux yeux des autres : et celui qui
dit pernicieux parait à tout le monde faire un sole*
cisme, et,' cependant, il n'en fait pas pour Protagore.
§ 3. U est donc évident qu'on pourrait fort bien amener
ceci avec un certain art ; et voilà pourquoi beaucoup de
raisonnements qui ne concluent pas de solécismes , pa-
raissent en conclure un, comme on peut le voir dans les
réfutations.
§ 4* La plupart des solécismes apparents sont fondés
sur le pronom cela, et quand le cas n'exprime ni le mas-
culin, ni le féminin, mais le neutre. Le pronom celui-ci
exprime le masculin, et celle-là le féminin. Mais le mot
cela veut exprimer le neutre, et souvent il exprime aussi
Tun des deux autres genres. Ainsi, par exemple, quand
on dit : Qu'est-ce que cela ? c'est Calliope, c'est du bois,
c'est Coriscus. Tous les cas du masculin et du féminin
diffèrent; quant à ceux du neutre, les uns diffèrent, les
quMl n^en parie ici qu'au ciaquième Le sens est toujours le même,
et dernier raug. § i. Cest du bois^ nom neutre en
$ S. Pemicieuiê, voir ie début grec; les deux autres sont féminins
de rUiade. et masculins. ^ ( au nominatif )
S S. Amener ceci avec un cer^ (àTaccusalif ), j'ai été obligé d*a-
tain ari, j*ai suivi la leçon de l'é- jouter ces parenthèses pour Tù'm*.
dition de Berlin qui s'appuie sans entendre le icxtc*. — £« verôe e$i et
doute sur des manuscrils. Pacius le verbe être, Tun ne va qu'avec lu
dil : Un certain art |>eut faire cela; nominatif; Taulre ne va <|u*avec
Sylburgt* : Un habile {leut faire cela, Taccusalif.
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380 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
autres ne diffèrent pas. Quand on donne le pronom
cela, on raisonne souvent comme si on avait dit celui-
ci. Et de même, quand on prend tel autre cas pour
tel autre. Le paralogisme alors a lieu parce que le mot
cela est commun à plusieurs cas; car cela peut exprimer
tantôt celui-ci (au nominatif), et tantôt celui-ci (à Tac-
cusatif) ; mais il faut exprimer successivement qu'avec
le verbe est, il signiBe le nominatif, et, avec le verbe
être, l'accusatif: par exemple, Coriscus est, être Cons-
ens. Même observation pour les noms féminins, et pour
ce qu'on nomme les instruments, qui ont la dénomina-
tion du masculin ou du féminin; car tous les noms qui
se terminent en o et en n ont seuls la dénomination
d'instruments. On pourrait en citer bien des exemples :
mais ceux qui ne sont pas ainsi sont du masculin ou du
féminin, et quelques-uns de ces noms s'appliquent à
des instruments. Par exemple, outre est un nom mas-
culin, et couchette est féminin ; et, pour ces mots, le
verbe est, et le verbe être, seront également importants.
§ 5. Le solécisme est en quelque sorte pareil aux
réfutations qui sont exprimées seniblahlement, pour des
choses qui ne sont pas* semblables; car de même qu'il
arrive alors que la réfutation porte sur les choses mêmes,
il arrive aussi que le solécisme ne porte que sur les
mots; car homme et blanc sont à la fois et une chose et
un mot.
§ 6. H est donc évident qu'il faut chercher à conclure
le solécisme par les cas indiqués.
§ 7. Telles sont donc les espèces des arguments con-
8 5. Que la réfutation porte ^ mots sans citer d*aulorilé. Il esi
réditiuD de Berlin supprime ces beaucoup mieui de les conserver.
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SECTION I, CHAPITRE XV. 381
tentieux el les parties de ces espèces, et les manières
diverses de les distinguer.
CHAPITRE XV.
De la disposition des questions et des procédés
derioterrogatioD.
§ I . Il y a grande importance, pour cacher le but
qu^on poursuit, de disposer les ëlëments de la question
suivant une certaine méthode, comme dans la dialec-
tique. Il faut donc parler de cet objet d'abord, à la suite
de ce qui vient d'être dit.
§ a. Une chose qui est utile pour réfuter, c'est la
diffusion; car il est difficile de bien voir plusieurs
choses à la fois. Il faut se servir pour la diffusion des
moyens précédemment indiqués. § 3. Un second moyen,
c'est la rapidité du raisonnements Les interlocuteurs
qui restent en arrière voient moins où on les conduit.
§ 4- On peut employer aussi la colère ou l'esprit de dis-
pute ; car, lorsque l'on est troublé, on peut moins être
sur ses gardes. Les éléments de la colère sont de mon-
trer évidemment qu'on veut recourir à l'injustice, et
surtout qu'on est prêt à ne rougir de rien. § 5. Il faut
aussi bouleverser l'ordre naturel des questions, soit que
l'on ait plusieurs arguments pour la même chose, soit
qu'on soutienne que la chose est et n'est pas ainsi; car
S 1. Comme dont la dùOêetiquêt % i. PréeédmMmnt indiquée^
votr Ibpf^iMf, liv. 8, cb. 4 et sttiv. voir Topiqu$$^ liv. 8 , cb. 1 , S M'
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382 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
Tadversaire doit à la fois se défendre, ou contre plu-
sieurs choses, ou contre les contraires. § 6. Et tout ce
qui a été dit plus haut sur les moyens de cacher sa
pensée, est utile aussi dansles discussions contentieuses.
On ne cache sa pensée que pour dissimuler son but,
que pour tromper. § 7. ATégard de ceux qui refusent
ce qu'ils croient utile au raisonnement de l'adversaire,
il faut les interroger par négation, comme si Ton voulait
obtenir le contraire, ou du moins comme si Ton faisait
la demande de Tun ou de l'autre avec une parfaite in-
différence; car, lorsqu'on ignore ce que veut obtenir
l'adversaire, on fait moins de difficulté. § 8. Lorsque
l'adversaire accorde parties à parties tous les cas parti-
culiers, il faut souvent ne pas pousser l'induction en in-
terrogeant jusqu'à l'universel; mais il faut s'en servir
comme accordé. Bien plus, quelquefois l'adversaire lui-
même croit l'avoir donné ; et c'est ce qui semble aussi
aux auditeurs, parce qu'ils se souviennent de l'induction,
et qu ils pensent que les cas particuliers n'ont point été
demandés eiî vain. § 9. Dans les cas où l'universel n'est
point exprimé par un mot, il faut se servir de la res-
semblance de ce qui s'en rapproche, selon que Ton en a
besoin; car souvent la ressemblance est cachée. § 10.
Mais pour obtenir la proposition qu'on veut, il faut
interroger en faisant porter la comparaison sur les con-
traires. S'agit-il, par exemple, d'obtenir cette proposi-
tion, qu'il faut en tout obéir à son père, on peut de-
mander s'il faut en tout obéir, ou désobéir en tout, à ses
parents. Et si l'on veut prouver qu'il faut leur obéir
8 6. Tout ee qui a M dit plut havA , ibid.
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SECTIOÏÏ I, CHAPITRE XT. 383
souvent, on doit demander s'il faut aVoir pour eux peu
ou beaucoup de condescendance. En effet, il semblera
plutôt que c'est beaucoup, puisqu'il faut nécessairement
en avoir. En rapprochant ainsi les contraires, les choses
paraissent avec toute leur grandeur; elles semblent plus
grandes, meilleures, ou pires*
§ 1 1 . Ce qui, très-souvent, fait croire à la réfutation,
c^est Vimpudence sophistique de ceux qui interrogent,
et qui, sans avoir fait de raisonnements, sans avoir fait
une dernière question, n'en affirment pas moins sous
forme de conclusion, comme s'ils avaient fait des syllo-
gismes réguliers : Donc telle chose n'est pas; donc telle
chose est.
§ 12. C'est encore un procédé sophistique de de-
mander, que l'adversaire réponde ce qu^il lui semble
d'un paradoxe que Ton a soutenu, bien qu'il ait dit son
avis sur le sujet posé dès le principe, et de mettre en
outre des questions de ce genre sous cette forme : Que
vous semble? car si la question est composée des élé-
ments mêmesdii syllogisme, il faut nécessairement qu'on
fasse une réfutation ou u n paradoxe, ou une sorte de réfu-
tation. Si l'on accorde la question, c'est une réfutation;
si on ne l'accorde pas et qu'on dise qu'on ne l'accepte
pas, on soutient un paradoxe. Si on ne l'accorde pas^
tout en disant que la chose est probable, on fait une
sorte de réfutation.
§ i3. Comme dans la rhétorique, il faut voir aussi,
dans les réfutations, aux contradictions que l'interlocu-
teur Commet contre ce qu'il a dit lui-même, ou contre
g li. Ou un$ sorte de rifuta- d'autorité, supprime ces mots, que
eton , rédition de Berlin , saus citer Je garde avec Pacius.
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i
384 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
ce qu'ont dit ou fait ceux qui lui paraissent bien faire
ou bien dire, ou contre ceux qui paraissent être ainsi^
ou contre leurs semblables , ou du moins contre la
plupart, si ce n'est contre tous. § i4* De même que
souvent ceux qui répondent, quand ils se voient ré-
futes, font une distinction dans la question sur le point
où la réfutation doit les atteindre, de même ceux qui
interrogent peuvent se servir de ce moyen contre les
objections, si l'objection a lieu dans un sens, et qu'elle
n'ait pas lieu dans l'autre, en disant qu'on l'a prise dans
le dernier sens, comme Cléophon le fait dans son Man-
drobule. § i5. Il faut même, en s'éloignant du sujet,
retrancher tout le reste des arguments ; mais celui qui
répond, s'il s'en aperçoit d'abord, doit aller au-devant
et le dire le premier. § i6. Il faut diriger aussi ses ar-
guments contre une chose différente de celle qui est en
question, et s'y attacher quand on n'a point d'argument
contre la question même. C'est ce que fit Lycophron, à
qui l'on proposait de faire l'éloge d'une lyre. §17. Quand
l'adversaire demande qu'on précise l'argument, parce
qu'il lui paraît qu'il faut indiquer la cause de l'erreur,
et qu'une fois certains points étant fixés, il est plus sur
ses gardes, il faut, ce qui est général dans les réfutations,
dire qu'on veut soutenir la contradiction, et nier ce que
l'autre a dit , ou affirmer ce qu'il a nié. Mais il ne faut
pas dire seulement que l'on prétend soutenir que la no-
8 14. Cléophùn , dani son ëuil un dialogue platonicien.
Jfamirofruto, il ne nous est rien g 16. Ljfeaphran est appelé so-
parvenu de cette pièce. Le corn- phiste dans la Politique , liv. 3 ,
mentaire anonyme, récemmment ch. 5, tom. 1 , p. 857, de mon édlL
publié par M. Sprengel , Munich , Il est cité aussi dans la Rhéio HçiM,
18ii , prétend que le MandroMe voir la note, ibid.
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SECTION II, CHAPITRE XVI. 385
tion des contraires est ou n'est pas la inéme.'$ 18. Il
ne faut pas demander la conclusion sous forme de pro-
position ; il ne faut pas non plus demander certaines
choses, mais il faut les prendre comme accordées.
§ 19. On a donc expliqué d'où il faut tirer les ques-
tions, et comment il faut les poser dans les discussions
contentieuses.
SECTION DEUXIÈME.
SOLUTION DBS PARALOGISIIBS.
CHAPITRE XVI.
De la solution des paralogismes : utilités diverses de cette étude :
pour la philosophie y pour la simple apparence. — Méthode
générale de solution : difficnltés pour rappliquer.
§ I . Il faut parler maintenant de la réponse, et dire
comment il faut résoudre les paralogismes, ce que c'est
que résoudre, et à quoi sont utiles des raisonnements
de ce genre.
§ a. Us sont utiles à la philosophie pour deux rai-
sons: § 3, d'abord, comme ils ne portent le plus sou-
8 1. Cest avec le chapitre 16 celle de Sylbuige entre aulros. J'ai
que les Latins faisaient commencer cro devoir fiiire une seconde seo-
le second livre de ce traité , ainsi tion ; au xii« et xni« siècles, Aver-
qiie plusieurs éditions grecques, roëset Albert font deux livres.
IV. SB
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386 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
vent que sur le mot, ils apprenneot d'autant mieux à
voir dans combien de sens chaque mot est dit, et quelles
sont les ressemblances et les différences de formes, dans
les choses et dans les mots. § 4- U^ ^^^ utiles en se-
cond lieu pour les recherches personnelles; car celui
qui, trompe aisëment par les paralogismes d'un autre,
ne s'en aperçoit pas, commettra la même erreur bien
plus souvent quand il sera seul avec lui-même. § 5.
£n6n, en troisième lieu, ils sont utiles même pour l'ap-
parence, en ce qu'on parait s'être exerce à tous les su-
jets et n'être étranger à aui^un; car si quelqu'un qui
prend part à la discussion blâme la discussion, sans
pouvoir en spécifier les défauts, oo est porté à soup-
çonner que, s'il fait des difficultés , ce n'est pas dans
l'intérêt de la vérité, mais à cause de son ignorance.
$ 6. On voit sans peine comment il faut agir , quand
on répond à des discussions de ce genre, si nous avons
bien expliqué antérieurement d'où se tirent les para-
logismes, et si nous avons montré suffisamment les
ruses qu'emploient les sophistes en interrogeant. § 7.
Ce n'est pas, du reste, une même chose, quand on
étudie un raisonnement, d'en voir et d'en corriger le
vice, et quand on est interrogé de pouvoir y répondre
sur-le-champ ; car ce que nous savons, nous le mécon-
naissons souvent par cela seul qu'on le déplace. Et
comme dans bien d'autres choses le plus où moins de
promptitude vient surtout de l'exercice, il en est de
même pour les discussions, de telle sorte que si nous
voyons clairement la chose, mais que nous la négligions ,
S 6. Antirieuremeni, dans tout ce qui précède et surtout cb. 4 et sui?.
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SECTION II, CHAPITRE XVII. 387
nous manquons souvent par cela seul les occasions.
§ 8. Il arrive aussi parfois ce qui arrive dans les traces
des figures : après les avoir analysées^ nous ne pou-
vons plus les recomposer. £t de même dans les ré-
futations, nous savons fort bien quel est le lieu du rai-
sonnementy et nous ne pouvons cependant le renvei*ser.
CHAPITRE XVII.
De la solution apparente ; elle est; dans certain cas y préférable
k la solution vraie. — Règles pour arriver à la solution
apparente.
§ I . D'abord donc, de même que nous disons qu'il
vaut mieux quelquefois raisonner d'une manière pro*
bable que d'une manière vraie, de même il vaut mieux
quelquefois chercher la solution selon le probable que
selon le vrai : car il faut combattre contre les dispu'>
teurs, non pas comme s'ils réfutaient réeftement, mais
comme s'ils paraissaient seulement le faire. En effet^,
nous nions qu'ils fassent de vraies conclusions, et ainsi
tous nos efforts doivent tendre à ce qu'ils ne paraissent
pas en faire. Si donc la réfutation est une contradiction
qui n'est pas homonyme, et qu'on tire de certaines don-
nées, il n'y avait pas besoin de faire de division, pour
éviter l'amphibologie et l'homonymie, parce qu'elles
ne font pas de vrai syllogisme. Mais il ne faut établir
de division que parce que la conclusion a l'apparence
S s. Anaiy$ée$ , pris au sens propre , décomposées.
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388 REFUTATIONS DES SOPHISTES,
d'une réfutation. Ainsi donc, on doit prendre garde,
non pas d'être réfuté, mais seulement de le paraître.
§ 2. L'interrogation qui porte sur des choses amphi-
bologiques, ou des équivoques d'homonymie, comme
toutes les autres surprises de ce genre, font disparaître
la véritable réfutation, et ne laissent plus reconnaître
celui qui est réfuté ou celui qui ne Test pas. En effet,
comme il est toujours permis, quand on arrive à la con-
clusion finale, de dire que l'adversaire nie ce qu'on n'a
pas affirmé, parce qu'il n'a fait qu'interroger par ho-
monymie ou par amphibologie : et qu'ainsi l'on a soi-
même affirmé autre chose que ce qu'il a compris
d'abord, et nié dans la conclusion, bien qu'on ait tout
fait pour que la discussion portât de part et d'autre
sur le même point, on ne sait jamais clairement si l'in-
terlocuteur est réfuté : car on ne sait si maintenant il
dit vrai. Mais si celui qui interroge avait, en divisant,
montré le sens homonyme ou amphibologique, la réfuta*
tien ne serait plus obscure. § 3. Il arriverait précisément
alors, ce que d'ailleurs les disputeurs cherchent moins
maintenant que jadis, que l'interlocuteur interrogé ré-
pondrait par oui ou par non. Ici, au contraire, parce que
ceux qui interrogent posent mal leurs questions, il faut
que celui qui répond ajoute quelque chose à la réponse,
pour rectifier le vice de l'interrogation. Mais quand^ en
interrogeant, on a bien fait la division indispensable, il
%%. Oupar amphibologie , ré- loate cette phrase uns citer de mt-
dilioD de Berlin ne donne pas ces nuscrit. Cette plirase, qui se lie
mots et ne cite pas d*aatorité qui en fort bien -avec tout ce qui précède
Justifle romission. — Et qu'ainH et toutce qui suit, est dans toutes
Von a dam la eanelusion , les autres éditions, il est indispeo-
TédiUon de Berlin sopprime encore sable de la conserver.
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SECTION II, CHAPITRE XVIL 389
faut nécessairement que celui qui répond dise oui
ou non.
§ 4* Quand Ton suppose que la réfutation n'a lieu
que par homonymie, il n'est pas possible en quelque
sorte que celui qui répond évite d*étre réfuté ; car il
faut nécessairement, pour les choses qui tombent sous
la vue, qu'on nie le mot qu'on avait affirmé et qu'on
affirme ce qu'on avait nié. § 5. En effet, il n'y a aucune
utilité dans la rectification qu'essaient de faire quelques
interlocuteurs. Ainsi, ils soutiennent que Coriscus n'est
pas à la fois musicien et ignorant en musique, mais que
tel Coriscus est bon musicieu et que tel autre Coriscus
ne l'est pas. Mais ce sera la même expression, soit qu'on
dise que Coriscus, soit qu'on dise que ce Coriscus est
musicien ou ne Test pas, ce que nie et affirme à la fois
l'interlocuteur. Mais ce n'est peut-être pas tout à fait
le même sens ; car le mot non plus n'est pas tout à fait
le même; et voilà d'où vient la différence. § 6. Mais
si l'on accorde d'un côté que le mot est pris simplement :
Coriscus, et que de l'autre on ajoute restrictivement : Ce
ou quelque , cela est absurde ; car la restriction n'est
pas plus à l'un qu'à l'autre ; et il n'importe en rien au-
quel des deux on l'attribue.
§ 7. Toutefois, comme on ne sait pas clairement,
quand on n'a pas déterminé l'amphibologie, si l'on est
S 5. Ou m V€$t fa$, Pacius ii*a pourquoi U n'y a point de dilTé-
pas ces inols que j^emprunte à l'é- rence. Sylburge place eocore la né-
dition de Berlin , Sylburge les met gation enlre crochets, c^estrMire
entre crochets. — Et voilà d^où qu'il en propose la suppression.
vient la différence , c^est la leçon La leçon de Téditiou de Berlin me
de Tédition de Berlin : Pacius, au semble la plus claire, et c'est là ce
contraire,' a une négation : Et voilà qui me l'a fait adopter.
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390 RÉFUTATIONS D£S SOPHISTES.
ou non réfuté, bien qu'on pût faire la division néces-
saire dans le discours, il est évident que concéder l'in-
terrogation sans cette définition, et absolument, c'est
une faute, de sorte que, si ce n'est l'interlocuteur même,
du moins son raisonnement a l'air d'être réfuté.
§ 8. Toutefois, il arrive souvent que tout en voyant
l'amphibologie, on répugne à faire la division, à cause
du grand nombre des propositions de ce genre, et afin
de ne pas paraître élever toujours des difficultés. Puis
ensuite il arrive tout aussi souvent que, sur le point même
où l'on ne pensait pas que la discussion viendrait à por-
ter, on rencontre le paradoxe. § 9. Ainsi donc, puisqu'on
peut faire la division, il ne faut pas hésiter à la faire,
ainsi qu'on l'a dit antérieurement.
§ 10. Si l'on ne réunissait pas deux questions en une
seule, le paralogisme ne se formerait pas par homony-
mie ou amphibologie , mais ce serait une réfutation où
il n'y aurait pas même apparence de réfutation; car,
quelle différence y a-t-il à demander si Callias et Thé-
mistocle sont musiciens, ou s*il n'y a qu'un seul nom
pour eux deux, bien qu'ils soient autres ? En effet, si ce
nom désigne plus d'une chose, on a demandé aussi plu-
sieurs choses. Si donc , il n'est pas bien de chercher à
obtenir une seule réponse absolument pour plusieurs
questions, il est clair qu*il ne convient de répondre sous
forme absolue, par aucun terme homonyme, quand
même la réponse serait vraie pour tous les sens du mot,
comme quelques-uns l'admettent ; car il n'y a pas plus
de différence que si Ton disait : Coriscus et Callias sont-
% 9. Aimi qu'on fa dit antérieurement ^ Topiquee^ Itv. 8, ch. 7.
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SECTION II, CHAPITRE XVIL 391
ils ou ne sont-ils pas à la maison? Soit que lous deux
soient présents, soit que tous deux soient absents , des
deux façons, il y a toujours plusieurs propositions. 11
ne suffit point, en edfet, de dire vrai, pour qu'il i^'y ait
qu'une seule interrogation; car il se peut aussi qu'on
propose dix mille autres interrogations, auxquelles on
pourra répondre avec vérité par oui et par non. Ce-
pendant il ne faut pas répondre par une seule réponse;
car c'est détruire toute discussion. C'est absolument la
même chose que si l'on donnait un nom pareil à des
choses différentes. Si donc il ne faut pas faire une ré-
ponse unique à deux questions, il est évident aussi qu'il
ne faut pas répondre non plus par oui ou par non à
des homonymes. § 1 1 • Car celui qui a dit ainsi ne ré-
pond pas, il n'a fait que parler. Mais on suppose quel-
quefois dans les discussions qu'il y a là une véritable
réponse, parce qu'on ne voit pas ce qui doit en résulter.
§ la. Ainsi donc que nous l'avons dit, comme cer-
taines réfutations qui n'en sont pas réellement paraissent
en être, de la même manière il y a des solutions qui pa-
raissent en être sans en être réellement. C'est celles-là
qu'il faut quelquefois produire plutôt que les solutions
vraies, dans les discussions contentieuses , et contre les
paralogismes venant du double sens d'un mot.
§ j 3. Il faut répondre pour les choses que l'on ad-
met: Soit; car, de cette façon, il n'est pas du tout pos-
sible à l'interlocuteur de rétorquer la réfutation. Si
l'on est forcé de dire quelque paradoxe, c'est alors sur-
tout, qu'il faut ajouter que cela parait ainsi; car, de
8 19. Ainsi donc que nous Ta- traité, ch. 1, g 1, quand il a déGni
voM dit, au début même de ce la rérulaliou sophisliqne.
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392 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
cette façon, il ne semblera pas qu'il y ait, ni réfutation,
ni paradoxe.
§ i4- Comme on sait très-clairement ce que c'est
qu'une pétition de principes, et tout le monde accorde
qu'elle a lieu si la proposition est voisine du principe,
il est certaines choses qu'il faut détruire et non accor-
der, en soutenant que c'est faire une pétition de prin-
cipes. Et si l'interlocuteur demande qu'on lui accorde
précisément une proposition, qui doit nécessairement
résulter de la thèse initiale, et que cette proposition
soit fausse ou improbable, il faut élever la même objec-
tion. En effet, ce qui résulte nécessairement de la thèse
semble faire partie de la thèse même. De plus, quand
l'universel est pris, non par le mot qui le représente,
mais par comparaison, il faut feire remarquer que lad-
versaire ne le prend pas comme on le lui accordait, ou
comme il l'avait lui-même avancé; car c'est souvent à
ce point même que tient la réfutation. §16. Quand on
a été repoussé de ce terrain , il faut s'en prendre à l'ir-
régularité de la démonstration , et s'appuyer pour cela
sur la définition qui a été donnée du syllogisme et de
la réfutation.
§ '7* Quand les mots sont pris au propre, il faut
nécessairement répondre ou absolument, ou par une
distinction. § 18. Mais toutes les fois qu'on est obligé
de suppléer par la pensée, comme, par exemple, dans
toutes les questions qui ne sont pas assez claires, et qui
S 16. La définition qui a été amphibologie , il peut servir à ex-
donnée , voir plus baui , ch. 1, $ 3. primer qu'une chose est la posses-
g IS. Ce qui est des Athéniens^ sion d'une p.u(re, ou qu'elle fait |)ar-
le génitifeD grec peut prêter à cette tie d'une auli-e.
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SECTION II, CHAPITRE XfVIL 393
sont en quelque sorte boiteuses, la réfutation se produit.
Telle est cette question : Ce qui est des Athéniens est-
il la possession des Athéniens? Oui. Et de même pour
tout le reste : Mais Thorome est-il des animaux? Oui.
Ainsi l'homme est la possession des animaux; car nous
disons que l'homme est des animaux, parce qu'il est
animal, et que Lysandre est des Lacédémoniens, parce
qu'il est Lacédémonien. Il est donc évident que dans les
cas où la chose proposée est obscure, il ne faut pas ac-
quiescer d'une manière absolue.
§ 19. Quand deux choses sont de telle sorte que,
Tune étant, lautre doit être de toute nécessité, sans que
la seconde étant , la première soit nécessairement, il
faut que celui qui est interrogé sur ces deux termes
accorde celui qui est le moins étendu ; car il est plus
difficile de faire le raisonnement, quand il porte sur plus
de choses.
§ ao. Quand Ton essaie de prouver que l'un des
termes a un contraire, et que l'autre n'en a pas, si cette
assertion est vraie, il faut dire qu'en effet , le second
terme a un contraire, mais que ce contraire n'a pas de
nom.
§ 21. Comme il y a certaines choses pour lesquelles
le vulgaire dit de celui qui ne les accorde pas, qu'il se
trompe, et que , pour quelques autres choses, il ne se
g 91. £I2m pensées vraies , les ment de la définition, en la faisant
axiomes. -^ Et des assertions en- porter sur une proposition où i*at-
tiires , Tédition de Berlin donne : tribut sera contraire à l^atlribut de
Et des négations entières ; mais , la proposition soutenue par l*ad-
comme il suiBt ici, pour changer le vcrsaire , et où le sujet sera difTê-
sens , de rémission d'une seule rent. C*est ce que le texte appelle
lettre « on peut croire à une simple la métaphore, en prenant ce mot
faute d'impression. — Le déplace^ dans son sens étymologique.
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394 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
prononce pas si nettement : par exemple , dans toutes
celles où les avis sont partagés, et ainsi le vulgaire
n'est point décidé en général sur la question de savoir
si Tâmedes animaux est périssable ou immortelle; dans
tous les cas où Ton ne sait quelle est l'opinion vulgaire,
sur le sujet en question, comme sur les sentences, et
Ton appelle sentences, et les pensées vraies, et des as-
sertions entières, telles que: Le diamètre est incommen-
surable; dans tous ces cas, dis-je, et toutes les fois que
la vérité est controversée, le meilleur moyen de cacher
sa pensée, ce sera d'employer pour tous les mots le dé-
placement delà discussion. En efTet, précisément, parce
qu'il y a grande obscurité sur le vrai dans ce cas, on ne
paraîtra pas faire un sophisme, et l'on ne paraîtra même
pas se tromper, puisque les opinions sont partagées. Le
déplacement de la discussion rendra U raisonnement
inattaquable.
§ 22. Enfin, toutes les fois qu'on pressent une ques-
tion, il faut aller au-devant de l'objection et la dire tout
d'abord; car c'est ainsi surtout qu'on embarrassera celui
qui interroge.
CHAPITRE XVIII.
Moyens divers pour arriver k la solution vraie : attaquer la
proposition : attaquer la conclusion.
§ I . Puisque la solution vraie est de faire voir que
le syllogisme est faux, en indiquant celle des questions
où est l'erreur, le syllogisme faux peut l'être de deux
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SECTION II, CHAPITRE XVIIL 395
façons : par exemple, s'il a conclu faussement ; ou bien
si, n'étant pas un syllogisme, il paraît pourtant en être'
un. La solution indiquée ici , et celle du syllogisme ap-
parent , consisteraient à rectifier celle des questions qui
le fait paraître ce qu'il n'est pas : et, par conséquent, on
arrive à la solution cherchée, d'abord en détruisant les
raisonnements qui concluent réellement , et en faisant
une distinction pour ceux qui ne sont qu'apparents.
§ a. Mais comme parmi les raisonnements réguliers, les
uns ont la conclusion vraie, et les autres la conclusion
fausse, on peut résoudre de deux façons ceux qui ont la
conclusion fausse, c'est-à-dire, soit en détruisant quel-
qu'une des interrogations posées, soit en montrant que
la conclusion n'est point ainsi qu'on l'a dit. Conti*e ceux
qui sont faux dans les propositions, il n'y a de solution
possible qu'en détruisant Tune de ces propositions,
puisque la conclusion est vraie. § 3. Ainsi donc, quand
on veut résoudre un raisonnement , il faut voir d'abord
si ce raisonnement conclut ou s'il ne conclut pas ; en-
suite^ si la conclusion est vraie ou fausse, afin qu'on
puisse résoudre, soit en détruisant, soit en divisant les
propositions; et l'on détruit, soit d'une façon, soit de
l'autre, comme on l'a dit plus haut. § 4- U y a une très-
grande différence, pour résoudre le raisonnement, d'être
ou de n'être pas interrogé ; car il est difficile de voir à
l'avance la solution, et il est plus facile de la voir à
loisir.
§ 3. Com$M on Va dit plus haut y § 1.
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396 BÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
CHAPITRE XIX.
Solution pour les cas où la réfutation ne tient qu'il l'homonymie
ou à l'amphibologie, soit dans les propositions, soit dans la
conclusion : il faut signaler les sens divers le plus tAt qu'on
le peut.
§ I. Parmi les réfutations qui ne tiennent qu'à l'ho-
monymie et à Famphibologie, les unes renferment des
questions qui présentent plusieurs sens; dans les autres,
c'est la conclusion qui a des sens divent. Ainsi, par
exemple, dahs le cas où Ton prétend prouver que celui
qui se tait parle , c'est la conclusion qui a un double
sens. Dans cette autre proposition : Celui qui sait
ne sait pas, c'est l'une des questions qui est amphibolo-
gique. Par exemple , ce raisonnement : Celui qui sait
faire ou dire quelque chose sait aussi ce qu'il dit, ce
qu'il fait; or, cet homme sait dire des vers iambiques;
donc il sait aussi les vers iambiques. Et ce qui a un
double sens est vrai dans un sens et ne l'est pas dans
Tautre; ainsi le double sens exprime à la fois ce qui est
et ce qui n'est pas.
§ 2. Toutes les fois donc, qu'il y a plusieurs sens à
la fin, si l'on ne prend pas la contradiction, il n'y a pas
g 1. Celui qui m tait parU, on cette phrase sans citer aucune au-
se rappelle rampbibologie que cette torité. Cest peut-être une simple
phrase présente eu grec, voir plus omission.
haut,ch. i, S i, et ch. 10, S 6.— Par ^ %. A la /In, j*ai conservé la
exemple les vere iamMfties, traduction fidèle des mots grecs, le
rédiUon de Berlin supprime toute sens est : Dans la conclusion.
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SECTION II, CHAPITRE XIX. 397
de réfutation : par exemple, si Ton prétend que l'aveugle
voit ; car sans contradiclion, il n'y a pas de réfutation.
§ 3. Pour tous les cas oii la diversité de sens.se trouve
dans les questions, il n est pas nécessaire de combattre
d*abord le double sens; car ce n'est pas sur ce point que
porte le raisonnement : c'est seulement un des éléments
dont on le tire. § 4* Au début donc, il faut répondre
en signalant le double sens, soit dans le mot , soit dans
le raisonnement, len disant qu*on l'accepte d'une façon,
et que de l'autre on ne l'accepte pas. Ainsi , dans cette
proposition : Celui qui se tait parle, il faut dire qu'on
l'accepte en partie, et qu'en partie on ne l'accepte pas.
Et si l'adversaire a dit qu'il faut remplir ses devoirs, il
faut distinguer, en disant que les uns doivent être rem-
plis et d'autres ne pas l'être; car devoirs a plusieurs
sens. Si la diversité des sens a d'abord échappé, il faut
rectifier Terreur en ajoutant à la fin quelque chose à la
question : Donc celui qui se tait parle; pas du tout; mais
bien un tel qui se tait. § 5. Et de même pour les cas où
la diversité de sens est dans les propositions : Donc on
ne sait pas ce qu'on sait? Non, certes; mais cela n'est
pas vrai de ceux qui savent de telle manière; car ce
n'est pas là même chose de dire qu'il n'est pas possible
de savoir quand on sait, ou que cela n'est pas possible
à ceux qui savent d'une certaine façon. § 6. Il faut^ en
général , combattre son adversaire, même quand il a
conclu d'une manière absolue, en disant qu'il a nié,
S i. Mai$ bien un tel, en «Jon- $ y D$ cêite fiMMiMf», en spéci-
tint on pronom délerminatif qui a fiant de qneUe nature et sur quoi
un genre spécial , et ici , il est du porte la science, il n*y a plus lieu
masculin: la phrase ne peut plus de faire amphibologie, et par con-
alors prêter à Tamphibokigie. séquent de tromper Tadversaire.
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398 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
non pas la chose qu'on affirmait^ mais seulement le
mot y de sorte qu'il n'y a pas de réfutation.
CHAPITRE XX.
Solation des paralogismes par difisioii on comUnaison de mots :
. toos les paralogionn ne tiemient pas, comme on Ta dit, k
rambiguité du sens. Exemples divers*
§ I . On voit aussi clairement comment il faut ré-
soudre les réfutations qui tiennent à la division et a la
réunion de certains mots ; car, si la proposition divisée
ou combinée a un sens différent, il faut soutenir le
contraire de la conclusion. § a. Mais tous les raisonne?
ments captieux qui se fondent sur la division et la com-
binaison, sont du genre des suivants : Ce par quoi tu as
vu cet homme frappé, est-ce par cela qu'il a été frappé?
et ce par quoi il a été frappé, est-ce par cela que tu
Tas vu? § 3. Il y a aussi dans cet exemple l'une des
questions qui est amphibologique : mais le paralogisme
tient surtout à la combinaison; car le double sens, ne
subsiste pas après la division, parce que la proposition
g 1. Ce par quoi tu as 9u cet g 3. Mais là aussi U y a d$s
hfmms frappé^ on peut entendre à ^ignss^.,, Paclus conclut de cette
la fois par là , et les yeux avec les- phrase qu*au temps où le traité des
quels on voyait cet homme frappé , Réfutations a été composé , au
et le bâton avec lequel on le frap- temps d'Aristote, on ne se servait
pait. L'interloculeur , qui ne fait pas d*accents ; f en tirerais une cob-
pas attention à cette amphibologie clusion toute contraire , ainsi que
peut être amené à soutenir qu'il des passages cités plus haut, ch. 7^
a vu cet homme frappé avec des S 3, et ch. i, g S ; c*esl une question
yeux , ou avec un bftton. qui semble résolue par ce passage.
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SECTION II, CHAPITRE XX. 399
n'est plus la même quand elle est divisée. Ne suflfit-il
pas d'un simple changement dans la prosodie, pour que
le même mot signifie autre chose ? Mais ce mot est le
même dans sa forme écrite, puisqu'il est écrit des mêmes
lettres et de la même manière ; or , là aussi il y a des
signes qui font que les mots dans la prononciation ne
sont plus les mêmes; ainsi, une fois la diirision faite, le
double sens disparaît. § 4- II est évident aussi que toutes
les réfutations ne viennent pas, sans exception, de ce que
le sens est double, ainsi que quelques-uns le prétendent.
§ 5.11 faut donc diviser quand on répond, car ce n'est
pas la même chose de dire qu'on a vu de ses yeux tel
homme frappé, et de dire qu'on a vu tel homme frappé
de ses yeux. $ 6. C'est là aussi le raisonnement d'Eu-
thydème : Est-ce que tu vois, étant en Sicile, les galères
qui sont maintenant dans lePirée? § 7. Ou bien encore^
est-ce qu'étant un bon taûneur il est possible d'être
mauvais ? Or, quelqu'un qui est bon tanneur pourrait
g 4. Ainsi çuê fuêlques^ns U
prétendent , quelques sophistes pro-
bablement PQ quelques disciplet de
réoole de Mégare.
% 6, Le raiêùnnemeni d'Buthy^
dàmêy Je n*ai pas tnnifé ce so-
phisme dans rButhydème de Pla-
ton, Aristole le cite encore dans la
Rhétorique^ liv. %, édit. de Berlin,
p. iiOi , a. S7. — Est^e que tu
wHs y étant en SieUe^.., Je n*ai pu
conserver dans la phrase fhinçaise
Téquivoque de la phrase grecque
où Tad verbe : maintenant, peut être
joint également au verbe voir qui
le précède, et au verbe être qui le
suit: la phrase aloirs signiDe égale-
ment : Vols-tn, éunt maintenant
en Sicile , les galères qui sont an
Pirée, chose alyurde, ou bien : As-
tu TU , quand tu éuis en Sicile, les
galères qui sont maintenant dans le
Pirée?
S 7. Ds sorte qu^U sera un tan-
Mur mauvais t L*édition de Berlin
donne sans citer d*autorité : De
sorte que bon tanneur il sera mau-
vais. La leçon ordinaire que J*ai
gardée, me semble suffisante. Le
sens est évident, le paralogisme
consiste en ce qu'on semble amené
à dire qu'un bon tanneur est un
mauvais tanneur, au lieu de dire
qu'il est un mauvais homme.
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400 REFUTATIONS DES SOPHISTES.
être mauvais, de sorte quil sera un tauneur mauvais.
$ 8. L'apprentissage des choses doat la science est bonne
est-il bon aussi ? Or, l'apprentissage du mal est-il bon ?
donc le mal est un bon apprentissage. Mais le mal est
mal et apprentissage à la fois : donc le mal est un mau-
vais apprentissage. Mais la science de ce qui est mal
est bonne. § 9. Est-il vrai de dire maintenant que tu es
né? tu es donc ne maintenant? mais par la division cela
signifie autre chose; car il est vrai de dire maintenant
que tu es né, mais tu n'es pas né maintenant. § 10. Fais-
tu les choses que tu peux de la façon que tu peux les
faire? Bien que tu ne joues pas de la cithare, tu as le
pouvoir de jouer de la cithare; tu joues donc de la
citliare sans jouer de la cithare. Ou bien ne doit-on pas
dire qu'on n'a pas la puissance de jouer de la cithare
quand on n'en joue pas, mais qu'on peut le faire quand
on ne le fait pas? § 1 1 • On résout encore autrement ce
paralogisme; car si l'interlocuteur accorde qu'on fait
comme on peut faire , on soutient qu'il n'en faut pas
conclure qu'on joue de la cithare en n'en jouant pas. En
effet, il n'a pas été accordé qu'il le fera de quelque façon
qu'il puisse le faire; car ce n'est pas la même chose de
dire comme il peut, ou de dire de quelque façon qu'il
puisse le faire. $ 121. Mais évidemment, cette solution
§ s. Mais la teiencé d$ eequi verbe : maintenant , peut y 6tie
est nuU est honm , L*édiUon de Joint indifféremment à i*an ou à
Berlin donne cette phrase que j'ai l*antre verbe,
cm devoir conserver , mais que g 10. Les choses que tu peux ,
n'ont pas plusieurs éditions et L^équivoque roule sur le sens da
entre autres celle de Pacius. veri>e pouvoir qui peut signifier k
g 9. Maintenant , Téqnivoque la fois une faculté et un acte,
est beaucoup plus frappante en g IS. Uniquement à eOui qui
grec qn'en français, parce que Tad- interroge^ c'est ce qu*on a nommé
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SECTION II, CHAPITRE XXI. 401
n'est pas bonne; car pour les raisonnements identiques,
la solution est la même. Mais celle-ci ne conviendra pas
à tous les raisonnements analogues ni àtous les interlo-
cuteurs. Elle convient uniquement à celui qui interroge,
et non pas au raisonnement lui-même.
CHAPITRE XXL
Solution des paralogismes tenant b la prosodie.
§ I . Pour la prosodie, il n'y a de paralogismes, soit
par l'écriture , soit par la prononciation , qu'en très-
petit nombre et du genre de celui-ci : Est-ce là la
maison où tu loges? Oui. Est-ce que : où tu loges est la
négation de : tu loges? oui ; mais tu as dit que c'était la
maison où tu loges; donc la maison est négation. § a.
On voit comment on peut résoudre cette difficulté;
car le mot n'a pas le même sens, soit qu'on le prenne
avec accent aigu, soit qu'on le prenne avec accent
grave.
d*abord un aignmeiit ad hominem,
S 1. Où lu loges, Cette équivo-
que est analogue à celle qu'on a
citée pius haut et qui était extraite
de Viliade , voir plus haut , ch. i ,
§ 8. L*adverbe de lieu : où, en grec
signifie encore la négation : ne pas;
de là une équivoque qu*il est im-
possible de rendre en français.
§ S. Soit qu'an Is prenne avec
accent aigu , Le texte dit seule-
ment : prononcé plus aigu ; mais ,
comme plus haut on a parié aussi
d'écriture , j'ai cru que Je pouvais
préciser un peu davantage la pen-
sée et qu'il ne s'agissait pas seule-
ment de prononciation. Voir plus
haut, ch. i, g 8, en note.
IV.
2»
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402 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
CHAPITRE XXII.
Solution des paralogismes qui ne tiennent qu'à la fonne des
mots. Exemples divers de sophismes avec les solutions qu'on
])ent leur opposer.
§ r. On voit clairement aussi comment il faut re-
pousser les réfutations, qui tiennent à ce que des choses,
qui ne sont pas les mêmes, sont exprimées de la même
façon, une fois que nous avons les genres des catégories.
Ainsi, celui qu'on interroge accorde que Tune des choses
qui expriment l'essence n'existe pas ; lautre prouve au
contraire l'existence substantielle d'un terme qui, étaot
relatif ou de quantité, parait exprimer aussi la substance
par la forme verbale qu'il reçoit. § a. C'est comme dans
la proposition suivante : Peut-on en même temps faire
et avoir fait une même chose? Non, répond-on. Pour*
tant on peut en même temps voir et avoir vu la même
chose et sous le même rapport. § 3. Souffrir est-il quel-
quefois faire? Non. Mais il est coupé, il est brûlé, il
sent, sont des mots de forme pareille; et tous ils ex-
priment l'idée de souffrir. D'autre part, dire, voir, cou*
i U Les genres des eatégwries , réellement substaoce.
Les équivoques suivantes viendront g 3. H est krtUé^ il muT, Le
de ce que la forme toute matérielle verbe sentir en grec a la forme pas-
du moi. autorisera le sophiste à pas- sive : en français la forme est active
ser (Tune catégorie à Tautre. — et Téquivoque n'a plus lieu.— Ifa<#
Vexisienee substantielle^ aucun re- voW sentir^ voir a la forme ac-
latif n*<;xiste en soi , il n'eiiste que tive, et sentir la forme passive en
dans un autre , il n*est donc point grec ; de là la différence.
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SECTION II, CHAPITHE XXII. 403
rir, sont des expressions semblables; mais voir est cer-
tainement aussi sentir y de sorte qu'il exprime à la fois
souffrir et faire quelque cbose. § 4- Mais si l'interlocu-
teur affirme d'abord qu'il ne se peut pas qu'on fasse, et
qu'on ait fait en même temps la même chose^ et qu'il
accorde ensuite qu'on voit et qu'on a vu, il ne sera
point encore réfuté, s'il dit que voir ce n'est pas faire
mais souffrir; car il faut ajouter encore cette question.
Mais l'auditeur croit que ce point est accordé, quand il
voit qu'on accorde que couper c'est faire, et qu'avoir
coupé c'est avoir fait, et toutes les autres expressions
semblables. L'auditeur ajoute de lui-même le reste,
comme étant de forme toute semblable. Cependant ici
l'expression n'est pas tout à fait pareille; mais elle le
semble par l'analogie du mot. Il arrive donc la même
cbose que dans les homonymies. En effet, pour les ho-
monymes, celui qui ne connaît pas bien la valeur des
mots, pense que l'un des interlocuteurs a nié la chose
que l'autre affirme, et non pas seulement le mot. Mais il
est encore ici besoin d'une question, pour savoir si l'on
a dit l'homonyme en ne regardant qu'à un seul sens;
car c'est parce qu'on aura concédé ce point qu'il y aura
réfutation.
§ 5. Voici encore des raisonnements tout semblables
à ceux-là : Â-t-on perdu ce qu'ayant d'abord l'on n'a
plus ensuite? Ainsi, celui qui perd un seul osselet n'aura
plus dix osselets. Mais a-t-on perdu réellement ce que
l'on n'a plus et qu'on avait auparavant? N'est-il pas plu-
tôt nécessaire de perdre autant et autant de choses qu'on
g 5. Ifawra plus dix oueMs^ le sophiste en oonclat par équivcH
De oeqn^ona perdu un seul osaelel, que qu*on en a perdu dix.
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404 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
n'eu a plus? Âinsi^ dans la question ou dit : ce qu'on a;
et dans la conclusion on dit : autant de choses qu'on a;
car dix exprime une quantité. Si donc on avait demandé
tout d'abord : Quelqu'un peut-il avoir perdu autant de
choses qu'il n'en a pas après les avoir eues auparavant,
personne ne ferait cette concession; on accorderait
seulement qu'on perd autant qu'on en a, ou l'une des
choses qu'on a. § 6. Et de même si l'on dit qu'on peut
donner ce qu'on n'a pas, parce qu'on n'a pas un seul
et unique osselet. Mais on n'a point donné ce qu'on
n'avait point; on a donné cet unique osselet, de la
façon qu'on ne l'avait pas; car seul et unique ne signifie
ni cette chose , ni une chose de tel genre, ni tant de
choses; mais il exprime seulement le rapport, comme,
par exemple, que cet osselet n'est pas avec un autre.
C'est donc comme si l'on demandait : Peut-on donner
ce qu'on n'a pas? si l'interlocuteur dit que non, on lui
demanderait si quelqu'un peut donner vite sans avoir
vite, et s'il dit que oui, on conclut alors que quelqu'un
peut donner ce qu'il n'a pas. Mais il est évident qu'il
n'y a pas ici de syllogisme; car, donner rapidement n'est
pas doiiner telle chose, mais c'est donner de telle façon;
or, Ton peut donner de la façon qu'on n'a pas ; car
ayant avec plaisir on peut donner avec chagrin.
§ 7. Tous les paralogismcs suivants sont semblables :
Peut-on frapper avec la main qu'on n'a pas? Peut-on
voir avec l'œil qu'on n'a pas? C'est qu'en efïet on n'a pas
go. On peut donner 09 qu'an n'a g 7. Avec la main qu'an n'a
poê, Ayant dix osselets, je puis en pas , Sous-entendu : seule , puis-
donner un seul : or, je n*ai \as cet qn*on en a deux : de même |>our
oRselot tout seul : donc Je puis dou- Tceil. (Test ce que le texte explique :
ner ce que je n'ai pas. un^seul organe.
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SECTION II, CHAPITRE XXII. 405
un seul organe. § K. On résont parfois ces paralogismes
en disant qu'on a aussi ce seul œil ou telle autre chose,
bien qu'on en ait plusieurs. § 9. D'autres disent qu'on
a reçu la chose comme on l'a ; car cet homme ne
donnait qu'un seul caillou ; et par conséquent, disent-
ils, on n'aura de cet homme aussi qu'un seul caillou.
§ 10. Mais d'autres détruisent aussitôt la question en
soutenant que Ton peut avoir ce qu'on n'a point reçu :
par exemple, qu'ayant reçu du bon vin, on peut avoir
du vin aigre, s'il s'est gâté pendant qu'on le recevait.
§ 1 1. Mais, ainsi qu'il a été dit plus haut, toutes ces
solutions s'adressent, non pas au raisonnement, mais à
l'homme; car, si c'était une réelle solution, il suffirait
que l'interlocuteur soutînt l'opposé, pour qu'il ne fût
pas possible de résoudre comme dans bien d'autres cas.
Par exemple , si la solution est en partie vraie et qu'en
partie elle ne soit pas vraie, l'interlocuteur répondant
d'une manière absolue, il y a conclusion : mais s'il n'y
a pas conclusion, il n'y aura pas non plus de solution.
Au contraire, dans les cas antérieurs, même avec une
concession complète de la part de l'interlocuteur, nous
disons qu'il n'y a pas de conclusion régulière.
§ la. Voici encore des raisonnements de ce genre :
S 9. Qu^on a reçu la chose seul : c*est qu'auparavant vous en
comme on Va^ Celte solutioa sem- aviez déjà neuf. On peut répondre :
hlerait ré^iondre, d*après Pacius, à non, je n*ai pas ce que je n'ai pas
un exemple qui n*esi plus dans le reçu : mais j'ai une quantité que je
texte ordinaire, mais qu'un manu- n'ai pas reçue,
scrit donne à la fin du § 7. Vous % \\, Ainsi qu'il a été dit pins
pouvez avoir, disent les soplnsles, haut. Voir plus haut, chap. «0,
ce que vous n'avez pas reçu : Ainsi § 12.
vous avez dix cailloux dans la main, gis. Quelqu^un a-t~il écrit,
bien que vous n'en ayez reçu qu'un On a écrit pendant que Socrate
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406 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
Quelqu'un a-t-il écrit ce qui est écrit? Mais il est écrit
que tu es assis maintenant; assertion fausse, mais elle
était vraie quand on l'écrivait. Ainsi on écrivait à la
fois le vrai et le faux : car dire qu'un raisonnement
est vrai ou faux, ou bien une pensée, cela signifie non
pas que telle chose est, mais que la chose est de telle
façon. Et la même remarque s'applique à la pensée
qu'au discours.
§ i3. Et encore ce paralogisme : Ce qu'apprend celui
qui apprend est-il ce qu'il apprend? Mais quelqu'un
apprend la lenteur vite. C'est que l'on a dit, non pas ce
qu'il apprend, mais comment il apprend. § i4- Quel-
qu'un foule-t-il à ses pieds ce qu'il marche? Or, il
marche le jour entier : mais l'on a dit non pas ce sur
quoi il marche, mais le temps durant lequel il marche.
§ 1 5. De même que, quand on dit qu'il boit une coupe,
on ne dit pas ce qu'il boit, mais ce dans quoi il boit.
§ i6. Ou bien encore: Sait-on ce que l'on sait, soit pour
l'avoir appris, soit pour l'avoir trouvé ? Mais pour des
choses dont on a trouvé l'une et appris l'autre, on ne sait
les deux prises ensemble ni de l'une ni de l'autre façon.
Mais n'est-ce pas qu'ici on prend la totalité de ce qu'on
sait, tandis que là on ne prend pas cette totalité ?§ 17.
était assis, quMl était assis. Après ment : De sorte qa*on ne peat $x^
qu^il s^est levé, cette assertion de- poter la chose même , c*est-à-dire
Tient fausse : le sophiste prouve qu'on ne peut montrer que Coris-
par là, que personne n'a écrit cette eus musicien existe indépendam-
assertion , puisque personne n'a ment de Goriscus. J'ai cm devoir
écrit une assertion fausse. un peu modifier le sens, tout en le
S 17. Un troisième hommes Cri- conservant, pour être plus clair. Sur
tique contre la théorie des idées, le sens du mot : exposer. Voir les
— Détacher cette modification de Premiers Analytiques, liv. i, ch. 8,
la chose méme^ le texte dit simple- $ 9, en note, ch. 6, g 6, ch. 8, $ S.
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SECTION II, CHAPITRE XXII. 407
C'est un raisonnement analogue, quand on dit qu^il y
a un troisième homme, outi*e Thomme en général et
tous les hommes particuliers; car homme et tout autre
terme commun n'exprime pas la substance, il n'exprime
qu'une qualité ou un relatif, ou une manière d'être, ou
quelque chose d'analogue. Et de même, quand on de-
mande pour Coriscus et Goriscus musicien : Est-ce la
même chose ou une chose autre ? car l'un signifie une
chose, l'autre signifie la chose de telle façon, de sorte
qu'on ne peut détacher cette modification de la chose
même. Ce n'est pas d'ailleurs de la détacher qui fait le
troisième homme : mais c'est parce qu'on accorde que
ce terme commun exprime une substance ; car il n'est
pas possible que substantiellement ce qu'est Callias soit
ce qu'est l'homme. Du reste, il n'y aurait aucune im-
portance à dire que le mot abstrait n'est pas une sub-
stance réelle, mais qu'il est une qualité; car ce sera tou-
jours quelque chose de distinct des individus : ce sera,
par exemple, l'homme. Il est donc évident qu'il ne faut
pas accorder que le terme commun qui est attribué à
tous les individus est une chose spéciale et réelle : il
faut accorder seulement qu'il exprime une qualité, une
quantité, une relation, ou telle autre chose analogue.
— BU une ûàote spéciale et réelle^ sant les idées, et les reoonaaissaQt
Gomme PUtoo le faisait eo réali- seules pour des substances,
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408 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
CHAPITRE XXIII.
Solution générale des paralogismes purement verbaui : prendre
toujours l'opposé.
§ I. En général, dans les paralogismes purement ver-
baux, la solution sera toujours dans le terme opposé à
celui sur lequel porte le raisonnement. § 2. Par exem-
ple, si le paralogisme vient de la combinaison, la so-
lution s'obtiendra en divisant : s'il vient de la division,
en combinant. § 3. Si c'est de la prosodie aiguë, la solu-
tion sera dans la prosodie grave, et réciproquement.
Si c'est dans Tbomonymie que consiste le paralogisme,
la solution sera dans l'emploi du mot opposé. Par
exemple, si l'on arrive dans la conclusion h dire que
l'être est animé, et que l'adversaire le nie^ il faut démon-
trer qu'il ^ est animé. Si l'on a dit qu'il est inanimé, et
que l'adversaire ait soutenu qu'il est animé, il faut
prouver qu'il est inanimé. § 5. Et de même pour l'am-
phibologie, § 6, si c'est par la ressemblance du mot
que s'eist formé le paralogisme, l'opposé sera la solu-
tion. Ainsi : Peut-on donner ce qu'on n'a pas? On ne
peut pas donner ce qu'on n'a pas, mais on peut donner
comme on n'a pas, par exemple un osselet tout seul.
Ce qu'on sait le sait-on parce qu'on Ta appris ou trouvé?
$ 8. De la protodie aiguë, Si Vé- on en a dix. On donne donc de la
quivoque porte sur un mol marqué façon qu*on n'a pas. — Ce qu^an
de Taccent aigu , il faut chercher $ait le sait-on. Voir plus haut, ch.
la solution dans le mot marqué du S3, § 16.— PotUe-i-on aux pieds ce
Taccent grave. qu'on manche, ibid ,814. Cesexem-
§ 6. Vn Oiselet tout seul. Quand pies sont déjà connus.
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SECTION II, CHAPITRE XXIV. 409
mais ce n'est pas les choses qu'on sait. Et foule-t-on
aux pieds ce qu'on marche? mais non pas quand on
marche. Et de même pour tous les autres paralogismes.
CHAPITRE XXIV.
Solution des paralogismes tirés de Faccident : exemples divers :
solutions fautives données par quelques philosophes : solutions
▼raies qu'on doit y substituer.
§ I. Quant aux paralogismes tirés de Taccident, la
solution est une et la même pour tous. En efTet, comme
on ne détermine pas les cas, où Ton peut attribuer aussi
à la chose l'attribut de l'accident, et comme dans cer-
tains cas cette attribution est évidente et qu'on la re-
connaît, et que, dans d'autres, on dit qu'elle n'est pas
nécessaire, il faut soutenir toujours, en étendant ce rai-
sonnement à tous les cas, que cette attribution n'est pas
nécessaire, et qu'on doit pouvoir montrer comment
elle l'est. § a. Tous ces paralogismes de Faccident res-
§ 8. Saii-tu e$ que je vais t$
damofUlBrr — Non. — Or , Je de-
maDde une chose que tu sais fort
hien : donc tu ne sais pas ce que
tu sais. — 5atf-ttt eêlui qui ett eo-
ehi ? ^ Non . ^ Or , c'est un de tes
amis que tu connais fort bien :
donc tu ne connais pas ce que tu
connais.— C«ire ttatue est-elle ton
ouvrage? Cette statue est à loi. —
Oui. — Cest une œuvre. — Oui. —
Donc c'est une œuvre à toi, ton
œuvre. — Ce chien est-il ton père?
Ce chien est à toi. —Oui. — Il est
père. —Oui. — Donc il est père à
toi : Il est ton père, Voir VEuthy-
dême de Platon, p. il7, trad. de
M. Cousin.— £e< choses peu nom^
breuses. Quatre est un nombre
petit; prisqoatre fois, il forme seize,
nombre petit aussi; seize ré|)été
scixe rots sera un nombre encore
potit, puisque ce ifest qu'un nom-
bre petit qui est répété ; et ainsi de
suite, on prouverait que les plus
grands nombres sont petits.
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410 BÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
semblent aux suivants : Sais-tu ce que je vais te deman-
der ? Sais-tu celui qui s'approche, ou celui qui est caché?
Cette statue est-elle ton ouvrage? Ou ce chien est-il
ton père? Est-ce que les choses peu nombreuses, peu
nombreusement prises sont peu nombreuses? Il est évi-
dent, dans tous ces cas, qu'il n'est pas nécessaire que
ce qui est vrai de l'accident le soit aussi de la chose.
En effet, ce n'est qu'aux choses qui sont sans différence
dans leur essence et qui sont individuelles, que tous
les mêmes attributs paraissent pouvoir appartenir : or,
pour un homme qui est bon, ce n'est pas la même chose
d'être bon et de devoir être interrogé, ni pour celui
qui approche ou qui est caché, ce n'est pas la même
chose de s approcher et d'être Coriscus. De sorte que,
si je connais G>riscus, et que je ne connaisse pas celui
qui s'approche, on ne peut pas dire que je counais et que
je ne connais pas le même homme. On ne peut pas
davantage, si cette chose est une œuvre et qu'elle soit
à moi, dire qu'elle est mon œuvre : mais c'est ma pro-
priété ou ma chose, ou telle autre expression qu'on vou-
dra. Mênie solution pour tous les autres paralogismes.
§ 3. Quelques uns résolvent la difficulté en divisant
la question : Oui , disent-ils , il se peut qu'on sache
et qu'on ignore une même chose, mais non pas sous le
même rapport: par exemple, ne connaissant pas celui
qui s'approche, et connaissant Coriscus, c'est, disent-
ils, connaître et ignorer une même chose, mais non pas
sous le même rapport.
§ 4- Cependant, ainsi que nous l'avons dit, il faut
S i. Ainsi que nous V avons dit. Celle du paragraphe précédent et
cil. 20| 8 IS.^JLa mêmâ assertion, les deux premières du g 8.
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SECTION II, CHAPITRE XXIV. 411
pouvoir rectifier de ia même manière les raisonnements
qui sont erronés par une même cause. Or, cette rec^
tification n'aura point lieu, si Ton prend la même asser-
tion, non pas avec le mot savoir, mais avec le mot être
absolument, ou être de telle ou telle façon, par exemple,
si cet homme est père et qu'il soit vôtre. En effet si pour
certains cas celte solution est vraie, et qu'on puisse
savoir et ignorer une même chose, le principe admis
n'a pas du tout ici d'application.
§ 5. Rien n'empêche, du reste, que le même raison-
nement n'ait plusieurs défauts. Mais il ne sufHl pas de
découvrir toutes les fautes pour que ce soit toujours
une solution ; car il se peut qu'on montre que l'adver-
saire a fait un faux raisonnement, sans montrer en quoi
il pèche : par exemple, comme ce principe de Zenon
qu'il ne peut y avoir de mouvement. Si donc l'on cher-
chait à réduire ce raisonnement à l'absurde, on se trom-
perait, eût-on fait dix mille conclusions régulières;
car ce n'est pas là positivement la solution. La solu-
tion vraie était de faire voir que le raisonnement est
faux et en quoi il est faux. Si donc l'adversaire n'a pas
fait de conclusion régulière, qu'il essaie d'ailleurs de
soutenir, soit le vrai soit le faux^ montrer qu'il n'a
pas conclu, ce sera la vraie solution. § 6. Mais peut-
être n'y a-t-il aucune dlfficullé à ce que cela se pro-
duise dans quelques cas; seulement, dans ces cas même
qu'on vient de citer , cette solution n'est pas pos-
sible; car celui qui connaît G>riscus sait aussi que c'est
Coriscus, et celui qui connaît ce qui s'approche con-
naît aussi qu'il s'approche. On peut connaître et ne
connaître pas une même chose : par exemple, on peut
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412 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
savoir que cette personne est blanche et ne pas savoir
qu'elle est musicienne; car, de cette façon, on sait et
Ton ne sait pas une même chose^ mais non pas sous le
même rapport. Mais quant à ce qui s'approche et à
Coriscus ; on sait que la chose s'approche et que c'est
Coriscus.
§ 7. De même on se trompe, et l'on ne donne pas
plus de solution que dans les cas que nous venons de
citer, quand on soutient que tout nombre est petit et
grand; car, si ne faisant pas de conclusion précise, et
laissant de côté ce point, on dit qu'on a conclu le vrai,
parce que tout nombre est grand et petit, l'on se trompe
complètement.
§ 8. Quelques personnes résolvent aussi en distin-
guant le double sens, dans les cas où l'on dit, par exem-
ple : Donc, c'est ton père, ou ton fils, ou ton esclave.
§ 9. Pourtant, il est clair que, si la réfutation parait
devoir tenir à la diversité des sens, il faut que le mot
ou la phrase puisse s'appliquer en propre à plusieurs
choses. Mais on ne peut jamais dire proprement que
tel soit l'enfant de tel , parce que tel est maître de l'en-
fant. Mais la combinaison des idées est purement acci-
dentelle : Ceci est-il à toi ? Oui; mais ceci est un enfant;
c'est donc ton enfant. Oui, accidentellement, ceci est
à toi et est un enfant, mais ce n'est pas ton enfant.
§ I o. Même solution quand on dit que tel bien peut
§ 7. Que tout nombre êtt petit mol grand enire crochets pour en
9t grand, L*édiiion de Berlin donne proposer la suppression,
seulement : est petit, sans citer ^ 8. Donc é'ett tonpéré. Voir
d*autoritc. J'ai conservé la leçon plus haut, § i, et plus bas au $
ordinaire, qni cependant est peut- suivant,
èiremoinsboune. Sylhurgeuiet le § 10. Tel bien peut être det
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SECTION II, CHAPITRE XXIV. 413
être des maux; car la réilexioQ est la science des maux.
Mais dire que ceci est de cela n'a pas plusieurs sens,
cela veut dire seulement que ceci est la propriété de
cela. Si donc la phrase a plusieurs sens , car nous di-
sons que l'homme est des animaux, eu tant qu'il en fait
partie, et non en tant qu il en est la propriété , et si
quelque chose est mis en rapport avec le mal par la
particule : de, il est par cela même des maux : mais ce-
pendant il n'est pas au nombre des maux. L'expression,
toute restrictive qu'elle est, paraît donc prise aussi
dans le sens absolu. Cependant , un bien peut êlre des
maux de deux façons, non pas dans le sens qui précède,
mais plutôt en ce sens où l'on dit qu'un bon esclave est
d'un méchant maître. Mais peut-être ceci même n'est-
il pas exact ; car si l'esclave est bon, et qu'il soit de ce
maître, il n'est pas bon de ce maître, en réunissant les
deux expressions. Dire que l'homme est des animaux,
cela non plus n'a pas plusieurs sens ; car ou ne peut pas
dire qu'une expression ait plusieurs sens, par cela seul
qu'on lui retranche quelque chose. Ainsi, il suffit de
prononcer la moitié d'un vers pour exprimer : Donne-
motuD, 11 Ciot 86 rappeler que le en français : Elle signifie que
génitif en grec exprime un rapport si quelque ebose est resclave
de propriété et de nombre tout à d*un mal (ou mauvais), il ne s*en*
la fois.— iVdttf disons gtie Vhomme suit pas qu'elle soit à la fois le bien
êsî des animaux, Voir plus haut, de cela, c*e8t-à-dlre le bien du mal.
ch. 17, gis.— rn&onMctovtfejfcTun Notre langue impose une précision
méehani maitre. L'esclave a beau et une clarté qui détruisent tous
avoir pour relatif nécessaire le cesjeuxde mots.— Mmm, eAanre
maître, Tesclave peut rester bon la eolérêf Celte phrase n*a jamais
et le maître n*en être pas moins qu'un sens, malgré l'emploi tout à
mauvais. Du reste, la phrase fait détourné auquel on l'a fait acci-
grecque prête à une équivoque dente) Icment servir, et qui a bien
qu'il est impossible de rendre quelque aptiarenoe de réalité.
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414 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
moi riliade. Et nous disons ainsi : Donne-moi : Déesse,
chante la colère, etc., etc.
CHAPITRE XXV.
Solution des paralogismes qui tiennent )i ce qu'on prend ane
expression restrictive au Heu d'une expression absolue :
exemples divers.
§ 1 . Quant aux paralogismes venant de ce qu on a
pris une restriction de lieu, de temps, de manière, ou
une relation, au lieu de s'exprimer absolument, il faut
les résoudre en regardant si la conclusion a une contra-
diction, et si elle peut la recevoir à quelque égard que
ce soit. En efFet, il est impossible^ absolument parlant,
que les contraires soient à une même chose, non plus
que les opposés, ni l'affirmation et la négation. Mais il
est possible, cependant, que l'un et l'autre y soient
ensemble dans telle partie , dans telle relation, de telle
façon, que l'un y soit d'une façon restrictive, et l'autre
absolument; de sorte que si l'un y est absolument,
et l'autre avec restriction, il n'y a pas là de réfutation.
Mais c'est là ce qu'il faut voir dans la conclusion en
regardant à la contradiction.
§ 12. Tous les paralogismes de ce genre sous-entendent
ce principe : Le non-étre peut-il donc être? Le non-
$ s. Mais U obéit en queîqtte ble îDdispeosable au sens. Pacius
chose. Cette phrase , que Tédition ne Ta point , c*est sans doute une
de Berlin donne ainsi que le font simple omission qai aura échappé à
toutes les autres éditions, me sem- son extrême exactitude.
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SECTION II, CHAPITRE XXV. 415
être est certainement quelque chose. Et de même l'être
ne sera pas; car II ne sera pas quelqu'une des choses
qui sont. Le même homme peut-il en même temps ju-
rer vrai, et se parjurer? Le même homme peut-il, en
même temps, obëir et désobéir au même ordre? Mais,
ne peut-on pas dire que : être quelque chose, et être, ce
n'est pas la même chose? Et ainsi, le non-être, pour
être quelque chose, n'est pas cependant absolument.
Ne peut-on pas dire encore qu'on peut jurer vrai pour
telle chose et de telle façon, sans que nécessairement
l'on jure vrai? car celui qui a juré de se parjurer, en se
parjurant, jure vrai sur ce point seul, mais il ne jure pas
vrai d'une manière absolue, pas plus que celui qui dé-
sobéit n^obéit, mais il peut obéir en quelque ehose.
§ 3. C'est le même raisonnement, quand on dit que le
même homme ment et dit la vérité en même temps .
Mais c'est parce qu'il n'est pas aisé de savoir si l'on
avance qu'il ment ou dit vrai absolument , que ce cas
paraît difficile. Rien n'empêche qu'absolument il ne
mente, et il ne dise vrai en un sens et à quelque égard,
et qu'il nesoit véridique pour certaines cftoses et ne le soit
pas absolument. § 4- ^^ ^^ même pour les restrictions
de relation de lieu et de temps ; car tous ces paralo-
gismes portent sur ce point: La santé ou la richesse est-
elle un bien ? Mais elle n'est pas un bien pour l'insensé,
ni pour celui qui ne sait pas s'en servir ; donc elle est
un bien et n'est pas un bien. Est-ce un bien d'avoir de
la santé, d'avoir du pouvoir dans l'État? Souvent, cela
ne vaut pas mieux. Ainsi donc, la même chose est
bonne et pas bonne pour le même homme. Ou bien,
rien n'empêche qu'étant bonne absolument , elle ne le
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416 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES,
soit pas pour tel homme : ou encore elle pent être bonne
pour cet homme, mais non pas maintenant, nî dans
cette circonstance.
§ 5. Mais ce que ne voudrait pas l'homme sage, est-
il un mal? or, il ne veut pas perdre le bien : donc le bien
est un mal. Mais ce nest pas la même chose de dire: Le
bien est un mal, ou perdre le bien. § 6. Même solu-
tion pour le paralogisme du voleur ; car si le voleur
est un mal , prendre n'est pas aussi un mal : donc
on ne veut pas le mal quand on veut le prendre; on
veut le bien, car c'est un bien de le prendre. § 7. Et la
maladie est un mal, mais ce n'en est pas un de perdre la
maladie. § 8. Le juste est-il préférable à l'injuste, et le
justement à l'injustement? Mais il vaut mieux mourir
injustement que justement. § 9. Est-il juste que cha-
cun ait ce qui lui appartient? or, le jugement que
chaque juge porte d'après son opinion, bien que cette
opinion soit fausse, a toute valeur d'après la loi ; donc,
la même chose est juste et ne l'est pas. Qui doit-on con-
damner? celui qui dit des choses justes ou celui qui dit
des choses injustes? Mais il est juste que celui qui a été
lésé dise tout au long ce qu'il a souffert ; or, oe qu'il a
S 8. Que JuêUmêntj Je conserve Celui qw dU d$s choiei JMStês^ En
avec Pacius ces mots que ne don- racontant des injuaUoes dont on a
nent ni Sylburge ni l'édition de souffert, on dit, on raconte des
Berlin. choses injustes : et par une équl-
ft 9. Est-U juste que chacun ait voque spéciale à la langue grecque»
ce qui lui appartient. Oui, sans le sophiste conclut que, dans ce cas,
doute; mais le Juge, dont le Juge- on est absolument sur la même
ment est toujours juste d'après la ligne et aussi coupable que celui
loi, adjuge vos biens à un autre qui dit des choses injustes, qui
qui n'y a point de droit : donc la ment et se païf ure. Le Français ne
même chose est juste et injuste. — rend pas cette éciuivoque.
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SECTION II, CHAPITRE XXVI. 417
soufïert étail des choses injustes. § 1 1 . En effet, de ce
qu'il vaut mieux souffrir quelque chose injustement, il
ne s'ensuit pas que l'injustement soit préférable au jus-
tement. C'est le justement qui lest d'une manière ab-
solue; mais rien n'empéclie que telle chose injustement
ne soit préférable à cette même chose justement. § i a. Il
est juste aussi que chacun ait ce qui lui appartient : il
est injuste d'avoir le bien d'autrui. Mais rien n'empêche
cependant que ce jugement ne soit juste; par exemple,
s'il est conforme à la conscience du juge. Toutefois si
telle chose est juste de telle ou telle façon, ce n'est pas
uu motif pour qu'elle soit juste absolument. § 1 3. Et de
même, bien que ces choses soient injustes, rien n'em-
pêche qu'il ne soit juste de les dire ; car de ce qu'il est
juste de les dire, il n'y a pas nécessité qu'elles soient
justes, de même qu'elles ne sont pas utiles parce qu'il
est utile de les dire. Et de même pour les choses justes.
En effet, de ce que les choses dites sont injustes, celui
qui les dit ne fait pas des choses injustes; car il dit les
choses qu'il est juste de dire, bien qu'absolument elles
soient injustes, et surtout injustes à souffrir.
CHAPITRE XXVI.
Solution des paralogismes qui pèchent contre la déOnition
de la réfutation.
§ I. Quant aux paralogismes qui tiennent à la défi-
nition de la réfutation^ ainsi qu'on l'a dit plus haut, il
ft 1. ÂinH qu'on Va dii pluê haut, Voir plus bant , ch. 5 , § 1 et i.
IV. 37
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418 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES,
faut les résoudre eu opposant à la conclusion une con-
tradiction qui s'adresse au même objet, sous le même
rapport, et du même point de vue, et sous la même
forme, et dans le même temps. § fk. Si Ton est interrogé
dans le commencement de la discussion , il ne faut pas
convenir qu'il soit impossible qu'une même chose soit
double et non double ; mais il faut dire que cela ne se
peut pas de telle façon, comme si Ton pouvait être réfuté
en en convenant. § 3. Tous ces paralogismes rentrent
dans la forme suivante : Celui qui sait de chaque chose
qu'elle est telle chose, sait-il la chose? Et de celui qui
l'ignore en est-il également? Ainsi, quelqu'un qui sait
que Coriscus est Coriscus, peut bien ignorer qu'il est
musicien ; de sorte qu'il sait et qu'il ignore la même
chose. § 4 • £t encore : Une chose de quatre coudées est-
elle plus grande que celle de trois ? Mais la chose de
trois coudées peut, en longueur, arrivera en avoir
quatre. Or, le plus grand est plus grand que le plus
petit; donc une chose sera plus grande et plus^ petite
qu'elle-même.
CHAPITRE XXVIl.
Solution des paralogismes par pétition de principe.
§ r. Pour les paralogismes par pétition de principe,
celui qui interroge ne doit pas l'accorder si elle est évi-
dente, et quand même il serait probable que l'adversaire
dit vrai. § 2. Si la pétition de principe reste cachée, il
faut rejeter cette ignorance sur celui qui interroge, et
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SECTION II, CHAPITBE XXVIII. 419
lui imputer le vice de ces raisonnements, comme s'il
n^avait pas argumente régulièrement; car la réfutation
ne peut avoir lieu que sans la pétition de principe.
§ 3. Il faut ajouter que Ton a concédé ce point, non
pas pour que radYei*saire s'en servît, mais parce qu'on
pensait qu'il conclurait par là le contraire de ce qui
avait été avancé dans les contre-réfutations.
CHAPITRE XXVIII.
Solution des paralogismes par consécution fansse.
§ I. 11 faut montrer, par le raisonnement même^ le
vice des paralogismes qui ne concluent que par le con-
séquent. § a. Mais les conséquents peuvent suivre de
deux manières : c'est d'abord comme l'universel est le
conséquent du particulier, et c'est ainsi qu'animal suit
homme ; car on peut affirmer que, si le premier suit le
second, le second suit aussi le premier. Ou bien, la con-
sécution a lieu parles antithèses; car si l'un suit l'autre,
l'opposé suit aussi l'opposé. § 3. Et c'est sur quoi se fonde
le raisonnement de Mélissus; car si ce qui est créé a un
commencement , il faut penser que ce qui n'est pas créé
n'en a pas ; donc, si le ciel est incréé, il est par cela
même infini. Mais cela n'est pas exact ; car ici la con-
sécution est renversée.
%$. Le miMMiiMfiMfil i$ Méliêêuê, cilé aussi plus haut, ch. $ , S 8.
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420 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
CHAPITRE XXIX.
Solution des paralogismes par addition.
§ 1 . Pour les paralogismes qui ne concluent qu*en
ajoutant quelque donnée nouvelle, il faut examiner si ,
en retranchant cette addition, la conclusion absurde
n'en a pas moins lieu. Il faut ensuite montrer cela net-
tement : et il faut dire que, si Ton a concédé cette as-
sertion , ce n'est pas qu'elle parût vraie, mais seulement
parce qu'elle paraissait utile à la discussion , bien que
l'adversaire n'ait pas su l'y faire servir.
CHAPITRE XXX.
Solution des paralogismes par confusion de plusieurs questions
en une seule.
§ I. Quant à ceux qui de plusieurs questions en font
une seule, il faut distinguer les questions dès le début.
Une question une est celle à laquelle il n'y a qu'une
seule réponse ; et par conséquent il faut dire, non pas
plusieurs choses pour une seule ou une seule pour plu-
sieurs, mais une pour une, soit qu'on nie, soit qu'on
affirme. § a. De même que, dans les homonymes où
Tattribut est tantôt aux deux sens et tantôt n'est ni à
l'un, ni à Tautre^ la question n'étant pas simple, il n'y
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SECTION II, CHAPITRE XXX. 421
a point de résultat si Ton se contente de répondre sim-
plement 9 de même pour ce cas-ci. Lors donc que plu-
sieurs attributs sont à un seul sujet, ou un seul attribut
à plusieurs sujets, soit affirmés, soit niés, on ne peut
produire aucune contradiction, si Ton accorde simple-
ment l'assertion, et que Ton commette cette faute. Mais
quand l'un des termes est vrai et que l'autre ne Test
pas, et quand plusieurs s'appliquent h plusieurs, et que
les deux sont en partie aux deux, et qu'en partie ils n'y
sont pas, c'est alors qu'il faut prendre bien garde.
§ 3. Par exemple, dans les raisonnements de ce genre :
Si de deux choses l'une est bonne et l'autre mauvaise,
il est vrai de dire de ces choses qu'elles sont bonnes et
mauvaises. Et , à Tinverse, il n'est pas moins vrai de dire
qu'elles ne sont ni bonnes ni mauvaises; car les deux ne
sont pas les deux ; de sorte que la même chose est bonne
et mauvaise, et n'est ni bonne ni mauvaise. § 4* ^^
plus, comme chaque chose est identique à elle-même et
différente des autres , et comme ces choses sont iden-
tiques, non pas'à d'autres, mais à elles mêmes, et qu'elles
sont autres qu'elles-mêmes , les mêmes choses sont donc
identiques à elles-mêmes et autres qu'elles-mêmes. § 5. De
plus, si le mal devient le bien, et que le bien devienne
le mal, les deux deviendront à la fois bien et mal.
§ 6. De deux choses inégales, chacune est égale à elle-
§ i. Sait affirmée , taii niés , ouset Pacius. Le sens reste le même
L*édiiion de Berlin supprime ces sauf une nuance insîgnittanle.
roots sans citer d'autorité. — Mais $ 4. Et différente des autres ,
quand l'un des terme» est wrai et L'édition de Berlin , sans citer
que Vautre ne Vest paSy Sylburge et d'autorité, donne : Différente d*une
réditioD de Berlin donnent le datif autre. Cette leçon n*est point préfo-
au lieu du nomlnalif qu*onl Isingri- rable à la leçon vulgaire.
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422 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
même 9 de sorte que les mêmes choses sont égales et
inégales à elles-mêmes.
§ <^. On peut encore donner d'autres solutions à ces
raisonnements. Ainsi, ces expressions : les deux et tous,
ont plusieurs significations; donc, une même chose ne
peut que verbalement être affirmée et niée ; or, ce n*est
pas là une réfutation. Mais il est évident que, quand
plusieurs questions ne se confondent pas en une seule,
et qu'on ne fait qu'affirmer ou nier une seule chose
d'une seule chose, il n'y aura pas de conclusion absurde.
CHAPITRE XXXI.
Solution des paralogismes par répétition inutile de mots.
§ I. Quant aux paralogismes qui mènent à répéter
plusieurs fois la même chose, il est évident qu'il ne faut
pas accorder que les catégories , prises séparément ,
aient par elles seules un sens pour les relatifs. Par
exemple, le double ne signifie rien sans le double de la
moitié, bien que cela paraisse tout un. Ainsi, dix est
dans dix moins un , et faire est dans ne pas faire, et en
S 7. Il fCy aura poê de eonelu- une Taule d'impression, sans doute,
«ion absurde. Le sophiste ne pourra aura été substitué à la leçon ordi-
point nous amener à faire de con- naire. Gelie-ci est certainement pré-
closion absurde et contradictoire, férable, bien que l*autre soit snfii-
$ 1. Bien que cela paraisse tout santé aussi. ~ A lui tout seul ,
tin, L'édition de Berlin remplace : L'édition de Berlin ne donue cette
Tout un, par un seul mot qui si^ni- leçon que dans les variantes; il faut
fie également : paraître, et qui, par la conserver dans le teite.
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SECTION II, CHAPITRE XXXI. 423
générai laffirmation est dans la négation; et, cepen-
dant, si l'on dit que telle chose n'est pas blanche, on ne
dit pas qu elle est blanche. Mais le double n'exprime
peut-être rien à lui tout seul, pas plus que la moitié
prise toute seule; ou, s'il signifie quelque chose, il na
pas certainement le même sens que lorsqu'il est com-
biné. § a. La science prise dans l'une de ses espèces, et,
par exemple, la science de la médecine, n'a pas le même
sens que l'expression commune; car la science est la
science de ce qui est su. § 3. Dans les attributs qui ne
sont expKqués que par leurs sujets, il faut dire que le
mot pris à part n'a pas le même sens que dans la phrase.
Ainsi, par exemple, le convexe, pris communément,
exprime aussi bien le camus que l'arqué, et rien n'em-
pêche d'y ajouter quelque chose qui précise la signifi-
cation. Mais l'un convient au nez et l'autre aux jambes ;
car convexe exprime ici le nez camus, et là les jambes
arquées : et il n'y a pas de différence entre nez camus
et nez convexe. § 4- U "^ ^^^^ P^^ cependant accorder
l'expression au cas direct; car alors elle est fausse:
ainsi, le camus n'est pas le nez convexe, c'est quelque
chose du nez; et, par exemple, c'est une modification
$ a. Vexpressùm cotnmyfie, La spécial au nez, Tarqaé Tétant aux
scleoce prise dans toute sa généra- jambes. — H n'y a peu de diffé"
lilé sans aucune détermination spé- renctf, pour le sens, mais seulement
ciale. — Da ea qui êst «u, et non pour la régularité de Tcxpression ,
de la médecine, ou de telle autre conforme ou non conforme à Tu-
spécialité sage.
§ 3. Pris eammunément t ilaos $ i. Au cas direct , au nomi-
son sens générique et sans aucune natif. ^ Qui a la convexité du nex^
détermination spéciale. — I^e car- la convexité spéciale au nez, et est
mus que Varqué , Le camus étant camus à ce tiire.
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424 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
du nez; de sorte qu'il n'y a rien d'absurde à dire que
le nez camus est un nez qui a la convexité du nez.
CHAPITRE XXXII.
Solution des paralogismes par solécismes ou fautes contre
la grammaire : exemples divers.
§ I. Pour les solécismes, nous avons dit antérieure-
ment comment ils se forment; quant à savoir comment
il faut les résoudre, c'est ce que les considérations sui-
vantes montreront. § 2. Tous reviennent au cas suivant :
Ce que tu dis avec vérité est-il vrai ? Tu dis que ceci est
un caillou : il y a donc quelque chose qui est caillou.
Ou bien est-ce que dire caillou ce n'est pas dire, non
point un neutre, mais un masculin; non pas cela, mais
cet? Si donc on demande : Ce que tu dis est-ce celui-là?
on semblerait ne pas parler correctement, de même
qu'on ne semblerait pas non plus bien parler si Ton
disait: Celle que tu dis, n'est-ce pas celui-là? Mais par
S 1. iVbtM avom dU aniérieu-'
remêtU , Voir plus haut, cb. 3, g %,
g a. Ceci est un caillou. Dans la
phrase grecque, caillou est à l*accu-
satif, et dans la phrase suivante,
qui est la conclusion du sophiste :
Quelque chose qui est caillou, il est
laissé à Taccusalif , tandis que cor-
rectement il devrait être au nomi-
natif. C^est là ce qui constitue le
solécisme. Mais cette difTérence nous
échappe dans le français, qui ne
distingue pas le nominatif de l'ac-
cusatif. — Non point un neutre ,
mais un mcLSCulin , J*ai dû altérer
un peu le texte pour faire sentir la
différence de deux pronoms diiTé-
rents en grec, et confondus en fran»
çais. -- Le cas du nom qui n^est
pas semblable , On prend aisément
Taccusalif pourle nominatif, parce
que Pun et Tautre ne diffèrent que
par une seule lettre Gnalc : en fran-
çais ils ne diffèrent pas du tout.
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SECTION II, CHAPITRE XXXH. 425
celui-là on a voulu désigner du bois, ou bien telle
chose qui n'est ni masculine ni féminine, peu importe.
Aussi^ il n'y a pas de solécisme si l'on dit : Ce que tu dis
est-ce bien cela? Or, tu dis que c'est du bois, donc c'est
du bois. Mais caillou et celui-ci sont du masculin. Si
l'on disait : Celui-ci est-il celle-là? et ensuite : Qu'est-ce?
Celui-ci n'est-il pas Coriscus? et qu'on ajoutât ensuite:
Donc celui-ci est-celle-là, on n'aurait pas conclu un
solécisme, pas même si Coriscus signifie la même chose
que celle-là, tant que celui qui répond ne Ta pas accordé.
Mais il faut faire à l'avance cette convention, que si
l'assertion n'est pas vraie et qu'on ne l'accorde pas, il
n'y a pas de conclusion, ni en réalité, ni pour celui qui
est interrogé. Il faut donc qu'ici aussi caillou signifie
également celui-ci; mais si cela n'est pas vrai et qu'on
ne l'accorde point, il ne faut pas admettre la conclusion.
Ce qui cause ici l'illusion, c'est qu'il parait que le cas
du nom qui n'est pas' semblable est semblable. § 3. Est-
il vrai de dire : Elle est ce que tu as dit qu'elle est?
Mais tu as dit qu'elle est un bouclier : elle est donc le
bouclier? Ou bien ne peut-on pas dire que cette conclu-
sion n'est pas nécessaire, puisqu'elle exprime bouclier
à l'accusatif et non bouclier au nominatif, et que bou-
clier à l'accusatif exige elle à l'accusatif? § 4* Quand
bien même cet homme est bien ce que tu dis qu'il est,
g 3. Elle ôtt donc le bouclier , pour le rendre intelligible ; il faut
Bouclier est en grec à Taocusa- absolument avoir Toriginal sous les
tif , d'après la réponse précédente yeux.
qu'accepte lesopbiste, au Heu d*élre S i. Donc il est Cléon à Vaccu-
au nominatif comme la grammaire talif, J*ai ajouté encore ces deux
Texigerait. J*ai dû faire sentir ceci derniers mots |iour éclaircir un peu
dans le texte en ajoutant quelques le texte, que ce secours même laisse
mots qui ne suffisent même pas encore fort obscur.
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426L BÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
si tu dis qu'il est Cl^n, on ne peut pas dire : Donc il est
Clëon à Taccusatif ; car il n'est pas Cléon à l'accusatif;
et pour cet homme dont je parle, j'ai dit cet au nomi-
natif et non pas cet à l'accusatif; car la question ainsi
exprimée n'est pas grammaticalement correcte. § 5. Sais-
tu cela? or, cela est une pierre, : tu sais donc une pierre.
Ou bien, ne doit-on pas dire que cela n'exprime pas la
même chose dans : Sais-tu cela? et cela est une pierre;
mais dans le premier cas il est à l'accusatif,, et dans le
second il est au nominatif. § 6. Sais-tu ce dont tu as la
science? mais tu as la science delà pierre; donc tu sais de
la pierre. Mais d'un côté, ne dit-on pas dç la pierre, et de
l'autre côté, la pierre ? On a bien accordé que tu savais ce
dont tu as la science; mais l'on a dit que tu savais, non
pas de cela, mais cela; et ici c'est n'est pas de la pierre,
mais la pierre.
§ 7. On voit donc, d'après tout ceci, que ces raison-
nements ne concluent pas de vrais solécismes, mais
qu'ils paraissent seulement le faire; on voit comment
ils le paraissent, et comment il faut les combattre.
% h. Tu Moiê donc une finêm^
Pierre est ici au nominatif en grec,
tandis que grammaticalement il de-
vrait être à raccusatif.
S 6. 2\i saii de la pierre, Ici
c'est le génilif que, d'après la ré-
ponse, prend le sophiste, au lieu du
nominatif et de l'accusatif qu'il
prenait tout à Theure : c'est là ce
qui cause le paralogisme.
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SECTION II, GHAPITBE XîXIIl. 427
CHAPITRE XXÎIII.
Les solations ne sont pas également facHes ou difflciles pour tous
les paralogismes. Exemples divers. — Difficultés de la solution
dans les raisonnements syllogistiques et les raisonnements
contentieux.
$ 1. Il faut remarquer aussi que, parmi tous les para-
logismeSy il est facile pour les uns et difficile pour les
autres, de voir sur quel point et de quelle manière ils
font illusion à Fauditeur, parce qu'ils se confondent
souvent les uns avec les autres à cause de leur ressem-
blance. En effet il faut appeler identique le raisonnement
qui a le même point de départ, et cette identité paraît
tenir tantôt au mot, tantôt à l'accident, et tantôt à une
autre cause encore, parce que toutes les fois qu'il y a
quelque changement, les choses ne sont plus également
évidentes. § 2. C'est donc comme pour les cas d*homo-
nymie, et c'est là, ce semble, la source la plus ordinaire
des paralogismes. Parmi ces cas, les uns sont évidents,
même aux gens les moins exercés. En effet, presque
tous les raisonnements ridicules jouent sur les mots
mêmes. Par exemple, un homme portait sur Téchellc
i%. Un ehoTt Le mot grec si- etlnnocenlde meurtre.— Et^ar^tM,
gnilieà la fois escabeaa et cbdr à signifle qui conduit bien les afTaires:
deux roues. Je n*ai pu trouver de Apollonide , au contraire, sigeille
mot équivoque en français. Pour qui perd les arfaires.—La para/o-
réquivoque suivante, le français gisme de Zenon et de Parménide^
s*7 prèle comme le grec— Deuanf, Aristote Ta combattu tout au long.
Le mot grec signifie également : par Physique, liv. 1, ch. 3, édition du
devant et auparavant. —Pur, Le Berlin, p. 18G, a, i. Seulement il
mot grec signifie à la fois : pur, sain, y remplace Zenon par Mélissus.
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428 BEFUTÀT10N8 DES SOPHISTES.
un char. £t comment allez- vous? A la voile. Laquelle
des deux vaches mettra bas devant ? Aucune : mais toutes
les deux mettront bas par derrière. Borée est-il pur?
Non, car il a tué le mendiant et le marchand. Est-ce
Evarque? Non, c'est ApoUonide. Et de même pour
presque tous les autres jeux de mots. D'autres cas d'ho-
monymie, au contraire, échappent aux plus habiles : et
la preuve, c'est que souvent ils bataillent sur les mots.
Ainsi, par exemple, Tun et l'être se confondent-ils dans
tous les cas, ou sont-ils différents? Cest qu'en effet,
pour certains philosophes, l'être et l'un semblent expri-
mer tout à fait la même chose; d'autres, au contraire,
résolvent le paralogisme de Zenon et de Parménide, en
prétendant que l'être et l'un ont plusieurs sens. Et de
même pour les paralogismes de l'accident et pour chacun
des autres. Los uns seront plus faciles à découvrir, les
autres plus difficiles, et il n'est pas également aisé pour
tous de savoir dans quel genre ils sont, et s*il y a ou non
réfutation véritable.
§ 3. L'argumentation la plus redoutable est celle qui
soulève le plus de doutes; car c'est celle qui gêne le
plus. § 4* 1^6 doute est de deux sortes : ainsi , dans les
raisonnements vraiment réguliers, on ne sait quelle est
celle des questions que l'on doit nier : et, dans les dis-
cussions purement contentieuses, on no sait comment
exprimer la chose qu'on veut soutenir. El voilà pour-
quoi, dans les raisonnements syllogistiques, les plus
embarrassants sont ceux qui font le plus chercher.
§ 5. Le raisonnement syllogistique qui est le plus em-
% 5. Par lequel an détruit ou ternalive que donnent les éditions
Von établit. L'édition de Berlin, ordinaires, et qu'il me semble in-
sans citer d'autorilé , supprime l'ai- ' dispensable de conserver.
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SECTION II, CHAPITRE XXXIII. 429
barrassant de tous, est celui par lequel on détruit ou
Ton établit l'opinion la plus probable, par les opinions
les plus probables aussi; car le raisonnement, tout en
restant unique, pourra, rien que par un déplacement de
la contradiction , recevoir toutes les mêmes conclusions.
C'est qu'en effet on peut toujours, par des propositions
probables, renverser ou établir une proposition qui n'est
qu'également probable ; et c'est là ce qui cause néces-
sairement le doute. Ainsi, le raisonnement le plus em-
barrassant est celui où la conclusion est aussi forte que
les questions. § 6. Celui qui vient le second , à cet égard,
est celui où toutes les propositions sont égales; car*
alors l'embarras est égal pour savoir quelle est celle des
questions qu'il faut attaquer. Or, il est difficile de le
savoir; on voit bien qu'il faut en détruire une; mais
laquelle? c'est ce qu'on ignore. $ 7. Panni les raisonne-
ments contentieux, le plus embarrassant, c'est celui
dont ou ne sait d'abord s'il conclut ou ne conclut pas,
et si la solution doit en être cherchée dans la proposi-
tion fausse ou dans la division. $ 8. Le second, en diffi-
culté, est celui dont on voit bien qu'il doit être résolu
par la division ou la négation, mais dont on ne sait
sur quelle proposition on doit faire porter la négation
ou la division pour le résoudre, la solution pouvant se
rapporter également à la conclusion ou à l'une des
questions.
$ 9. Quelquefois aussi le raisonnement qui ne con-
clut pas ne mérite aucune attention , si les données sont
par trop improbables, ou si elles sont fausses. Quelque-
g 7. Ou dam la âivitUm^ Voir chap. i, g 1 et 7 sur la division.
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430 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
fois, cependant y il n'est pas digne de ce mépris. £n
effet , lorsqu'une de ces questions vient à être oubliée,
sur laquelle et par laquelle le raisonnement s'établit,
et que, négligeant de l'ajouter, on ne peut arriver à con-
clure, c'est alors que le syllogisme est parfaitement vain.
Mais quand c'est par des motifs tout extérieurs qu'il ne
conclut pas, il n'est pas du tout à mépriser; car le rai-
sonnement est bon, mais c'est celui qui interroge qui
n'a pas bien interrogé.
§ lo. De même que l'on peut trouver la solution en
s'en prenant tantôt au raisonnement, tantôt à celui qui
questionne, tantôt à la question, et tantôt à toute autre
autre chose; de même aussi, on peut interroger et con-
clure en s'en prenant à la thèse, ou à celui qui répond,
QU même au temps, quand la solution exigerait plus de
temps que l'on n'en peut donner pour discuter actuelle
ment la solution présentée.
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SECTION m, CHAPITRE XXXIV. 431
TROISIÈME SECTION.
RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA LOGIQUE.
CHAPITRE XXXIV.
Résumé da traité des réfutatious des sopliistes.
géDéral de tonte la logique.
— Résumé
§ I . De combieu de manières et de quelles manières
se produisent, dans les discussions^ les paralogismes ;
quels sont les moyens de montrer que l'adversaire se
trompe et de l'amener à faire des paradoxes; comment,
en outre, se forme le syllogisme (solécisme); comment
il faut interroger ; quel est l'ordre à mettre dans les
Ce dernier chapitre de fOrgoMn
est de la plus haute imporunce
pour rhistoire de la Logique. J*ai
essayé de le faire sentir aSUeurs,
Voir mon mémoire sur la Logique,
tom. 1, p. Ua.
ft 1. 00 eamhim de m^ni^rtf ,
Ceci a été exposé du cbap. 1 jus-
qu'au chap. 19.— £t de ramener à
faire det paradoxes. Ceci a été
traité, cb. 13. — Comment en outre
ee fàrme le eylloffiemey Pacios
pense avec grande raison qu'il faut
lire : solécisme au lieu de syllo*
gisme» sojet traité au eh. U , l'an*
teur omettant ici le chap. 13 où il
s'agit de la tautologie; mais ce
changement qui est indispensable
n'étant autorisé par aucun manus-
crit, je n'ai pas cru devoir le faire.
CoimiM U fanU interroger, fuel ut
Vordre, Ceci a été traité, cb. 15. —
Enfin comment il finit rieoudre lee
raiionnementê , C'est ce qui a été
traité du chap. 15 jusqu'à celui-ci.
Tout ce paragraphe est donc un ré-,
sumé complet du traité des JltfA*-
tatione.
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432 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
questions; quelle est Tutilité de toutes ces recherches ;
quelles sont les règles de toute réponse en générai;
enfin, comment il faut résoudre les raisonnements et
les syllogismes, toutes ces questions doivent être suffi-
samment éclaircies par ce qui précède. § ^. Il ne nous
reste plus, après avoir rappelé l'objet que nous nous
proposions au début, qu'à le résumer en peu de mots,
et à mettre fin ainsi, à tout ce que nous avons dit.
§ 3. Nous nous étions donc proposé de trouver un
procédé syllogistique pour traiter un sujet donné en
partant des propositions les plus probables. C'est là, eu
effet, Tœuvre de la dialectique proprement dite, et de
celle qui n'a en vue qu'un simple essai des forces de
l'adversaire. Mais comme on demande à la dialectique,
à cause du voisinage même de la sophistique, de nous
apprendre, non-seulement à tenter les risques de la dis*-
cussion d'une manière purement dialectique, mais en-
core comme si nous possédions vraiment la science ^
c'est là ce qui fait que nous avons donné pour but à ce
traité, non pas seulement de nous mettre en état de
pouvoir contrôler un raisonnement, mais encore, lorsque
c'est nous qui soutenons un raisonnement, de pouvoir
défendre tout aussi bien la thèse que nous adoptons
par les arguments les plus probables possible. Nous en
avons dit le motif: et c'est celui qui fait que Socrate in-
terrogeait toujours sans jamais répondre, précisément
% a. Au débuts De la dialec- g 3. Xn partant dês propoH-
trique, comme le prouve le inra- tUm$ le» plut probables^ Voirie
graphe suivant Le uvitédes Réfu- début des Topiques, liv. 1, ch. 1»
taiiùnSf tient à celui des Topiques 8 1.
comme le montre son commence- % 3. iVout an avons dit le motifs
ment même. Voir plus haut, ch. 1, % 6.
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SECTION III, CHAPITRE XXXIV. 433
parce qu*il affirmait ne rien savoir. § 4* Il a été expliqué
dans les traités antérieurs à combien de questions s'ap-
pliquera cette méthode, de combien d'éléments et de
quels éléments elle se forme, et par quels procédés nous
pourrons toujours avoir des arguments. Nous avons
aussi tracé les règles de toute interrogation et Tordre
qu'on doit y suivre; nous avons parlé des réponses et
des solutions applicables aux diverses conelusions; nous
avons enfin traité de toutes les autres choses qui font
partie de cette même méthode des discussions. De plus^
nous avons étudié les paralogismes, ainsi que nous
l'avons déjà dit. Il est donc clair que les recherches que
nous nous étions imposées, peuvent trouver ici conve-
nablement leur fin;
§ 5. Mais il faut auissi que nous nous rendions bien
compte du vrai caractère de cette étude. § 6. Parmi
S i. Dans let traitée aniiHêun,
les Tàptquêi.^A combien de^ptu^
tians ê*aypUqu»ra cette méthodej
A quatre : la définition, le genre, le
propre et raccident. Toir les To-
pt^àCM, IW. i, eh. i, ch. 5 et cb. 8.
* Par çueli procédés. Ce sont les
lieux communs eux-mêmes exposés
dans les livres, 9, 8, 4, 5, 6 et 7. —
TVoetf tes règles de toute int&rro-
gation. C'est Tobjet du liv. 8 des
Topiqtêes ivsxpCsLU cb. i.— Ae# ré-
ponses, Cest l'objet du cb. i à 14
du livre 8 des Topiques, «^ Des so-
lutions, U ne s'agit point ici du
traité des Réfutations comme on
pourrait le croire, mais du cb. 8,
du 8« livre des Topiques. «^ Nous
avons enfin traité de toutes les
autres choses. De rexercice de la
dialectique par exemple, cb. 14,
IV.
liv. 8 des Topiques, et de quelques
autres questions au début même
des Topiqties j-^Deplus nous avons
étudié les paralogismes^ Dans le
traité même des Réfiaations des
Sophistes,-^ Ainsi que nous Favons
déjà dit. Au début de ce cbapitre.
— £«« recherches que nous nous
étions imposées. En commençant
la dialectique.
8 6. Pour rétude de la rhéto-
rique, Pacins et Sylburge disent r
De la politique. L'édition de Berlki
donne aussi cette leçon dans les va-
riantes. J'ai préféré l'autre ; mais
ici il n'y a presque aucune diffé-
rence : la politique et la rbétorique
étaient confondues dans ces temps
reculés. On peut le voir par le Gor-
glas. Cela tenait à toutes les insti-
tutions politiques de la Grèce.
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434 RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
toutes les découvertes , les unes reçues de mains étran-
gères, et antérieurement élaborées, ont prospéré dans
quelques parties par les soins de ceux qui les ont ensuite
reçues. D'autres, au contraire, trouvées dès le principe^
n'ont pris ordinairement au début qu'un accroissement
très^faible, mais cependant beaucoup plus utile que tout
le développement qui devait en sortir plus tard. La
choae capitale, peut-être en tout, c'est le commence-
lient , comme on dit, mais c'est aussi la pli» dKfSdJe}
plus la découverte a de valeur, plus il est malaisé de la
£siire, quand l'objet échappe à l'observation par sa peti*
iesse même. Le germe une fois trouvé, il est bien plus
facile d'y ajouter et d'y réunir le reste : c'est là précisé-
ment ce qui est arrivé pour l'étude de la rhétorique et
pour presque toutes les autres sciences. Ceux qui ont
découvert les éléments n'ont absolument fait d'abord que
quelques faibles pas. Mais ceux qui , aujourd'hui, ont
tant de réputation, recevant la science comme un hé-
ritage accru petit à petit par tant de labeurs, l'ont pof'
tée au point élevé où nous la voyons. Tisias après tes
premiers inventeurs, Thrasymaque après Tisias, Théo^
dore après celui-ci, et tant d'autres, ont cultivé toutes
les parties de la rhétorique. Aussi, n'y a-t-il point du
tout à s'étonner que la science ait acquis tant de perfec-
tion. § 7. Mais pour la présente étude, on ne peut pas
dire que telle partie eût été travaillée, et que telle autre
n'eût point été travaillée; antérieurement, il n'y avait
absolument rien. § 8. Les gens, en effet, qui se faisaient
S 7. Mais pour la prtfjtffile pariera de toote la Logiqae.
étude ^ 11 faut entendre ici surtout 8 S. JLm fwu qui m faiêainU
la dialectique. Plus bas, $ 9, il payer. Les Sophislea. Voir dans
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SECTION III, CHAPITRE XXXIV. 435
payer pour enseigner Tart de la dispute, n'avaient
qu'un enseignement pareil à la méthode de Gorgias.
Ils donnaient à apprendre, les uns, des discours de rhé-
torique, les autres, des séries de questions renfermant,
selon eux^ les sujets sur lesquels retomhent le plus ha-
bituellement les arguments des deux interlocuteurs.
Aussi l'apprentissage était-il avec eux très-rapide, mais
aussi très-grossier. Enseignant, non pas l'art, mais les
résultats de l'art, ils s'imaginaient montrer quelque
chose. C'est comme si quelqu'un qui se prétendrait ca-
pable de montrer scientifiquement à n'avoir pas mal
aux pieds, enseignait, non pas à faire des chaussures,
non pas même à savoir s'en procurer de bonnes, mais
se bornait à indiquer toutes les espèces de chaussures
diverses. Ce serait là, certainement, donner des notions
fort utiles pour la pratique, mais ce ne serait pas du
tout enseigner un art.
§ 9. Ainsi donc, pour la rhétorique , il y avait des
travaux nombreux et anciens. Pour la science du rai-
sonnement, au contraire, nous n'avions rien absolument
d'antérieur à citer; mais nos pénibles recherches nous
ont coûté bien du temps et bien des peines. § 10. Si
PlaU»ii , leProtagons, le Gorgias, futaiions d€$ Sophist$$,
ete. * lU donnaient à apprendre, S 10. Ànaioguês , A oenx quV
Voir rEnthydème de Plaum, p. 870, vaient les autres scieiioe8.^il touê
trsd. de M. Cousin. uux qui ont tuêtH e$t leçons^ C'est
S •. Pour la seimee du roUon- le sens exact da mot grec. Ced
mmêntau eantrakr; U s'agit donc indiquerait évidemment, qoe POr^
ici de toote la logique et avec ganan a été rédigé pour les élèves
grande raison, car les Analytiques d'Aristote , et Ton comprendrait
t^remtert et Demiert , VHerme- mieux alors eomment le style en
néia^ Ui Catégariett étaient choses est toujours si concis, et le plus
encore bien plus neuves que la souvent même axiômatique. Le
DkUeetiquê^ ou Tàpiquee et les Ré- mnltre Texpliquait aux disciples.
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436 BÉFUTATIONS DES SOPHISTES,
donc il vous paraît, après avoir examine nos travaux,
que cette science dénuée de tous antécédents analogues,
n'est pas trop inférieure aux autres sciences qu'ont
accrues de successifs labeurs, il ne vous restera plus, à
vous tous, c'est-à-dire, à tous ceux qui ont suivi ces le-
çons, qu'à montrer de l'indulgence pour les lacunes de
cet ouvrage, et de la reconnaissance pour toutes les
découvertes qui y ont été faites.
Fm DE LA LOGIQUE.
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PLAN DES TOPIOUES.
LIVRE PREMIER.
De la Dialectiqtt6.-^Des questions et des instruments dialectiques.
LIVRE SECOND.
Lieux communs de Taccident.
LIVRE TROISIÈME.
Suite des lieux communs de l'accident.
LIVRE QUATRIÈME.
Lieux communs de Taccident.
LIVRE CINQUIÈME.
Lieux communs du propre.
UVRE SIXIÈME.
Lieux communs de la déinition.
LIVRE SEPTIÈME.
Question de l'identité. — Méthode pour défendre la définition.
— Considérations générales sur l'emploi des lieux communs.
LIVRE HUITIÈME.
De la pratique dialectique.
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PLAN
DBS
REFUTATIONS DES SOPHISTES.
PREMIERE SECTION.
Espèces diverses des paralogismes.
DEUXIÈME SECTION.
Solution des paralogismes.
TROISIÈME SECTION.
Résumé de la Dialectique. — Résumé général sur Tbis-
toire de la Logique.
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TOPIQUES.
TABLE DES CHAPITRES.
LIVRE PREMIER.
DB hk DIALSCTIQUB. — DBS <2UBSTI0NS BI DBS
INSTROMBNTS DIALBGTIQUBS.
Ch. P". Objet de la dialectique. — Gonsidératioûs pré-
liminaires. 4
Utilité de la dialectique. 5
Perfection possible de la dialectique. S
Objets divers des raisonnements dialectiques
au nombre de quatre : le genre, la défini-
tion, le propre et l'accident. 9
Définition des quatre attributs dialectiques. 12
Chacun de ces termes doit être étudié h part
pour plus de clarté. 4 7
Définition de l'identité. 4 9
Les quatre attributs dialectiques sont les seuls
attributs possibles. 25
Les quatre attributs dialectiques appartien-
nent toujours k l'une des catégories. 24
De la proposition dialectique. 27
De la question dialectique : de la thèse dia-
lectique. ô4
Ch. XII. Deux espèces de raisonnements dialectiques :
le syllogisme et rinducliou ' 55
Ch.
II.
Ch.
in.
Ch.
IV.
Ch.
V.
Ch.
VI.
Ch.
vn.
Ch.
VIII
Ch.
IX.
Ch.
X.
Ch.
XI.
Digitized by VjOOQIC
440
TOPIQUES.
tH--
Ch.
xm.
Des quatre instruments ou procédés dialec-
tiques.
56
Ce.
XIV.
Du choix et des espèces diverses des propo-
sitions.
57
Ch.
XV.
Sens divers des mots.
Ai
Cb.
XVI.
Distinction des différences.
ii
Ch.
XVII.
Distinction des ressonblances.
5S
Ch.
xvin.
Utilité des trois derniers instruments dialec-
tiques.
55
LIVRE SECOND.
LIBUX GOimniis db l'àccidbiit.
ObsenratioDs préliminaireB sur Taccident. 58
Cinq lieux de Faccident. 62
Trois autres lieux, dont deux tirés de Tho-
monymie. 67
Six autres lieux de l'accident. li
Deux autres lieux tirés du déplacement de la
discussion. 75
Quatre autres lieux. 77
Quatre autres lieux tirés des contraires. Si
Quatre autres lieux tirés de la consécution
des termes opposés. 84
Trois autres lieux de l'accident. 87
Huit autres lieux tirés des semblables. 89
Quatre autres lieux tirés de l'opposition. 92
LIVRE TROISIEME.
SCITB DBS LIEUX COMMUNS DB l'AGGIDBNT.
Ch. 1*'. Dix -huit lieux tirés de la supériorité d'un
accident sur un autre. 95
Ch. II. Vingt-six autres lieux. 'lOO
Cb.
I".
Ch.
II.
Cb.
m.
Cb.
IV.
Cb.
V.
Cb.
VI.
Ch.
VII.
Cb.
vni.
Cb.
IX.
Cb.
X.
Cb.
XI.
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TABLE DES CHAPITRES. 44t
Ch. ni. Vingt autres lieux. ^106
Cb. IV. Utilité des lieux qui prëoëdent pour juger les
ehoses sans d'ailleurs les comparer. i 09
Ch. V. 11 fitut foire les lieux communs de l'accident
les plus universels possible. '1 4 0
Ch* VI. De Taccident particulier. 445
€a.
r.
Ch.
U.
Ch.
III.
Gh.
IV.
Ca.
V.
Ch.
VI.
Cb.
V.
Cb.
VI.
Cb.
VII.
Cb.
vm
LIVRE QUATRIÈME.
LIBUX COMMUNS DU 6BRBB.
Importance des lieux du genre. •— Dix lieux. 449
Treize autres lieux du genre. 4 25
Quinze autres lieux du genre. 452
Quatorze autres lieux du genre. 457
Douze autres lieux du genre. 4 44
Dix-sept autres lieux du genre : neuf pour
réfuter et huit pour établir la thèse. — Fin
des lieux du genre. 4 54
LIVRE CINQUIEME.
LIBUX COMMUNS DU PBOPEB.
Gh. I*'. Quatre espèces de propre : absolu, perpétuel,
relatif, temporaire. 459
Gh. n. Huit lieux du propre , qui peut être bien ou
mal donné. 465
Gh. m. Sept autres lieux du propre bien ou mal
donné. 470
Gh. IV. Huit lieux pour savoir si le terme donné est
propre au sujet ou ne Test pas. 477
Douze autres lieux. 4 85
Treize lieui tirés des opposés. 4 95
Six autres lieux. 498
Sept autres lieux tirés du plus et du moins. 205
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442 T0PIQUJE8.
Gh. IX. Deux derniers lieiu An propre tirés de la
INiisiaace tA de reioèe. 208
LIVRE SIXIÈME.
LIEUX COMMUNS I>B UL DEFINITION.
Ch. V. Division de l'étude des lieux de la déOnition
en cinq parties. 240
Ch. II. Causes diverses de Tobscurité de la déflni-
tion. 243
Gei. IH. La définition peut être trop étendue pour di-
verses causes : énumération de ces causes. M 6
Ch. ly. Deux lieux pour savoir si Ton a réellement
déGui. 220
Second lieu de la définition. 227
Vingirtrois Ueux tirés des différences. 229
Sept lieux pour attaquer la déttoition. 240
Cinq autres lieux pour attaquer la définition. 242
Huit autres lieux pour attaquer la définition. 246
Trois autres lieux pour attaquer la définition. 249
Cinq autres lieux pour attaquer la définition. 255
Cinq autres lieux pour attaquer la définition. 256
Trois autres lieux pour attaquer la définition. 259
Six autres lieux pour attaquer 1^ définition. 259
LIVRE SEPTIÈME.
QUESTION DB L'iDBNTITB. — MBTHODB PWB DBFBNDBB
LA DÉFINITION.— GONSlDBiUTIONS WNÉEAI.BS SUA US
LIEUX COMMUNS.
Ch. I«'. Seize lieux de Tidentité. 268
Ch. II. Rapport des lieux de l'identité k ceux de la
définition. 274
Ch. III. Lieux )K)ur défendre la définition. 275
Ch.
V.
Ch.
VI.
Ch.
vn.
Ch.
VIII.
Ch.
IX.
Ch.
X.
Ch.
XI.
Ch.
XII.
Ch.
XIII.
Ch.
XIV.
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TABLE DES CHAPITRES.
Gh. IY. Indication générale des lieux les plus utiles.
Oh. V. De la ftcilité al delà difllcalté des argumen-
tations.
443
280
284
Ch. I*.
ch. n.
Ch. m.
Ch. IY.
Ch. y.
Ch.
VI.
Ch.
VIL
Ch.
vni
Ch.
IX.
Ch.
X.
Ch.
XI.
Ch.
in.
Ch.
xm.
Ch.
XIV
LIVRE HUITIEME.
DE L4 PBATIQITB 0UL1GTIQUB.
Des Fègles de l'intencogation. 287
Suite des règles de rinterrogation. 295
De la fitcilité ou de la difficulté des argumen-
tations. 50t
Règles générales de la réponse et de rinter-
rogation. — Devoirs et but des deux ad-
versaires. 504
Manque de toute théorie pour régler les dis-
cussions qui n'ont pour but qu'un simple
exercice. 505
Cas divers où il faut accorder ou refuser les
propositions demandées par l'adversaire. 508
Suite des règles de la réponse quand la ques-
tion est obscure. 510
Règles pour les inductions. 5-1 -1
Travaux personnels avant la discussion. 5i 2
Rectification de la conclusion : moyens divers
d'empêcher de conclure. 5^ 5
Critiques contre le raisonnement ou contre
l'interlocuteur. 545
De la clarté du raisonnonent : de la fausseté
du raisonnement. 522
De la pétition de principe et de la pétition des
contraires. 524
De la pratique des discussions dialectiques. 529
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444 BÉFUTATIOMS DES SOPHISTES.
RÉFUTATIONS DES SOPHISTES.
PREMIERE SECTION.
BSPÀCBS DIVBBSBS DBS PiJlAI.0GISMB8.
Gh. I*. But général de ce traité : définition du so-
phiste et de la sophistique . 35S
Ch. 11. Espèces diverses des argumentations. 537
Ch. m. Buts divers qu'on peut se proposer dans Tar-
gumentation éristique. 358
Ch . IV. Deux espèces principales de réfutations : l'une
purement verbale ; l'autre relative aux
choses. 559
Gh. V. Sept espèces de paralogtsmes en dehors du
mot. 544
Gh. VI. Tous les paralogismes peuvent être rapportés
à l'ignorance de la définition vraie de la
réfutation. 554
Gh. VII-. Des causes de l'erreur identiques a celles des
paralogismes. 556
Gh. VIII. Les syllogismes et les réfutations sophistiques
sont aussi nombreuses que les syllogismes
et les réfutations apparentes. 558
Gh. iX. U faudrait posséder toutes les sciences , pour
connaître toutes les réfutations possibles. 564
Gh. X. Les raisonnements de mots et les raisonne-
ments de pensée se confondent. 565
Gh. XI. Différences des divers arts qui concernent le
raisonnement 567
Second et troisième objets de la sophistique. 575
Cinquième objet de la sophistique. 577
Du solécisme , quatrième objet de la sophis-
tique. 378
Ch.
XU.
Ca.
XIII
Ch.
XIV.
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TABLE DES CHAPITRES. 445
Pages.
Gh. XV. De la disposition des questions et des procé-
dés de rinterrogation. 584
DEUXIÈME SECTION.
SOLUTION DES PABALOGISMBS.
Ch. XVI. De la solution des paralogîsmes : méthode
générale. 585
Çh. XVII. De la solution apparente. 587
Ch. XVIII. Moyens divers pour arriver k la solution
Traie. 594
Ch. XIX. Solution pour les cas d'homonymie et d'am-
phibologie. 596
Ch. XX. Solution des paralogismes par division ou
combinaison des mots. 598
Ch. XXI. Solution des paralogismes tenant k la pro-
sodie. 401
Ch. XXII. Solution des paralogismes qui ne tiennent
qu'^ la forme des mots. 402
Ch. XXIII. Solution générale des paralogismes purement
verbaux. 408
Ch. XXIV. Solution des paralogismes tirés de Tacci-
dent. 409
Ch. XXV. Solution des paralogismes qui tienn^t 3i ce
qu'on prend une expression restrictive
au lieu d'une expression absolue. 4^1 4
Ch. XXVI. Solution des paralogismes qui pèchent contre
la définition de la réfutation. 4^17
Ch. XXVn. Solution des paralogismes par pétition de
principe. 448
Ch. XXVm. Solution des paralogismes par consécution
fausse. 449
Ch. XXIX. Solution des paralogismes par addition. 420
Ch. XXX. Solution des paralogismes par confusion de
plusieurs questions en une seule. 424
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446 RÉFUTATIONS iJES SOPHISTES.
Ch. XXXI. Solution des paralogismes par répétition in-
atile de mots. 422
Ch. XXXII. Solution des paralogismes par solécisme. 424
Ch. XXXIII. Facilité et difGculté des solutions diferses. 427
TROISIÈME SECTION.
nisuMÉ GiniBAL i>b la logtqub.
Ch. XXXIY. Résumé du traité des Réfutations des sophistes.
— Résumé général de toute la logique. 451
FIN DB LA TABLB DBS GHAPITBBS
DBS TOPIQCBS BT BBS BBFUIATIOBS BBS SOIVUTBS.
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TABLE DES MATIERES
DU QUATRIÈME VOLUME.
Pif«s*
Plan des Topiques.
I k xxxvii
Plan des Réfdtations des Sophistes.
XXXYU k xLvm
Topiques.
4 il 532
Réfutations des Sophistes.
555 3i 456
Table des chapitres des Topiques.
459 h 443
Table des chapitres des Réfiitations des
Sophistes.
444 3i 446
Table des matières du quatrième volume.
H'-
447
i
L-iC
L
FIN DU QUATRlàMB
■T DERinsm YOLUKB DB LA LO«l<KIB.
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LOAN DEPT.
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